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Beauté de la pluie

Beauté de la pluie

En ces temps de canicule, je vous propose quelques images des jardins de Monet baignés d’humidité pour nous rafraîchir. Voilà déjà plusieurs années que les métamorphoses apportées par la pluie ou la rosée me fascinent.

Beauté de la pluie

Dans l’ombre du grand peuplier, un bouton de nymphéa patiente en périscope, tandis que ses feuilles flottent, tout à leur aise dans leur élément.
Beauté de la pluie

Et vous, aimez-vous la douce lumière argentée diffusée par les nuages, la géométrie des ronds dans l’eau qui se percutent, le relief créé par le choc des gouttes sur la surface du bassin ?

J’espère que le Paradis ressemblera à ça

J'espère que le Paradis ressemblera à ça
Giverny ce matin, dans l’éclat de la fin mai. Les roses et les bleus des fleurs aimées de Monet se mêlent dans l’abandon d’une nature conduite avec délicatesse.

De plus en plus de visiteurs entrent désormais dans le jardin par le bas, munis de leurs billets coupe-file. Leur première impression est beaucoup plus forte qu’en pénétrant dans le clos normand par le haut, où se trouve la caisse pour les individuels. « Estoy impactado », répétait hier mon client, un paysagiste mexicain qui en avait pourtant vu d’autres. Je suis impressionné, je suis sous le choc… Quand on aime les fleurs, on peut être submergé par l’émotion à la vue du printemps de Giverny.

J'espère que le Paradis ressemblera à ça

A la fin de mes visites, tandis que je regagne la sortie, je me fonds au milieu des visiteurs et je capte des bribes de conversation. J’ai adoré entendre une jeune femme exprimer sa joie par ces mots : « J’espère que le Paradis ressemblera à ça. »

Dès l’époque de Monet, les visiteurs employaient les mots d’éden et de paradis pour décrire son jardin. Inverser le propos, voilà qui renouvelle cette comparaison entendue si souvent, et lui redonne toute sa force.

Le miracle du matin

Le miracle du matin
Lever de soleil sur le bassin aux nymphéas de Claude Monet.
Le miracle du matin
Comme il devait aimer ces instants.
Le miracle du matin

Giverny sous le soleil

Giverny sous le soleil

Les jardins de Monet ce matin : les dernières tulipes jouent leur symphonie en rose devant la maison…

Giverny sous le soleil

…tandis que les premiers iris s’ouvrent dans les bordures imaginées par Claude Monet.

Giverny sous le soleil

Les glycines rescapées du gel d’avril ornent gracieusement le pont japonais…

Giverny sous le soleil
… et le févier d’Amérique répand des reflets lumineux dans l’étang aux nymphéas.

Monet était « fleur bleue »

Monet était "fleur bleue"

Le goût de Monet pour les fleurs bleues est attesté, car il a surpris plus d’un de ses contemporains. Le peintre avait ainsi une passion pour les immenses delphiniums, devenus difficiles à trouver.

Monet était "fleur bleue"

A Giverny, les jardiniers prennent soin de cultiver le plus possible de fleurs bleues, comme ici les sauges et les campanules de Canterbury. Le violet et le mauve sont également très présents et participent à l’impression bleue. Et vous, aimez-vous aussi voir les jardins en bleu ?

