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La naissance de Jean-Pierre Hoschedé

La naissance de Jean-Pierre Hoschedé
Acte de naissance de Jean-Pierre Hoschedé. Site internet des archives départementales des Pyrénées-Atlantiques.

La signature d’Ernest Hoschedé figure en bonne place sur l’acte de naissance de son fils Jean-Pierre, soigneusement tracée d’une écriture sophistiquée. Comme il se doit, c’est lui qui déclare la venue au monde de son petit dernier. L’acte est passé à Biarritz, où la famille réside « Villa Marie ». C’est dans cette demeure qu’est né Jean-Pierre le 22 août 1877 à 11 heures trente du matin, selon les déclarations du père. Ce qui n’exclut pas la version familiale qui veut qu’Alice ait accouché dans le train : il faut bien donner une commune de naissance à l’enfant.

Une chose est sûre, le couple Hoschedé est ensemble. Leur voyage décidé dans l’urgence alors qu’Alice approche du terme de sa grossesse n’a rien d’un départ en vacances. La famille est aux abois, la faillite d’Ernest sera déclarée le lendemain de notre acte, le 24 août. Il y a un risque de prison pour dettes, leur maison, le château de Rottembourg à Montgeron, va être mise sous scellés et vendue aux enchères avec son contenu. Ils sont à la rue.

On a fait venir le médecin, du moins on peut le supposer, puisqu’un certain « Jean Henri Adéma, Docteur médecin » est témoin et signe l’acte. L’autre témoin, « Cyrille Gardères, maître d’hôtel » est selon toute vraisemblance un employé des personnes chez qui les Hoschedé logent. Selon la biographie de Claude Monet publiée par Daniel Wildenstein, ils sont accueillis par une soeur d’Alice.

Dans la marge de l’acte sont notés les deux mariages de Jean-Pierre Hoschedé. Il épouse Geneviève Costadau aux Andelys le 12 décembre 1903, puis il se marie en secondes noces à la mairie du 8e arrondissement de Paris le 13 août 1958 avec Marie-Louise Elisabeth Prieur. Jean-Pierre décède à Giverny le 27 mai 1961.

Les registres matricules des fils Monet

Les registres matricules des fils Monet

Les dossiers militaires des fils de Claude Monet, Jean et Michel, ainsi que ceux de ses beaux-fils Jacques et Jean-Pierre Hoschedé, sont consultables en ligne. Ils se trouvent non pas aux archives départementales de l’Eure comme on pourrait s’y attendre, mais à celles de la Seine-Maritime. Jusqu’en 1928, l’arrondissement des Andelys, dont fait partie Giverny, ressortissait du bureau de recrutement de Rouen sud.

La recherche est très simple puisqu’il suffit de taper Monet ou Hoschedé dans le moteur du site pour voir apparaître les dossiers de la famille.
Le registre matricule donne une série de renseignements sur la personne, son éducation, ses différents domiciles et bien entendu ses états de service.
Depuis 1872, le service militaire est universel et le tirage au sort permet d’en déterminer la durée.

Jean Monet décède le 9 février 1914, il ne fera donc pas la guerre. Son dossier nous apprend qu’il a fait 3 ans de service militaire. Il séjourne à Mulhouse et Bâle en 1892, puis à Déville et Rouen, et enfin Giverny. Son passage par Beaumont le Roger n’a pas été enregistré.
Les trois autres jeunes gens de la famille ont tous fait leur service, puis participé à la guerre de 1914-18, et cela sans blessure enregistrée dans leur dossier. Il faut dire que la conduite automobile, une compétence rare à l’époque, leur a valu d’être incorporés au train des équipages motorisés, service automobile. C’est le cas de Michel et de Jean-Pierre. Jacques, qui travaille à la société d’aluminium française, n’entre dans la coloniale qu’en 1917. Son dernier domicile enregistré est à Saint-Servan, près de Saint-Malo.

Les registres matricules des fils Monet

La fiche de Michel Monet nous livre des détails sur sa santé. D’abord ajourné pour raison de santé (faiblesse ! ) il est finalement incorporé en 1900 et passe deux ans sous les drapeaux. Le 5 février 1904 il est réformé temporairement pour fracture du fémur droit et hydarthrose du genou droit. Un an plus tard, le genou n’est pas remis. Enfin, il est réformé en raison d’un raccourcissement de sa jambe droite suite à la fracture de la cuisse.

Cela ne l’empêche pas d’être mobilisé, jugé apte, et incorporé, on l’a vu, pour conduire les véhicules motorisés, à partir de mars 1915.

Le cadastre de Giverny

Les archives de l’Eure ont mis en ligne une foule de documents accessibles en quelques clics, notamment le cadastre napoléonien. A Giverny, cette cartographie systématique du territoire national a été opérée bien après la chute de l’Empire, puisque le plan de la commune parcelle par parcelle date de 1836.

