Style rocaille
Par Ariane, vendredi 1 septembre 2006 à 22:03 :: Architecture :: #141 :: rss
Regardez ce chêne, comment il a l'air de donner la main à la balustrade qu'on lui a accolée. La barrière est en faux bois de ciment, le tronc est un vrai chêne en bois d'arbre.
Voilà quelque cent ans, le maçon a installé son garde-corps au ras de l'arbre qui, en grossissant, a fini par s'y souder, parachevant l'illusion.
La photo est prise au moulin d'Andé, un moulin sur la Seine entre Giverny et Rouen.
Ce centre de rencontres culturelles très réputé sur les plans littéraire, musical, cinématographique, dispose d'une salle de spectacles située au sommet de la colline. De là -haut, le panorama s'étend, magnifique, sur la vallée de la Seine. Le belvédère est bordé par cette balustrade en faux bois, qui voisine avec un ravissant kiosque dont les poteaux figurent des arbres tous différents.
Le style rocaille a été abondamment décliné dans toute cette partie du domaine, des rambardes de pont aux fausses souches. Le plus spectaculaire et original, ce sont les énormes murs de soutènement à flanc de coteau qui imitent des rochers de montagne.
Quand j'étais ado, je détestais le faux bois en ciment. Je le trouvais ridicule et kitsch. Les temps changent, aujourd'hui je suis pleine de tendresse et d'indulgence pour le style rocaille. Son côté désuet me paraît charmant. C'est peut-être simplement qu'assez de temps a passé, comme pour toute mode, adulée, rejetée puis redécouverte.
A Paris, le faux bois règne en maître aux Buttes Chaumont, il se déroule en interminables escaliers à Montmartre. Nos arrières grands-parents ont tellement adoré ça qu'on en trouve encore partout.
Parfois, l'ouvrage un peu écorché laisse voir, sous l'écorce factice, l'armature de fer, comme un magicien qui dévoilerait un truc. Il s'en dégage quelque chose de pathétique. Le plus souvent, c'est la fantaisie qui domine, ce gigantesque élan vers le végétal qui a porté tout le courant art nouveau à la fin du 19e siècle.
C'est presque étonnant qu'il n'y ait pas le moindre soupçon de faux bois dans les jardins de Monet à Giverny, contemporains de l'époque où des forêts de ciment s'abattaient sur les parcs et les jardinets. Avec son oeil perçant, le peintre ne devait pas aimer ces imitations plus ou moins réussies.

Commentaires
1. Le mercredi 9 mai 2007 à 16:38, par phil
2. Le samedi 9 juin 2007 à 08:17, par Patrick
3. Le mardi 29 avril 2008 à 16:54, par veronique
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