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Gargouille surprise

Gargouille de la collégiale de Vernon Le côté magique de la photographie au zoom, c’est de pouvoir approcher d’objets placés trop loin pour l’oeil. Voilà longtemps que je voulais tirer le portrait des gargouilles de la collégiale de Vernon. Le soleil de ce matin m’a incitée à le faire.
Autant la statuaire à l’intérieur des églises est rigoureusement codifiée, autant les sculpteurs ont débridé leur imagination pour inventer les monstres qui les cernent à l’extérieur.
Ils ouvrent des gueules, ils montrent les dents, ils aboient. Ils portent des cornes de boucs, des oreilles décollées façon Prince Charles. Ils ont des pattes griffues. Des ailes prêtes à se déployer pour hanter la nuit.
Tous ces détails ne sont pas parfaitement visibles depuis le sol, surtout pour les gargouilles perchées le plus haut. Le téléobjectif révèle les petits monstres purement décoratifs – ils ne crachent pas d’eau – qui les accompagnent parfois, sculptés à même le mur. C’est une joie de les découvrir au retour, agrandis sur l’écran.
Ma plus grosse surprise de ce matin, pourtant, crève les yeux quand on le sait.
La tête cachée sous la gargouille Avez-vous regardé attentivement la gargouille ci-dessus, en forme de griffon ? Les parties les plus blanches de la statue attirent l’attention vers la gueule, les oreilles, les ailes. Si bien que le dessous, qui reste dans l’ombre, passe inaperçu. Regardez bien. La gargouille est à cheval sur une tête. Un visage magnifique, le nez droit, la bouche entrouverte.

Qu’est-ce que cette tête vient faire là ?

Ma première idée a été qu’il s’agit d’un réemploi. Tout au long de l’histoire, on voit des pierres déjà taillées à des époques antérieures resservir à d’autres usages, généralement moins nobles. Celle-ci était peut-être trop abîmée pour être exploitée pour elle-même.
Mais à bien y regarder, une fois l’image agrandie et redressée, qu’en pensez-vous ? Ne dirait-on pas que ce personnage a les yeux clos ? Il paraît abandonné au rêve, n’est-ce pas ?
L’hypothèse qui s’impose alors, c’est qu’il fait partie de la gargouille. Le monstre jaillit directement de son cerveau, tel un rêve. Un cauchemar.
On peut sûrement y lire un message symbolique sur la noirceur des rêves qui peuvent naître dans les têtes les mieux faites.
Il y a aussi fort à parier pour que le tailleur de pierre qui a sculpté cette gargouille, et sans doute plusieurs autres, en ait rêvé la nuit. Et que c’est, malgré lui, ce que son oeuvre nous dit.


Un commentaire

  1. Mel dit :

    Bonjour, tout à l’heure vous avez parlé des démons attirés par les âmes à l’intérieur du lieu mais qui se retrouvaient à fuir face à la sainteté du lieu… Je me permets alors une hypothèse : peut-être ce griffon souhaitait-il emporter cette âme humaine mais qu’il s’est retrouvé figé lors de sa tentative. La belle figure connaissant les "pouvoirs" de l’édifice reste tout à fait sereine face à cela. Je trouve que c’est une jolie histoire.
    En tout cas merci pour ces petites info très bien écrites qui apportent des petits plus à une étudiante en tourisme. J’aime beaucoup l’histoire de l’art et surtout parce que c’est un domaine qui laisse place quelques fois à différentes interprétations…!

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