vendredi 13 février 2009
La femme papillon
Suzuki Harunobu, Beauté sautant dans le vide depuis le balcon du temple Kiyomizu, 1765
L'exposition d'estampes japonaises de la Bibliothèque Nationale de France se termine dimanche, mais son magnifique site internet permet une belle séance de rattrapage. Je ne sais pas vous, mais j'ai eu un coup de coeur pour cette estampe-ci, et pour l'oeuvre d'Harunobu en général.
Cet artiste japonais vivait au 18ème siècle. Il porte un regard tendre sur les femmes qu'il peint graciles, gracieuses, légères. La quintessence de la femme vue par Harunobu, c'est cette estampe où la jeune fille paraît voler au-dessus de l'arbre en fleurs.
Gisèle Lambert, la commissaire de l'exposition, donne cette explication :
Semblable à un oiseau ou plus encore à un papillon, la jeune fille suspendue à son ombrelle vient de sauter dans le vide, du haut de la terrasse du temple Kiyomizu. Si les dieux sont favorables à ses amours, elle arrivera sans mal, comme il se doit, sur le cerisier, au fond du vallon. Selon la légende, le souhait formulé pouvait aussi concerner une guérison.
Vous imaginez ? Vous êtes amoureuse, pour savoir si ça vaut le coup de continuer avec ce garçon il faut que vous alliez sauter à l'élastique avec le risque de vous écraser au fond. Charmant !
Ce qu'il y a de bien avec Harunobu, c'est qu'on n'est pas vraiment inquiet. Elle est tellement mignonne, rien ne peut lui arriver, n'est-ce pas ? Aidée de son parapluie et de son kimono, elle va se poser comme une fleur. D'ailleurs, regardez, elle n'a pas peur.
Est-ce la confiance ou l'inconscience qui la pousse et la soutient ? Elle est l'image même des choix que nous demande la vie. A chaque fois que nous nous engageons pour une orientation professionnelle ou avec un partenaire, nous ne cessons de nous lancer dans le vide, accrochés à des ombrelles dérisoires. Le métier et le conjoint vont prendre une importance extrême. Pourtant même lorsque nous croyons les connaître nous savons si peu d'eux et de nous-mêmes.
Que faire alors ? Sans hésitation, il faut sauter ! On verra bien comment on atterrira. En cette veille de Saint-Valentin, je vous souhaite de toucher terre en douceur sur un lit de mousse. A vos amours !
Ce billet, écrit à 13:19 par Ariane dans la catégorie Estampes japonaises a suscité :

Bon nombre des estampes japonaises de Monet sont revenues sur les murs de sa maison. Le raccrochage s'est fait progressivement au cours de l'été, avec surtout des triptyques et des estampes de grand format.
Aujourd'hui, il y avait dans le groupe que je guidais à Giverny un collectionneur d'estampes japonaises.
Hier s'ouvrait à Paris
Quel est vraiment le sujet de cette estampe d'Hokusai, qui figurait dans la collection de Monet ? On voit d'abord une vague énorme, un véritable monstre qui avance des bras armés de griffes. Comme une bouche gigantesque, la vague s'apprête à engloutir tout ce qu'elle pourra trouver. Instant suspendu, juste avant la catastrophe.
Claude Monet possédait cette estampe d'Hokusai, Chrysanthèmes et abeille, qui orne aujourd'hui les murs de son cabinet de toilette. Comme il ne subsiste pas de photo d'époque de cette petite pièce intime, on n'est pas absolument sûr de l'accrochage d'origine. Mais Monet aimait sans doute beaucoup ces Chrysanthèmes. Ils font partie d'une suite de onze estampes, "Grandes fleurs", dont Monet possédait aussi Volubilis et rainette et Pivoines et papillon.
Van Gogh et Monet avaient une passion commune : les estampes japonaises. Tous deux se sont constitué de magnifiques collections de gravures des plus grands maîtres nippons, notamment Hiroshige.
Dans le tableau de van Gogh, "Le Pont sous la pluie", une couleur supplémentaire fait son apparition : le vert. Il est probable que van Gogh a travaillé d'après une autre version de cette planche, dont on connaît trois états différents, l'un d'eux présentant des teintes vertes. 
Quel lien y a-t-il entre l'oeuvre de Claude Monet et les estampes japonaises qu'il collectionnait passionnément ?