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Pas contrariante

baptistère ou cuve à foulon, Evreux Il fut un temps où il fallait coucher les bébés sur le ventre, vous vous rappelez ? Sinon, scandale, on était de mauvais parents et on risquait de les tuer de mort subite. Puis est venue une époque où on a suggéré que sur le côté, c’était pas mal. Voilà maintenant qu’il faut les mettre sur le dos, c’est plus sûr.
Tout ça pour dire qu’il n’y a pas qu’en histoire que les temps changent.
Heureusement que je ne suis pas prof d’histoire, j’aurais mauvaise conscience. Bien que j’essaie de faire mon métier de guide avec sérieux, cela me rassure de savoir que l’attente du public est surtout récréative. Ce qui m’excuse je l’espère d’avoir à mon insu, sans le faire exprès, et avec la meilleure bonne foi du monde, dit n’importe quoi.
Je plaide coupable, mais pour ma défense je dois dire que je n’étais pas la seule dans ce cas et que ce n’est pas de notre faute.
Donc, voilà : aux dernières des dernières nouvelles l’objet archéologique qui trône au milieu du cloître de la cathédrale d’Evreux n’est pas une cuve à foulon, comme je me suis plu à le répéter. Taratata. C’est, c’est… une cuve baptismale, oui oui, comme tout un chacun l’imagine spontanément. Fermez le ban.
Apprendre ceci m’a fort contrariée, je l’avoue. Je veux bien ne pas être contrariante et relayer l’état de la science, avec toutes ses contradictions successives, j’ai des regrets. C’était sympa, une cuve à foulon. Il y avait de quoi accrocher l’attention. Tandis que des fonts baptismaux, pfff… Tout le monde en a déjà vu des tas et des plus beaux. Blasés.
Peut-être pas d’aussi anciens quand même. D’après la couche du sous-sol où il se trouvait, ce baptistère (car la cuve était incluse dans des éléments de maçonnerie, la construction mérite donc l’appellation de baptistère paléochrétien) daterait du 4ème siècle environ. Il pourrait même être encore plus vieux, style fontaine gallo-romaine reconvertie en cuve baptismale. Quoi qu’il en soit, cela en fait un baptistère des tous premiers temps de la chrétienté, et c’est tout de même très émouvant à imaginer.
Un des plus vieux baptistères qui soient en Normandie, oui. Mais si par hasard il avait été réemployé ultérieurement en cuve à foulon ? Mmmm ?
J’émets l’hypothèse, parce que le document qui affirme que la cuve est un baptistère ne m’a pas entièrement convaincue. Sans vouloir remettre en cause l’autorité de son auteur, je n’ai pas très bien compris sur quoi il s’appuyait pour battre en brèche l’interprétation précédente. On a l’impression qu’il s’agit de son intime conviction, sans plus.

Vous savez quoi ? J’attends la suite de ce trépidant feuilleton. Au moins aussi haletant qu’au Mont Saint-Michel, l’âge du crâne de Saint-Aubert.


2 commentaires

  1. madame de K dit :

    Il me semble qu’autour d’une cuve baptismale on doit pouvoir analyser des traces d’odeur de sainteté 😉
    (pour conforter l’intime conviction)

  2. Ariane dit :

    L’histoire a souvent des allures d’enquête policière !

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