Le parcours à sens unique

Le parcours à sens unique
L’entrée aux jardins de Monet se fait par la ruelle Leroy, où a lieu le contrôle des billets électroniques, celui du port du masque et des sacs et la désinfection des mains. Les guichets sont fermés, il n’y a pas de vente de billets sur place.
Le parcours à sens unique
La visite commence par le jardin d’eau. La portion entre le pont japonais et le petit pont à droite sur la photo n’est pas accessible, ni dans un sens ni dans l’autre. C’est le seul regret dans un parcours qui est vraiment très bien conçu.
Le parcours à sens unique
On aperçoit le chemin le long du Ru, et on tourne à gauche sous l’arceau aux roses.
Le parcours à sens unique
Au hêtre pourpre, on prend tout droit. Les bancs de pierre et le plan sont en place.
Le parcours à sens unique
On peut monter sur le pont, mais pas le franchir. A l’autre bout, un gardien attend les visiteurs qui achèvent leur tour de bassin pour leur faire traverser la route vers le clos. Ainsi on ne se croise pas dans le souterrain.
Le parcours à sens unique
Sens obligatoire pour faire le tour du bassin. L’avantage de toutes ces contraintes est qu’il y a très peu de monde. Pour l’instant, seulement 30 personnes maxi toutes les 20 minutes, je crois.
Le parcours à sens unique
Au bout du bassin, l’allée vers le petit pont sur le Ru est barrée elle aussi. Ce n’est jamais très fréquenté par là…
Le parcours à sens unique
Côté jardin de fleurs, la visite commence au pied de la grande allée, et de là on part à gauche.
Le parcours à sens unique
On remonte vers la maison par l’ouest, du côté de la serre.
Le parcours à sens unique
L’accès à la maison se fait par le premier atelier. Pschitt obligatoire sur les mains. Accéder par le salon-atelier est très sympa et évite de monter des marches pour les redescendre ensuite, ainsi que la bousculade dans l’escalier. Si cela pouvait se pérenniser…
Le parcours à sens unique
Après l’atelier, on monte vers les chambres avec un coup d’oeil sur le salon bleu. Le reste est inchangé.
Le parcours à sens unique
A la sortie, les deux allées à l’est du jardin sont facultatives. On commence par descendre dans la « boîte de peinture, » sous les supports métalliques.
Le parcours à sens unique
On remonte vers la boutique et la sortie par l’allée du rond des dames. Tous les bancs de bois ont été supprimés. Malgré ces contraintes, la visite donne une très bonne impression d’avoir tout vu et de profiter réellement du jardin, surtout grâce à la faible affluence. Ces photos ont été prises lundi 8 juin, jour de l’ouverture un peu maussade. Comme toujours, les floraisons sont un enchantement, faut-il le dire ?

Transparences

Transparences

Voici revenu le beau mois d’octobre, une merveille à Giverny. Le soleil est plus bas sur l’horizon ; le matin ou en fin de journée, ses rayons éclairent les pétales comme autant de petits lampions accrochés dans les massifs exubérants des jardins de Monet.

On dit que c’est un effet que Monet aimait. Il privilégiait les fleurs simples pour avoir le plaisir de voir la lumière passer à travers.

Transparences

Giverny au temps des iris

Giverny au temps des iris

 Les jardiniers de Giverny ont beaucoup travaillé sur les iris l’an dernier. Les visiteurs en bénéficient cette année avec une floraison spectaculaire, éclatante, qui donne à voir quantité d’iris extraordinaires, noirs, orange, à petits points et j’en passe.

La rangée d’iris réticulés blancs qui danse le long d’un très long massif de haut en bas du jardin me paraît une nouveauté.

Et les roses, les roses ! Elles commencent tout juste et déjà elles embaument, en compétition avec les pivoines. Côté couleurs, ce sont les juliennes qui donnent le ton avec leurs gros bouquets mauves. 

L’esprit du Japon à Giverny

Le jardin japonais de Monet

Claude Monet n’est jamais allé au Japon. Mais comme ses contemporains, il est tombé sous le charme du pays du Soleil-Levant. Il collectionnait les estampes japonaises, il a peint Camille dans un costume rouge à motif de samouraï avec des éventails sur le mur, sa maison débordait de meubles en faux (et parfois en vrai) bambou, son service de table s’appelait Japon, et ainsi de suite. Il n’est pas surprenant que l’on retrouve cette inspiration japonisante dans son jardin.

Qu’est-ce qui fait qu’un jardin évoque le Japon ?

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Palette d’été à Giverny

Massif de fleurs d'été à Giverny

Pas de doute, cette fois c’est l’été au calendrier des fleurs. A Giverny elles rivalisent de couleurs pour aguicher les insectes qui viennent se rouler dans leurs étamines et en ressortent tout poudrés de pollen. Au pied des rosiers, les premiers dahlias sont là. Les delphiniums exposent leurs bleus violacés. Les alliums ont gardé toute leur tête. Et les lis éblouissent, plantés serrés dans une palette qui va du jaune au pourpre. 

