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Le musée Belmondo

Le musée Belmondo

Jean-Paul Belmondo aura-t-il un jour son musée ? L’acteur qui nous a quittés il y a trois jours est en tout cas intimement lié à celui consacré à son père, le sculpteur Paul Belmondo. Sa soeur Muriel, son frère Alain et lui-même ont fait don de plusieurs centaines d’oeuvres de l’artiste à la ville de Boulogne-Billancourt, près de Paris, où l’on peut les admirer depuis 2010 dans un étonnant écrin. Le château Buchillot, une folie du 18e siècle, a été aménagé de façon contemporaine par les architectes Chartier-Corbasson, sur le thème d’un cabinet de curiosités.

Le musée Belmondo

C’est la photo de Bébel qui accueille les visiteurs à l’entrée du musée, avec son sourire le plus ravageur. Un cahier de condoléances a été mis en place à l’accueil. Mais bien avant de devenir un des acteurs les plus populaires du cinéma français – et de tourner à Boulogne-Billancourt, justement – le petit Jean-Paul a posé pour son papa. Ce buste intime, que Paul Belmondo a sans doute fait par plaisir et par amour, est l’un des fleurons du musée. La petite bouille aux grands yeux rêveurs, les cheveux en bataille, est présentée sur la façade. Davantage qu’à l’acteur à l’énergie débordante, elle fait penser au Petit Prince.

Le musée Belmondo

Les oeuvres exposées sont toutes plus belles et émouvantes les unes que les autres, d’une facture classique personnelle, et l’on comprend que Paul Belmondo ait été un artiste fort recherché. Parmi les modèles féminins, je remarque Sylvia Wildenstein, la troisième épouse du biographe de Claude Monet. Elle porte la frange, une coupe au carré, l’oeuvre est datée de 1973.

Giverny à la télé

Giverny à la télé

Vous avez peut-être vu ce midi le documentaire consacré à Giverny dans l’émission de Laurent Delahousse « 13h15 le dimanche » sur France 2. C’est un très joli reportage que vous pouvez voir en replay pendant quelques jours encore.

Marie-Pierre Farkas et Fred Poussin, le cadreur ci-dessus, ont tourné entre novembre et mai. Là, nous sommes le 2 avril, à la fin d’une matinée entière de prises de vue. Je devais lui montrer mes endroits préférés à Giverny et répondre à ses questions. Je sais maintenant comment on filme pour ce genre d’émission. En revanche le montage, truffé de documents d’archives habilement mis en scène était une surprise et m’a bluffée. C’est du très beau travail.

L’épidémie

Une pièce de théâtre en un acte d’Octave Mirbeau prend un relief particulier en ces temps de pandémie : il s’agit de lEpidémie (à lire sur Gallica). On est en 1898, et pourtant l’ironie de Mirbeau est d’une actualité étonnante. Elle porte sur la gestion de la crise.

L'épidémie

J’ai retrouvé dans mon grenier, comme déjà La 628-E8, un volume passablement explosé des Farces et Moralités parues en 1904 chez Fasquelle, envoyé par l’auteur au directeur de l’Excelsior.

L'épidémie

Un petit texte tapé à la machine est contenu dans le livre. On dirait un article prêt à être envoyé à la composition, à moins que ce ne soit le prière d’insérer, mais ils sont habituellement imprimés plutôt que dactylographiés. Une seule phrase, mais elle cogne bien.

L'épidémie

Toutes les pages du livre ont été découpées, preuve qu’il a été lu. C’est l’Epidémie qui ouvre le recueil.

Mirbeau a placé l’action dans la salle des délibérations du Conseil municipal, dans une grande ville maritime. Le maire a convoqué une séance secrète et extraordinaire du conseil car il vient d’apprendre qu' »une épidémie de fièvre typhoïde vient de fondre sur la ville ». Le foyer en est la caserne de l’arsenal.

– Combien de décès ?
– Hier, douze soldats sont morts… ce matin, seize.
– Ah !… Combien de malades ?
– A l’heure actuelle, on compte cent-trente-cinq malades.

