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Giverny News

Le Blog d'Ariane,

mercredi 10 mars 2010

Hôtel de Bourgtheroulde

Rouen, hôtel de Bourgtheroulde, détail de la façadeA Rouen, l'hôtel de Bourgtheroulde (les Normands prononcent Bourtroude) fait l'objet d'une rénovation soigneuse dont l'objectif est de rendre à ce magnifique hôtel particulier de la Renaissance sa splendeur passée, et de le convertir en hôtel de luxe.
La façade côté place de la Pucelle, une de ces charmantes placettes entourées de hautes maisons à colombages dont Rouen a le secret, et dont on croyait autrefois qu'elle était le lieu du supplice de Jeanne d'Arc, a déjà fière allure, alors que le chantier se poursuit à l'intérieur, toujours inaccessible.
Il a fallu déployer beaucoup d'efforts pour faire oublier l'ancienne agence bancaire installée naguère dans les lieux. Autour du porche, les bas-reliefs ont été remis en valeur, on jurerait qu'ils sont d'époque, alors qu'ils datent du 19e siècle.
Qu'importe ! Le porc-épic couronné de fleurs de lys continue d'intriguer les passants. C'est l'emblème de Louis XII, roi de France au moment de la construction du bâtiment, au début du 16e siècle.
Le porc-épic était connu en Europe, mais mal, et l'on a longtemps cru qu'il avait la faculté de lancer ses piquants sur ses ennemis. D'où l'idée du grand-père de notre Louis XII de l'adopter comme animal fétiche. Et pour ceux qui n'auraient pas compris le rapport, la devise servait de sous-titre : "de près et de loin". Ça sonne mieux en latin : Eminus & cominus. Les ennemis n'avaient qu'à bien se tenir, et de préférence à bonne distance !
Ses prétendus pouvoirs extraordinaires faisaient de la bête un porc-épique à ranger dans la catégorie des animaux fabuleux, tels que la licorne, la salamandre ou le phoenix, autres emblèmes célèbres.
Aujourd'hui encore, le porc-épic ne nous est pas très familier. J'ai pu en voir un récemment au zoo, de la taille d'un chien moyen, et j'ai trouvé que le terme de porc est bien mal choisi. Les cochons devaient être bien petits au Moyen Âge...

jeudi 28 janvier 2010

Le buste de Monet

Buste de Monet, RouenLa ville de Rouen n'a pas manqué de dresser un mémorial "au peintre de la cathédrale" qui a su si bien magnifier le plus beau de ses monuments en en tirant une célèbre série. Curieusement, pourtant, le buste de Claude Monet ne s'élève pas à proximité du portail de Notre-Dame, mais sur une placette discrète, la place Saint-Amand.
Un seul arbre encore jeune orne la petite place, où l'effigie du peintre impressionniste a été posée de façon un peu ridicule au sommet d'une grande stèle, pour bien marquer à quel point son génie s'élève au-dessus du commun des mortels. Pour l'instant, l'arbre ne fait pas d'ombre à la statue : on ne voit qu'elle.
Monet, donc, toise de haut les passants, lui qui était de taille assez petite, et qui n'avait pas la folie des grandeurs.
J'ignore de qui est ce bronze fort expressif d'un Monet vieillissant, bizarrement appuyé par la barbe au socle de pierre. C'est son rapport à l'environnement qui me frappe.
Monet, qui n'a jamais habité de maison à colombages, se retrouve entouré du plus normand des paysages urbains, de hautes bâtisses à pans de bois peintes en tons pastels. Pour le chantre de la couleur, rien que de très naturel.
Cette mode rouennaise de peindre les façades aux couleurs de l'arc-en-ciel n'a pas atteint Vernon, qui possède encore plus de deux cents maisons à colombages, toutes lasurées en teintes naturelles.

