C'est la pleine floraison des roses à Giverny. Devant la maison de Monet, le massif de rosiers tiges et de pelargoniums est au mieux de sa beauté. L'espace qui s'étend devant la demeure a conservé quelque chose des parterres à la française qui s'y trouvaient avant l'arrivée de Monet.
C'est une zone plus formelle que le reste du jardin, avec des plates-bandes composées de fleurs d'une seule variété et d'une seule couleur, contrastant avec la profusion qui règne ailleurs. Au printemps, ce sont des tulipes roses surgissant de myosotis bleus. En été, des étendues de géraniums roses ou rouges. J'ai déjà parlé de ce massif de géraniums et de rosiers devant lequel Monet aimait se faire prendre en photo. Ce parterre semble d'un autre style, d'une autre patte que la sienne, et pour cause : le peintre a reproduit un souvenir de jardin. Le massif est une copie de celui de son enfance dans le jardin de sa tante Lecadre près du Havre. Alors qu'il était âgé d'une vingtaine d'années, Monet a peint à plusieurs reprises le jardin de Sainte-Adresse. Quand on regarde bien le fond de ce tableau on reconnaît le massif qui a servi de modèle pour celui de Giverny. Ainsi se balance l'espace devant la maison : devant l'aile droite, sous les fenêtres de la chambre du peintre, le parterre qui lui évoque son enfance. Au bout de l'aile gauche, côté cuisine et chambre des filles d'Alice, l'enclos aux dindons chargé de souvenirs pour Alice.
Ce billet, écrit à 12:11 par Ariane dans la catégorie Les jardins de Monet a suscité :
Monet préférait les fleurs simples, c'est-à-dire avec une seule rangée de pétales, aux fleurs doubles froufroutantes de pétales bien serrés.
Parmi toutes les roses qui fleurissent cette semaine à Giverny, il s'en trouve beaucoup qui ressemblent à celles-ci.
Ces variétés simples sont proches de l'églantine sauvage, l'aïeule de tous les rosiers. En mai l'églantine étale ses fleurs aux délicates teintes nacrées le long des chemins, leur offrant pendant quelques jours des allures de jardin. Réciproquement, accueillir des roses simples dans un jardin de fleurs lui donne aussitôt un je ne sais quoi de rustique qui rappelle les chemins creux. C'était peut-être l'effet que recherchait Monet à Giverny, un côté naturel un peu sauvage, un peu campagne, qui cadre avec le lieu et l'amour du peintre pour les paysages de Normandie.
Ce billet, écrit à 13:03 par Ariane dans la catégorie Les jardins de Monet a suscité :
Les jardins de Monet à Giverny pour soi tout seul ou presque : le rêve ! Avoir le champ libre pour les plus belles photos, se laisser envahir par la beauté du lieu... Les conseils habituels pour éviter les pics d'affluence tombent parfois un peu à plat. Il est recommandé de venir plutôt en semaine et plutôt le matin, par exemple. Mais en mai-juin, c'est pile le moment choisi par les groupes scolaires pour investir l'endroit. Le créneau du déjeuner, d'habitude plutôt calme, est franchement animé. En cette période de l'année, le bon plan est d'arriver en milieu d'après-midi. Vers 15h30, les groupes regagnent leurs autocars pour ne pas rentrer trop tard. Les jardins et la maison peu à peu se vident. A 17h15, aujourd'hui, nous n'étions plus qu'une poignée à nous promener dans les allées. Il restait encore trois quarts d'heure d'ouverture.
Quels instants extraordinaires quand les fleurs ont l'air de ne fleurir que pour vous. Quand on se sent comme l'invité de Monet et qu'on s'attendrait presque à le voir surgir au détour d'une allée, avec son ventre proéminent et sa longue barbe blanche, prêt à faire les honneurs de son jardin.
PS. A partir du 1er avril 2009 la Fondation Monet ouvrira 7 jours sur 7. Tout porte à croire que le lundi, qui était jusqu'ici le jour de fermeture, sera le plus calme de la semaine.