Le décompte, déjà…

Les conseillers ne se sentent pas concernés par ces soldats qui meurent. Ils bottent en touche :

Nous n’avons pas à prévoir des choses qui ne sont pas encore arrivées… Si contrairement aux avis de la science, une pareille éventualité se produisait… si des symptômes alarmants et que nous n’avons pas le droit de préjuger, se manifestaient… eh bien, nous aurions toujours le temps de prendre les mesures nécessaires… Dans l’état actuel, nous ne devons pas intervenir…

Au préfet maritime qui réclame de l’eau de source et des casernes salubres, ils répliquent :

– Il est inouï, le préfet… Il est inouï…
– Si les soldats n’ont pas d’eau, qu’ils boivent de la bière…
– Si les casernes sont malsaines, eh bien, qu’ils campent…

Bref, pas de crédits. Mais un huissier apporte l’annonce de la mort d’un bourgeois, emporté par l’épidémie. C’est alors le docteur Triceps, conseiller municipal et comité scientifique à lui tout seul, qui prend les choses en main d’un ton martial :

– Nous devons lutter ! Aux circonstances douloureuses, opposons les résolutions viriles… Aux périls qui nous menacent, l’énergie qui en triomphe… Etes-vous prêts à tous les sacrifices ?
– A tous… à tous…
– Il nous faut de l’argent…
– Nous en trouverons.
– Nous en inventerons… nous en forgerons…
– Les emprunts !
– Les octrois !
– Les expropriations !
– Il faudra démolir les vieux quartiers de la ville, ces foyers d’infection…
– Nous les démolirons…
– et les reconstruire…
– nous les reconstruirons…

Suivent des mesures délirantes, et enfin :

– Nous établirons des conseils d’hygiène en permanence… des commissions de salubrité… des syndicats de prophylaxie… Des congrès médicaux. Des instituts Pastoriens…
– Votons… Guerre aux microbes ! Guerre à la mort ! Vive la science !…
– Oui, Messieurs, nous allons voter… des choses inouïes… des mesures exceptionnelles…révolutionnaires même… des sommes formidables…
– Je demande dix millions.
– Que voulez-vous faire avec dix millions ?… Non, vingt millions!
– Cinquante millions !
– Eh bien 75 millions !
– Non… Cent millions !… (Hourrah formidable)

Un très vieux conseiller émet des doutes :

– Mais où trouverons-nous tous ces millions ?

Je vous laisse découvrir la réponse du maire et des autres conseillers à cette question saugrenue.

L'épidémie

On déconfine à Giverny

On déconfine à Giverny
La roseraie de l’hôtel Baudy

Cela a quelque chose du supplice de Tentale. A Giverny, les jardins sont dans tout leur éclat, derrière des grilles fermées. Les visiteurs venus des alentours, les fameux 100 kilomètres à vol d’oiseau, se pressent dans les rues, à la faveur d’un week-end de l’Ascension radieux. Leurs voitures ont rempli le parking à demi : ils sont plusieurs centaines.

Ils sont nombreux à porter un masque. Ils déambulent en couple ou en famille, heureux de sortir de chez eux, de retrouver la joie d’une escapade. Mais celle-ci tourne court. Rien à visiter, pas même l’église. Pas moyen de s’asseoir pour prendre un verre ou manger un morceau, guère de vente à emporter. Marcher au grand air ailleurs qu’autour de chez soi, c’est déjà ça.

Dans la rue Claude Monet, on n’entend que du français, et c’est un peu bizarre. Contrairement à d’habitude, les promeneurs parcourent la voie principale de Giverny de bout en bout plutôt que de rester dans le quartier des musées, puisqu’il n’y a pas grand chose d’autre à faire. Seules les galeries de peinture sont ouvertes, sous réserve d’application de la distanciation et avec recommandation du port du masque.

Je suis entrée, tout à la joie de bavarder un moment avec des gens que je connais. Pendant que nous papotons, c’est un crève-coeur d’entendre des dames demander, avec beaucoup de gentillesse et de politesse, si elles peuvent utiliser les toilettes. Tout est fermé, les commodités les plus proches, c’est… chez elles.

Naturellement, les fourrés ont repris du service. Même situation à la Roche-Guyon ou sur la route des Crêtes, ce belvédère au-dessus de la Seine si prisé pour le pique-nique. Pourquoi est-ce que tout le monde s’agglutine au même endroit ? La campagne est si vaste, dès qu’on s’éloigne un peu.

C’est une situation bancale qui ne saurait durer. Giverny retient son souffle, en attente des nouvelles décisions gouvernementales. L’Eure est en zone verte. On parle d’une possible réouverture en juin pour la Fondation Monet. Les terrasses aussi, espérons-le. Tout le monde pense la même chose, même si c’est encore en partie du domaine du rêve : il est temps que ça se termine. On n’est pas encore sortis du tunnel, mais il y a de la lumière au bout. On déconfine. Et le soleil brille si fort.

Giverny confiné

Giverny confiné
Le jardin de Monet dans sa splendeur d’avril

Pas un seul visiteur à Giverny pour admirer les somptueuses floraisons d’avril cette année. Les jardins de Monet resplendissent pour personne dans la belle lumière printanière. Seuls les jardiniers sont à l’oeuvre, presque au complet, mais sans l’aide des jeunes stagiaires qui renforcent habituellement l’équipe.

