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Les orages de Bonnard

Pierre Bonnard, Paysage d’orage, vers 1915-1916, Kunsthaus Zürich

Pierre Bonnard, qui a habité Vernon sur la rive droite de la Seine à partir de 1910, adorait les paysages d’orage. Celui-ci pourrait avoir été pris de sa terrasse, bien que les croisillons de la rambarde n’apparaissent pas sur cette toile.
La composition en bandes révèle un premier plan fait de buissons luxuriants et d’arbres en fleurs faisant penser à des sureaux. Au bord de l’eau pousse un saule au feuillage gris-bleu. De l’autre côté de la Seine s’étendent champs et prairies où paissent quelques animaux. A l’arrière-plan, les coteaux de la Seine s’élèvent vers un ciel chargé de gros nuages. L’atmosphère paraît étouffante, telle que nous avons pu en faire l’expérience ces derniers jours. Mais le peintre n’a représenté ni pluie ni éclair, pas même un coup de vent.
Une fine ligne rouge intrigue. C’est sans doute un champ de céréales envahi de coquelicots, ce qui placerait la scène au tout début de l’été. La ligne est doublée dans la Seine par son reflet.
Au beau milieu du tableau, la tache sombre au toit gris ressemble à une meule de blé, même s’il ne devrait plus y en avoir dans les champs à cette saison. Bonnard peint-il vraiment ce que son oeil voit, ou bien est-ce un discret hommage à son voisin Monet qu’il admire ?

Pierre Bonnard, Paysage avec fleuve sous l’orage, Vernon, 1914, Philadelphia museum of Art

L’année précédente Bonnard avait déjà représenté le même motif dans des coloris plus contrastés. La « meule » ressemble cette fois à un bâtiment en plein champ. Si le titre évoque un orage, à nouveau il n’est pas en cours. Le ciel est éclairé de zones plus claires. Sur la Seine, un remorqueur apporte une note rouge.

Pierre Bonnard, Orage à Vernouillet, 1908, collection particulière

Dans Orage à Vernouillet, les hachures blanches indiquent que la pluie tombe drue et que le vent souffle fort. Reléguées à la marge, comme souvent chez Bonnard, deux personnages se hâtent de rentrer se mettre à l’abri. La figure au premier plan se protège sous un vêtement rouge. Au loin, le ciel déjà bleu laisse présager que l’averse ne durera pas.


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