Ce billet, écrit à 21:45 par Ariane dans la catégorie Les jardins de Monet a suscité :
Un somptueux parterre de tulipes roses et de myosotis bleu ciel est en pleine floraison devant la maison de Monet à Giverny. Cet effet spectaculaire est à la portée des jardiniers débutants : les myosotis tout comme les tulipes mettent beaucoup de bonne volonté à fleurir. La seule difficulté est d'arriver à ce que les deux floraisons se produisent en même temps. A moins d'une grande habitude, c'est une question de chance, un petit coup de poker au moment où l'on achète les bulbes à l'automne. Le mousseux du myosotis s'associe bien avec les tiges nettes des tulipes. Il couvre le sol, si bien qu'il n'est pas nécessaire de planter les bulbes de tulipes très serrés. On plante d'abord les pieds de myosotis, puis on intercale les tulipes deci-delà. Le myosotis existe aussi en blanc et en rose. Cela permet d'imaginer des variations avec d'autres teintes de tulipes ou des narcisses.
Le myosotis - ne m'oubliez pas en langage de fleurs - a la rage de se ressemer tout seul. Si vous l'accueillez une fois dans votre jardin, il se rappellera à votre bon souvenir l'année d'après, quand il repointera son nez un peu plus loin, inventant des scènes pleines de douceur auxquelles on n'aurait pas pensé.
Ce billet, écrit à 10:56 par Ariane dans la catégorie Les jardins de Monet a suscité :
Autrefois, à l'arrivée de Monet à Giverny, le jardin de sa maison était un verger. Monet n'a pas tardé à faire arracher les arbres fruitiers pour les remplacer par des pommiers et des cerisiers du Japon moins communs et plus japonisants. Au printemps, leur floraison évoque cette lointaine vocation de verger qu'avait le jardin avant qu'il ne devienne jardin de peintre, quand il n'était encore que le jardin d'un cultivateur aisé du village, monsieur Singeot.
En cette fin du 19ème siècle, à la campagne, chaque petit bout de terrain devait produire. Un jardin d'agrément, un parc fleuri, étaient des luxes de bourgeois et de riches bien loin des préoccupations paysannes. Les premiers peintres américains qui sont venus travailler à Giverny donnent une idée de ces jardins potagers pleins de citrouilles, de ces vergers de pommiers, de cerisiers et de pruniers. Ils peignent une sorte de témoignage sur le monde rural qui n'est pas du tout le propos de Monet.
Ce billet, écrit à 11:09 par Ariane dans la catégorie Les jardins de Monet a suscité :
L'association du bleu et du jaune est une des combinaisons de couleurs préférées de Monet.
L'exemple le plus frappant en est sa salle-à-manger entièrement peinte en jaune pour mieux faire ressortir le bleu des estampes japonaises, de la vaisselle et de la cuisine qui s'ouvre juste à côté. On retrouve l'association du bleu et du jaune dans de nombreux tableaux de Monet, par exemple Le jardin de l'artiste à Vétheuil où il place des tournesols lumineux entre l'azur du ciel et des poteries chinoises bleues.
Rien d'étonnant donc à retrouver souvent ces deux couleurs dans son jardin. Ce sont elles qui créent une unité visuelle d'un côté du clos fleuri à l'autre.
Leur association se fait par mise en parallèle, le bleu et le jaune sont placés dans des parterres voisins mais ne sont en général pas mélangés dans le même.
Les couleurs sont déclinées en tons voisins dans une unité chromatique. C'est l'oeil qui les rapproche avec le recul de la distance. Clin d'oeil à cette association du bleu et du jaune, certaines pensées unissent les deux couleurs.
Ce billet, écrit à 20:49 par Ariane dans la catégorie Les jardins de Monet a suscité :
Voici la première plate-bande qui accueille les visiteurs de Giverny, à grand coup de couleurs et de parfums. Un des principes de composition du parterre que l'on retrouve un peu partout dans le jardin, est d'associer des fleurs de couleurs proches mais de formes et de textures différentes. L'effet est le même que celui produit par la juxtaposition de touches de couleurs voisines sur la toile, une vibration lumineuse d'autant plus sensible qu'on s'éloigne. Les petites pensées roses et violettes font penser au geste de Monet cueillant du bout du pinceau deux couleurs sur sa palette pour les déposer d'une même touche sur la toile.