Giverny confiné
Personne, aussi loin qu’on regarde

Ils ne sont pas démotivés, parce qu’ils aiment trop leur métier, mais on les sent déçus. Tous leurs efforts visent à éblouir le public, au terme de longues réflexions et de beaucoup de travail. Ils savourent à l’avance la magie de ce qu’ils mettent en place, comme Monet autrefois savait le faire, avec son oeil de jardinier qui anticipait les floraisons. Le printemps a fait s’ouvrir les tulipes et les pensées patiemment installées pour le grand show, mais les portes sont restées fermées.

Giverny confiné
Le rond des dames attend les visiteurs

Il flotte sur Giverny confiné une étrange atmosphère. Comme ailleurs, chacun garde ses distances. Les volets de la maison de Monet sont toujours clos. Ce sentiment de vide qui au début nous émerveillait devant les images des places de Rome ou de Paris désertes est devenu opressant. Tout comme le silence peut être assourdissant, le désert humain de nos rues – et des allées du jardin – finit par peser.

Giverny confiné
Le jardin d’eau plus paisible que jamais

Les changements les plus visibles intervenus cet hiver dans le jardin concernent les arbres. Au rond des dames, un nouveau paulownia a été planté à la place de l’ancien, et sa taille encore modeste dégage une perspective inhabituelle. Au jardin d’eau, dans la rangée de trois saules, celui du milieu a été renouvelé. Au bout du bassin, le vieux saule planté par Monet a subi une taille sévère. Une nouvelle pelouse a été créée à la sortie du souterrain, au pied du grand cornouiller blanc.

Giverny confiné

D’autres surprises surgiront au fil de la saison, notamment parmi les rosiers. Les jardiniers seront-ils encore les seuls à les contempler ? Le printemps galope, en avance de quinze jours, tandis que la date du déconfinement s’éloigne, et plus encore celle de réouverture des musées.

Vernon en bleu blanc rouge

Vernon faisait la fête dimanche soir après la victoire des Bleus au mondial. D’habitude je fais plutôt des photos, mais là, le son, c’était quelque chose, donc voici une petite vidéo prise entre la mairie et l’église.

Emmanuel et Brigitte Macron à Giverny

 Après avoir annoncé sa venue, puis l’avoir annulée, Emmanuel Macron est finalement venu à Giverny ce midi, accompagné de son épouse. La rue du village était surveillée par un certain nombre de messieurs à oreillettes, mais en l’absence du Premier ministre japonais, les deux musées étaient ouverts normalement, et le couple présidentiel a découvert tranquillement la belle expo du musée des impressionnismes sur l’influence du japonisme au 19e siècle. 

Emmanuel et Brigitte se sont ensuite rendus à la Fondation Monet. Leur dernière visite remontait à 25 ans selon leurs dires, Emmanuel devait donc avoir 15 ans. Ils ont parcouru la maison, le jardin de fleurs et le jardin d’eau, avant d’aller déjeuner au restaurant givernois le Jardin des Plumes.    

Tout compte fait c’est beaucoup plus cool de recevoir le président de la République qu’un chef d’Etat étranger. Giverny était toutefois moins fréquenté qu’à l’ordinaire, un certain nombre de groupes ayant déplacé leur visite. 

Giverny ouvert ce vendredi 13 juillet

Le président de la République avait annoncé sa venue à Giverny vendredi. Mais finalement il ne vient pas, le village vivra donc un vendredi normal cette semaine, avec tous les musées ouverts !

Le samedi 14 juillet sera un peu compliqué : le Tour de France passe à Vernon. Les cyclistes vont traverser le centre ville et emprunter le pont sur la Seine pour filer vers Les Andelys. Beaucoup de rues seront fermées dès 8h du matin. Les cyclistes sont attendus vers 12h45, la caravane deux heures avant. Le pont devrait être rendu à la circulation vers 14h.

Pour les personnes qui viendraient visiter Giverny en train, une seule navette partira de la rue du Parc et fera le détour par le pont suivant, à Bonnières. 

La Seine à Vernon

La Seine à Vernon
Il paraît que la crue de la Seine fait l’info jusqu’en Australie ! Peut-être parce que là-bas il fait très chaud et sec… Comme on peut le voir sur cette photo prise depuis le pont de Vernon, la crue de la Seine n’affecte pas énormément le quotidien de la plupart des Vernonnais.

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Affichage à Giverny

Affiches à Giverny

A Giverny, le café-restaurant Baudy prête aimablement ses vitrines à l'affichage des évènements du village. C'est comme un collage, de fenêtre en fenêtre, où les annonces ont d'étonnants dialogues. D'un côté, il y a la douceur et l'intériorité du merveilleux tableau de Whistler qui illustre l'affiche de l'exposition du musée des impressionnismes. De l'autre, le coup de Trumpette de ce Wouaow, l'humour de l'accroche : le peintre Francis Villard expose ses dernières toiles à la galerie du 60.

