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Premiers nymphéas

Nenufars Giverny

Les premiers nénufars sont éclos à Giverny. Les voyez-vous ? Ils sont blancs et assez petits. Ce sont toujours les mêmes qui ouvrent le bal, les plus robustes, les moins exigeants sur la température de l'eau.

(suite…)

Après la pluie

Nymphea jaune sur fond noir, Giverny
J’aime bien me promener dans le jardin de Monet après la pluie. Sous la pluie, même, si elle est douce et tiède comme ces derniers jours. Sinon, dès qu’elle s’arrête.
Les dernières gouttes font des ronds dans l’eau, ou glissent encore le long des feuilles et des branches, finissant de laver les végétaux tout luisants de propreté. L’air sent le frais. Les oiseaux se remettent à chanter.
Dans cette lumière douce d’après la pluie, quand les nuages se font moins épais, les couleurs brillent. Un rayon perce. Il fait plus doux soudain.
Après être resté fermé tout l’après-midi dans la fraîcheur de l’averse, le nymphéa hésite. Est-il raisonnable de se déployer maintenant, si près de l’heure du coucher ? Pour lui c’était un dimanche de paresse, toute une journée sans faire l’effort de s’habiller. Tant qu’à faire, autant rester en pyjama : des nuages ont déjà ravalé le soleil.
Ce mouvement lent des plantes me fascine. Une amie qui vit dans le désert m’a envoyé il y a quelques jours des images animées de la floraison des cactus, en accéléré. C’est une vraie danse que nous ne savons voir, car nous ne percevons que des images arrêtées de la transformation des plantes.
Je les regarde le long des allées, toutes ces fleurs de l’été, ces dahlias, ces rudbeckias dans leur époustouflante variété. De l’un à l’autre, selon leur degré d’épanouissement, on devine le mouvement en train de se faire. Tel pétale incurvé va s’ouvrir, à en juger par la fleur d’à côté, telle corolle dressée comme les mains au-dessus de la tête finira en jupon autour du coeur.
Et puis, il y a toutes ces dissemblances, comme autant de cadeaux. Regarde-nous ! disent les fleurs. Elles font les belles, après la pluie, elles se redressent pour être admirées. Regarde-nous !
J’obéis. Je les admire, je les compare. Tiens ! Celle-ci a un coeur marron. Celle-là est très double, quelle pile de pétales ! Et cette autre, toute simple et légère… Elles font les coquettes dans leurs robes qui tournoient.
Il n’y a plus de visiteurs dans le jardin mouillé. Les corolles des derniers parapluies ont disparu. Dans le calme revenu, la présence des végétaux se fait à nouveau perceptible, et elle me tourne un peu la tête.

Divine diva

Nénuphar blanc
Si l’on souhaite voir les nymphéas en fleurs, le meilleur moment de la journée pour visiter Giverny n’est pas le matin.
Pour peu que la nuit ait été fraîche, le nénuphar paresse. Il prend son temps pour s’ouvrir.
La fleur attend que le soleil monte et que la température se réchauffe avant de faire son entrée en scène.
Autour du bassin, les visiteurs tendent le cou par-dessus les fleurs d’été de plus en plus hautes, les phlox, les dahlias, les reines des prés, pour scruter la surface.
Où sont les nymphéas ? interrogent-ils. Déjà, on les sent déçus. Quand sont-ils en fleur, quelle est la bonne saison pour les voir ?
Ce n’est pas une question de saison mais d’heure. Aux approches de midi, les divas du bassin se décident à paraître.
Elles se déploient.
Elles font la roue, elles s’ouvrent telles de petits soleils.
Elles vont faire leur show jusqu’à la fin de l’après-midi.
Bien sûr, la programmation du festival de l’été n’est pas toujours aussi tardive. Quand les nuits sont douces, les nénuphars se ferment à peine. On les trouve dès le petit jour la robe tourbillonnante sur l’onde, comme s’ils avaient dansé toute la nuit.