Ce billet, écrit à 19:33 par Ariane dans la catégorie Les jardins de Monet a suscité :
Voici mon lieu de travail... Le temps est réellement printanier depuis l'ouverture dimanche dernier. Douceur et ciel bleu, les oiseaux chantent, les jacinthes embaument et les narcisses se balancent dans le vent... Quel bonheur d'être guide, de faire partager ma passion pour Claude Monet !
Ce billet, écrit à 14:39 par Ariane dans la catégorie Les jardins de Monet a suscité :
Ouverture discrète à la Fondation Monet, ambiance de fête au Musée d'Art Américain : aujourd'hui premier avril, les deux musées de Giverny viennent de rouvrir. C'est parti pour sept mois jusqu'à la Toussaint. Dans les jardins de Claude Monet, le printemps est bel et bien là, sous les cerisiers du Japon couverts de mousse rose. Les carrés de pelouses connaissent leur heure de gloire, tout piqués de narcisses et de jonquilles qui leur donnent un petit air hollandais.
Dans les plates-bandes, les jacinthes embaument, tandis que les petites pensées de toutes les couleurs secouent la tête. Du côté du jardin d'eau, le démarrage est plus timide. Au-dessus du pont japonais, la glycine est encore en bourgeons. Mais les saules toujours pressés balancent déjà leurs longs rameaux couverts de feuilles vert tendre. L'étang reflète des silhouettes graphiques d'arbres encore dénudés. Il fait bon flâner le long des allées dans la tiédeur d'avril.
A cent mètres de là, le Musée d'Art Américain fête ses quinze ans d'existence par une exposition exceptionnelle, dont le vernissage a attiré beaucoup de monde aujourd'hui. Il a fallu trois années de travail pour mettre sur pied cette expo, mais cela en valait la peine. C'est peu de dire qu'elle tient ses promesses : c'est encore plus beau que ce qu'on pouvait rêver, une fête pour les yeux ! On voudrait pouvoir garder tous ces tableaux à Giverny, et on regrette déjà que l'expo parte aux Etats-Unis le 1er juillet. Dépêchez-vous !
Toutes les vagues de peintres qui se sont succédé à Giverny pendant 30 ans sont représentées par des oeuvres majeures, un pur régal. On distingue bien l'évolution de leurs tendances et de leurs styles, des premiers paysagistes attachés à représenter la vie paysanne au groupe qui se constitue autour des MacMonnies, préoccupés de figures et d'un monde plus bourgeois, pour finir par les peintres post-impressionnistes influencés par les Fauves et les Nabis.
Monet n'est pas oublié : trois de ses toiles, superbes, sont exposées, un champ de coquelicots, une matinée sur la Seine, et un pré avec des meulettes. Je vous en reparlerai, auparavant j'ai envie de retourner les voir en semaine quand il y aura moins de monde.
Ce billet, écrit à 17:48 par Ariane dans la catégorie Les jardins de Monet a suscité :
A quoi ressemblera le jardin cette année ? La question est encore d'actualité pour beaucoup de jardiniers. A Giverny en revanche, voilà bien longtemps que les plantations sont planifiées : la maison de Claude Monet et ses jardins ouvrent dans une semaine. Comme chaque année, l'équipe de la Fondation Monet aura accompli un tour de force en préparant la floraison de dizaines de milliers de fleurs.
Aucun particulier ne peut rivaliser avec les moyens déployés ici, et c'est parfois un peu déprimant de retrouver son modeste jardin après avoir vu les splendeurs de Giverny. Pour se consoler, il faut se dire que Monet n'a pas créé son univers en un jour. Il lui a fallu beaucoup de temps et d'efforts, près d'un demi-siècle, pour parvenir à la perfection formelle que nous admirons aujourd'hui. Claude Monet a vécu quarante-trois ans à Giverny, une longue période qu'on peut diviser en quatre étapes.
