
L’exposition « Avant les Nymphéas – Monet découvre Giverny -1883-1890 » que l’on peut voir jusqu’au 5 juillet 2026 à Giverny est le fruit d’un travail acharné depuis plus de trois ans, sur fond de challenge. Pour marquer le centenaire de la disparition de l’artiste givernois en décembre 1926, le musée souhaitait lui consacrer une exposition monographique, la première à Giverny depuis 2009. La difficulté était double : d’une part, trouver un sujet original, car Monet a déjà fait l’objet de très nombreuses expositions et publications ; d’autre part, obtenir les prêts d’oeuvres en cette année de célébration où elles sont sollicitées de toutes parts et où les musées ont tendance à garder leurs trésors signés Monet pour eux.
Le choix des commissaires Cyrille Sciama et Marie Delbarre s’est porté sur la période encore peu étudiée de l’installation de Monet dans le village, avant qu’il ne systématise son travail par séries. Du printemps 1883 à l’automne 1890, le peintre vit en location dans sa maison du quartier du Pressoir et n’apporte que peu de changements à son jardin. Dès 1891, devenu propriétaire, il va transformer son domaine en une oeuvre d’art horticole qui deviendra une source d’inspiration féconde pour les trente prochaines années.
Avant de centrer son regard sur le microcosme qu’il va se créer, Monet puise de nombreux motifs dans son environnement immédiat. Prairies, peupliers, champs aux coquelicots, route, meules, groupe de maisons du hameau de Falaise, Epte, bras de Seine… L’exposition présente un éventail des sujets qui inspirent le peintre à quelques encablures de chez lui, à travers 26 tableaux exécutés au cours des années 1880.
Oui, 26 toiles « seulement », alors que les expositions du musée des impressionnismes en proposent souvent le triple. Car aux difficultés déjà mentionnées se sont ajoutées celles de la géopolitique. Dans sa conférence d’ouverture, Cyrille Sciama, le directeur du musée, a détaillé les nombreux refus et même dédits auxquels le musée s’est heurté. Des institutions américaines qui prêtaient volontiers du temps de Joe ont changé de comité de direction et ne laissent plus partir d’oeuvres vers la France sous l’ère de Donald. Les collections russes sont bien entendu inaccessibles, rejointes en cela par celles du Moyen-Orient. Sans parler de tableaux au contexte pas très net, sur fond de green washing culturel, dont il vaut mieux s’abstenir. Dans ces conditions, on comprend que réunir un bel ensemble de 26 oeuvres sur cette thématique étroite est un petit exploit, après bien des vicissitudes et des moments de découragement. 4 toiles proviennent du Japon, 4 de collections privées, 1 d’Allemagne, 1 d’Angleterre, 1 de Suisse, 10 de France, et tout de même 5 des Etats-Unis.
A mes yeux, naturellement, l’exposition est un petit bijou. Plus que jamais on sent le travail de Monet dans son environnement. Pour arriver au musée, le visiteur a traversé les paysages qu’il va voir sur les cimaises quelques minutes plus tard, magnifiés par le regard du peintre. Une Meule a même été peinte dans le clos Morin, à l’emplacement même du musée. Les toiles, du plus pur impressionnisme des années 1880, sont un délice pour les yeux. « J’ai vu tellement de belles choses que je suis déjà comblé », me confiait un admirateur de Monet à mi-parcours de l’exposition.