dimanche 10 janvier 2010

En hiver, la maison de Monet se dresse toute simple sans sa parure de feuillage et de fleurs.
Il n'a pas neigé beaucoup à Giverny.
Plus au sud du département, à quelques dizaines de kilomètres seulement, il paraît qu'il est tombé une grosse épaisseur de flocons.
Ici, tout juste un peu de sucre glace.
La maison de Claude Monet en devient une confiserie géante, un énorme bonbon rose.
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mardi 8 décembre 2009
Une belle boîte posée dans le cabinet de toilette de Monet intrigue les visiteurs. Elle a une forme curieuse, elle est faite avec beaucoup de soin, en cuir, et la patine de la matière indique son ancienneté. A quoi sert-elle ?
Oh bien sûr, si vous avez l'habitude de chiner, vous l'avez reconnue tout de suite. On en trouve parfois, vide ou non, avec ou sans leur délicieuse petite clé... Vous avez deviné ?
C'est une boîte à chapeau, mais pas n'importe lequel. Un haut de forme.
C'était à la Belle Epoque le chapeau chic, l'accessoire masculin indispensable dans la bonne société, qui pouvait être gris le jour, mais toujours noir le soir.
Quand il était à Giverny, Monet rangeait certainement son haut de forme dans sa boîte. C'était un chapeau social, citadin. Malgré son goût pour les beaux vêtements, Monet portait un chapeau plus mou dans sa campagne.
Mais, de temps en temps, une cérémonie ou une soirée parisienne lui fournissait l'occasion de tourner la petite clé et d'extraire le chapeau retourné de son cocon de soie.
Monet se devait de posséder un chapeau haut de forme, la marque d'appartenance à la bonne société. Issu d'un milieu bourgeois, marié à une grande bourgeoise, il connaissait les codes, et n'avait nullement l'intention de passer pour un peintre bohème.
A voir la boîte, on se dit que ça devait coûter une petite fortune, un haut de forme. Un vrai gadget bling-bling.
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lundi 30 novembre 2009
Quand les petites filles dessinent une maison, elles aiment lui faire des rideaux aux fenêtres. Les fenêtres sont les yeux de la maison, avec des rideaux elles ont l'air d'avoir des paupières, et ce sont des détails qui comptent quand on a à coeur de représenter les choses avec minutie.
Les petites filles, en général, se plaisent dans la maison de Claude Monet. Les fenêtres de la cuisine ont exactement le type de rideaux qu'on imagine, des rideaux bonne femme, ces voilages courts et volantés retenus par des embrasses.
En harmonie avec les carreaux en faïence bleue de Rouen qui recouvrent les murs, les rideaux sont en tissu vichy bleu. Je ne sais pas ce que ça vous évoque, les carreaux vichy, peut-être la chemise de nuit de Pimprenelle ? la robe de mariage de Brigitte Bardot ? Aujourd'hui c'est un tissu sage qui préfère l'ameublement à la mode. Il donne un style campagne, un côté un peu désuet, authentique dans le sens terroir du mot.
Dans les dessins d'enfant, encore plus souvent que des rideaux les fenêtres ont des croisillons. C'est aussi le cas de celles de Monet, c'est l'époque de construction qui veut ça. Et, cohérence du détail, on ouvre la fenêtre grâce à une magnifique poignée en fonte ouvragée.
La tentation est grande de se prendre pour la cuisinière de Monet, de tourner la poignée, d'ouvrir la fenêtre. Les rideaux tamisent le soleil, voilent le dehors sans le cacher. Mais fenêtre ouverte, le jardin fait irruption dans la pièce. De la fenêtre il ne reste que l'encadrement, ce que justement on nomme le tableau de la fenêtre. Quand on est à l'intérieur de la maison, le jardin y apparaît comme un tableau du maître des lieux.
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dimanche 16 août 2009
La rentrée approche, et avec elle l'heure de troquer la chaise longue pour la chaise de bureau.
Celle que voici se trouve dans la maison de Claude Monet, dans son salon-atelier. Elle est placée devant l'un des bureaux Napoléon III du peintre, au même endroit qu'il y a cent ans.
Voilà l'idée que l'on se faisait d'une chaise de bureau confortable à l'époque de Monet. J'ai toujours été intriguée par ses pieds décalés, deux d'entre eux dans l'axe de la personne assise.
Je viens de trouver une explication à cette bizarrerie dans le "Guide des meubles et des styles" de Françoise Deflassieux, éditions Solar (p.273). L'idée n'était pas nouvelle au 19e, elle avait plus d'un siècle.
Sous une illustration présentant un siège canné Louis XV, lui aussi avec les pieds décalés, l'auteur précise que "le fauteuil de bureau est conçu en vue d'un maximum de confort d'assise pour l'homme devant rester de longues heures à sa table de travail : dossier très enveloppant et jambes légèrement écartées de part et d'autres du pied central.
Je ne sais pas ce que vous en pensez, messieurs. Perso, ça ne me dit rien qui vaille. Ça ressemble plutôt à un instrument de torture pour empêcher les gens de plume de se balancer sur les pattes arrières du siège, histoire de leur couper les ailes.
La preuve que ce n'était pas une bonne idée ? On l'a fichue aux orties et on a inventé les sièges de bureau à roulettes !