Monet a d'abord été locataire pendant sept ans avant d'acquérir en 1890 la propriété dont le terrain se résume à l'actuel Clos Normand. C'est un verger agrémenté de parterres entourés de buis taillés et traversé par une sombre allée d'épicéas. Les premières années ne connaissent que des transformations légères. Une partie du jardin est dévolue au potager, où la famille se dépêche de planter des légumes pour sa subsistance. Les enfants sont chargés d'arroser en tirant l'eau du puits. Monet sème ses premiers massifs de fleurs. Devenu propriétaire, le peintre fait bâtir sa première serre pour les orchidées et les plantes exotiques. Sa situation financière s'améliore. En 1892 il est en mesure d'embaucher un chef jardinier bientôt secondé par cinq aides. En 1893, Monet achète une bande de terrain de l'autre côté de la route et fait creuser un premier bassin aux nymphéas, bassin redessiné en 1901 après l'achat d'une parcelle voisine.
Dernière étape en 1911, après les inondations catastrophiques de 1910, Monet fait agrandir le bassin et transforme son jardin d'eau. Cela fait vingt-huit ans qu'il est arrivé à Giverny.
Ce billet, écrit à 18:25 par Ariane dans la catégorie Les jardins de Monet a suscité :
L'impressionnisme est une gageure, celle de rendre, par la technique lente de la peinture, l'impression d'un instant. Si l'on s'en tient à cette définition, la photographie paraît impressionniste par nature, puisqu'elle fixe instantanément l'instant. Bien sûr, il y a des photos qui sont intemporelles. Et bien sûr, la peinture impressionniste, c'est aussi une touche, un choix de motifs, une réflexion sur le rôle de l'art... La photographe Anne Chrysotème excelle dans l'art de l'impressionnisme photographique. Il y a quelques années, elle s'est prise de passion pour les jardins de Claude Monet à Giverny, au point d'y fixer sur la pellicule argentique plusieurs milliers de clichés. Quand elle arrive avec sa dernière moisson, c'est toujours un moment d'émerveillement de découvrir ses photos pleines de poésie, de magie. Son talent me bluffe. Comme le peintre transforme un paysage en oeuvre, elle magnifie ce lieu que je connais bien, avec sa vision personnelle d'artiste.
A Giverny, Anne Chrysotème aime les reflets du jardin d'eau, les couleurs de l'automne. En suivant ce lien, vous verrez d'ailleurs que la photo n'est pas le seul de ses talents.
Anne prend son temps pour tirer le portrait des fleurs comme ces roses du Clos Normand, devant la maison du peintre.
Si vous voulez essayer d'en faire autant, il vous faut un appareil avec une bonne optique, qui permette de jouer sur la profondeur de champ. Passez-le en mode manuel, choisissez une grande ouverture de diaphragme et réglez la netteté du premier plan. Petit truc, Anne recommande de choisir un arrière-plan sombre, le ciel ne donne pas grand-chose. Pour le reste, l'oeil, la composition, sont affaires personnelles.
Ce billet, écrit à 20:19 par Ariane dans la catégorie Les jardins de Monet a suscité :
Des photos et rien que des photos du jardin de Monet : je suis en train de mettre en ligne une partie des vues que j'ai prises cette année à Giverny.
Sont déjà visibles, une série de photos du clos fleuri au printemps et une page consacrée au jardin d'eau.
L'album se complètera au fil du temps. C'est un site collaboratif : vos photos sont les bienvenues (à l'exception des portraits pris dans le jardin, qui sont à leur place dans votre album souvenirs).
J'espère que vous aurez la même joie que moi à partager la magie de Giverny, et à revenir souvent rêver devant l'éphémère beauté des saisons.