Lotus et Nymphéas

Nymphéas en mars Début avril, l’eau très claire du bassin de Monet permet d’observer la partie immergée des nénuphars. C’est l’époque où la plante se réveille après sa pause hivernale, à la faveur d’une eau moins froide.
Au bout de tiges d’une longueur variable, les feuilles apparaissent, traversent l’eau et viennent flotter à la surface. Telle est la particularité du nymphéa, il flotte, si bien qu’il s’adapte aux variations de la hauteur d’eau. Quand l’eau baisse, le nénuphar flotte plus loin de ses racines, comme une chèvre qui aurait droit à une longe plus grande autour du piquet. Quand l’eau monte, le nénuphar flotte droit au-dessus de ses racines.
La plupart des espèces de nymphéas ont des fleurs qui flottent, elles aussi. Mais certaines variétés se distinguent par leurs fleurs dressées au-dessus de l’eau, à la manière des lotus.
Claude Monet a bien failli avoir des lotus dans son bassin. LotusA peine son étang creusé, le peintre a passé en 1894 une commande à Latour-Marliac, pépiniériste au Temple-sur-Lot, pour peupler son nouveau jardin de plantes aquatiques. Parmi celles-ci, on trouve cinq pieds de lotus et six de nénuphars.
Le lotus, de son nom botanique le Nelumbium, a une magnifique feuille vert clair toute ronde, connue pour repousser l’eau. La fleur est plus renflée que le nymphéa et renferme un genre de fruit en forme de pomme d’arrosoir, un classique des bouquets secs.
Monet était tenté par les lotus, mais il en a raté la culture. A-t-il suivi à la lettre les conseils prodigués par le pépiniériste ? Celui-ci lui écrivait avec la facture : »Les nelumbium peuvent très bien être cultivés en plein air dans le département de l’Eure, ainsi qu’il est dit dans le catalogue. Les rhizomes doivent être plantés horizontalement et à peine recouverts de vase dans le bassin destiné à les recevoir. Ils ne doivent pas être immergés à plus de 50 centimètres de profondeur. »
Selon le professionnel avec qui j’en ai parlé hier, les lotus requièrent au contraire 80 cm d’eau au minimum. On en restera donc aux Nymphéas, mais aux couleurs habituelles seulement, du blanc au rose et au jaune. Les bleus, des exotiques essayés aussi par Monet, sont impossible à réussir sous le climat de Giverny.

Du bleu dans les yeux

Nymphéas, GivernyQuand on regarde l’étang aux nymphéas de Monet, on voit à peu près ceci.
Des feuilles de nénuphars qui flottent entre des reflets, et qui servent de radeau à des feuilles d’automne.

Il faut un oeil exercé de peintre pour voir plus, mieux, pour voir les couleurs étonnantes qui s’accrochent à la surface luisante des feuilles.
Regardez, c’est fou, c’est bleu… Nympheas

Nymphéa de septembre

Nymphéa de septembre Cette fois l’été ne reviendra plus.
Septembre a ouvert la porte, entamé un passage.
Il reste encore des traînées de tiédeur, l’illusion de la chaleur vibrante qui régnait il y a huit jours à peine. Mais on sent bien que le coeur n’y est plus.
Le soleil se fatigue un peu plus tôt chaque jour.
Au milieu de tout le vert, la métamorphose a commencé.
Et tandis que la lumière irradie encore les fleurs de nymphéas en lampions, leurs feuilles glissent doucement vers l’automne, déployant des ocres et des orangés pour réchauffer le reflet bleu du ciel dans le bassin de Claude Monet.