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jeudi 6 août 2009
La visite de la maison de Monet à Giverny fait entrer dans l'intimité familiale du peintre. Nulle part ailleurs on ne se sent aussi proche de l'homme qu'il a été, travaillant et vivant dans une demeure patiemment décorée par ses soins, reflet de ses goûts, d'un mode de vie, d'une époque.
Une des pièces où se manifeste le plus ce sentiment d'intimité, c'est bien sûr sa chambre à coucher. Que faisons-nous là ? Ne sommes-nous pas un peu indiscrets ? Plus de quatre-vingts ans après la mort du maître dans ce même lit, il paraît encore habiter la chambre.
Peu de personnes y étaient admises, mais il arrivait à Monet d'y conduire ses visiteurs. C'est qu'il avait accroché dans cette pièce sa propre collection d'oeuvres offertes, échangées ou achetées à des artistes amis.
A son époque, les murs de la chambre étaient couverts de trente-cinq toiles accrochées les unes à côté des autres. On y voyait douze Cézanne, quatre Renoir, et des oeuvres de Sisley, Pissarro, Boudin, Delacroix, Jongkind, Morisot, Signac, Caillebotte, Chéret, Guys, Carolus Duran... Ces oeuvres sont conservées aujourd'hui au Musée Marmottan-Monet à Paris.
On accède à la chambre de Monet par un escalier très raide, aussi pentu qu'une échelle de meunier. La place ne manquait pas, pourtant, pour faire un escalier plus facile à gravir.
Monet a installé sa chambre et son cabinet de toilette au-dessus du salon-atelier, cette grange transformée à son arrivée à Giverny en atelier, puis devenue salon-fumoir après la construction du deuxième atelier. Le peintre pouvait ainsi passer aisément de l'un à l'autre, à n'importe quelle heure.
A l'entrée dans la chambre, celle-ci étonne par ses dimensions. C'est une vaste pièce presque aussi grande que l'atelier, par la force des choses. Monet, pourtant, y dormait seul. Dans les familles bourgeoises, on copiait l'aristocratie : de même que les châteaux disposaient d'appartements distincts pour le châtelain et la châtelaine, chez les bourgeois, Monsieur et Madame faisaient chambre à part. Ce n'est pas Alice qui devait s'en plaindre, vue l'habitude de Monet de se lever dès quatre heures et demie ou cinq heures du matin. Qu'on se rassure, une porte de communication reliait la suite de Monet à celle de sa femme.
La chambre est éclairée de trois baies donnant sur le jardin, devant lesquelles le soleil tourne du milieu de la matinée jusqu'au soir. C'est la pièce la plus lumineuse de la maison.
Irrésistiblement attiré, on s'approche. Le jardin s'étire comme un tapis, emplissant le paysage. A part lui, on ne voit rien. Monet surveillait-il à l'occasion ses jardiniers depuis ce poste de guet ? Il devait se régaler en tout cas de la vue qu'il s'était organisée, les allées qui se coupent à angle droit, les pelouses sous les cerisiers du Japon, et surtout les masses de fleurs exubérantes et colorées du printemps à l'automne. A l'arrière-plan, les arbres du jardin d'eau élèvent l'écran de leur masse verte.
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jeudi 30 juillet 2009
C'est Claude Monet lui-même qui a présidé au choix des couleurs dans toutes les pièces de sa maison de Giverny. Pour la cuisine dernier cri qu'il a fait construire à l'extrémité Est de la demeure, à la place d'une cuisine trop petite et d'une remise, Monet a opté pour le bleu.
Tout est bleu sauf le sol. Murs, meubles et plafond sont recouverts de carreaux de faïence bleus et blancs ou laqués bleu ciel.
Le bleu est une couleur froide, et pourtant c'est une impression chaleureuse qui se dégage de cette cuisine, souvent la pièce préférée des visiteurs. Car une impressionnante batterie de cuisine en cuivre vient réchauffer le plus grand mur, alignant ses casseroles de différentes tailles, ses sauteuses, ses saumonières, sa turbotière, ses couvercles et autres écumoires. Les reflets chauds du cuivre et le bleu des carreaux s'équilibrent. Il est probable aussi qu'il devait faire très chaud dans cette cuisine à cause de l'énorme fourneau, une impression de fraîcheur était sans doute la bienvenue.
Mais Monet ne s'en est pas tenu là. Non content d'associer les tonalités dans une pièce, il a voulu aussi harmoniser les pièces entre elles.
Par la porte ouverte de la cuisine, on aperçoit la salle à manger. En général, cette porte restait fermée, séparant le domaine des maîtres de celui des domestiques. Mais au moment de servir à table, on l'ouvrait.
Monet avait un sens tatillon du détail. Pour éviter toute faute de goût, il fallait que la couleur de la cuisine réponde à celle de la salle à manger. Celle-ci était jaune de chrome, de manière à mettre en valeur la vaisselle bleue et les estampes japonaises à dominante bleue, et aussi pour apporter plus de luminosité à une pièce éclairée par des ouvertures assez étroites.
Pour aller avec tout ce jaune, Monet a voulu du bleu pour la cuisine : c'était une de ses associations de couleurs préférée. On la retrouve dans de nombreux tableaux, par exemple la série des escaliers aux tournesols du jardin de Vétheuil.