mercredi 27 janvier 2010

Des reflets dans le Robec

Rue Eau de Robec, RouenLe beau temps revenu creusait des reflets bleus dans le Robec hier.
La Rue Eau-de-Robec est une des plus jolies de Rouen, avec ses hautes maisons à colombages de toutes les couleurs soulignées à leur pied du ruban du ruisseau.
Ce n'est plus vraiment le Robec, puisque le cours d'eau a été canalisé et poursuit sa course ailleurs, loin des regards, mais son évocation, une sorte de plan d'eau calme qui doit tout à l'eau de la ville.
Qu'importe ! La rue au nom qui fleure bon le viking est un bel endroit pour flâner, tandis que les yeux courent de haut en bas et de bas en haut, le long des façades rayées terminées par les greniers à étentes typiques des villes drapières, jusqu'à leur image inversée. C'est un jeu de zigzaguer de pont en pont dans la rue semi-piétonne, de franchir et refranchir un nombre infini de fois cette rivière pour rire.
Tout est si calme aujourd'hui dans la voie autrefois toute bruissante de vie, quand le vrai Robec faisait tourner une multitude de moulins, quand on travaillait dur dans cette rue, à moudre, tanner, filer, fouler, teindre, quand le cours d'eau poussait, rinçait, mouillait, trempait... Le temps s'est arrêté, figé sur une image de carte postale dans laquelle le Robec ne coule plus, en métaphore du temps suspendu.
Pour un peu on se laisserait glisser à nouveau un siècle en arrière, on pousserait la porte du musée de l'Education pour se faufiler entre les petits bancs, dans la salle de classe de jadis, où la leçon de morale inscrite au tableau noir attend d'être recopiée à la plume dans des cahiers recouverts de papier bleu.

dimanche 24 août 2008

Muséum de Rouen

Museum de RouenVoisin du musée des Antiquités, le muséum de Rouen se trouve au 198 rue Beauvoisine, à quelques minutes à pied de la gare.

Le muséum de Rouen a rouvert en 2007 après une fermeture de onze ans.
On pouvait craindre une mutation violente, une modernisation brutale de la muséographie. Il n'en est rien. Le muséum a gardé tout son charme rétro, ses vitrines du 19ème siècle en verre soufflé, ses beaux planchers sonores, et une ambiance inimitable qui fait basculer une bonne centaine d'années en arrière.
C'est un endroit où l'on se trouve assailli, d'émotions, d'interrogations, et en tout premier lieu assailli par les collections.
Rouen possède le deuxième plus grand muséum de France après Paris. 800 000 pièces sont conservées, dont la moitié est présentée au public.
Le curieux déambule donc au milieu de 400 000 spécimens de toutes sortes, et il comprend vite qu'il doit renoncer à tout voir.
La nature tout entière a rendez-vous dans cet ancien couvent. Autant dire que la Création est un peu tassée, genre arche de Noé. Tassée, mais organisée.
L'idée qui domine est celle de rangement. Les savants d'hier ont aimé classer, comparer, ordonner. Sans perdre un centimètre carré s'alignent les uns à côté des autres des restes de ce qui fut de la vie dans son extraordinaire diversité, étiquetée, nommée, codifiée.
La présence d'autant de signes de mort, animaux empaillés, insectes épinglés, squelettes, conserves en bocaux de vers ou de grenouilles, a quelque chose qui met indubitablement mal à l'aise. On n'aimerait pas se trouver enfermé là à la nuit tombée. On hésite à s'approcher des vitrines les plus dérangeantes. On sent, au tréfonds de soi, un instinct de fuite. Il faut se rappeler que le danger est nul, le simple contact impossible. Habitué à toutes les images, on frémit devant le réel.
Et en même temps, quelle fascination s'exerce ici ! La variété du vivant, la fameuse biodiversité vous saute à la figure comme jamais. Même les mammifères, les grosses bêtes poilues qu'on s'imagine bien connaître, réservent des surprises. Bête jamais vue nulle part, coup d'oeil au cartel, jamais entendu ce nom-là... L'expérience se répète à l'infini, on finit par renoncer à lire les étiquettes.
Il y a pourtant eu des gens pour qui les noms des végétaux ou des animaux étaient de la plus grande importance, des hommes qui ont écrit ces légendes d'une belle écriture soignée, quand on trempait les plumes dans les encriers. On les sent présents partout, ces savants d'hier, auteurs de cette accumulation, de cette prédation peut-être, on sent leur passion, leur patience... Ces milliers d'heures passées à tout mettre en case, au propre et au figuré, rendraient presque palpable la fuite du temps.
C'était une façon de s'approprier le monde, cette obstination à explorer chacun de ses recoins et à nommer tout ce qui s'y trouve de vivant ou d'inerte.