Le premier nymphéa

Nymphea blancCe sont les enfants, avec leurs yeux qui voient tout, qui me l’ont montré : le premier nénuphar de l’année s’est ouvert aujourd’hui sur le bassin de Monet à Giverny.
Un courageux, un impatient qui n’a pas peur du froid et de la grisaille.
Peut-être à la faveur de la belle journée d’hier, qui avait comme un air de printemps, (19 degrés à Giverny !) ce nymphéa là s’est dit qu’il était temps d’y aller.
Le genre à se porter volontaire pour monter à l’assaut en première ligne. Téméraire.
Les visiteurs aussi avaient sorti des vêtements plus légers, mais les impers sont bien vite réapparus aujourd’hui.
Pour les fleurs, pas question de faire machine arrière. Une fois que la corolle est épanouie, tant pis si on grelotte, on ne rentre plus dans le bouton, c’est trop tard !
C’est un nénuphar blanc très semblable à celui ci-contre qui a ouvert le feu cette année encore, du côté du petit pont.
La photo, elle, date de l’année dernière. Mon appareil n’est pas aussi brave que ce nénuphar, il est plutôt du genre timoré quand il pleut.

Interlude

Nymphéa rose et feuilles d'automne, Giverny
Si vous avez connu la télé noir et blanc, vous vous souvenez peut-être du petit train d’interlude qui faisait patienter les spectateurs avec des rébus ou de petites histoires, qui défilaient à un rythme d’une lenteur inimaginable aujourd’hui.
Les feuilles d’automne à la queue leu leu au milieu des nénuphars m’ont fait penser à vous proposer cet interlude dans la visite de la maison de Monet.
Nous irons bientôt nous promener à l’étage et dans la salle-à-manger et la cuisine.
En attendant, un petit coup d’oeil sur le jardin que l’automne poétise.

Les Nymphéas de Latour-Marliac

Nymphéa, GivernyChaque année au printemps, les nénuphars font leur retour. Ce sont des plantes à rhizomes, un peu comme ceux des iris, m'ont expliqué les jardiniers de Giverny.
C'est tout au fond de l'eau, dans la vase où est installé ce rhizome, que se concentre la vie de la plante. La partie visible, en surface, pousse, fleurit puis meurt à l'automne. En bas, la vie continue.
Depuis plus de trente ans, les nymphéas du bassin de Monet n'ont pas eu besoin d'être renouvelés. Ce sont toujours les mêmes que ceux rachetés à la pépinière Latour-Marliac au Temple-sur-Lot au moment de la restauration des jardins, à la fin des années '70, quatre-vingts ans après Monet.
De temps en temps, les jardiniers divisent les rhizomes, comme on le fait pour les iris. La plante, ragaillardie, repart de plus belle.
Tout irait pour le mieux, sans le concours des rats musqués. Ces champions du jardinage aléatoire s'obstinent à venir mettre leur grain de sel dans la vie tranquille de l'étang. Et que je te grignote une tige, et que je te déterre un nénuphar.
Les jardiniers sont obligés de replanter les rhizomes au petit bonheur. Si bien qu'on a un peu perdu la trace de leur nom, on ne sait plus vraiment quelle variété pousse où. On pourrait les retrouver, certes, en cherchant, en comparant les floraisons avec les catalogues. Mais pour quoi faire ? Le bassin de Monet est un vase clos. Pas de nouveau venu, toujours les mêmes bonnes vieilles variétés depuis toujours, plus authentique tu meurs.

Les amoureux des nymphéas Latour-Marliac seront heureux d'apprendre qu'on peut désormais se les procurer à Giverny même. Une petite pépinière, la Capucine, les propose dans sa boutique stratégiquement située entre la fondation Monet et le musée des impressionnismes. On y trouve aussi de grands pots pour les cultiver sans bassin, et des conseils de pros.