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mercredi 29 juillet 2009
J'en rêvais depuis longtemps : la Fondation Claude Monet vient de m'autoriser à prendre des photos dans la maison du peintre à Giverny. Je me réjouis de pouvoir parler enfin de cette demeure merveilleuse, unique, qui mérite quelques explications pour être mieux appréciée.
A Giverny, on est non seulement dans les murs, mais aussi dans les meubles de Monet. Tout est resté en place après la mort du maître, d'abord pieusement conservé par sa belle-fille Blanche, puis, comment dire ? oublié ? abandonné ? par son fils Michel, qui avait fait sa vie ailleurs.
Malgré le délabrement de la maison au moment où l'Académie des Beaux-Arts l'a reçue en 1966, on a pu restaurer le mobilier de Monet. Quand, pour certaines pièces en trop mauvais état, cela n'a pas été possible, le directeur Gérald van der Kemp a cherché des meubles de la même époque et du même style pour remplacer les meubles manquants. Il avait acquis une grande expérience de ce travail en remeublant patiemment le palais de Versailles.
Le résultat est saisissant. On est projeté tout à la fois il y a cent ans et dans la vie quotidienne de Claude Monet.
Voici un aspect du salon que Monet s'est installé dans son premier atelier, lorsqu'il s'est fait construire le deuxième et qu'il a pu récupérer cet espace situé au rez-de-chaussée de la maison principale pour son usage personnel.
Largement baigné de lumière par la grande verrière à l'ouest, le salon lui servait de fumoir, cette pièce réservée aux hommes où ceux-ci se rendaient après le repas pour griller une cigarette ou tirer sur leur cigare. Fumer, alors, était considéré comme un signe de distinction. On ignorait les dangers du tabac, qui a fini par venir à bout des poumons de Monet.
Une grande photo montre Monet debout au milieu de cette pièce, et c'est comme un jeu des sept erreurs de comparer son aspect d'aujourd'hui avec celui qu'elle avait de son vivant. On s'aperçoit que la chaise en rotin, la petite table pliante, le bureau sont les mêmes. C'est moins sûr pour le canapé et la méridienne, placés au même endroit mais pas tout à fait semblables.
Si Monet revenait, il retrouverait ses marques, à une exception près : la pièce n'empeste plus le tabac. Comme de photographier, il est maintenant interdit de fumer dans la maison.
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vendredi 26 juin 2009
Ce ne sont pas toujours les questions les plus simples auxquelles il est le plus facile de répondre. Mais j'ai enfin trouvé la bonne personne à qui demander les dimensions de la maison de Monet. Celle-ci mesure environ 40 mètres de long par 5 mètres de large.
Sur deux niveaux, on obtient 400 mètres carrés, auxquels il faut rajouter un bout de grenier qui a servi de chambre.
400m2, cela semble spacieux à première vue, mais pour loger dix personnes c'est tout de suite moins excessif. D'autant qu'un grand bout de cet espace, le premier atelier, est réservé à l'usage professionnel.
Surtout, à l'arrivée des Monet-Hoschedé à Giverny, la maison est nettement plus petite. C'est Monet qui a poussé les murs en ajoutant une extension de chaque côté. Ce faisant, il a déséquilibré la forme générale de la maison, démesurément longue pour sa profondeur. A l'étage, avec toutes les pièces en enfilade et le plancher de bois, on se croirait sur le pont d'un bateau.
Le raccord entre la maison d'origine et les extensions est encore lisible dans la taille des fenêtres. Le maître de la lumière les veut plus grandes que celles d'origine. Sur la photo, la fenêtre de gauche fait partie du corps principal de la maison, celle de droite a été dessinée par Monet. Habilement, les petits bois reprennent la forme des fenêtres voisines plus étroites, pour garder une harmonie. On remarque toutefois la taille plus grande des persiennes, et même un changement dans les garde-corps. Monet recherchait la simplicité.
A l'intérieur, la différence est notable. Les nouvelles pièces créées par Monet sont lumineuses, celles d'origine restent sombres même par beau temps.
On notera aussi que Monet n'a pas cherché à aligner les ouvertures de l'étage avec celles du rez-de-chaussée. C'est ce léger décalage dans l'emplacement des ouvertures qui donne tout leur charme aux maisons anciennes.
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mardi 2 juin 2009
- Ce vert, là, c'est vraiment celui de Monet ?
La question ne me surprend plus : on me la pose au moins une fois par semaine. Le problème de l'authenticité taraude certains visiteurs. Ce peut être la couleur des volets et du mobilier de jardin, la présence de géraniums d'un rouge vif devant la maison, ou même les pots chinois qui montent la garde de chaque côté du perron. Qu'est-ce qui est "vrai" dans tout ça ?
Il est malaisé de répondre, car peu d'informations ont été publiées sur l'histoire de la restauration de la propriété Monet. Or la recherche de fidélité à l'original a été tempérée par les contraintes de l'ouverture au public.
A l'intérieur, il n'est pas difficile de faire la preuve de l'excellence de la restauration. Des photos disposées dans l'atelier ou dans la salle-à-manger, sur lesquelles figure Monet, permettent de comparer la pièce d'alors à celle d'aujourd'hui. Chaque détail est à sa place, les altérations sont minimes. Mais dehors, le doute s'installe, surtout quand les couleurs trop crues ne correspondent pas à l'idée de douce harmonie que l'on se fait d'un tableau de Monet.