Ce billet, écrit à 13:35 par Ariane dans la catégorie Les jardins de Monet a suscité :
Il suffit que le temps soit humide, même s'il ne pleut pas, et voilà tous les escargots de sortie. L'escargot est un ambitieux. Ce mollusque, conçu pour vivre au ras du sol, a le goût des cimes. Il grimpe, poussivement certes, mais il grimpe. Il colonise les pommiers. Condamné à l'immobilisme les trois quarts du temps, il doit soupirer d'aise quand l'hygrométrie remonte. Voici venu le temps de se dégourdir le muscle et de se remplir la panse. Dans le jardin de Claude Monet à Giverny, j'ai surpris celui-ci dans une position délicate, en équilibre sur une pivoine arbustive. Le poids de sa coquille va-t-il l'emporter et le faire dégringoler jusqu'à la case départ, tout au fond de cette jungle ? Comment va-t-il se tirer de ce mauvais pas ? Va-t-il glisser jusqu'au bas de la feuille pour passer sur celle d'en dessous, ou bien faire demi-tour vers la tige de la plante ? Je n'ai pas eu la divine patience d'un escargot pour attendre le dénouement. Mais en capturant son image, je me suis demandée s'il y avait une conscience dans cette petite bête-là, une forme primitive de pensée. Vraiment, je me le demande.
Ce billet, écrit à 09:02 par Ariane dans la catégorie Les jardins de Monet a suscité :
Dans le jardin de fleurs de Claude Monet, à Giverny, les vivaces et les annuelles sont à l'apogée de leur croissance.
C'est la saison du gigantisme. Certains dahlias se hissent à deux mètres de haut, en compétition avec les soleils, dont le jaune illumine le jour le plus morne. Les premiers asters fleurissent en masses de couleur, aux côtés des anémones du Japon.
Les cosmos d'un rose tendre affichent la couleur exacte des murs de la maison. Le dessin des plates-bandes disparaît sous la profusion de fleurs de toutes tailles, dans un enchevêtrement végétal qui noie les contours. On pourrait jouer à cache-cache dans les allées sans même avoir besoin de se baisser.
Ce billet, écrit à 22:02 par Ariane dans la catégorie Les jardins de Monet a suscité :
C'est un coin des jardins de Monet où presque personne ne va : à droite de l'allée des tilleuls, derrière la verrière du salon-atelier, une zone ombragée forme une impasse. La floraison y est pourtant aussi raffinée qu'ailleurs. Quelle délicatesse dans cette harmonie verte, ce petit tapis de feuilles vertes frangées de blanc ! Un jardinier a pensé que ce serait bien de rappeler ces tons dans la potée de pelargoniums qui prendrait place à côté. C'est l'un des petits bonheurs que réserve la visite dans les jardins de Monet, à condition de prendre son temps, tranquillement. Si on va trop vite, on sentira l'harmonie d'ensemble, mais on risque de passer à côté des détails.
Peut-être qu'on apprécie mieux la peinture quand on peint soi-même, et peut-être qu'on comprend mieux toutes les subtilités de la composition d'un jardin quand on est expert en jardinage. La maîtrise de l'art apprend à voir. Pour tous les autres qui n'ont pas cette chance, la compréhension soudaine de l'intention qui a présidé à un arrangement donne un instant de joie.
J'aime bien, derrière les fleurs, entrevoir l'être humain qui les a pensées.
Ce billet, écrit à 22:10 par Ariane dans la catégorie Les jardins de Monet a suscité :
L'image ne rend que partiellement compte du côté paradisiaque du jardin de Monet à Giverny.
Par une chaude journée d'été, les fleurs exhalent tous leurs parfums. Hmmm ! Leur fragrance invite à de grandes inspirations extatiques...
Les humains ne sont d'ailleurs pas les seuls à qui les senteurs fleuries font tourner la tête. Des dizaines de petits papillons voltigent autour des buissons de phlox et dans les allées bordées de lavande.
De gros bourdons patauds prennent leur envol, les poils des pattes jaunis de pollen. Du côté de l'étang, les libellules zigzaguent au ras de l'eau. Sous la surface, on devine le glissement des carpes.
Les grands arbres qui entourent le bassin aux nymphéas sont le royaume des oiseaux, qui se manifestent en un concert désordonné et joyeux. Le vent balance les branches des saules, fait frémir les feuilles des peupliers. Va-t-il pleuvoir ? L'averse tambourinera sur les plantes et dans les allées, les gouttes picoteront la surface de l'étang, la pluie ruissellera dans toutes les rigoles. On a dit du jardin de Monet que c'était "un tableau à même la nature". C'est vrai, Monet l'a composé avec des couleurs et des perspectives comme un tableau. Depuis, la terre, l'eau, le soleil, les plantes en font un coin de nature, qui se moque pas mal d'être un tableau.