Le printemps des nymphéas

Nympheas, GivernyEffet de la précocité du printemps cette année, les nymphéas sont déjà en fleurs à Giverny. Le plan d’eau de Monet présente son aspect de l’été, avec ses radeaux piquetés de nénuphars colorés.
La glycine au-dessus du pont, en revanche, est fanée depuis deux bonnes semaines. Les visiteurs venus d’outre-Atlantique s’étonnent. Quand fleurira-t-elle ? demandent-ils. Ils sont surpris qu’il soit déjà trop tard pour la voir cette année.
L’hiver a été long et froid aux États-Unis, racontent-ils. Ceux qui viennent des Etats du Nord ont l’impression depuis leur arrivée de se promener dans une région d’une douceur exceptionnelle, une sorte de Riviera normande.
« On va rentrer et il y aura encore de la neige, on en a eu 12 mètres cette année », grognent-ils, tandis que nous clignons des yeux sous le soleil éblouissant et que nous cherchons l’ombre.
Voilà des visiteurs qui vont emporter une idée très spéciale de la Normandie !

Les pieds sur terre

Nymphéas
Voilà une semaine que les premiers nymphéas sont ouverts, des nymphéas blancs du côté sud-est du bassin : depuis le 7 mai, record de précocité de ces dernières années.
Qu’ils aient des fleurs ou non, on ne se lasse pas de photographier les nymphéas. Il suffit de mettre ses pas dans ceux de Monet pour être d’accord avec lui. Les vues générales du bassin, « c’est bien beau », mais quand le regard s’abaisse et qu’il rencontre les nénuphars, le jeu graphique et coloré devient infini.
A suivre les compositions géométriques qu’ils dessinent, on flotte entre le réel de leurs feuilles et le virtuel des reflets, l’infini du ciel et la proximité du plan d’eau.
L’esprit s’évade, la tête dans les nuages, tandis que le concret des feuilles qui flottent permet de garder, à l’image des nymphéas attachés au fond de l’eau, les pieds sur terre.

Nymphéa bleu et or

Nymphéa bleu et orQuelle fleur extraordinaire que le nénuphar !
Je n’ai pas retouché cette photo, la voici telle qu’elle a été saisie par l’objectif une fin d’après-midi d’octobre à Giverny.
Dans le reflet doré du saule pleureur, les feuilles vernissées des nymphéas captent la couleur du ciel et deviennent étrangement bleues, offrant une harmonie inattendue.
Comment ne pas partager la fascination de Claude Monet pour ces fleurs étonnantes, aussi changeantes que des caméléons ?

Métamorphose

Nénuphar à contre-jour, GivernySi Monet avait peint ses Nymphéas de cette couleur, personne n’aurait voulu le croire. Je veux dire croire que c’est vraiment ainsi qu’ils apparaissent parfois, dans la lumière de Giverny.
A contre-jour, le nénuphar se pare de tons étranges, des gris profonds, violacés, qui lui donnent un air métallique.
Ses feuilles perdent leur aspect végétal et deviennent des objets vaguement inquiétants, artificiels, qui semblent faits de plastique fondu ou de tissu gaufré.
Tout cela flotte, mais la vie n’a-t-elle pas déserté la plante en deuil ?
Pure illusion d’optique. Il suffit de se décaler un peu, et les nénuphars reprennent leur teinte verdâtre habituelle. Ils sont encore bien vivants, offrant leurs dernières fleurs aux rayons de l’automne. Pour les voir ouvertes et admirer leurs couronnes roses ou jaunes, il vaut mieux venir l’après-midi. Les matinées fraîches rendent le nénuphar paresseux, il prend son temps pour sortir de ses songes et desserrer l’étreinte dans laquelle, la veille au soir, il a clos ses pétales.

Nymphéas roses

Nymphéas rosesAu coeur de l’été, le nymphéa resplendit. Oubliées, les timidités printanières ! Le roi des bassins exulte sous les caresses du soleil d’août, ouvrant tout grand ses corolles comme des astres en miniature.
C’est l’époque où les rives du bassin, les petits ponts, les recoins des bambous ou des saules, se couvrent de couples d’amoureux de tous âges, venus se promener main dans la main dans le jardin de Claude Monet.
Je ne sais qui copie sur les autres. Mais tandis que les chéris s’embrassent tendrement, regardez ce que font les nénuphars. Incroyable, non ? On dirait bien que le grand éclate de rire sous les chatouilles !
J’ai comme l’impression que la saint-Valentin des nénuphars, elle n’est pas le 14 février !

