Claude Monet, Pluie à Belle-Île, 1886, Musée des Jacobins de Morlaix
La visite de l’exposition sur la pluie au musée des beaux-arts de Rouen m’a réservé une joie, celle d’admirer le tableau Pluie à Belle-Île de Monet conservé au musée de Morlaix, en Bretagne. La première surprise est son format carré, 60 x 60 cm. La deuxième est l’abondance des tons roses. Ce n’est pas la première couleur à laquelle on pense quand on évoque la pluie.
Claude Monet séjourne à Belle-Île-en-Mer à l’automne 1886. Il a pris pension à l’auberge du hameau de Kervilahouen, d’où il se rend à pied aux sites majestueux de Port-Goulphar ou Port-Cotton pour y peindre les rochers déchiquetés battus par les vagues de l’océan. Mais, s’il aime la mise en danger à flanc de falaise, s’il ne craint pas la pluie et le vent, il est des jours où le temps est si mauvais qu’il est découragé de sortir. Comme à Etretat, Monet a alors l’idée de peindre ce qu’il voit par la fenêtre.
Le musée de Morlaix propose une analyse détaillée du tableau et du paysage représenté. Monet ne s’intéresse pas à la vue sur les maisons du hameau mais à la fenêtre qui ouvre à l’arrière de son auberge sur la vaste lande envahie de bruyères en fleurs. En 1886, tout dans cette oeuvre est moderne, de la composition en bandes horizontales au traitement de la pluie en larges coups de pinceaux.
Le musée de Morlaix a eu la bonne idée d’opter pour un cadre simple en bois sombre qui nous donne l’illusion de regarder nous aussi par la fenêtre. On comprend alors les traits larges de la pluie. Elle coule sur le carreau en gros plan, formant un écran entre le paysage et nos yeux.
Claude Monet, Pluie à Belle-Île (détail), 1886, Musée des Jacobins de Morlaix
C’est un don de Michel Monet, le fils de Claude, qui a fait entrer l’oeuvre dans les collections du musée, suite au décès de Gustave Geffroy en avril 1926. Grand ami de Monet, ce dernier avait été critique d’art au journal La Justice de Clemenceau et biographe de Monet qu’il avait défendu depuis ses débuts. Le peintre et le journaliste s’étaient rencontrés par le plus grand des hasards à Kervilhaouen. Par ailleurs, Gustave Geffroy avait aussi été le chantre de la Bretagne, à travers ses articles et un livre publié chez Hachette en 1905, La Bretagne. En 1927, le musée de Morlaix décidait de lui consacrer une salle. Michel Monet s’est montré généreux en piochant, dans la collection des toiles de son père dont il venait d’hériter, une oeuvre peinte lors du séjour à Belle-Île. Qu’est-ce qui a guidé son choix ? Le fait que ce paysage ait été exécuté dans l’auberge même où les deux amis avaient fait connaissance ? En avait-il d’autres sous la main ? Savait-il que son père avait peint du même motif une autre pochade, rectangulaire cette fois, rapidement achetée par un collectionneur ?
La toile de Morlaix n’est pas signée : Monet l’a conservée toute sa vie et ne semble pas l’avoir prêtée pour une exposition. Avant de la donner à la société des amis de Gustave Geffroy, Michel n’a pas pensé à lui apposer le cachet d’atelier que l’on voit sur les tableaux du musée Marmottan-Monet. Ce don est si proche du décès de son père en décembre 1926 qu’il n’avait peut-être pas encore fait faire de tampon.
Tel que Monet l’a peint, sans date ni signature, le tableau n’en est que plus hypnotique, comme la pluie peut l’être. On s’arrête sur les silhouettes à peine esquissées du moulin et des maisons. On contemple sans fin les nuances délicates perçues par l’artiste, les irisations de mauve et d’ivoire, de roses et de verts. Nos yeux se noient dans le paysage noyé de pluie.
Pluie à Belle-Île
La visite de l’exposition sur la pluie au musée des beaux-arts de Rouen m’a réservé une joie, celle d’admirer le tableau Pluie à Belle-Île de Monet conservé au musée de Morlaix, en Bretagne. La première surprise est son format carré, 60 x 60 cm. La deuxième est l’abondance des tons roses. Ce n’est pas la première couleur à laquelle on pense quand on évoque la pluie.
Claude Monet séjourne à Belle-Île-en-Mer à l’automne 1886. Il a pris pension à l’auberge du hameau de Kervilahouen, d’où il se rend à pied aux sites majestueux de Port-Goulphar ou Port-Cotton pour y peindre les rochers déchiquetés battus par les vagues de l’océan. Mais, s’il aime la mise en danger à flanc de falaise, s’il ne craint pas la pluie et le vent, il est des jours où le temps est si mauvais qu’il est découragé de sortir. Comme à Etretat, Monet a alors l’idée de peindre ce qu’il voit par la fenêtre.
Le musée de Morlaix propose une analyse détaillée du tableau et du paysage représenté. Monet ne s’intéresse pas à la vue sur les maisons du hameau mais à la fenêtre qui ouvre à l’arrière de son auberge sur la vaste lande envahie de bruyères en fleurs. En 1886, tout dans cette oeuvre est moderne, de la composition en bandes horizontales au traitement de la pluie en larges coups de pinceaux.
Le musée de Morlaix a eu la bonne idée d’opter pour un cadre simple en bois sombre qui nous donne l’illusion de regarder nous aussi par la fenêtre. On comprend alors les traits larges de la pluie. Elle coule sur le carreau en gros plan, formant un écran entre le paysage et nos yeux.
C’est un don de Michel Monet, le fils de Claude, qui a fait entrer l’oeuvre dans les collections du musée, suite au décès de Gustave Geffroy en avril 1926. Grand ami de Monet, ce dernier avait été critique d’art au journal La Justice de Clemenceau et biographe de Monet qu’il avait défendu depuis ses débuts. Le peintre et le journaliste s’étaient rencontrés par le plus grand des hasards à Kervilhaouen. Par ailleurs, Gustave Geffroy avait aussi été le chantre de la Bretagne, à travers ses articles et un livre publié chez Hachette en 1905, La Bretagne. En 1927, le musée de Morlaix décidait de lui consacrer une salle. Michel Monet s’est montré généreux en piochant, dans la collection des toiles de son père dont il venait d’hériter, une oeuvre peinte lors du séjour à Belle-Île. Qu’est-ce qui a guidé son choix ? Le fait que ce paysage ait été exécuté dans l’auberge même où les deux amis avaient fait connaissance ? En avait-il d’autres sous la main ? Savait-il que son père avait peint du même motif une autre pochade, rectangulaire cette fois, rapidement achetée par un collectionneur ?
La toile de Morlaix n’est pas signée : Monet l’a conservée toute sa vie et ne semble pas l’avoir prêtée pour une exposition. Avant de la donner à la société des amis de Gustave Geffroy, Michel n’a pas pensé à lui apposer le cachet d’atelier que l’on voit sur les tableaux du musée Marmottan-Monet. Ce don est si proche du décès de son père en décembre 1926 qu’il n’avait peut-être pas encore fait faire de tampon.
Tel que Monet l’a peint, sans date ni signature, le tableau n’en est que plus hypnotique, comme la pluie peut l’être. On s’arrête sur les silhouettes à peine esquissées du moulin et des maisons. On contemple sans fin les nuances délicates perçues par l’artiste, les irisations de mauve et d’ivoire, de roses et de verts. Nos yeux se noient dans le paysage noyé de pluie.