jeudi 7 février 2008

Le prix du beurre

La tour de Beurre, cathédrale de Rouen On avait eu la fracture sociale, puis l'insécurité, voici maintenant que le pouvoir d'achat est le préoccupation essentielle des Français. C'est du moins l'avis des médias qui excellent dans l'art de faire du neuf avec du vieux.
Le coût de la vie, n'est-ce pas une vieille rengaine ? Il y a déjà quelques années, je me souviens que la question du prix du beurre animait les repas de famille. C'était devenu un jeu de lancer le sujet et de voir combien de temps le débat allait durer.
Aujourd'hui leur porte-monnaie raplapla contraint les Français à se serrer la ceinture, et voyez comme les choses sont bien faites, on vient d'entrer en Carême mercredi dernier.
On n'a plus qu'une très vague idée de ce que ce mot recouvrait de privations pour les chrétiens d'avant le concile de Vatican II, jusque dans les années 1960, et de l'habileté qu'il fallait pour préparer un repas sans viande ni graisse animale ni oeuf ni lait.
Il y avait pourtant un moyen jadis, c'était de faire un don important à l'église, ce qui vous valait l'indulgence du clergé et vous autorisait à consommer des aliments interdits pendant le Carême. A Rouen on dit que c'est grâce à la gourmandise des bourgeois que la tour sud de la cathédrale a pu être bâtie. Ils désiraient tant continuer à savourer le bon beurre normand qu'ils payaient sans sourciller. La tour, en pierre un peu plus jaune que le reste de l'édifice, a gardé le nom de tour de Beurre.
Je me demande à combien pouvait bien leur revenir la plaquette de beurre alourdie de cette "taxe". Cela devait en faire un produit affreusement luxueux pendant 40 jours.
Il faut croire que leur pouvoir d'achat ne devait pas trop préoccuper les riches Rouennais...

mardi 15 janvier 2008

Arbre sec

Arbre secA Rouen, le musée de la ferronnerie a choisi une enseigne de marchand drapier comme emblème. Exposée dans le musée, elle date de 1600 environ et vient de Paris où elle a donné son nom à une rue du premier arrondissement située près du quai de la Mégisserie et de Saint-Germain l'Auxerrois, la rue de l'Arbre Sec.
Cet arbre fait référence à une légende. Les pèlerins qui voyageaient en Terre Sainte allaient se recueillir devant un arbre creux et desséché. On leur racontait que ce chêne datait du commencement du monde. Planté sur la tombe de Loth, il était, disait l'histoire, resté vert jusqu'à la Crucifixion. A cet instant tous les arbres de l'univers se desséchèrent.
Voilà qui avait de quoi marquer l'esprit des pèlerins ! L'arbre sec devenu célèbre en Occident évoquait l'Orient et ses luxueuses étoffes, c'est sans doute la raison qui l'a fait choisir par le commerçant.

