
L’arbre de soie du clos normand a bien poussé depuis une dizaine d’années. C’est devenu un bel arbre majestueux qui accroche le regard des visiteurs.
Il y a encore quinze ans, les albizias prospéraient surtout dans le sud de la France. Au nord de la Loire, ils risquaient chaque hiver une gelée un peu trop intense qui pouvait leur être fatale. Si on tenait absolument à avoir des arbres de soie, le climat imposait de les remplacer régulièrement,
Mais à Giverny le dernier hiver rigoureux remonte à 2012. Depuis, les végétaux un peu fragiles se la coulent douce dans les jardins de Monet. Et l’albizia a pris de l’ampleur.
Monet en avait-il un ? Je n’en ai vu sur aucune photo et j’en doute fort, étant donné les hivers glacés de l’époque. La liste de fleurs établie par son beau-fils Jean-Pierre Hoschedé ne dit rien des arbres et arbustes. Trouvait-on, d’ailleurs, des albizias en pépinière ? Monet aurait-il pu en planter un ?

En revanche, il est certain que Gérald van der Kemp, conservateur et restaurateur des jardins de Monet, aimait le rose délicat de l’albizia qui répond si bien au rose de la façade. Il a choisi une photo qui représente un arbre de soie au premier-plan pour illustrer l’édition 1996 de l’ouvrage Une visite à Giverny dont il est l’auteur. Je pense que la logique qui sous-tend son choix se fonde sur l’exemple de Monet plantant un pommier du Japon devant la maison : accord chromatique, légèreté de la touche colorée. Il s’est autorisé l’introduction d’un arbre non indigène parce que Monet cultivait des plantes exotiques comme les bambous, et par nécessité de rendre le jardin intéressant au fil des saisons, une contrainte qui pesait moins sur le peintre.