Nymphéas gris

Nymphéas, GivernyA la fin mars, dans ces jours où la saison hésite entre l’hiver, qu’elle n’est déjà plus, et le printemps, qu’elle n’est pas encore, les premières feuilles de nymphéas sortent des profondeurs du bassin, se hissent à travers l’épaisseur aqueuse, et viennent se poser à la surface de l’étang.
Elles ne sont encore que promesses de fleurs, espoir de ces corolles éclatantes qui enchanteront l’été. Pour l’instant, rien ne laisse augurer de leur développement futur.
Elles ont quelque chose de timide, comme tous les débuts. De la violette elles ont aussi la couleur, ou presque, vêtues d’un pourpre tirant sur le violine qui deviendra vert avec le temps.
Mais c’est à contre-jour que les premières feuilles de nymphéas révèlent toute leur grâce, quand la lumière du matin naissant les fait paraître gris argent.
Dans le reflet de ces ciels normands qui semblent laiteux même quand ils sont bleus, où les silhouettes des arbres encore nus ondulent avec calme, les nymphéas brillent, et cette intensité forme avec les tons froids et doux qui les entourent, une harmonie ineffable.

Sous les spotlights

Nymphéas, GivernyLes arbres qui entourent l’étang de Monet à Giverny lui confèrent des qualités lumineuses particulières.
A l’inverse des plans d’eau aux abords dégagés, baignés d’une lumière uniforme, chez Monet les rayons du soleil doivent se frayer un chemin à travers les branches.
Quand la végétation est dense, les trous dans le feuillage deviennent rares. Les minces rayons qui s’y faufilent finissent par atteindre la surface de l’eau, où ils éclatent en taches claires.
Quelquefois, mais il faut être là au bon moment, le pinceau de soleil tombe pile sur une fleur de nénuphar, soudain magnifiée. La feuille ronde du nymphéa renforce l’illusion d’une poursuite de théâtre, qui place un comédien sous la lumière d’un projecteur, tandis que le reste de la scène est plongé dans l’ombre.
L’effet ne dure pas. Le soleil poursuit sa course dans le ciel, le faisceau de lumière avance inexorablement, comme le trait d’ombre d’un cadran solaire. Bientôt, il est trop tard. Il faudra revenir demain saisir l’instant, un peu plus tôt. Pourvu qu’il fasse beau. On regarde sa montre, comme Claude Monet, on prend rendez-vous avec la lumière.

Cette obscure clarté

Nymphéas, Giverny

Monet n’a pas beaucoup exploité les ressources du contre-jour dans ses séries de Nymphéas.
Peut-être la clarté réverbérée par la surface de l’eau était-elle trop éblouissante pour ses yeux fatigués.
Ou peut-être que, peintre de la couleur, il n’était pas attiré par ces lumières étranges, qui semblent avaler les teintes de l’arc-en-ciel pour livrer des surfaces épurées aux contrastes exacerbés.
Selon le ciel et l’heure, les feuilles arrondies des nénuphars deviennent à la fois toiles blanches et palettes, offrant leur douceur luisante aux rayons de lumière.
Leurs silhouettes pâles font des ombres chinoises à l’envers, qui se découpent sur l’écran sombre des feuillages.