C’est un demi-siècle plus tôt que la période qui nous intéresse, celle de Monet et de la colonie impressionniste. Le cadastre napoléonien offre donc un compte-rendu très détaillé du village avant les constructions résidentielles de la fin du siècle, qui ont accéléré sa transformation.

Le cadastre de Giverny

Voici une vue du quartier du Pressoir où Claude Monet et sa famille s’installeront en 1883. Sa propriété s’étend actuellement de la ruelle Leroy à la ruelle de l’Amsicourt, les deux petites voies plus ou moins verticales sur le dessin. Autour d’une grande parcelle blanche, on aperçoit plusieurs parcelles saumon et, le long de la rue principale et de la ruelle de l’Amsicourt, des formes grises et roses. Selon les légendes des couleurs du cadastre, les rectangles gris sont des maisons d’habitation, les bâtiments roses sont plutôt d’usage agricole. La couleur saumon indique un jardin. Le blanc pourrait être un champ ou une prairie.

Les bâtiments présents sur la future propriété de Monet vont faire l’objet de bouleversements. Plusieurs seront rasés pour reconstruire du neuf. Monet, au départ, ne possède pas toutes les parcelles, il en fera l’acquisition à mesure que l’occasion s’en présentera.

Un autre élément frappant de ce cadastre, c’est le tracé de la rue principale du village, dénommée ici rue de Haut. Elle bifurque à la hauteur de la ruelle Leroy pour partir à l’ascension de la colline, vers la ferme de la Côte. Plusieurs bâtiments seront rasés pour permettre la continuation de la voie tout droit, à travers le clos Morin. Je n’ai pas encore trouvé la date exacte de ces travaux, au début du 20e siècle. Quoi qu’il en soit, quand Monet peint ses Meules dans le clos Morin, il faut qu’il passe par le haut ou par le bas.

Calligraphie

Calligraphie

C’est parfois un challenge de décrypter les actes anciens manuscrits, qu’ils concernent l’état-civil, les jugements, les minutes notariales, l’urbanisme ou tout autre sujet. Confronté à une écriture désuète et presque illisible, le lecteur du XXIe siècle en est réduit aux comparaisons entre les mots, aux devinettes et aux conjectures.

Mais rien de tel à Giverny. A l’époque du décès de Monet, le maire du village, Alexandre Gens (ou est-ce le secrétaire de mairie qui rédige ? Dans ce cas la tâche serait probablement dévolue à l’instituteur ? La signature ne me paraît pas de la même main), bref l’officier d’état-civil a une écriture soignée, très lisible et même plaisante à lire. Les lignes sont bien écartées, prétracées sur le papier qu’on ne cherche pas à économiser, bien qu’il soit timbré. Une page et demi pour un décès !

Calligraphie

Transcription :

Le cinq décembre mil neuf cent vingt-six à treize heures, Oscar Claude Monet né à Paris le 14 novembre 1840, artiste peintre domicilié à Giverny, fils de feu Adolphe Monet et de feue Louise Augustine Aubrée, veuf en premières noces de Camille Léonie Doncieux décédée à Vétheuil (Seine et Oise) le cinq septembre mil huit cent soixante dix-neuf et veuf en deuxièmes noces de Angélique Emélie Alice Raingo décédée à Giverny (Eure) le dix-neuf mai mil neuf cent onze, est décédé en son domicile, quartier du Pressoir, à Giverny. – Dressé le six décembre mil neuf cent vingt-six, dix-huit heures, sur la déclaration de Théodore Earl Butler, artiste peintre, beau-gendre du défunt, domicilié rue du Colombier, à Giverny, témoin majeur, qui, lecture faite a signé avec Nous, Alexandre Gens, maire de Giverny.

Les actes anciens, même ceux dont on connaît déjà la nature comme celui-ci, ont le don de susciter des questions. Pourquoi est-ce Théodore Butler qui est allé déclarer le décès de Claude Monet, et non son fils Michel Monet, ou son beau-fils Jean-Pierre Hoschedé ? Butler a-t-il aimablement proposé ses services ? Lui a-t-on confié cette mission parce qu’il était un peu moins accablé que les autres ?

Calligraphie

Des questions comme celles-ci, il ne cesse d’en jaillir dès qu’on se penche sur les actes anciens. La plupart n’auront sans doute jamais de réponse.

C’est sans importance. La magie de l’écriture manuscrite est de nous rendre le scripteur plus proche. On suit le fil de la main comme celui de la pensée. On croit être là, présent avec lui et le déclarant, pendant la rédaction de l’acte.
Si c’était vrai, si Butler était en face de nous avec son chagrin, nous aurions fait preuve de retenue, respectant sa tristesse. Ce genre de questions oiseuses, nous ne les aurions pas posées.

Cher lecteur, ces textes et ces photos ne sont pas libres de droits.
Merci de respecter mon travail en ne les copiant pas sans mon accord.
Ariane.

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