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Suzanne Hoschedé cousant par Breck

Retour en 1888 pour cet autre tableau de Breck centré cette fois non plus sur Blanche mais sur sa soeur Suzanne, à nouveau dans cette belle tenue rouge et blanche qu’elle portera au moins jusqu’en 1892, tout comme Blanche.

La jeune femme est assise dans l’herbe au pied d’un arbre dont on n’aperçoit que le bas. Je me demande s’il s’agit d’un peuplier ou plutôt d’un tremble, à cause de son inclinaison. Avez-vous déjà vu des peupliers qui ne démarrent pas droits comme des i ? Monet les peint un peu ondoyants, peut-être étaient-ils plus souples à l’époque.

Derrière cette parcelle de prairie s’étend un champ de céréales d’u blond doré. Tout au fond, on aperçoit une rangée d’arbres, sans doute ceux poussant le long du bras de l’Epte, comme aujourd’hui. Le ciel est absent de la composition. On devine aux ombres et à la lumière, le soleil et le ciel bleu d’une belle journée d’été.

L’inclinaison de l’arbre est parallèle à celle de Suzanne, son chapeau de paille reprend la couleur des blés. Tout en s’inscrivant dans le paysage comme si elle faisait corps avec lui, la jeune femme s’en détache par le rouge intense de son vêtement, complémentaire du vert, avec lequel il offre un contraste maximal.

John Leslie Breck, Suzanne Hoschedé cousant (détail ) / Suzanne Hoschedé sewing (detail), 1888, the Mint museum, Charlotte, Etats-Unis

Suzanne s’est assise dos au soleil qui descend vers l’ouest pour ne pas être éblouie. Elle tient dans les mains une étoffe blanche. Que peut-elle bien coudre ? Je ne serais pas surprise qu’elle travaille à son trousseau. Elle a vingt ans, elle prépare sans doute depuis plusieurs années les pièces de linge blanc qui la suivront quand elle se mariera. Mais sa mère possède une machine à coudre. Il me paraît improbable que Suzanne emporte avec elle de fastidieux ourlets à faire à la main, alors qu’elle peut les exécuter en quelques instants à la machine. Ne serait-elle pas plutôt en train de broder ses initiales sur le tissu ?

Vous me direz, peu importe. Qu’elle couse ou qu’elle brode, elle nous fait rêver, image d’un temps de loisir en plein air qui nous paraît agréable, d’une classe sociale qui n’a pas à travailler dur mais qui se donne l’illusion du travail.

Suzanne reste concentrée sous le regard de Breck qui nous montre son fin visage ombragé par le chapeau, ses cheveux nattés dans le dos. Au moment où il exécute cette toile, est-il déjà amoureux de Blanche ? L’oeuvre est-elle réalisée avant ou après celle avec Blanche et Monet ? Cherche-t-il à ne pas faire de jalouse, à donner le change par rapport à son inclination pour Blanche ? Ou bien son oeil de peintre a-t-il été tout simplement séduit par le délicieux tableau offert par Suzanne ? Quelles que soient ses raisons, Breck a mis beaucoup de soin à bien rendre ce qu’il voyait, et il en a fait un chef-d’oeuvre où il démontre qu’il a parfaitement assimilé les leçons de l’impressionnisme.


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