Pourtant, dans son jardin, Monet bannit la mièvrerie. Le vermillon réveille les camaïeux de rose et de mauve, le vert dur se fait végétal. Est-ce vraiment le vert de Monet ? J'ai bien regardé les photos couleurs présentées à l'exposition, sans parvenir à trancher. A chacun de se faire son idée.
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vendredi 20 février 2009
Ma collègue Patricia a un bien joli coup de pinceau. Cet hiver, elle s'est laissé inspirer par les merveilles dont la maison de Monet regorge pour en faire des aquarelles.
Pas besoin de vous dire à quoi sert cette boîte accrochée au mur de la petite pièce qui fait office d'épicerie. Comme un fromage bien connu, c'est écrit dessus. Mais il m'arrive de me trouver là avec des visiteurs très jeunes, ou beaucoup moins fort en français que vous, pour qui l'inscription garde tout son mystère. Et ils ne manquent pas d'imagination pour inventer des usages à cette intrigante petite boîte, qui pourrait selon eux servir à mettre les clés, les épices, les lettres...
Un coup d'oeil sur le côté aide à trouver la réponse. A travers le lattis prévu pour l'aération, on aperçoit des plaquettes de bois percées de trous ronds.
On pouvait ranger 36 oeufs dans cette boîte. Cela paraît beaucoup, mais c'était loin d'être suffisant pour une famille comme celle de Monet, qui comptait 10 personnes et du personnel. Dans la même pièce, une deuxième étagère à oeufs en contenait jusqu'à 80. Soit un total de 116 oeufs !
Cette profusion s'explique par la présence d'un poulailler dans le jardin, et aussi parce qu'on mangeait beaucoup plus d'oeufs au 19ème siècle qu'aujourd'hui.
C'était un vrai trésor... Vous avez vu cette belle serrure ? Les oeufs étaient gardés sous clé, comme le reste de la nourriture. Je ne peux pas affirmer que c'était le cas chez Monet, mais le meuble est prévu pour. Les romanciers contemporains décrivent ces maîtresses de maison aux énormes trousseaux de clés, qui ouvrent et ferment les armoires et les garde-manger au gré des besoins. Marque de pouvoir, marque de richesse... La nourriture était comparativement beaucoup plus chère alors, et les bourgeois qui n'auraient su se passer de leurs domestiques craignaient pourtant de se faire voler.
Ce billet, écrit à 19:16 par Ariane dans la catégorie Maison de Monet a suscité :
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lundi 13 octobre 2008

D'accord, c'est assez imprononçable comme titre. Mais regardez comme c'est joli. En octobre, la maison de Claude Monet à Giverny est noyée sous la vigne vierge.
Enfin, pas toute la maison, surtout le côté ouest, celui que le peintre s'était réservé pour son usage personnel.
Derrière la pergola où fleurissent les dernières roses jaunes, impossible de deviner la couleur de la façade. Elle disparaît sous une toge écarlate qui, avec le gris noble de l'ardoise, lui donne un air de demeure bourgeoise.
Ne tirait-on pas, vue ainsi, une de ces grosses maisons de maître qui ont poussé partout en France au 19ème siècle ?
Illusion entretenue par le massif de géraniums, les tilleuls bien taillés, l'escalier à perron...
Mais c'est une impression fugitive, qui s'envole aussitôt que l'on se retourne. Tandis que le regard embrasse la longue façade, le sentiment qu'on est à la campagne revient. Et il suffit de jeter un coup d'oeil derrière soi pour retrouver le jardin de profusion cher à Monet, si loin des canons de son siècle.
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lundi 21 juillet 2008
Monet qui a tant peint les reflets n'a jamais pris pour motif ceux qui se dessinaient dans sa porte.
Tout son jardin vient buter contre la vitre de la porte-fenêtre de la cuisine, prêt à se précipiter à l'intérieur si quelqu'un venait à l'ouvrir.
Les couleurs de l'été claquent dans le soleil, le rouge des pélargoniums, le vert des peintures plus lumineux que jamais.
En comparaison tout paraît sombre à l'intérieur.
Comme dans un miroir le reflet masque ce qui se trouve derrière la vitre.
Impossible de deviner le fourneau, de distinguer les rangées de cuivres qui luisent dans la cuisine.
Il suffirait de tourner la poignée de porcelaine blanche et d'entrer pour s'apercevoir que la pièce n'est pas si obscure.
C'est l'ambiguïté de la porte-fenêtre, cette frêle barrière entre le dedans et le dehors capable de s'effacer avec civilité pour vous laisser passer.
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mardi 8 juillet 2008
Comment faisait-on avant le pétrole et le plastique ? Ils ont tellement envahi notre quotidien qu'il est devenu difficile à croire que l'on ait pu s'en passer. Et pourtant il existait naguère des solutions alternatives pour tous les objets.
En Normandie, terre d'élevage, on utilisait volontiers la corne à toutes sortes d'usages. Les portes-fenêtres de la maison de Monet à Giverny sont équipées de poignées de portes anciennes en corne tournée, vraisemblablement d'origine.
Le temps et les intempéries y ont creusé de fines gerçures. Elles rappellent les mains âgées qui s'y sont posées, il y a bien longtemps.
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mardi 27 mai 2008
Les roses qui courent sur la pergola devant la maison de Monet sont en fleurs, donnant plus que jamais un esprit campagne à la demeure du peintre.