Giverny aux mille couleurs

Giverny 23 avril
C’est le moment de l’année où le jardin de Monet à Giverny étincelle. Tout autour de soi, des massifs multicolores débordant de tulipes, de giroflées, de juliennes des dames, de pensées, qui restituent cette impression de marcher dans un tableau impressionniste voulue par le peintre.

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Giverny déjà très fleuri

Giverny déjà très fleuri

"Comment trouvez-vous le jardin ?" m'a demandé l'un des jardiniers de Giverny ce matin. J'adore cette question. S'ils vont à la pêche aux compliments chez moi, les jardiniers ne vont pas ramener du menu fretin. En fait, je n'ai même pas besoin qu'ils me la posent pour m'extasier. 

Et vous, comment trouvez-vous le jardin de Monet en ce début avril ? Bon, c'est vrai, la photo est bien en-dessous de la réalité.

Giverny cet après-midi

Giverny

Giverny avait un air de printemps aujourd'hui sous un soleil radieux et des températures très douces.

Magnolias et prunus sont déjà en fleurs, et les saules ne perdent pas une minute pour bourgeonner.

Dans les massifs, narcisses et pensées lancent le bal.

Les jardins de Monet rouvrent la semaine prochaine, le vendredi 24 mars. C'est la date la plus précoce jamais tentée, mais le pari est gagné. Grâce à la tiédeur de ces derniers jours, il y aura des fleurs dès l'ouverture.  

Impressions printanières

pelouse-fleurie , 

C’est le plus joli moment de l’année pour voir les pelouses du jardin de Monet, avant que les massifs ne leur volent la vedette. Le matin, la rosée fait scintiller le velours du gazon. Sur ce tapis de soie qu’on rêverait de fouler se dressent les silhouettes élancées des narcisses et des premières tulipes. Elégantes, apprêtées, elles ont l’air de débutantes hésitant à s’élancer sur la piste de danse pour leur premier bal.

Admirez au passage l’habileté du jardinier qui entretient cette pelouse avec une mini tondeuse en contournant les îlots de fleurs. 

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Confusion

Cerisier

Les températures ont enfin chuté, heureusement. Voici ce que le cerisier du Japon devant le 3e atelier de Monet était en train de faire à la faveur d'un automne trop doux, des fleurs alors même que ses feuilles d'automne n'avaient pas fini de tomber. Encore plus fort que ceux du parking.

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Place nette

Place nette

Depuis la fermeture de la Fondation Monet il y a dix jours, les jardiniers de Giverny s'emploient à faire place nette. Il ne reste déjà presque rien des massifs du clos normand. Les annuelles ont été arrachées, les vivaces taillées, et petit à petit toutes les plates-bandes sont bêchées, amendées au biopost, et prêtes à être replantées.

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Giverny début octobre

Giverny début octobre

Les mots me manquent pour décrire l’envoûtante beauté du jardin de Giverny en ce moment. La pluie de mi-septembre avait un peu terni son éclat. On s’imaginait déjà que c’était le début de la fin, l’adieu à la belle saison marqué par la rouille des feuilles et la chute des pétales. Et puis non. Il a suffi d’une semaine de soleil pour qu’un nouvel élan vienne ranimer les fleurs d’automne. Surgies de leurs boutons comme des diables de leurs boîtes, elles n’attendaient que ça. Et d’un coup de rayon, le jardin de Monet se pare de couleurs plus étincelantes que jamais.
Pour qui sait déambuler avec lenteur dans les allées, c’est un parcours très sensuel qui s’offre. Les fleurs devenues gigantesques s’épanouissent à hauteur des yeux, débordant des massifs jusqu’à frôler les visiteurs, tandis que des odeurs acides de feuillages et de terre mouillée se répandent. Les arbres fruitiers du jardin, pommiers et poiriers, exhibent leurs beaux fruits mûrs avec la fierté de jeunes mères promenant leurs enfants au parc. Je ne sais si certains se laissent tenter, mais c’est probable. Dans les allées ouvertes au public, tous les fruits ont disparu.