Je me suis demandé pourquoi à son tour le musée avait sélectionné cette oeuvre et non une autre pour le représenter. Les collections renferment tellement de pièces merveilleuses, comment choisir ?
N'ayant trouvé trace nulle part d'explication à ce sujet, voici donc mon interprétation toute personnelle.
Le donateur de la collection de ferronnerie à la ville de Rouen s'appelait Henri Le Secq des Tournelles. Une bonne raison du choix est l'homophonie : Le Secq, l'Arbre Sec.
Mais peut-être que cela ne s'arrête pas là. L'arbre symbolise la famille en généalogie. Si l'on suppose qu'Henri n'a pas eu d'enfant, il était bel et bien un arbre sec. Et il est assez troublant d'apprendre que c'est en faisant des recherches généalogiques à Rouen qu'il a choisi de prendre la capitale normande comme légataire de sa collection, cette trace concrète et magnifique de son passage sur la terre.

lundi 14 janvier 2008

Arts du fer

Musée le Secq des Tournelles à RouenC'est le plus époustouflant musée qu'on puisse imaginer. A priori pas de ceux que le visiteur de Rouen placerait en tête de liste : un musée de la ferronnerie, voilà qui n'est pas spécialement inspirant, pas vrai ? Et même si l'on vous précise pour vous appâter que c'est une collection de 15 000 pièces unique au monde, quelque chose vous dit que vous allez en mourir d'ennui.
Pour une fois n'écoutez pas cette petite voix intérieure et foncez au musée Le Secq des Tournelles ! Car cette église aujourd'hui dédiée à la célébration des arts du fer vous réserve des tonnes d'émotions muséales, une déferlante de stupéfaction, d'admiration, de plongeon dans le passé humble ou prestigieux, et une sympathie certaine pour les deux passionnés qui lui ont consacré leur vie.
Tout a commencé au 19ème siècle quand Jean-Louis Le Secq des Tournelles s'est mis à collectionner les objets en fer les plus étonnants et les plus hétéroclites, des grilles de châteaux aux couteaux de cuisine, des serrures sophistiquées aux cabochons de souliers.
Papa LSdT ne s'est pas contenté d'amasser des trésors, il a aussi transmis la manie de la collectionnite à son fils Henri. C'est devenu sa vie, au fiston, pendant plus d'un demi-siècle.
Difficile d'imaginer les merveilles accumulées au fil des décennies par ces deux amoureux du fer. Les enseignes les plus ouvragées surplombent des coffres bardés de renforts, dont les mécanismes paraissent réglés au micron. Les briquets succèdent aux lits à baldaquin, les dés à coudre aux balustrades.
La présentation thématique et chronologique conduit le visiteur éberlué à la découverte d'une multitude d'ustensiles dont l'usage si familier à nos aïeux s'est perdu, ou qu'on préfère aujourd'hui dans un autre matériau. On a oublié tout ce qui se faisait en fer autrefois, tous ces objets qui avaient leur place dans la rue, à l'église, dans toutes les pièces de la maison, dans l'âtre, sur les tables, jusque dans la parure...
La maestria avec laquelle les artisans d'alors ont travaillé le fer, la finesse de certaines pièces émerveille. Saurait-on encore les fabriquer de nos jours ?
Au cours de la visite on ne peut s'empêcher de se sentir gagné par la fascination des Le Secq des Tournelles pour ce matériau aux mille métamorphoses. Et d'avoir envie de les remercier de nous avoir fait partager leur érudition et leur dévorante passion en léguant leur collection à la ville de Rouen en 1921.