A quoi cela tient-il ?
Aux rideaux à carreaux bleus que l'on aperçoit à la fenêtre de la cuisine.
Aux petits bois de la fenêtre, peints en vert.
A la douceur conférée par les roses grimpantes dont les têtes lourdes de pluie s'abandonnent le long de la barrière de la terrasse.
A cet accord vert et rose plein de fraîcheur, la plante copiant l'harmonie des huisseries et des murs.
Ce billet, écrit à 22:55 par Ariane dans la catégorie Maison de Monet a suscité :
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vendredi 23 mai 2008
Les photos ne sont pas autorisées dans la maison de Monet, sauf depuis la fenêtre de sa chambre à coucher. Là, la vue est tellement saisissante que la plupart des visiteurs ne peuvent s'empêcher de l'immortaliser, malgré le contre-jour qui donne rarement des résultats extraordinaires.
Pourtant certains préfèrent laisser l'appareil photo à la maison. Pour illustrer pour quelle raison, une dame m'a raconté une anecdote arrivée à sa grand-tante si savoureuse que je ne résiste pas au plaisir de vous la rapporter.
C'est donc l'histoire d'une dame qui participe à un voyage organisé. Dans le car elle est assise à côté d'un monsieur qui descend chaque fois qu'on s'arrête, mais qui ne prend jamais de photo. Au bout d'un moment, la curiosité l'emporte.
- Pardonnez-moi si je suis indiscrète, Monsieur, mais vous ne faites jamais de photo ?
- Oh ! Répond le monsieur avec bonhomie, moi je préfère regarder tout de suite...
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jeudi 22 mai 2008
Un immense lierre part à l'assaut du troisième atelier de Monet, celui qui a vu la création des gigantesques panneaux des Nymphéas.
J'admire avec quel soin ce lierre est taillé. Cela doit être quelque chose de se hisser à une telle altitude pour aller lui raser les moustaches.
Naturellement c'est Monet qui a eu l'idée de faire pousser ce lierre sur ce mur. Pour cacher une... regrettable faute de goût. Eh oui ! Même quelqu'un d'aussi raffiné que Monet peut faire des erreurs.
Quand Monet a fait bâtir cet atelier, il avait prévu un toit entièrement vitré. Quelle magnifique lumière à l'intérieur ! Tellement magnifique qu'il n'a pas vu la nécessité d'ouvrir des fenêtres du côté du jardin.
Oui mais. Une fois terminé, le bâtiment tout blanc, tout minéral lui a paru hideux. Il tranchait affreusement à l'arrière-plan du jardin. D'où la nécessité de le masquer derrière de la végétation.
Le truc du lierre a très bien marché. Depuis qu'il en est recouvert, le troisième atelier disparaît. Il ne reste plus que cette merveilleuse lumière qui l'inonde.
Tous les visiteurs ont l'occasion de l'admirer. Il faut traverser l'atelier pour gagner la sortie, et très astucieusement c'est aussi là que se trouve la boutique de livres et de cadeaux.
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jeudi 27 décembre 2007
C'est de la rue Claude Monet qu'on le voit le mieux, cet énorme atelier que Monet s'est fait construire à 76 ans dans sa propriété de Giverny. Il le trouvait fort laid et on ne peut pas lui donner entièrement tort, même si sa construction en pierre de Vernon lui donne aujourd'hui un certain charme.
L'atelier où Monet a peint ses grandes décorations se voulait avant tout fonctionnel. A l'intérieur il éclate de lumière grâce à sa double verrière de toit, à la fois au nord et au sud.
Dès les premiers beaux jours le soleil devait faire monter sérieusement la température à l'intérieur, si bien que Monet a fait installer de grands rideaux pour se protéger de ses ardeurs.
Depuis, il a fallu changer plusieurs fois déjà les vitrages, les tout derniers sont très performants et rendent l'emploi de voilages superflu.
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dimanche 7 octobre 2007
L'entrée principale de la maison de Monet joue de la symétrie. De chaque côté de la porte à deux battants, deux grands pots chinois présentent des arbustes fleuris où se perdent les appliques identiques. Les rideaux retenus par des embrasses renforcent l'impression théâtrale. Le regard est conduit vers le centre, comme en suivant des lignes de fuite qui se rejoindraient à l'intérieur de la maison, au point exact de son centre de gravité.
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jeudi 4 octobre 2007
Dans la maison de Claude Monet à Giverny, on peut voir les deux bureaux dont il se servait pour rédiger et ranger sa volumineuse correspondance. L'un se trouve dans son premier atelier, l'autre, une magnifique pièce en marqueterie du 18ème siècle, dans sa chambre à coucher.
Monet a écrit des milliers de lettres et il en a reçu autant. Toutes ces correspondances sont très convoitées par les collectionneurs.
C'est très émouvant de tenir une lettre ancienne dans ses mains, qu'elle provienne d'un personnage célèbre ou pas. En même temps que le mouvement de la pensée, on suit celui de la main. On voit l'encre devenir plus pâle puis soudain foncée, on devine le geste pour retremper la plume dans l'encrier. Comme une photo, la lettre manuscrite saisit un instant de vie. Comme elle, on peut la scruter pour essayer d'y retrouver quelque chose du passé. Il y a mille raisons d'écrire une lettre, mais quelle que soit cette raison, écrire est un acte social.