Un coup de projecteur

Giverny
A 9 heures, le soleil se lève enfin derrière l’imposante colline qui surplombe Giverny.
Le pinceau de son phare touche d’abord les arbres du bout du bassin, qu’il éclaire par en-dessous comme les feux de la rampe dans les tableaux de Degas.
Les feuillages qui sommeillaient dans des tons gris-verts se réveillent sous ce baiser.
Dans cette brève ivresse matinale ils s’illuminent des couleurs chaudes des vins, verts acidulés des frênes, rouge boisé des prunus.
A côté du petit pont, le grand gunnera s’avance sur la scène, dans des vapeurs dorées que le soleil fait naître.
Bientôt ce sera tout le jardin qui rayonnera dans la gloire du matin.

Comment les fleurs dorment

Asters à Giverny

C’est juste avant le lever du soleil qu’il fait le plus froid.
En ce moment, par temps clair, le thermomètre affiche un petit six degrés au point du jour à Giverny.
Tout comme les Nymphéas, beaucoup de fleurs se protègent en se refermant pendant la nuit.
Pas un seul aster qui ressemble à une petite étoile avant la douceur des premiers rayons.
Tout à l’heure, au grand jour, quand la dernière planète sera effacée du ciel, les corolles s’ouvriront enfin.
Les feuilles disparaîtront sous une myriade de petites fleurs laiteuses, comme un hommage végétal à la voie lactée.

Azalées

Azalées, Giverny

Dans le jardin d’eau de Claude Monet, la floraison des azalées, à cheval sur avril et mai, est un des moments les plus colorés de l’année. L’hiver dernier, les jardiniers ont créé de nouvelles zones de terre acide et planté plusieurs dizaines d’azalées supplémentaires, ainsi que des érables du Japon de différentes espèces. Le but : augmenter l’intérêt printanier du jardin d’eau et souligner son caractère japonisant.
Ces massifs nouveaux dévoilent leurs merveilles en ce moment pour la première fois, et les visiteurs découvrent de nouvelles harmonies de couleurs et de formes dans des endroits du jardin qui passaient un peu inaperçus jusque là. Le massif que voici se trouve à l’entrée du jardin d’eau, au débouché du passage souterrain sur la gauche, où il prend le relais des cornouillers plus précoces.
Les azalées jaunes que l’on voit à l’arrière-plan figurent parmi les fleurs les plus délicieusement parfumées que je connaisse. Celles-ci diffusent à distance, mais ailleurs elles poussent le long de l’allée, et je ne peux résister au bonheur d’y plonger le nez chaque fois que je passe à côté. Une vraie addiction.
Ah ! Le parfum ! C’est parfois ce que les visiteurs retiennent en priorité de leur visite, devant l’expérience visuelle ou auditive. Il est vrai que cette griserie de baigner dans les senteurs délicieuses des glycines ou des iris s’offre rarement aux citadins. Elle fait de la visite de Giverny, cet espace si coloré qui est avant tout conçu comme un lieu pour l’oeil, un moment intense pour les mal-voyants également.

Psst ! Les premiers nymphéas sont en fleurs depuis le 10 mai ! Des blancs surtout, j’en ai compté près d’une vingtaine aujourd’hui.

