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Les sculptures de Degas

Petite danseuse de quatorze ans et Etude de nu pour la danseuse habillée, Edgar Degas
Petite danseuse de quatorze ans, Edgar Degas, collection particulière et Etude de nu pour la danseuse habillée, Edgar Degas, musée d’Orsay, en exposition au Musée des impressionnismes Giverny

C’est une drôle d’histoire que celle des sculptures d’Edgar Degas. On connaît bien la « Petite danseuse de quatorze ans » dont une fonte en bronze se trouve au musée d’Orsay, tout comme l’étude de nu pour la danseuse habillée. Le réalisme de la Petite danseuse et son air qui passait pour sournois firent scandale quand le public les découvrit en 1881. Mais les autres sculptures de Degas, tout de même cent cinquante au total, sont restées cachées dans son atelier jusqu’à sa mort.
Degas sculptait pour lui, des danseuses aussi bien que des chevaux. A la fin de sa vie, sa vue déclinant, c’est même la seule forme d’art à laquelle il pouvait encore s’adonner. François Thiébaut-Sisson rapporte les propos suivants, recueillis en 1897 :

C’est pour ma seule satisfaction que j’ai modelé en cire bêtes et gens, non pour me délasser de la peinture ou du dessin, mais pour donner à mes peintures, à mes dessins, plus d’expression, plus d’ardeur et plus de vie. Ce sont des exercices pour me mettre en train ; du document, sans plus. Rien de tout cela n’est fait pour la vente. (…) Ce qu’il me faut à moi, c’est exprimer la nature dans tout son caractère, le mouvement dans son exacte vérité, accentuer l’os et le muscle, et la fermeté compacte des chairs. Mon travail ne va pas plus loin que l’irréprochable dans la construction. Quand au frisson de la peau, bagatelles ! Jamais mes sculptures ne donneront cette impression d’achevé qui est le fin du fin dans le métier de statuaire, et comme après tout on ne verra jamais ces essais, nul ne s’avisera d’en parler, pas même vous. D’ici ma mort, tout cela se sera détruit de soi-même, et cela vaudra mieux pour ma réputation.

Degas a bien failli avoir raison. Vingt ans plus tard, à sa mort, l’inventaire de l’atelier révèle des statuettes de cire en piteux état. « Fendillées, racornies, poussiéreuses, où l’armature de fer trouait en maint endroit la matière plastique » selon Thiébaut-Sisson, la moitié seulement des sculptures pourra être sauvée par l’ami de Degas le sculpteur Bartholomé, et le fondeur Adrien Hébrard. Les héritiers de Degas feront don des droits de reproduction, le fondeur fera cadeau de son travail, et leurs générosités conjuguées permettront aux musées nationaux de se rendre acquéreurs de la série complète. Le musée des impressionnismes de Giverny en présente treize jusqu’au 19 juillet. Ces « essais », comme disait Degas, palpitent de mouvement attrapé au vol.

Source : François Thiébaut-Sisson, Degas sculpteur raconté par lui-même, éditions l’Echoppe


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