Pourtant, en feuilletant le catalogue de vente d'une boutique parisienne spécialisée dans les lettres et documents autographes, c'est à dire comportant au moins quelques mots ou une signature de la main de l'auteur, on a un peu l'impression de se promener au Père-Lachaise. Toutes les gloires passées s'y côtoient. Ce n'est pas la taille des monuments qui marque leur célébrité, mais leur cote.
Trois groupes se détachent qui semblent avoir davantage la faveur des collectionneurs. Les plus recherchés sont les manuscrits de compositeurs. Sur près de 400 entrées que compte le catalogue, Rossini l'emporte, et de très loin, avec une petite partition d'une page qui se négocie à plus de 5000 euros. Puis viennent les peintres. Le plus cher, est-ce une surprise ? c'est Monet : 2750 euros pour une lettre de deux pages à Geffroy, son ami critique d'art. Renoir le talonne de près, ainsi que Pissarro, tous deux à 2500 euros. Enfin, troisième axe de collection, les têtes couronnées semblent jouir d'un prestige important, mais inégal.
Pour en revenir à Monet, que dire de ses lettres ? Qu'il avait une écriture difficile à déchiffrer, ce qui n'a fait qu'empirer avec la cataracte. Clemenceau avoue un jour n'avoir pas réussi à lire sa missive, "par excès de calligraphie", dit-il sur son ton badin habituel.
Pour le contenu, Monet écrivait avec simplicité, sans fioriture, dans un style sans doute proche de son style oral. Mais il savait pourtant décrire avec précision ses enchantements, ses hésitations et ses tourments. Aujourd'hui, c'est grâce à ses lettres envoyées presque chaque jour à ses nombreux correspondants que nous connaissons le détail de la genèse de ses toiles et de sa vie quotidienne. Elles sont les documents authentiques qui forment le socle de l'analyse de son oeuvre.
Ce billet, écrit à 20:22 par Ariane dans la catégorie Maison de Monet a suscité :
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vendredi 25 mai 2007
Les accès les moins fréquentés du métro parisien portent l'indication "ouvert les jours ouvrables". L'allitération involontaire de la formule donne naissance à une poésie administrative qui n'est pas sans charme. Mais la proximité phonétique d'ouvert, ouvré et ouvrable est bien faite pour engendrer des confusions. En guise d'exemple, prenons un cas d'une brûlante actualité, celui du lundi de Pentecôte.
Il fut un temps où le lundi de Pentecôte était chômé, il faut être très jeune pour ne pas s'en souvenir. Comme le lundi de Pâques, on ne savait plus trop bien pourquoi, mais c'était l'aubaine d'un long week-end. Vinrent la canicule de 2003, l'hécatombe parmi les personnes âgées les plus fragiles et la culpabilité collective. L'occasion était trop belle pour le gouvernement d'obtenir en douceur la suppression d'un jour férié. Notre ex-premier ministre décida donc la mort du lundi de Pentecôte.
Le problème, c'est que ces bêtes-là, c'est coriace. Ca résiste. Ca refuse de se laisser abattre.
Le lundi de Pentecôte a été enterré pour les uns, mais pas pour les autres.
A Giverny, comme il faut bien fixer un jour de fermeture, le musée Monet est fermé le lundi. Ce choix judicieux se démarque de celui des musées nationaux fermés le mardi, et permet d'offrir une alternative aux touristes parisiens.
Cette règle connaît une exception tout aussi logique, celle des lundis fériés. L'affluence est telle pendant les ponts que la Fondation Monet ouvre exceptionnellement les lundis fériés. Donc, à l'époque où a été fixée cette règle, le lundi de Pâques et le lundi de Pentecôte.
Reste une question : le lundi de Pentecôte est-il ou n'est-il pas férié ?
L'an dernier, le musée a consciencieusement appliqué la nouvelle norme. Le lundi suivant le dimanche de Pentecôte ravalé au rang de lundi ordinaire a suivi la règle ordinaire, celle de la fermeture. Quand tout le monde travaille, on ne travaille pas.
Cette année, pourtant, il n'est pas impossible qu'on revienne à l'ancien système de l'ouverture, parce que visiblement, le lundi de Pentecôte a beau être ouvrable, il n'est pas encore beaucoup ouvré. Information officieuse que je vous invite à vérifier par téléphone le jour J si vous envisagez de faire un tour à Giverny ce week-end.
Mais si vous en avez la possibilité, le mieux est encore de choisir une autre date. Les week-ends les plus chargés sont habituellement ceux de la Fête des Mères et de la Pentecôte.
Ce billet, écrit à 14:47 par Ariane dans la catégorie Maison de Monet a suscité :
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mercredi 21 mars 2007
Claude Monet a mis tout son art à décorer sa maison de Giverny, où il a vécu 43 ans. Il en a fait un lieu intime et confortable à découvrir absolument si vous venez à Giverny.
La maison rose aux volets verts s'étire le long de la rue principale du village, sa façade tournée vers le jardin. Le plan tout en longueur vient des agrandissements voulus par Monet pour loger sa grande famille : les deux fils qu'il a eus avec Camille, sa future épouse Alice, et les six enfants de celle-ci.