Evolution du jardin

Pont japonais de Giverny et spirée

Il y a des instants où la lumière offre un supplément d’âme aux choses. Ce matin à neuf heures, après la grande douche du lever du jour, le jardin de Monet étincelait. Un rayon de soleil tournait le coin des bambous, ébouriffait les grappes mauves de la glycine au-dessus du pont japonais et venait caresser la spirée tout juste fleurie. C’était léger comme un baiser sur la joue d’une mariée, tout ce blanc qui cascadait en voile, et la petite touche rouge des ancolies en guise de fard à lèvres.
A l’époque de Monet, il n’y avait là ni ancolies ni spirée. Monet affectionnait l’herbe autour du bassin, tout simplement. Face à l’opulence du jardin de fleurs, le jardin d’eau était dépouillé, sobre, et comparé à celui d’aujourd’hui, presque nu. Une pivoine par-ci par-là, un trépied à rosiers, quelques agapanthes et autres iris… Mais pas, ou si peu, d’arbustes, de massifs fleuris, de couleurs. Pas de masses végétales en dehors des branches des saules. Rien n’entravait le regard. La vue s’offrait dégagée sur le pont et sur les nymphéas, car Monet voulait les peindre.
Qu’on peigne ou que l’on photographie, il est bien difficile aujourd’hui de retrouver exactement les motifs de Monet depuis la berge. Car petit à petit une surenchère végétale s’est mise en place, dans une espèce de peur du vide. Que faire pour émerveiller les visiteurs, si difficiles à éblouir de nos jours ? Comment offrir un intérêt printanier au jardin d’eau, alors que les nymphéas sont des fleurs d’été ? Les jardiniers plantent. Le jardin d’eau déborde de merveilles.
En ce moment fleurissent les splendides azalées, les cornouillers, les glycines, les spirées, les premiers iris, les berbéris, les rhododendrons, tant d’autres encore, tout cela au-dessus de tapis de pensées, de giroflées, de myosotis, de tulipes multiples, de pétasites, de sceaux de Salomon… Et oui, j’en suis témoin à chaque pas dans le jardin, c’est un enchantement. Les visiteurs, et plus particulièrement les visiteuses ne cessent de le répéter, c’est beau, c’est beau…
Alors faut-il regretter les infidélités au jardin d’origine ? Je ne le crois pas. Tout jardin évolue, et même du vivant de Monet, il n’a cessé de changer. Le pont par exemple s’est vu doter d’une pergola de glycines. Ce n’est plus le jardin d’un homme mais de 600 000 personnes. L’évolution des conditions implique l’évolution des plantations.
Il faut planter pour le public, oui. Mais que souhaite le public ? Il a des désirs contradictoires. Etre ébloui de fleurs et reconnaître les motifs des tableaux qu’il a vus : des nymphéas, le pont en gros plan.
Ménager des vues tout en fleurissant les berges avec naturel et subtilité, c’est le défi que doivent relever les jardiniers d’aujourd’hui.

L’éveil

Giverny à Pâques
« C’est le plus beau jardin que j’ai vu de toute ma vie ». Voilà deux fois ces derniers jours que j’entends des visiteurs de Giverny prononcer cette même phrase. D’abord vendredi, suite à une découverte du jardin de Monet sous un ciel maussade qui éteignait tout reflet dans l’étang, et puis hier, dans la bouche de clients tout juste débarqués à Roissy, sans doute épuisés de leur voyage et en plein décalage horaire.
J’essaie de ne pas marquer ma surprise. J’ai très envie de questionner « qu’est-ce qui vous fait dire ça ? », mais je m’en abstiens par correction, et parce que je me doute qu’il est difficile de répondre.
Questionner, ce serait mettre en doute l’affirmation, que bien sûr je partage. Pour moi aussi, le jardin de Monet est le plus beau jardin que j’ai vu de toute ma vie. Mais tel qu’il est en ce moment même, vraiment, comment peut-on n’avoir jamais rien vu de plus éblouissant ? Il y a à peine de fleurs, très peu de feuilles aux arbres, et le temps a été exécrable toute la semaine dernière.
Et pourtant, en dépit de tout, la magie opère. Les féeries qui avaient envoûté Monet sont à l’oeuvre. Des profondeurs du bassin, les fées envoient leurs charmes sur les visiteurs. « Quel calme extraordinaire ! » disent-ils au milieu de l’affluence du week-end pascal. Et c’est vrai. On a envie de rester à regarder l’eau, happé par le jeu de la brise à sa surface.
Dans ces premiers jours du printemps, il émane du jardin qui s’éveille une joie profonde et communicative. Les pousses percent la terre, les boutons enflent et s’ouvrent, les oiseaux s’interpellent dans les ramures. Sans qu’on y prenne garde cette vitalité du renouveau nous gagne. On ne sait pas trop bien ce qu’on a, sauf qu’on se sent heureux d’être là. Je m’entends être particulièrement gaie et enthousiaste dans mon commentaire, et quand je demande aux visiteurs s’ils sentent la joie de la nature, ils m’assurent avec empressement que oui.
C’est le début avril, le temps des premières fleurs et des premières feuilles, et c’est dès maintenant, avant le grand spectacle et l’explosion des couleurs, c’est dans ce temps du commencement qu’il faut descendre au jardin pour s’y laisser envahir par l’allégresse de la terre.