On n'a pas oublié à Giverny que le musée fut d'abord celui de l'art américain. L'hôtel Baudy lui-même logeait autrefois les peintres de la colonie, dont bon nombre venaient d'outre-Atlantique.

La campagne présidentielle américaine s'est déroulée juste avant la nôtre qu'elle a certainement influencée. Elle a été suivie avec intérêt en France, notamment à Giverny. En retour, les américains francophiles que je rencontre semblent avoir prêté une attention toute particulière aux rebondissements de la campagne française. Ils sont souvent démocrates et nous envient Emmanuel, à peu près autant qu'ils sont désespérés par l'intrônisation de Donald.  Le soir du second tour, j'ai eu la surprise de recevoir plusieurs messages de félicitations aux français, où perçait le soulagement.  

Je suis passée devant la mairie de Giverny. Les panneaux électoraux sont en place, cette fois pour les législatives. Quand tous les candidats auront collé leur affiche officielle, on verra si le dialogue entre leurs visages est aussi musicalo-théâtral que la vitrine du Baudy. 

Lever d’année

Aurore à Giverny

Pas besoin d'être ultra matinal en ce moment pour admirer le point du jour. Cela se passe vers 8h15 à peu près, à l'heure où demain les parents emmèneront leurs enfants à l'école.
Le charme des levers de soleil, c'est leur façon de donner dans le grandiose, dans la démesure. Cette débauche de couleurs, cette subtilité de nuances. L'irradiation de la lumière. On reste scotché, épaté par le message de l'univers : regarde comme je suis vaste et beau !

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Vendredi

Feuille rouge

Une semaine depuis les massacres. On a tous du mal avec les évènements de ces derniers jours. On fait comme on peut. Comment faire entrer cela dans notre vision du monde ? C'est du domaine de l'impensable. Et pourtant, c'est.
Je suis touchée par la gentillesse et la compassion des gens, ailleurs sur la planète. Certains des visiteurs de Giverny m'écrivent d'Australie, des Etats-Unis ou du Pays de Galles pour partager leur émotion et leurs prières.

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Luxembourg

Le jardin du Luxembourg à Paris

J’étais cet après-midi au jardin du Luxembourg à Paris, resplendissant de toute sa beauté estivale. De larges massifs de fleurs multicolores de petite taille courent autour de pelouses au tracé net, impeccablement vertes et tondues. Tout ici obéit à la main de l’homme, et tout est un peu artificiel, jusqu’à la présence de magnifiques palmiers cultivés dans des pots, qui étonnent sous notre climat.
On sent l’héritage d’une longue tradition. Et même si ce style est en recul, c’est malgré tout un archétype, et c’est cette image que de nombreux visiteurs associent au mot jardin. On comprend leur surprise en découvrant l’exubérance givernoise.
Tout semble si sage et ordonné au jardin du Luxembourg. Les enfants depuis toujours font voguer des bateaux sur le bassin. Ils étaient toute une flotille par ce beau temps. On s’asseoit avec un livre, on se promène en famille, on mange des glaces.
Derrière les grilles qui entourent le parc se déroulait un tout autre spectacle. C’était le jour de la gay pride, le défilé joyeux, carnavalesque des homos, leur parade multicolore et bruyante d’affirmation de soi.
Comme tout le monde je crois depuis que les homos n’ont plus besoin de se cacher, j’en fréquente beaucoup, notamment parce que notre profession très féminisée en compte un certain nombre. J’ai pensé à chacun et chacune d’eux, que je connais affables, professionnels et charmants. C’était difficile de les associer au grand mouvement de lâcher prise qui déroulait ses travestis sur le boulevard. Tout à coup j’ai réalisé que je n’avais pas la tenue adéquate, que tout le monde autour de moi était gay, et je me suis sentie un peu honteuse d’être différente. C’est un ressenti que les gays connaissent bien, hélas.
La police avait fermé les portes du Luxembourg, ce jardin si conservateur où les fleurs poussent droites, ce jardin du Sénat. De l’autre côté des grilles, une jeunesse provocatrice défilait dans le quartier latin, l’émotion à fleur de peau. J’ai pensé au chemin parcouru depuis Proust et Wilde, à celui qu’il reste à parcourir. Et à l’évolution des jardins, aux beaux jardins d’aujourd’hui où souffle sur les fleurs un vent de liberté.