La visite commence par le petit boudoir bleu décoré d'estampes japonaises, où Alice passait l'après-midi en compagnie des enfants, à broder ou à lire. Le temps y est toujours rythmé par le tic-tac de l'horloge peinte en bleu comme les boiseries.
On traverse ensuite l'épicerie installée dans l'entrée secondaire, qui permettait à Monet de faire passer marchands et amateurs directement dans son atelier. Comme les estampes, les meubles de style bambou révèlent le goût de Monet pour le japonisme.
En contrebas de quelques marches, on visite ensuite le premier atelier de Claude Monet, le seul endroit de la maison où il exposait ses propres toiles. Certaines étaient à vendre, d'autres étaient conservées en souvenir de périodes marquantes de sa vie et de sa carrière.
Un escalier étroit conduit à l'étage où Monet s'était réservé la plus grande chambre. Il faut l'imaginer couverte des oeuvres de ses amis impressionnistes Sisley, Renoir ou Cézanne.
De la fenêtre de sa chambre, la vue plongeante sur le jardin fleuri permet d'apprécier le dessin géométrique des plates-bandes.
On traverse ensuite le cabinet de toilette de Monet, où il prenait tous les matins un bain froid, avant de choisir dans la garde-robe les vêtements adaptés à son emploi du temps du jour.
Le cabinet de toilette d'Alice fait suite à celui de Monet, puis vient la chambre d'Alice, émouvante dans sa simplicité.
De là, l'escalier principal de la maison redescend vers la salle-à-manger. C'est la pièce la plus spectaculaire de la maison. Elle surprenait tous les contemporains qui y ont été reçus, artistes, écrivains, marchands, hommes politiques... Monet l'a voulue entièrement jaune, meubles et murs, une couleur qui met en valeur les estampes japonaises et la vaisselle bleue. Raffinement suprême, la cuisine voisine est couverte de carreaux bleus pour qu'elle s'harmonise avec le jaune de la salle-à-manger quand on en ouvrait la porte pour apporter les plats !
La visite de la cuisine confirme l'importance que Monet accordait aux plaisirs de la table. Dans cette pièce spacieuse parfaitement agencée pour l'époque, la cuisinière et son aide disposaient d'un grand fourneau et d'une collection de cuivres rutilants qui leur permettaient de préparer des repas élaborés pour dix à vingt personnes chaque jour.
Ce billet, écrit à 19:30 par Ariane dans la catégorie Maison de Monet a suscité :
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vendredi 23 février 2007
Cette adorable vitrine de Cheryl Miller représente la cuisine de la maison de Monet à Giverny. C'est l'une des pièces les plus spectaculaires de la maison.
A l'origine, la demeure ne comportait qu'une petite cuisine. C'est Monet qui a fait construire et aménager celle que nous pouvons voir aujourd'hui.
Les murs sont entièrement carrelés de carreaux bleus et blancs en céramique de Rouen, et les meubles peints en bleu ciel. Cette couleur n'a pas été choisie au hasard : la salle-à-manger jaune est juste à côté, si bien que lorsqu'on ouvre la porte pour le service, le bleu doux et froid et le jaune vif et chaud des deux pièces se répondent.
La pièce maîtresse de la cuisine, c'est le piano, le grand fourneau de tôle et d'acier, digne d'un restaurant. Il possède deux fours, et permet de cuire simultanément plusieurs plats. Il faut dire qu'on préparait quotidiennement des repas pour une bonne douzaine de personnes, sans compter les invités.
Le fourneau fonctionnait au bois ou au charbon, et dégageait une forte chaleur dans toute la pièce. Heureusement les deux portes-fenêtres donnant sur le jardin permettaient de ventiler la cuisine. Le fourneau possède encore son réservoir à eau, qu'il suffisait de remplir pour obtenir de l'eau chaude. On venait se servir au robinet situé à l'avant du fourneau.
Une magnifique rangée d'ustensiles en cuivre occupe le mur face au jardin. Casseroles, poêles, sauteuses, couvercles, écumoire, chocolatière... sont alignés comme à la parade, soigneusement astiqués. La collection est si complète qu'elle compte aussi des pièces d'usage moins fréquent comme la saumonière, un ustensile tout en longueur qui sert à cuire les poissons longs, ou la turbotière, à la curieuse forme de losange, adaptée à la cuisson des poissons plats comme le turbot.
Entre les deux portes-fenêtres se trouve l'évier en grès où on lavait les légumes du jardin potager. Les oeufs venaient de la basse-cour.
Au fond de la cuisine, une porte donne sur le cellier, une pièce fraîche au sol en terre battue où étaient stockés le vin et les fruits, bien rangés sur des étagères à claire-voie.
Cheryl Miller a représenté une femme en train de s'activer dans la cuisine, et elle a raison, c'était le domaine des femmes, la cuisinière, ses aides et Alice, qui décidait des repas et des achats. Monet ne mettait pour ainsi dire jamais les pieds dans la cuisine, ce qui ne l'empêchait pas de suivre avec attention ce qui s'y passait, en gourmet averti !
Ce billet, écrit à 13:18 par Ariane dans la catégorie Maison de Monet a suscité :
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vendredi 19 janvier 2007
La maison de Monet a trois portes d'entrée, toutes trois sur la même façade, côté jardin. Elles sont desservies par une étroite terrasse qui court le long de la maison.
Trois portes, cela peut paraître beaucoup. Pourtant, c'est le minimum requis : à chacune de ces portes correspond une affectation.
