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Impressions sur pellicule

hélianthes à Giverny J’étais sûre d’avoir quelque part une photo de callicarpa, cet arbuste dont l’automne dévoile les baies d’un violet ahurissant. Certaine de la trouver rapidement, j’ai commencé à passer en revue les photos de la fin d’année 2013. Et j’ai été happée par la beauté du jardin.
C’est en hiver qu’on voit le mieux les photos de fleurs, quand on a l’oeil neuf et prêt à s’émerveiller. Tiens ! Ce jour-là il y avait de la brume, deux heures plus tard il n’y en avait plus. Tiens ! J’avais pris le téléobjectif, il en est résulté des cadrages nouveaux.
Je suis mes déambulations dans les allées à la recherche des plus beaux massifs. Je reconnais les clichés pris pour DuMont, ceux pour d’autres projets, et ceux que j’ai fait juste pour le plaisir. Je peux compter combien de fois j’ai tourné autour du bassin ou du clos, photos à l’appui. Tout-à-coup, celle-ci m’arrête et me scotche pendant de longues minutes.
Elle me fait penser à Anne Chrysotème, photographe passionnée du jardin de Monet. Sa façon de traiter le flou, les contrastes de couleurs, la lumière, l’atmosphère, en images qui sont toute impression poétique.
Ces derniers jours je n’ai cessé de penser à elle, avec une peine lourde d’impuissance. Dans sa lettre de début d’année, elle me donne des nouvelles de sa santé. Elle lutte, dans sa clinique du Nord de la France, contre plusieurs maladies invalidantes et contre les effets secondaires de leur traitement. Toutes les parties de son corps sont touchées, sauf le cerveau. Elle a la délicatesse de raconter ce combat avec humour, parce que c’est triste à pleurer. Une seule bonne nouvelle : elle se réjouit d’avoir arrêté la morphine prise pendant sept mois.
Mais peut-être que ce qui est le plus déchirant, c’est de la voir prendre des dispositions. Et j’ai su en lisant cela que le deuil est un processus étrange qui commence parfois quand les gens sont en vie, qui commence avec la conscience que certaines choses ne reviendront plus.
On apprend de la mort tout au long de la vie, par petites touches ou par grandes claques. Et sans doute avez-vous déjà fait l’expérience que la mort est d’une déconcertante multiplicité.
Les autres, puisque tant que nous sommes vivants c’est de la mort des autres qu’on parle, peuvent s’éteindre tout doucement ou vous faire le coup d’être tué avec une violence inouïe. Leur disparition peut vous plonger dans un abîme ou vous laisser dans l’indifférence. Vous savez qu’on peut croire qu’on ne s’en remettra jamais, et puis si, on survit. Qu’on peut s’imaginer qu’on ne ressent rien, et puis s’apercevoir que leur passage de l’autre côté s’est insinué en nous et nous habite jour après jour. Et vous savez aussi, sans doute, qu’on peut perdre les gens plusieurs fois, et qu’on ne sait pas si c’était la première étape qui était la plus douloureuse, ou la dernière.
De toutes ces morts qui nous accompagnent à mesure que l’on avance en âge, on retient quelque chose, comme si elle voulait se rendre familière à l’approche de la nôtre, se laisser cerner pour faire taire en nous la révolte.
Je ne sais ce qui, le moment venu, sera le plus difficile, de se dire que c’est fini ou de savoir la douleur qu’on inflige à ceux qui nous aiment. Mais pour mourir de sa belle mort, il faut avoir eu une belle vie, et avoir aimé assez pour mériter comme Claude Monet la sobre épitaphe : Regretté de tous.

Reflet de la Cathédrale de Boulogne sur Mer
La cathédrale de Boulogne-sur-Mer en reflet dans l’eau des douves du château, photo Anne Chrysotème


2 commentaires

  1. Geneviève dit :

    En effet on apprend la mort tout au long de la vie, et même, accepter de donner la vie, justement quand on a vécu la mort d’un proche comme une grande claque, c’est implicitement accepter de donner la mort .

    Et que dire de toutes celles et ceux qui ne SONT PAS nés ? toutes ces possibilités d’êtres, ces promesses d’âmes en sommeil dans nos entrailles . Quelle chance nous avons, d’être nés, quelle fabuleuse succession de hasards : si maman avait eu la migraine ce jour là, c’est quelqu’ une d’autre , conçue le lendemain peut être, qui taperait ces lignes, et je n’aurais jamais existé . Nothing, nada , j’en ai le vertige, même pas mal ..

    La vie est un cadeau .

  2. Tania dit :

    Toutes ces questions nous habitent, chère Ariane, et particulièrement quand nous accompagnons puis perdons celles et ceux qui sont si présents dans notre vie. Votre billet me touche beaucoup.

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Merci de respecter mon travail en ne les copiant pas sans mon accord.
Ariane.

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