Je suis Charlie

Caricature de Jules Didier par Claude MonetCaricature de Jules Didier par Claude Monet vers 1860, Fusain sur papier, Art Institute of Chicago

Difficile de dormir cette nuit après cette abomination.
Cette sensation d’être atteints jusqu’au tréfonds dans ce que nous avons de plus beau et de plus cher, la liberté.
Le droit d’écrire, d’imprimer, de diffuser la pensée.

Face à cette abjection de la violence et de la haine, j’ai eu envie de voir des images plus douces.

Les âmes de nos Charlies sont allées droit au ciel, aussi légères que des papillons.
Et là haut, elles ont été accueillies par Claude Monet, heureux de souhaiter la bienvenue à des collègues.
N’a-t-il pas commencé sa carrière en caricaturant les bourgeois du Havre ?
Avec Charb, Cabu, Wolinski et les autres, ils imaginent des dessins, et ils se tiennent les côtes de rire.
C’est frais, Monet en est comme rajeuni.

Mes pensées vont aussi vers les vivants.
Les survivants.
Ceux qui sont dans la douleur du deuil.
Ceux qui ont charge de trouver les coupables.
Ceux qui ont la responsabilité d’assurer la sécurité du pays.
Et je prie pour ces trois âmes fourvoyées dans la haine, qui sont en grande difficulté.

Le tigre et l’ours

Clemenceau et MonetJe suis allée voir « La Colère du Tigre » au théâtre Montparnasse à Paris. La pièce signée Philippe Madral met en scène Georges Clemenceau et son grand ami Claude Monet, au soir de leurs vies.
Quand je suis arrivée, Claude Brasseur, qui incarne Clemenceau, était assis en terrasse à fumer une cigarette. Sa voix magnifique porte la marque de cette tabagie. Michel Aumont, le Monet de la pièce, a le timbre presque trop clair en comparaison.
Ils ont tous deux le même âge, 78 ans. On ne peut qu’être ébloui par leur performance. En ce sens, ils sont fidèles à leurs modèles : Clemenceau et Monet n’ont jamais décroché du boulot non plus.
Pendant la représentation, j’entendais rire autour de moi. Je ne suis pas la bonne personne pour faire une critique de la pièce : ses personnages et son argument me sont trop familiers, les effets de surprise n’agissent pas.
J’ai eu un peu de mal à entrer dans l’illusion théâtrale, ce pacte qui lie l’auteur, les comédiens et leur metteur en scène avec les spectateurs. Accepter l’idée du rôle, qui nous vient de si loin : on dirait qu’on serait le Tigre et l’Ours de Giverny…
Ces êtres de chair et de sang sur la scène, comment pourrais-je les prendre pour Clemenceau et Monet ? Dès les premières phrases, l’auteur prend ses distances avec la réalité historique : il fait dire à Monet des formules qui sont celles de Clemenceau. C’est le Tigre qui taquine son ami en l’apostrophant d’un « Cher vieux crabe », et non l’inverse. Bon. On n’était pas à une lecture de correspondance non plus.
Si la pièce m’a tout de même captivée, c’est par l’interrogation qu’elle suscite pour moi sur le théâtre. Comment peut-on porter à la scène des êtres qui ont vraiment existé, et non pas seulement des « types », comme Monsieur Jourdain est le type du bourgeois pour Molière ? Qu’est-ce qui fait qu’une personne devient un personnage ? Quelle légitimité le théâtre offre-t-il à imaginer ce que nous ne savons pas, à remplir les blancs ?
J’ai été intéressée par le rapport du fictif au plausible. Par les contraintes du théâtre qui imposent qu’il se passe quelque chose, d’où la fameuse « colère », et une amusante bataille à coups de cannes. Au final, si je n’ai pas été emportée par la magie du théâtre comme d’autres fois, et même si l’émotion m’a passablement désertée, cela valait tout de même la peine de faire le déplacement. Pour me confronter à toutes ces questions.

Premier tour

Mairie de VernonLes Vernonnais vont-ils élire un maire de 28 ans à la tête d’une ville de 26000 habitants ? Hier le jeune Sébastien Lecornu, candidat de l’UMP, a fait le meilleur score avec près de 32% des voix. Il est suivi par le maire sortant du mandat précédent, battu sur le fil il y a six ans, Jean-Luc Miraux, ex-UMP, qui totalise 26% des suffrages.
Je suis curieuse de voir ce qui va l’emporter au second tour de la jeunesse ou de l’expérience. C’est l’une de ces nombreuses interrogations sur le report des voix qui donnent de l’intérêt aux élections, et doivent alimenter les conversations ce matin. Par le passé, Vernon s’est singularisée plusieurs fois, en particulier par une pentagulaire (5 listes avaient passé la barre des 10% et s’étaient maintenues). Il y a six ans, la ville traditionnellement conservatrice s’est surprise elle-même en portant à sa tête un maire socialiste, Philippe Nguyen Thanh, salué à l’époque comme l’un des rares maires de France issu de l’immigration asiatique. Son bilan paraît controversé (17 % hier). Mais naturellement rien n’est joué, car le scrutin de ce 23 mars est marqué par une forte absention (40 %).