vendredi 11 janvier 2008

Cathédrale de Rouen

Cathédrale de RouenVoyez-vous les gargouilles qui dépassent à gauche de la photo ? Ce sont celles de la tour Saint-Romain, qui limite au Nord la façade de la cathédrale de Rouen. Le manque de recul rend l'édifice difficile à photographier : il est très large car ses deux tours ont été construites hors oeuvre, à l'extérieur de la nef plutôt que de la surmonter au dessus des portails latéraux. Résultat, la façade mesure 61 mètres de long, les tours 75 et 82 mètres de haut, sans parler de la flèche qui s'élève à 151 mètres.
Le même problème de cadrage s'est posé à Claude Monet quand il a entrepris sa célèbre série des Cathédrales. Il a tranché : fidèle à son principe de ne peindre que ce qu'il voyait comme il le voyait, il n'a représenté qu'une partie du monument sur ses toiles.
La cathédrale Notre-Dame de Rouen est fort ancienne puisque sa crypte date du 11ème siècle. Le duc de Normandie assiste à sa dédicace en 1063. Trois ans avant la bataille d'Hastings, Guillaume n'est pas encore surnommé le Conquérant, il n'est encore que le Bâtard.
Quatre-vingts ans plus tard, pourtant, on rase tout. Pourquoi ? Parce que le nouvel archevêque a vu Saint-Denis, où l'abbé Suger a introduit la voûte sur croisée d'ogives. Cette nouveauté enthousiasme l'archevêque de Rouen. Son église romane ne lui plaît plus. Il veut, lui aussi, des voûtes en pierre et des verrières immenses.
On construit d'abord la tour Saint-Romain, puis la façade, et ensuite la nef. En dépit d'un incendie en 1200, l'oeuvre est terminée au milieu du 13ème siècle.
Terminée, c'est une façon de parler. Car la cathédrale n'a jamais cessé d'être en travaux d'un côté ou de l'autre. Pas seulement pour réparer ou entretenir. On modifie, on embellit sans relâche.
Prenez la façade, par exemple. La première n'avait pas du tout cet aspect là. Au 12ème siècle on construisait sobre, sans ornement et guère plus d'ouverture. Deux cents ans plus tard, une telle austérité ne convient plus. C'est l'apogée du gothique rayonnant, on va donc habiller cette façade d'un décor très fouillé composé de dizaines de statues et d'élégants remplages.
Le portail est une nouvelle fois remanié au 16ème siècle quand on abat la partie médiane pour y ouvrir une rose. Pour ne pas nuire à l'harmonie de la façade, l'architecte y applique le style flamboyant, bien que la Renaissance ait déjà conquis la Normandie.
Ce remaniement fait suite à la construction de la tour sud, à droite sur la photo. Elle a causé des désordres au portail principal qui menace ruine. Nos aïeux avaient bien de la constance pour remettre cent fois sur le métier leur ouvrage !

lundi 7 janvier 2008

Palais de Justice

Parlement de RouenL'opération coûte au contribuable plus de 18 millions d'euros : cela vaut le coup de s'extasier devant la réfection des façades du palais de justice de Rouen.
On n'avait pas trop le choix, il faut dire. Il y a une quinzaine d'années, les travaux de reconstruction consécutifs à la guerre étaient à peine achevés que des morceaux de pierres ont commencé à se détacher des façades et tomber dans la rue, menaçant les passants. Il devenait urgent de décider des travaux.
L'affaire menée par le ministère de la Justice va son petit bonhomme de chemin. Ce n'est pas terminé, mais une bonne partie est déjà réalisée, tellement spectaculaire qu'on en reste cloué sur place, saisi par "l'effet waou" cher aux décorateurs.
Un aspect parmi cent autres de ce travail, dans la cour d'honneur, cette lucarne de l'aile du palais royal voulue par François Premier, qui date de 1543, a retrouvé tout son éclat de la Renaissance. La pierre blanche se découpe sur l'ardoise sombre qui met en valeur ses délicats pinacles à crochets, ses accolades, ses balustrades, ses statues.
ravalement de façadeLe parti pris par l'architecte est de mener une réfection, c'est-à-dire de réparer, consolider et nettoyer. Quand il l'a pu, il a aussi replacé des statues depuis longtemps déposées. Il en a fait refaire d'autres. L'effet d'ensemble doit se rapprocher beaucoup de ce que pouvaient ressentir les justiciables des siècles passés, sans doute impressionnés et peut-être écrasés par autant de magnificence.
Pour se souvenir d'à quoi ressemblait le palais de justice de Rouen avant le début des travaux, il suffit d'en faire le tour. A l'arrière, le contraste entre les façades à restaurer et celles déjà remises en beauté est saisissant. Au fil du temps, la pierre de Vernon avait pris la couleur de l'ardoise. Comment est-ce possible que des murs, surfaces verticales, se salissent à ce point ?

