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Mourir à deux

Utamaro Kitagawa (1753 – 1806), Umegawa et Chubei,
estampe de la collection de Monet, maison de Claude Monet à Giverny

Le grand maître japonais de l’estampe Utamaro s’est passionné pour les portraits de gracieuses jeunes femmes, en particulier les courtisanes qui avaient pignon sur rue dans les quartiers de plaisir de la capitale, Edo. Il ne pouvait qu’être inspiré par l’histoire d’amour entre Chubei, un employé des messageries, et Umegawa, la belle prostituée. Largement diffusé par le théâtre de marionnettes puis d’autres médias jusqu’au cinéma, le drame s’inspire de faits réels de 1710 et les enjolive quelque peu. Chubei a volé l’argent transporté par les messageries pour racheter Umegawa et l’épouser, afin de battre de vitesse un second prétendant qui pourrait la libérer de son contrat. Hélas, ce vol est puni de mort.
Je ne sais pas si en 1710, Umegawa s’est donné la mort elle aussi pour rejoindre son amant dans l’au-delà. En tout cas, les représentations de marionnettes finissaient par un double suicide d’amour, un acte connu au Japon sous le nom de shinju : Chubei et Umegawa s’enfuyaient dans la neige et mouraient de froid.
Il se pourrait que ce soit ce dernier voyage qu’Utamaro ait voulu représenter dans cette estampe tout en longueur. N’ont-ils pas l’air à la fois très proches l’un de l’autre et transis de froid ? Chubei fait de son mieux pour protéger sa tendre chérie avec son parapluie. Umegawa cache ses mains sous ses kimonos pour les réchauffer.

Et voici une photo qui s’est prise toute seule, dans la salle à manger de Monet.


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