Ce billet, écrit à 22:47 par Ariane dans la catégorie Les jardins de Monet a suscité :
La photo numérique ci-contre, prise cet été devant la maison de Monet à Giverny, me fait penser à l'autochrome de 1923 ci-dessous. Le peintre se trouve dans son jardin, entre deux massifs de fleurs. Sa main qui tient la cigarette reste en suspens pendant le temps de pose prolongé. On possède plusieurs photos couleur des jardins de Monet. Elles ont le charme inimitable des autochromes, un procédé inventé par les frères Lumière au début du siècle pour capturer la couleur sur des plaques de verre recouvertes de fécule de pomme de terre. A gauche de Monet, des rosiers taillés en arbres dominent un massif de géraniums (ou de pélargoniums si vous préférez). A droite, des tuteurs de bois servent de support à des plantes grimpantes rouges, sans doute des haricots d'Espagne. A leur base s'étend un massif de pélargoniums roses et rouges bordé de plantes à feuillage gris, peut-être des oeillets. Quand, à la fin des années 70, il a fallu recréer les jardins retournés à l'état de friche, les jardiniers se sont appuyés sur les photos d'époque, les souvenirs des visiteurs contemporains et des documents d'archives. On peut voir ici avec quelle fidélité l'esprit des jardins de Monet a été restitué.
Ce billet, écrit à 15:36 par Ariane dans la catégorie Les jardins de Monet a suscité :
De loin, on ne voit que du jaune. De près, en regardant en détail, on s'aperçoit que cette plate-bande des jardins de Monet à Giverny mêle des fleurs très variées : rudbéckia, oeillet d'Inde, souci...
Monet concevait son jardin avec des yeux de peintre : de la couleur avant toute chose. Le même esprit règne aujourd'hui dans ce lieu de mémoire qu'est la Fondation Claude Monet. Les plates-bandes les plus frappantes sont conçues en un ou plusieurs tons voisins de jaune, de rose, de blanc...
Tout l'art consiste à harmoniser les couleurs sur le papier, quand le massif n'est encore qu'un projet, à bien calculer les périodes de floraison, les hauteurs des unes et des autres... Un travail d'artiste qui mérite qu'on s'y attarde en visitant les jardins de Monet.
Ce billet, écrit à 17:40 par Ariane dans la catégorie Les jardins de Monet a suscité :
En me promenant dans les jardins de Monet à Giverny, je me suis arrêtée longuement devant la grande allée pour détailler les plantations. Sur la droite, les masses de couleur les plus importantes étaient données par une fleur que je ne connaissais pas. J'étais embêtée : comment faire pour en parler dans mon billet bi-hebdomadaire sur l'évolution de la grande allée ? J'ai attendu un peu, espérant rencontrer quelqu'un féru de botanique, mais les visiteurs présents ne pensaient qu'à se prendre en photo devant la perspective fleurie.
Je commençais le tour du bassin aux nymphéas quand un monsieur qui marchait devant moi a soudain enjambé la frêle barrière de bambou qui sépare les allées des massifs. J'étais stupéfaite d'un tel culot, jusqu'à ce que le monsieur se mette à parler à un jardinier occupé à l'entretien d'une plate-bande en lui donnant des ordres.
L'occasion était trop belle de demander des éclaircissements sur la fleur mystère au chef jardinier. Je lui décris la plante, son emplacement, et c'est à son tour d'être embêté : "Désolé, je ne vois pas de quelle fleur vous parlez : nous avons chacun notre secteur, je m'occupe du jardin d'eau." Je remerciais déjà, un peu déçue, quand il a ajouté :" Je dois y passer, si je vous retrouve en revenant je vous dirai ce que c'est."
Quelques minutes plus tard, qui vois-je arriver à ma rencontre, tournant autour du bassin dans le sens inverse de la visite ? Notre chef jardinier, qui me donne la clé de l'énigme de la fleur mystérieuse : il s'agit d'une vivace, la salicaire.