Et à Giverny ? La campagne et les élections n’ont pas manqué d’intérêt là non plus. Si certaines petites communes de France peinent à constituer une liste et à trouver une bonne volonté pour assumer la charge souvent ingrate de maire, à Giverny, pas moins de 32 personnes se sont portées candidates au conseil municipal cette fois-ci. C’est le signe des enjeux qui animent ce village pas comme les autres. Un autre signe en est le taux de participation très élevé, près de 82 %.
Au final, le suspense n’aura pas été très long puisque 12 candidats sur les 15 membres qui composeront le conseil municipal sont élus dès le premier tour. Le meilleur score revient à… un jardinier de la Fondation Monet, Yves Hergoualc’h, qui rassemble 181 voix, soit 10 de plus que le maire sortant Claude Landais, lui aussi réélu. Bravo Yves !

Photo : détail de la mairie de Vernon

Résultat des urnes : eh bien oui, Vernon a un maire de 28 ans, et le maire de Giverny garde son siège.

Monumentale

Machine à coudre Singer ancienne

La scène se passe il y a quelques jours dans un hypermarché d’Ile de France, au rayon des machines à coudre. Je compare à haute voix les mérites des machines en soulignant la fabrication allemande de l’une d’elles, quand un monsieur qui vient d’arriver s’exclame : Ah non alors, je n’achèterai jamais une machine allemande ! Après ce qu’ils ont fait !
Je l’avoue, je n’ai pas su quoi dire. Quand elle atteint de tels sommets, la connerie me dépasse. J’étais stupéfaite, abasourdie. Incrédule : quoi, ça existe encore, des gens comme ça, avec ces idées moisies, aussi périmées que les machines à coudre à pédale ?
Et vous, auriez-vous trouvé une répartie « piquante » ? Et l’affaire Dieudonné, elle vous agace ou elle vous dépasse ?

Les couleurs de la rentrée

Crayons de couleurPlus que des souvenirs proprement dits, la rentrée scolaire réveille des sensations et des émotions d’enfance. Odeurs de cuir et de plastique, toucher du papier des cahiers qu’on ouvre et dont on appuie sur la tranche pour la marquer, et le stylo encore inconnu à la main qui s’applique à tracer les premières lignes…
Des sensations de neuf, de début, d’appréhension et d’attente mêlées, du sérieux et du festif tout à la fois, et cette impression un peu mélancolique de laisser les beaux jours derrière soi et d’entrer, en même temps qu’en classe, dans l’automne.
Impossible d’ignorer la rentrée scolaire. Toute la jeunesse d’un pays se plie à son calendrier, et avec elle ses parents. C’est sans doute cette énergie de la reprise qui m’a poussée à m’y associer par un acte régressif : tailler des crayons de couleur.
Vous vous souvenez comme c’était beau, les boîtes de couleur neuves, les crayons alignés dans leurs alvéoles offrant un arc-en-ciel de nuances qui contenaient tous les dessins possibles ?
Voici le reliquat des générations successives de boîtes de crayons utilisées au fil des années par mes quatre écoliers. Des séries de douze couleurs le plus souvent, dont beaucoup ont disparu, formant un ensemble disparate qui n’a que vaguement l’apparence des boîtes les plus fastueuses où logent 48 crayons.
Le désamour pour une couleur se lit dans la présence en nombre de crayons presque intacts, et à l’inverse la prédilection pour une teinte est marquée par l’usure ou l’absence des crayons correspondants. Sans grande surprise, c’est le rouge et l’orange qui ont toutes les faveurs : un seul malheureux rescapé ! Les bleus moyens ont disparu eux aussi, en revanche le rose n’a guère tenté mes garçons, et il reste assez de marron pour toute une forêt.
Avec la peinture, les contraintes liées à l’utilisation de couleurs ne sont pas les mêmes, puisqu’elles dérivent toutes des couleurs primaires, et que l’utilisation de couleurs prêtes à l’emploi ne s’impose pas. Monet trouvait que la question de savoir quelles teintes il employait était sans grand intérêt. L’essentiel étant d’avoir un panel de base et surtout beaucoup de blanc. Ses notes chez le marchand de couleurs atteignaient de coquettes sommes, souvent réglées directement par Paul Durand-Ruel, qui comptait bien vendre les tableaux produits.
On est frappé, sur les photos de Monet au travail qui nous sont parvenues, par la dimension considérable de sa palette, et la quantité de brosses à sa disposition dans des pots. Pourquoi autant ? J’imagine que c’était pour en avoir des propres tout au long de la journée, et les nettoyer toutes ensemble le soir. Si vous êtes peintre et que vous y voyez une autre raison, merci d’avance pour vos explications.