A gauche, la porte "professionnelle" mène au salon-atelier où Monet reçoit amateurs et marchands. Au centre, la porte "familiale" voit passer les habitants de la maison et les amis. A droite, la porte "de service" donne sur la cuisine.
C'est le cloisonnement de la société au 19e siècle qui l'exige. A Paris, les immeubles haussmanniens sont équipés d'escaliers séparés pour les domestiques et pour les locataires. Ne pas se croiser entre gens qui ne sont pas du même monde revêt une grande importance.
Monet est un bourgeois de son temps, rien d'étonnant donc à ce qu'il organise sa maison selon les principes de son époque. Mais je crois que la disposition des lieux est dictée encore davantage par une volonté de ne pas se gêner, dans une maisonnée qui compte huit enfants, ce qui suppose une intendance importante.
La maison que Monet loue en 1883 est nettement plus petite que celle que nous voyons aujourd'hui. Quand Monet décide de la faire agrandir, il en profite pour modifier l'organisation de l'espace et des circulations. Sa propre chambre est située au-dessus de l'atelier, avec son propre escalier et une entrée distincte, nommée l'épicerie, qui dessert aussi l'atelier. Grâce à cette nouvelle disposition des lieux, Claude Monet peut se lever avant l'aube sans déranger personne. L'espace destiné au travail est distinct de celui dévolu à la vie de famille.
Le salon-atelier possède même une quatrième porte en rez-de-jardin, en contrebas de la terrasse, qui permet d'accéder directement au clos fleuri. Elle est bien pratique pour sortir les fauteuils de rotin à l'ombre des tilleuls, à la belle saison.
Ce billet, écrit à 20:41 par Ariane dans la catégorie Maison de Monet a suscité :
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dimanche 7 janvier 2007
C'est le Yann Arthus-Bertrand de chez nous : Francis Cormon photographie la région de Vernon depuis les airs, suspendu à son paramoteur - une aile de parapente équipée d'un moteur à hélice.
Le site où il présente ses photos aériennes donnerait envie de voler à n'importe qui. De photo en photo, on a l'impression de planer dans les airs, le paysage déroulé comme un tapis sous les pieds.
La beauté des prises de vue est saisissante. Que la région est magnifique vue du ciel ! Et comme cela doit être difficile de combiner les impératifs du pilotage, les aléas de la météo et les contraintes de la photo pour arriver à un tel résultat !
Certains détails apparaissent mieux vus d'en haut : ainsi, le jardin de Monet expose la rigueur du tracé géométrique de son clos normand, moins apparent du sol, quand il est masqué par l'exhubérance des massifs.
Surtout, on découvre des endroits cachés, des ilôts secrets, des châteaux dissimulés au fond de parcs, des chapelles perdues au milieu des champs. On voit la forteresse de Château-Gaillard émerger d'une mer de brouillard dans une mise en scène spontanée et grandiose. On se promène au coeur de Vernon comme dans un plan en relief, et la gare de Pacy-sur-Eure ressemble trait pour trait à un modèle réduit.
Enfin, le paramoteur permet de se rapprocher à quelques mètres du sol. Et ce qu'il donne à voir alors, c'est la beauté simple du paysage rural, les sillons rectilignes, les alignements de meules, les couleurs éclatantes des champs de lin, de colza ou de coquelicots. De témoignage géographique, la photo devient art graphique, avec pour matériau la trace du travail des hommes. Je me demande si ce ne sont pas ces photos-là que je préfère.
Ce billet, écrit à 18:28 par Ariane dans la catégorie Maison de Monet a suscité :
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samedi 16 décembre 2006
Il arrive que les visiteurs de Giverny rendent compte de leur voyage sur internet, dans des sites spécialisés, ou encore dans leur blog ou leur journal de bord. Ces comptes-rendus sont précieux par leur sincérité même, différents de ceux que l'on obtient en posant la sempiternelle question, alors, ça vous a plu ?
Sur internet, les avis positifs abondent. Le charme de Giverny agit sur la plupart des visiteurs. Rêves devenus enfin réalité, paradis terrestre...
Ce qui me fascine, c'est de pouvoir, grâce à ces récits, vivre la visite de quelqu'un qui découvre les lieux avec son regard neuf.
On a des surprises quelquefois. Certains, par exemple, n'ont pas trouvé la maison de Monet très intéressante. Je sursaute. La maison de Monet ! Cette merveille, ce temple ! Ce témoignage unique du goût exquis de Monet, ce reflet fidèle de la vie bourgeoise à la campagne il y a cent ans ! Je ne comprends pas. Ou plutôt si, je comprends : ils sont passés à travers les pièces sans vraiment les voir.
Nous avons besoin d'explications pour que notre oeil s'ouvre. Il nous est difficile de percevoir ce que personne ne nous a montré. Et pas seulement montré, mais raconté, mis en scène dans son contexte. Comment apprécier sans comprendre ?
Chers lecteurs, si vous prévoyez de venir visiter Giverny, pensez à préparer soigneusement votre voyage, et pas seulement dans ses aspects pratiques, mais lisez, écoutez, réservez une visite guidée... Votre voyage vous récompensera de vos efforts au centuple, il en sera tellement plus beau.
Ce billet, écrit à 14:52 par Ariane dans la catégorie Maison de Monet a suscité :
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