Je suis confondue de tant d'obligeance. Quelle passion anime cette poignée d'hommes qui réalisent jour après jour l'exploit de faire de ce lieu un jardin extraordinaire ! Leur passion se lit dans les massifs, composés avec une infinie recherche, puis entretenus avec sollicitude. Les jardiniers de Giverny sont des virtuoses à qui on a confié un Stradivarius : le domaine créé par Monet. Sur cet instrument enchanté, ils jouent d'infinies variations, avec la contrainte de garder un jardin merveilleusement fleuri tout au long des sept mois d'ouverture. Non contents de réussir quotidiennement ce tour de force, ils restent sensibles à l'intérêt et à l'admiration des visiteurs. Je ne dis pas qu'il faut les accabler de questions et les empêcher de travailler. Mais que les jardiniers soient aimables, c'est aussi l'un des charmes de Giverny.
Ce billet, écrit à 12:45 par Ariane dans la catégorie Les jardins de Monet a suscité :
Le jardin fleuri qui s'étend devant la maison de Claude Monet à Giverny s'appelle le clos normand. Ce nom désigne généralement un verger de pommiers entouré de murs. C'était l'apparence d'origine de cette partie du jardin, avant que Monet n'y plante une profusion de fleurs. Les habitants de ce petit coin de France ont l'habitude de s'entourer de murs de pierres assez hauts pour faire obstacle aux regards. Ici, on aime le "bien chez soi". Ce n'est pas le goût du secret, mais une façon de se ménager un espace de liberté.
Alice et Claude, à la situation longtemps ambigu (si si ! c'est comme je vous le dis ! Ils ne sont pas mariés ! Elle a quitté son mari pour se mettre en ménage avec un artiste ! Et avec six enfants, vous vous rendez compte ? ) ont certainement apprécié de pouvoir s'isoler des curieux. Plus tard, quand de très nombreux artistes américains se sont installés à Giverny, Monet a préservé ses séances de travail des fâcheux en fermant sa porte.
Mais son clos fleuri est resté visible depuis la route et la voie de chemin de fer. Les contemporains décrivent le ballet des voitures ralentissant devant cette vision d'Eden. Cela n'a pas beaucoup changé aujourd'hui, les touristes tentent toujours d'apercevoir le jardin par un trou de la clôture. Dans la rue Claude Monet, tout près de la Fondation, une maison porte encore son ancienne plaque émaillée. Ses propriétaires du début du siècle ont baptisé leur villa des champs "le clos normand", dans un curieux mélange de terminologie rurale et de mode bourgeoise, celle de donner un nom à son lieu de villégiature.
Ce billet, écrit à 17:22 par Ariane dans la catégorie Les jardins de Monet a suscité :
Parce qu'il est accommodant, on fait subir toutes sortes de misères au tilleul.
Dans les jardins de Monet, une petite allée ombragée passe presque inaperçue, sur la gauche de la maison. Elle fait pourtant ce qu'elle peut pour se faire remarquer, avec son "couvert de tilleuls carrément taillés" comme dit Balzac.
Alors que le reste du jardin est tout en souplesse, ces quelques tilleuls réduits à des troncs surmontés de cubes paraissent curieusement raides. Cela vous a un petit côté prouesse jardinière qui ne devait pas déplaire au maître des lieux.
C'est là que la famille de Claude Monet et d'Alice Hoschedé aimait s'installer en plein air. L'ombre du tilleul est réputée une des plus agréables qui soit. A la floraison, le tilleul répand une odeur délicate, beaucoup plus discrète que le chèvrefeuille et la rose ancienne qui fleurissent en même temps.
Aux alentours de la fête de la musique, tous les tilleuls de Vernon sont en fleur. Il y en a plus de mille, dont 560 pour la seule avenue des Capucins, majestueuse voie qui relie le château de Bizy à la Seine. Elle est bordée de quatre rangées de tilleuls séculaires. Vernon doit ses tilleuls au châtelain de Bizy, qui consentit à voir ses avenues passer dans le domaine public, à condition que la ville en entretienne les arbres.
Les tilleuls, voilà le luxe de la ville de Vernon. Car eux aussi sont taillés, deux fois par an, selon une forme qui rappelle le F et que l'on nomme paraît-il en berceau. Quand les feuilles poussent, les frondaisons se transforment en un véritable toit de verdure que les rayons du soleil ne traversent pas.