Bonne année 2013 !

Port de Barfleur

La traversée
d’une nouvelle année
commence !

Au moment de mettre le cap
vers douze mois tout neufs,
je vous souhaite
belle mer
et bon vent.

Tous mes voeux
pour une année
treize heureuse,
treize aventureuse,
treize amoureuse !

Obama et Monet

Etretat, Claude Monet vers 1864, huile sur toile, 27 x 41 cm, collection Peindre en Normandie
Etretat, Claude Monet vers 1864, huile sur toile 27 x 41 cm, collection « Peindre en Normandie »

Ca vous dirait de découvrir un joli tableau de Claude Monet accroché dans votre chambre d’hôtel ? Un vrai, bien sûr, pas une reproduction encadrée comme il y en a sans doute des milliers dans les hôtels du monde. Disons, une belle huile sur toile qui représenterait un paysage emblématique de Normandie.
Cette expérience qui n’est pas celle de tout le monde a été réservée à quelqu’un qui n’est pas le premier venu non plus : Barack Obama, lors de sa visite à Deauville les 26 et 27 mai 2011, à l’occasion du G8.
Etretat, une oeuvre de Monet datée de 1864 environ, était suspendue dans la suite du président des Etats-Unis à l’hôtel Royal. Nicolas Sarkozy, qui séjournait dans le même hôtel, avait droit à un Courbet.
Les esprits les plus retors verront peut-être une signification politique à ces choix, comme une courbette de la France devant la puissance monétaire américaine. Gageons que cette interprétation n’a pas effleuré les organisateurs de cet accrochage exceptionnel, quand bien même le pilote de l’opération, Alain Tourret, Président de Peindre en Normandie est un homme politique aux idées radicalement à gauche.
Il s’agissait plutôt d’honorer les invités de marque de ce sommet, et de mettre l’accent sur le riche patrimoine pictural normand. Les oeuvres provenaient de la collection Peindre en Normandie créée par le conseil régional de Basse-Normandie et des mécènes privés. Depuis, elles sont reparties, en même temps que les 12 000 policiers et militaires qui assuraient la sécurité de ce sommet.

Hollande

Monet, champs de fleurs et moulins à vent près de Leiden

Monet, champs de fleurs et moulins à vent près de Leiden

En 1886, Monet peint des champs de tulipes en Hollande, près de Leiden.
Les rouges surtout lui plaisent.
Et les moulins à vent, qui brassent l’air pour pomper l’eau.
Le vent annonciateur d’un changement de temps est partout présent dans le tableau.
Il fait ployer les fleurs.
Va-t-il éloigner les nuages qui, pour l’instant, n’ont pas l’air bien dangereux ?
Ou au contraire en apportera-t-il de plus menaçants ?

Dites-le avec des timbres

timbre personnalisé amoureux à GivernyIl y avait le timbre en forme de coeur, décliné par les plus grands noms du graphisme ou de la mode, idéal pour affranchir les courriers tendres, un peu ironique pour régler les contraventions. Les Valentins et les Valentines d’aujourd’hui peuvent faire mieux encore : créer leurs propres timbres, en ligne, grâce au service de personnalisation proposé par la Poste.
J’ai été touchée de recevoir un faire-part de mariage orné du timbre ci-contre. Les amoureux ont choisi le pont japonais de Monet comme emblème à leur engagement, c’est une belle image, puisque le mariage unit deux familles, deux êtres qui se rencontrent à mi-chemin, au milieu du pont.
Je connais bien ce jeune couple-là, je me souviens de ce jour de printemps radieux à Giverny, où ils avaient mis spontanément un t-shirt de la même couleur. Rouge passion, au milieu de tout ce vert espoir.
A tous les couples, à toutes les amours naissantes, je souhaite une longue vie d’harmonie.
Et de planer un petit peu, au-dessus de la terre, au-dessus de l’eau.

Deux mille douce

Aurore à Giverny
Je vous souhaite une année 2012

rose et bleue,

douce comme le rose,

légère comme le bleu,

pleine de ciel et de roses.