dimanche 6 janvier 2008

Le bûcher de Jeanne d'Arc

Le bûcher de Jeanne d'Arc à RouenLe coeur de Rouen est marqué par une place, celle du Vieux Marché. En théorie elle est assez vaste, sauf qu'on a rarement vu place aussi encombrée : une église, un marché couvert, des ruines, un mémorial, un belvédère et un espace vert, sans compter quelques terrasses de café en saison. Il a fallu caser tellement de choses sur cette place qu'il n'en reste plus beaucoup pour les piétons.
Ce qu'on repère immédiatement en arrivant, c'est l'église à la forme biscornue, étrange, qui a quelque chose du bateau viking et du monstre marin. Le marché couvert semble la prolonger de ses toits en forme de crêtes.
La visite de l'église confirme que c'est l'une des plus fascinantes de Rouen. Pourtant, si comme la plupart des touristes on a abordé la place par la rue du Gros-Horloge qui la relie à la cathédrale, il se peut qu'on manque le petit espace vert aménagé à l'arrière de l'édifice religieux, et qui le justifie.
Tout contre l'église se dresse une immense croix. A son pied, un massif planté de bruyères délimite un emplacement circulaire : celui du bûcher de Jeanne d'Arc. C'est exactement là que la sainte fut brûlée par les Anglais le 30 mai 1431.
Tout a changé sur la place qui l'entoure, monuments et façades. L'église actuelle consacrée à Jeanne d'Arc n'existait pas, il y en avait une autre quelques mètres plus loin dont on voit aujourd'hui les ruines.
Mais ici même les archéologues ont retrouvé le sol du Moyen-Âge, et l'endroit précis du martyre.
Le public n'a pas accès à l'emplacement du bûcher. Comme au Moyen-Âge il est maintenu à l'écart. Le périmètre de sécurité est devenu une distance respectueuse.

jeudi 6 septembre 2007

Peste

aître saint maclouDifficile aujourd'hui d'imaginer ce que purent être les épidémies de peste du Moyen-Age. A Rouen, l'aître Saint-Maclou est un vestige tangible de ce fléau.
L'aître (du latin atrium, entrée de l'église, et par extension cimetière) se présente comme un jardin entouré de galeries. Les poutres de ces galeries sont décorées de symboles macabres : crânes, tibias, outils de fossoyeurs...
Dès 1348, des milliers de corps ont été ensevelis dans les fosses communes de l'aître. Cette année-là, une terrible épidémie de peste noire ravage Rouen. Plus de la moitié, peut-être les trois quarts des habitants périssent. Rouen était à l'époque la deuxième ville du royaume après Paris. "De la dernière semaine d'août jusqu'à Noël, le nombre des morts dépassa cent mille dans la ville de Rouen", selon la Normanniae Nova Chronica. C'est peut-être un peu exagéré, les historiens pensent que la population rouennaise oscillait entre 50 000 et 100 000 personnes.
Ce ne fut malheureusement pas la dernière épidémie, d'autres vinrent faucher des vies par milliers tout au long des deux siècles suivants.
aitre saint maclou, rouenEn 1526, une nouvelle peste impose de faire de la place dans le cimetière. On construit des galeries tout autour de l'aître, on vide les fosses communes des siècles précédents, et les ossements sont placés dans les combles des galeries transformés en ossuaires.