Les Nymphéas de la Toussaint

Nénuphars à GivernyOn n’avait jamais vu ça : deux courageux nénuphars roses se sont mis en tête de fleurir aujourd’hui sur l’étang de Monet, histoire de fêter la fermeture des jardins ce soir !
C’est la première fois qu’on en voit si tard en saison, alors qu’ils ont coutume de disparaître dès la mi-octobre. Mais l’automne a été doux, hormis le malencontreux coup de froid d’il y a quinze jours. Il fait encore 15° à Giverny cet après-midi. Bien des plantes jouent les prolongations.
Et puis, un deuxième facteur est venu décider les Nymphéas à ouvrir encore leurs boutons : un petit courant tiède les chatouille.
Depuis que les feuilles des arbres se sont mises à tomber dru sur le bassin, les jardiniers entretiennent un léger courant pour les pousser naturellement toutes du même côté. Cette eau venue du sous-sol est moins froide en ce moment que l’eau de surface, ce qui plaît beaucoup aux nénuphars.
Sous son manteau de feuilles dorées, le bassin a un charme automnal et mélancolique. Mais je n’ai pas pu faire de photo des héros du jour, il pleut des seaux à Giverny cet après-midi. Celle-ci date du 19 octobre, avant la chute des feuilles.

Anti stress

Giverny, reflet

Un Nymphéa posé au bord du ciel, dans la lumière subtile d’une après-midi normande.
Le regard sonde les profondeurs de l’onde, se fond dans l’immensité des nues.
L’effet est tout de suite apaisant.
Je crois que c’est ça, le secret de Monet.
Quand on oublie la berge, on s’envole.

Reflets d’argent

Giverny le soir

Quand la pâleur des nuages transforme les rayons du soleil en coulée d’argent, le bassin de Claude Monet célèbre les noces de l’eau et de la lumière.

Nuage de lait

nenuphar a Giverny Quand de gros nuages blancs traversent le ciel de Giverny, les nénuphars du bassin de Monet paraissent flotter dans du lait.
Métaphoriquement ce n’est pas si faux d’ailleurs, car le lait des vaches normandes trouve bel et bien son origine dans les cumulus.
Le processus qui relie les nuages au lait crémeux et tiède s’élabore en métamorphoses successives et surprenantes.
Il faudra que toute l’eau des nuages finisse par pleuvoir, par faire pousser l’herbe que brouteront les vaches, que ces dernières digèrent l’herbe et qu’elles en fassent du lait.
Quant à ce que deviendra ce lait et comment il finira par retourner dans les nuages, je vous laisse deviner la fin de l’histoire.

Nymphéa

NénupharC’est comme au théâtre : on ne voit que le devant de la scène. Le nénuphar cache toute une vie en coulisse, le cordon ombilical qui le relie au fond de l’étang, qui lui permet de se nourrir de vase. Par courtoisie, il dissimule ces contingences matérielles, il feint le pur esprit. Cette plante aquatique aime se prélasser dans le bleu du ciel.
Le nénuphar observe le monde depuis la surface des choses. A peine émerge-t-il de l’eau qu’il a l’air de poser, étonné de se voir si beau en ce miroir. Il est une nature morte à lui tout seul.
Et comme dans les natures mortes des peintres flamands, il y a la mouche. Elle est posée sur la corolle parfaite. C’est le péché originel. La pureté n’est pas de ce monde.
Et il y a les vers. Ils creusent leurs sillons dans l’épaisseur de la feuille. La mort nous guette, rappellent-ils, hâtons-nous pendant que nous sommes vivants.
Se hâter, mais de quoi ? C’est à vous de savoir ce qui vous paraît important. Le transi de Gisors est assorti de ce commentaire :

Fay maintenant ce que tu vouldras
Avoir fait quant tu te mourras


Des nymphéas dans les nuages

NénupharsQuelquefois les feuilles de Nymphéas font mine de ne pas être vertes. On dirait qu’elles s’appliquent à être bleues pour mieux refléter le ciel.
Peut-être que c’est leur rêve secret, oublier qu’elles sont des plantes et devenir de l’air, de l’eau, se transformer en bulles de savon et s’élever au milieu des nuages…