Monet dans Secrets d’histoire

Stéphane Bern dans l'atelier de l'hôtel BaudyStéphane Bern dans l’atelier de l’hôtel Baudy, photo France Télévision

France 2 diffusait hier un long documentaire sur Claude Monet, présenté par Stéphane Bern dans son magazine Secrets d’histoire. (Il n’est plus possible de le visionner en ligne, mais le CD est disponible).
L’émission est excellente, avec beaucoup de bons intervenants historiens d’art comme Philippe Piguet, Marianne Alphant, Pascal Bonafoux…
Et puis, magie de la télé, on entre partout : dans la maison de Monet à Vétheuil, dans les archives du marchand de tableaux Paul Durand-Ruel, dans la salle de l’actuel Office de Tourisme de Rouen d’où Monet a peint les Cathédrales, chez Clemenceau, dans la chambre de Monet à l’hôtel Danieli à Venise
Les vues aériennes de Giverny, au-dessus du jardin ou de l’église, sont magnifiques. Le reportage a été tourné au printemps, à l’époque des tulipes et des juliennes, il offre de jolis plans du jardin.
Surtout, le documentaire est une mine d’informations, très vivantes, même si le format de Secrets d’histoire oblige à des impasses sur des pans entiers de la vie de Monet. Il faut bien faire des choix…
Je serai heureuse de connaître vos réactions sur cette émission.

Libres !

Affiche des otages Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière taguée libres !, mairie de VernonA l’écriture hésitante du tag placé n’importe comment sur les visages trop familiers de Stéphane Taponier et d’Hervé Ghesquière, on imagine que quelqu’un s’est penché depuis le balcon de l’hôtel de ville de Vernon pour bomber à l’envers le mot grisant : LIBRES !
En fait ce sont des enfants qui ont tagué l’affiche, au sol, avant qu’elle soit remise en place.
J’avais hâte, après l’annonce de la bonne nouvelle hier, de voir le changement s’opérer sur cette affiche trop vue. Ici, chez nous, dans notre petite ville de province.
A la libération d’Ingrid Bétancourt, la ville de Vernon s’était montrée très réactive. Cela n’a pas manqué cette fois-ci non plus. Le geste tenait de l’urgence : marquer la fin d’un calvaire.
Depuis dix-huit mois, comme mes collègues ailleurs en France, j’ai expliqué tant de fois le sens de cette affiche qui intrigue les visiteurs étrangers. Toujours, quelqu’ait été leur nationalité, les touristes se sont montrés désolés et compatissants. Ce matin enfin, sous un soleil radieux, est venu le moment de raconter le happy end. De lire ensemble le joli mot tremblé.
Les deux journalistes de France télévision avaient fini par faire partie de notre quotidien. A cause d’eux, partis pour nous informer, nous étions tous un peu otages. Un peu culpabilisés d’être libres, à chaque fin de journal télévisuel, à chaque passage devant la mairie. Grâce à leur libération, nous voilà libres aussi. La joie explose !
Si j’ai un voeu à faire, c’est que plus jamais une telle affiche ne vienne fleurir sur les mairies de France.
Non pas que j’imagine l’avènement soudain d’un monde où les prises d’otages n’existeraient plus. Comment ce moyen si commode de lever des fonds en faveur de mouvements de guerilla, procédé vieux comme le monde, pourrait-il disparaître ?
Ce n’est pas davantage de l’indifférence. En tant qu’ancienne journaliste – à ma modeste échelle -, en tant que femme, ou pour avoir vécu en Colombie, la détention d’Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, de Florence Aubenas, d’Ingrid Bétancourt m’est insupportable.
C’est plutôt qu’il y a des questions qui dérangent.
« A quoi ça sert, cette affiche ? » me demandent les étrangers. Je ne sais que répondre. Les intéressés ne la voient pas. Les ravisseurs non plus. Il est peu probable qu’elle ait une action quelconque pour faire avancer la libération des otages.
Ou alors, pas forcément dans le bon sens :
« La médiatisation fait monter les enchères dans les négociations », avancent les touristes. J’ai bien peur qu’ils aient raison.
Le débat s’amorce. Les façades de nos monuments doivent-elles vraiment servir de panneau d’affichage ? Les causes à défendre sont légion. Y en aurait-il de meilleures que d’autres, qui auraient droit au devant de la scène ? Politiquement correctes ?
Le débat, pour moi, c’est celui-ci : jusqu’à quel point peut-on nous imposer l’irruption de l’horreur du monde dans notre quotidien ? Avons-nous le droit à l’oubli ? Avons-nous le choix de préférer célébrer la beauté et l’harmonie, et de croire que c’est une façon qui en vaut une autre de faire avancer le monde ?
Si nous n’avons pas ce choix d’éteindre la télé, de refuser le spectacle de l’horreur, c’est nous qui devenons, à notre tour, prisonniers. Otages des otages.

Cher lecteur, ces textes et ces photos ne sont pas libres de droits.
Merci de respecter mon travail en ne les copiant pas sans mon accord.
Ariane.

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