La vie ne tient qu'à un fil, constate l'homme du Moyen-Age confronté aux épidémies, qui voit mourir ses proches les uns après les autres. La peste a une influence profonde sur les mentalités. Les chrétiens deviennent mystiques, devant l'omniprésence de la mort ils se réfugient dans la foi. C'est ce peuple désireux de faire à tout prix son salut, tout entier tourné vers l'au-delà, qui va élever les immenses, les magnifiques, les incroyables églises gothiques.

samedi 31 mars 2007

Palais de Justice de Rouen

La salle des procureurs au palais de justice de RouenLe Palais de Justice de Rouen est une pure merveille de la fin du Moyen-Âge et de la Renaissance, dans le style plus flamboyant que moi tu meurs. Il subit actuellement une rénovation qui devrait nous le rendre tout pimpant d'ici deux ans. Si vous êtes de passage à Rouen, consolez-vous de la vision des échafaudages en osant entrer à l'intérieur. C'est un lieu public : l'accès est gratuit.
Je voudrais saluer l'extrême amabilité des deux fonctionnaires de police dévolus à la garde des lieux hier, qui se sont improvisés guides pour répondre à mes questions avec compétence.
En entrant dans la cour du Palais de Justice, la salle des Procureurs se trouve sur votre gauche en haut de l'escalier. C'est la partie la plus ancienne du bâtiment, achevée en 1500 tout rond.
Cette salle immense est couverte d'une magnifique voûte en bois, qui était à l'origine faite en planches de tonneaux de récupération. C'était un matériau dont on disposait à profusion dans le port de Rouen, à une époque où toutes les marchandises étaient conditionnées en barriques afin de faciliter le chargement / déchargement et garantir l'étanchéité pendant la navigation.
La salle avait à l'origine une double fonction : elle servait de marché couvert tout autant que de salle d'audience. Cette promiscuité gênait les hommes de loi mais elle permettait de couvrir les frais du bâtiment.
Une plaque rappelle que Corneille a plaidé ici-même.
Des portes latérales conduisent vers les chambres des requêtes et vers la Cour d'Assises, au plafond à caisson polychrome, couvert de près de cinquante kilos d'or. Malheureusement la salle de la Cour d'Assises n'est accessible que pendant les audiences publiques.

mercredi 7 février 2007

Maison natale de Corneille

A Rouen, la maison natale de Pierre CorneillePierre Corneille a eu l'extrême courtoisie, et je l'en remercie, de naître à une date facile à retenir : le 6 juin 1606.
Lui qui a composé tant de vers qui sont venus s'inscrire dans la mémoire de générations de comédiens, a choisi pour venir au monde un lieu non moins mnémotechnique : la rue de la Pie. C'était bien vu pour qui portait un nom d'oiseau, et s'est rendu célèbre par la plume.
La rue de la Pie où naquit le grand dramaturge se trouve à Rouen, à deux pas de la place du Vieux Marché où avait été dressé, en 1431, le bûcher de Jeanne d'Arc.
Au numéro 4, la maison natale de Pierre Corneille, signalée par une inscription, se visite. C'est une belle demeure à colombages dans laquelle le cabinet de travail du poète a été reconstitué. Le musée Corneille de Rouen présente aussi des meubles et tableaux du 17e siècle et une riche bibliothèque.
Mais les amoureux de l'auteur du Cid, s'ils n'ont que peu de temps pour visiter Rouen, se trouvent confrontés à un choix cornélien : car il existe un deuxième musée Corneille non loin, dans la banlieue rouennaise, à Petit-Couronne. Il s'agit de la "maison des champs" de la famille, une belle demeure à pans de bois essentés, garnie d'une foule de souvenirs.
Ce musée Corneille départemental est agrémenté d'un joli jardin où l'on peut voir encore le puits, le four à pain, le potager et le verger, et même l'auge aux cochons. Tout cela ajoute au pélerinage sur les lieux d'inspiration du dramaturge une petite touche prosaïque et champêtre qui ne manque pas de charme.

