dimanche 29 octobre 2006
Van Gogh et les estampes japonaises
Van Gogh et Monet avaient une passion commune : les estampes japonaises. Tous deux se sont constitué de magnifiques collections de gravures des plus grands maîtres nippons, notamment Hiroshige.
Hiroshige est l'auteur de cette estampe, "Ohashi, averse soudaine à Atake".
Elle figure en bonne place dans la maison de Monet à Giverny, accrochée dans le vestibule qui mène à son salon-atelier. Van Gogh, pour sa part, admirait tellement cette estampe qu'il en a fait une copie réinterprétée à sa manière.
On peut tenter une analyse de ce qui a plu à van Gogh et Monet dans cette gravure sur bois.
- La sobriété des moyens : une gamme serrée de bleus traités en aplats, quelques notes d'ocre et de rouge. Le relief est donné par les valeurs des couleurs froides, qui varient du clair au foncé.
- La composition au dessin très affirmé, en flèche vers la droite, avec cette berge opposée qui penche dans le sens où coule l'eau. Mais le pont est coupé, on ne voit pas d'où il part ni où il arrive, si bien que le focus est mis sur les personnages, sur cet instant où ils se font tremper dans la traversée d'un pont qui n'offre aucun abri.
Il y a de l'impressionnisme dans cette façon de capter l'instant, de figurer la pluie.
Dans le tableau de van Gogh, "Le Pont sous la pluie", une couleur supplémentaire fait son apparition : le vert. Il est probable que van Gogh a travaillé d'après une autre version de cette planche, dont on connaît trois états différents, l'un d'eux présentant des teintes vertes.
Plus d'aplat chez van Gogh. Les surfaces sont animées de nuances. L'eau de la rivière est la partie la plus caractéristique de son style. Les coups de brosse parallèles de vert, de gris-bleu et de blanc y dessinent des reliefs, des vagues qui lui donnent un aspect menaçant. Le frêle esquif qui tente de remonter le courant paraît en danger.
Le dessous du pont d'Hiroshige est monochrome et graphique, créant un contraste avec la passerelle claire où progressent les piétons. Celui de van Gogh sort de l'ombre pour montrer sa matière, - bois ? bambou ? - un matériau assez fragile que l'on croit entendre gémir et sentir trembler sous la poussée de l'eau.
L'analyse des couleurs montre qu'elles sont de valeur égale, les couleurs sombres sont repoussées vers les bords du tableau. Le principal élément de fort contraste vient de la petite tache noire sur fond jaune qui représente les deux hommes presque au milieu du tableau. Pour renforcer sa force d'attraction, Van Gogh a noirci aussi le personnage de gauche, et éclairci les parapluies et l'homme venant vers nous. Le sens de lecture de l'oeuvre en devient plus net.
Chez les deux peintres, la pluie est rendue par de fines lignes obliques parallèles et croisées, offrant une impression plus nette et plus froide chez Hiroshige.
L'élément le plus personnel que van Gogh apporte à cette copie a été repoussé dans le cadre. Sans reproduire dans le dessin même le cartouche de signature de l'artiste japonais, van Gogh a imaginé un cadre vert bordé d'un liséré rouge, et décoré de caractères d'inspiration japonaise. Il affirme ainsi son intention décorative et japonisante, selon la mode de l'époque.
Ce billet, écrit à 14:53 par Ariane dans la catégorie Estampes japonaises a suscité :