Engrais

Giverny nympheas octobreOn ne parlait pas encore de jardinage biologique au début du 20e siècle. C’étaient les premiers temps des engrais chimiques, une époque où l’on n’imaginait même pas que des intrants puissent avoir un impact sur la santé. On pensait que pour faire pousser des plantes vigoureuses, il faut leur donner à boire par l’arrosage et à manger par les engrais. Ce n’est pas dénué de bon sens.
Certes, Claude Monet aurait pu faire du jardinage biologique à la façon dont Monsieur Jourdain faisait de la prose. Le peintre ne vivait-il pas dans un village où abondaient les engrais naturels de toutes espèces, à commencer par ceux issus de la vache, du cheval, des poules ou des pigeons ? Il est probable que Monet ne s’est pas privé de fumer son jardin. Mais il a aussi, une lettre l’atteste, fait usage de produits chimiques :

Extrait d’une lettre de Monet à son fils Jean, qui est chimiste à Déville-les-Rouen, 8 février 1902 :

Mon cher Jean,
je viens te demander si tu peux me procurer les différents engrais chimiques dont suit le détail. Si oui, tu seras bien aimable de me les faire adresser de suite par grande vitesse en gare de Vernon. Je t’en remercie d’avance et vous embrasse bien tendrement tous les deux.
Ton père,
Claude Monet

La liste est ci-contre :
100 kg de sulfate de fer pulvérisé
20 kg superphosphate minéral
4 kg sulfate de potasse
10 kg sang desséché

J’espère que tu pourras me procurer cela.

A première vue, j’ai l’impression que certains de ces produits sont acceptés en agriculture biologique, par exemple le sulfate de fer, et d’autres non. Si vous êtes plus compétent que moi dans ce domaine, je serai heureuse d’avoir des précisions.
Quant à la politique de la Fondation Monet aujourd’hui, si le jardin n’est pas tout à fait bio, l’ambition est de s’en rapprocher le plus possible.

Photo : Nymphéas dans le bassin de Monet, octobre. Les nénuphars sont très sensibles aux fertilisants véhiculés par les eaux.

Onde

Ondes concentriques à la surface du bassin de Monet

Un poisson a fait surface, ou une grenouille a plongé, ou quelque autre événement lié à ces êtres qui sont chez eux dans le bassin de Monet vient de se produire sans qu’on l’ait remarqué. Partout, sous son apparente immobilité, le jardin ne cesse de frémir et bruire, au gré des vies qui l’habitent. A lui tout seul, c’est un monde, petit pour nous, mais à l’échelle de ses hôtes.
Si j’étais un oiseau, je verrais que les ondes sont concentriques et dessinent des cercles à la surface. Mais depuis la berge, leurs rondes apparaissent elliptiques.
Au centre, là où s’est produit le choc initial, là où le miroir de l’eau a été brisé, il n’y a déjà plus rien. L’agitation s’éloigne, toujours plus loin. Comme dans l’actu.
Assis au bord de l’eau, on peut laisser les pensées flotter. Elles partent dans toutes les directions, portées par l’onde. Vers où vont les vôtres ?

L’ambre de novembre

Giverny en novembre

L’air sent les feuilles, les champignons et les premiers feux de bois.
Dans les jardins de Monet, une lumière atténuée enveloppe l’étang.
Les saules agitent des rameaux jaunes au dessus de l’eau, le hêtre joue des tons d’ocre et de rouille, les bambous paraissent plus dorés que jamais.
Mais rien ne brille. Pas d’éclat, pas de fanfare aux cuivres rutilants.
Le soleil hésite, pudique, à se départir de son voile.
Novembre, entre l’ombre et l’ambre.

Cher lecteur, ces textes et ces photos ne sont pas libres de droits.
Merci de respecter mon travail en ne les copiant pas sans mon accord.
Ariane.

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