Ce billet, écrit à 21:14 par Ariane dans la catégorie Les jardins de Monet a suscité :
Une harmonie de fin de printemps règne en ce moment à Giverny. Le jardin fleuri qui s'étend devant la maison de Monet est éblouissant de couleurs.
Les rosiers grimpants savamment taillés et conduits en arbres, en arceaux, en tonnelles, en haies, déversent leur pluie de fleurs, en écho aux pivoines, leurs cousines des plates-bandes.
Les supports des clématites maintenant défleuries s'illuminent à nouveau de la floraison des roses.
Les variétés sont choisies pour s'échelonner. Alors que certaines resplendissent, d'autres, couvertes de rangs serrés de boutons, promettent des délices futures. C'est une des caractéristiques du jardin de Monet. Le coeur tressaille devant le spectacle qui constitue le clou du moment, la glycine au-dessus du pont japonais, l'allée des iris, les rideaux de clématites, les rosiers-arbres... Mais en même temps, on a toujours l'impression d'arriver trop tôt ou trop tard pour quelque chose.
Le goût de la collection propre à Monet devient une nécessité pour donner à voir tout au long des sept mois d'ouverture. Si bien que pour admirer toutes les roses, ou tous les iris, il faudrait venir chaque semaine tout au long de leur période de floraison.
Ce billet, écrit à 08:34 par Ariane dans la catégorie Les jardins de Monet a suscité :
Des murs de fleurs légères, roses ou blanches : à Giverny, la floraison des clématites prend des allures spectaculaires.
Cette plante ligneuse ne demande qu'un support pour s'enrouler et grimper à plusieurs mètres. Monet en a joué en faisant construire à l'est de l'allée centrale des structures métalliques de grande taille qui servent de tuteurs aux clématites.
Ces barres métalliques ont beau être peintes en vert, elles restent raides et ont un côté artificiel qui n'est plus du tout dans le goût d'aujourd'hui. Il faut croire que cela ne gênait pas Monet de hérisser son jardin de cornières de métal.
Claude Monet avait un faible pour les clématites. En 1887, les clématites blanches lui servent de modèle pour deux tableaux où les fleurs sont réparties sur la toile à la manière d'Hokusai.
Ce billet, écrit à 22:15 par Ariane dans la catégorie Les jardins de Monet a suscité :
Le ciel était un peu laiteux ce matin. La réverbération du soleil sur les ardoises de la maison de Claude Monet à Giverny fait disparaître le toit.
Avec les murs couverts de vigne vierge, le massif de tulipes qui reproduit le rose du crépi, la maison a l'air de faire partie du jardin, de s'y fondre comme un végétal plus gros que les autres.
Cela ne trompe l'oeil qu'un instant, jusqu'à ce que le regard s'arrête sur le fronton triangulaire et son oeil de boeuf. C'est ce petit détail d'architecture qui donne la clé de l'image.
En peinture, le titre de l'oeuvre joue parfois ce rôle. Dans le bol de lait de Bonnard, la lumière attire l'oeil vers la fenêtre ensoleillée, comme si cela devait être l'essentiel du tableau, mais le titre décode ce qui se joue dans l'ombre de la pièce, la femme et son bol, et le chat qui attend.
Ce billet, écrit à 23:34 par Ariane dans la catégorie Les jardins de Monet a suscité :
Samedi 1er avril 2006 : ouverture de ce blog en même temps que de la Fondation Claude Monet à Giverny
9h32 : la première minute d'ouverture de la Fondation Claude Monet à Giverny cette année ! J'imaginais la grande foule prête à se précipiter dans les jardins. En fait de file d'attente, il y a quatre personnes : un monsieur japonais, deux blondes qui ont l'air de parler allemand, et une autre dame à l'origine mystérieuse. Je me sens prise de timidité pour aller lui demander d'où elle vient. C'est pour le journal... poisson d'avril !
Ce billet, écrit à 12:02 par Ariane dans la catégorie Les jardins de Monet a suscité :