jeudi 11 janvier 2007

Le Gros-Horloge de Rouen

Le Gros-Horloge de RouenLe Gros-Horloge, c'est le centre du centre ville de Rouen. Il enjambe depuis cinq siècles la rue piétonne que les Rouennais nomment avec un brin de désinvolture la "Rue du Gros", entre la cathédrale et la place du Vieux-Marché.
Tout surprend dans ce monument emblématique : le masculin de son nom, l'or de ses deux cadrans, le passage sous l'arche magnifiquement sculpté de statues représentant le Bon Pasteur...
Le Gros-Horloge se donne des airs d'horloge astronomique, en affichant tout en haut dans un petit oeil de boeuf les phases de la lune, et en bas, un semainier où les jours sont symbolisés par les dieux romains, Mars pour le mardi et Jupiter pour le jeudi, par exemple. Mais, s'il rythme la vie des Rouennais depuis 1389 -le mécanisme est toujours en état de marche - le Gros-Horloge se contente d'une seule aiguille pour donner l'heure.
Le Gros-Horloge est sorti il y a quelques semaines des échafaudages, après de longs et coûteux travaux. On peut à nouveau le visiter, et découvrir l'histoire qui lie l'arche Renaissance au beffroi gothique voisin et à la fontaine d'angle, de style Louis XV. On n'oubliera pas d'admirer deux cloches remarquables du 13e siècle.

vendredi 15 décembre 2006

Marché de Noël

Cathédrale de RouenPour les amateurs de Monet, c'est en hiver qu'il faut voir la cathédrale de Rouen. Monet l'a peinte une trentaine de fois au cours de campagnes de peinture hivernales. Pour retrouver ses éclairages, il faut la lumière pâle des mois les plus froids.
En ce moment, les subtils dégradés de gris de la façade sont réchauffés par la gaité d'un marché de Noël. Dans les arômes de vin chaud, les petits chalets bien alignés proposent des décorations et des idées de cadeaux.
La tradition des marchés de Noël nous vient de l'Est. Elle n'a que quelques années d'existence en Normandie, mais elle paraît bien décidée à s'implanter. Qu'on se laisse tenter ou non par les objets exposés, c'est l'occasion de mettre le nez dehors pendant ces journées froides de décembre, sur fond sonore de chants de Noël. Un avant-goût des fêtes.

samedi 2 décembre 2006

Aller à Rouen en train

Gare de Rouen la nuit, 1er décembreDepuis Vernon, rien n'est plus facile que d'aller visiter Rouen par le train.
A force de prendre la voiture, on en oublierait comme c'est agréable de se laisser conduire, de regarder le paysage défiler, de somnoler et de rêvasser. Et de ne pas avoir à stationner.
Les trains les plus rapides mettent 28 minutes. En semaine, il y en a quatre le matin, mais il faut se lever tôt, le dernier de la matinée part à 9h04.
Sur le quai de la gare de Vernon, on a un peu l'impression d'être à contre-courant, comme un saumon qui remonte la rivière : des centaines de voyageurs se pressent en face pour aller travailler à Paris. Ils se ressemblent tous un peu, air sérieux, vêtements sérieux, attaché-case. Vernon, la porte normande, est-ce déjà la banlieue ?
En direction de Rouen, les voyageurs sont moins nombreux et plus jeunes, beaucoup d'étudiants eurois fréquentent les universités et les écoles de la capitale haut-normande.
En arrivant à Rouen, n'oubliez pas de vous retourner vers la façade de la gare. Inaugurée en 1928, c'est un magnifique bâtiment art déco, oublié des circuits touristiques, parce que, bien sûr, Rouen regorge de monuments et qu'il faut bien faire un choix. 250 bâtiments classés ! Vous en verrez quelques dizaines, et c'est déjà une orgie de gothique flamboyant et de pans de bois.
Le train est vraiment le moyen de transport idéal pour aller découvrir Rouen, parce que la gare est située en plein centre ville. Vous traversez la place et déjà, voici le donjon de Philippe-Auguste où fut enfermée Jeanne d'Arc. Il suffit de suivre la pente naturelle de la ville vers la Seine pour rejoindre la cathédrale, cette flèche qui dépasse au-dessus des toits. En face, à l'office de tourisme, on vous proposera des circuits à faire à pied. Si vous vous en tenez au centre historique, les distances sont courtes, et les richesses innombrables.


Références :

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