La couleur des Nymphéas

Nénuphars roses à Giverny On trouvait vraiment de tout dans les Expositions Universelles du 19ème siècle. Monet s’est procuré beaucoup de nénuphars en fréquentant l’Exposition Universelle de Paris de 1889 et celle de 1900. C’est là qu’il a découvert les nombreux hybrides obtenus par Joseph Bory Latour Marliac, un pépiniériste de Temple sur Lot, près de Bordeaux.
Les contemporains de Monet ont décrit tous les merveilleux nénuphars qu’ils avaient vus à Giverny : certaines années, le peintre fou de fleurs parvenait à faire pousser des espèces exotiques, purement tropicales, de nymphéas roses. Il possédait d’étonnantes variétés bleues venues d’Amérique du sud, ou encore le Nymphea aurora, jaune au début de sa floraison, et qui virait au rouge ensuite. Il en avait aussi d’autres, d’origine égyptienne, au coeur blanc entouré de pétales roses. (in Monet the Gardener, Robert Gordon et Sydney Eddison, Ed. Universe)
Claude Monet recherchait la plus grande variété de couleurs possible. A la création de son bassin, le choix des premiers nénuphars avait été vite fait : il avait tout simplement commandé tous ceux qu’il avait trouvé dans le catalogue Vilmorin, une douzaine au total.
Monet plantait ses nénuphars dans des pots immergés dans la vase, ce qui lui permettait de retirer les espèces fragiles en hiver.
Aujourd’hui, on peut en voir des roses, des jaunes et des blancs de différentes sortes à Giverny, en ce moment dans tout l’éclat de leur floraison.

Les Nympheas de Monet

nymphea dans le jardin de MonetA Giverny, ça y est ! Les nymphéas sont en fleur dans le bassin du jardin d’eau de Claude Monet.
Les ilôts de nénuphars qui flottent à la surface du bassin s’ornent de couronnes de pétales roses, jaunes et blanches. A l’image de Claude Monet, on peut se perdre dans la contemplation des sortilèges du bassin.
Le nom de nymphéa choisi par Monet pour désigner tous ses nénuphars ne s’applique selon le Petit Robert qu’au seul nénuphar blanc. Toutefois, la diphtongue en éa sonne de façon plus légère et gracieuse que la terminaison en « ar », une désinence souvent péjorative. Pour nos oreilles contemporaines, les « éa » sont même furieusement à la mode pour les petites filles, d’Océane à Léa. A quand des petites Nymphéa ?

Le Robert nous informe que le nénuphar blanc s’appelle aussi lune d’eau. Quel pouvoir évocateur dans cette appellation ! Je me demande si Monet la connaissait.
Pour les Allemands, les nénuphars sont des roses de lac (Seerosen), pour les Anglais des lys d’eau (water lilies). Voilà de quoi rêver en les regardant flotter sur l’étang.
Une autre comparaison onirique est celle que propose Charles F. Stuckey dans sa monographie consacrée aux Nymphéas de Monet (Gründ). Le mot nymphéa dérivant de nymphe, il suggère une interprétation allégorique des tableaux de Monet. On pourrait y voir une analogie avec certaines oeuvres de ses contemporains, les Grandes Baigneuses de Renoir, les Grandes Baigneuses de Cézanne, ainsi qu’un tableau de grand format de Berthe Morisot représentant deux nymphes flottant dans une mer de nuages, d’après Boucher.
Le plus amusant, c’est l’explication qu’il donne pour justifier cette analyse. Monet se serait rabattu sur une représentation allégorique du corps féminin par absence de modèle.
D’après les enfants de Paul Durand-Ruel, le marchand de Monet, le peintre souhaitait abandonner l’étude du paysage pour celle de la figure. Il voulait même engager une jeune Parisienne, mais Alice, apprenant cela, aurait opposé son veto : « Si une femme entre ici, je sors de la maison ». La pieuse Alice ne badinait pas avec la morale !

Cher lecteur, ces textes et ces photos ne sont pas libres de droits.
Merci de respecter mon travail en ne les copiant pas sans mon accord.
Ariane.

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