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Toit en tuiles plates

Toit en tuiles plates de pays Grâce à la pente du terrain, ce très beau toit de tuiles anciennes se trouve au niveau des yeux dans la rue Claude Monet à Giverny, peu après l’église. Il est constitué de petites tuiles plates de pays en argile.
La fabrication artisanale de ces tuiles fait tout leur charme. Selon la qualité de l’argile, le temps de cuisson, leur place dans le four…, les couleurs varient dans une large palette de coloris « terre cuite », des plus pâles aux plus soutenus. L’autre élément du charme, c’est l’irrégularité des tuiles faites à la main. Pas tout à fait plates, pas tout à fait rectangulaires. Ces toits ne dégagent aucune monotonie ni raideur, au contraire on ne se lasse pas de les regarder, comme une oeuvre d’art.
Il faut une centaine de tuiles pour couvrir un mètre carré, ce qui est considérable. La mise en oeuvre est donc assez chère. Les dimensions des tuiles anciennes sont d’environ 14 par 18 cm et seul le tiers inférieur est apparent. Cette surface visible s’appelle le pureau. Le haut de la tuile disparaît sous les tuiles de la rangée supérieure. L’idée, c’est qu’une goutte de pluie qui coule sur le toit rencontre toujours une tuile entière dans sa descente vers la gouttière. Si la goutte arrive à se glisser dans l’interstice entre deux tuiles, elle va trouver une tuile dessous et continuer de couler vers le bas du toit.
Sur leur face arrière, les tuiles de pays disposent d’une aspérité qui permet de les fixer, soit un ergot en haut de la tuile, soit toute une barrette en saillie. Ce relief vient s’accrocher à une petite barre de bois horizontale, le liteau. Il y a autant de liteaux sur le toit que de rangs de tuiles.
Les tuiles tiennent par leur poids, sans clou ni accroche quelconque, sur des pentes autour de 45 degrés. Il faut une bonne pente, sinon la goutte musarde et l’humidité crée des désordres dans le toit. Mais si tout se passe bien, un toit couvert de tuiles anciennes résiste très bien aux décennies et même aux siècles.
Autrefois les matériaux tirés de l’argile étaient produits localement, en témoignent les appellations de rues telles que rues de la tuilerie, briqueterie ou poterie qu’on rencontre souvent. Préserver ces toits, surtout sur les maisons anciennes, c’est un choix esthétique mais aussi éthique. C’est marquer du respect pour le paysage, pour l’identité d’un terroir, et éviter l’uniformisation générale de la construction.
C’est aussi profiter d’un avantage indéniable des tuiles anciennes : on peut facilement remplacer les tuiles cassées ou tombées, ça ne se verra pas.
La difficulté est de trouver un couvreur aussi léger qu’une goutte d’eau qui n’aille pas casser davantage de tuiles en se déplaçant sur le toit.
La difficulté est aussi de se procurer des tuiles. Il faut un peu de chance, la déconstruction d’un bâtiment agricole par exemple, pour en trouver à vendre. A la campagne, il est d’usage d’être prévoyant, souvent les propriétaires ont un petit stock de tuiles anciennes dans une remise pour faire face aux réfections nécessaires.

Hagioscope

Hagioscope ou trou aux lépreux, Dives-sur MerLa belle église de Dives-sur-Mer, dans le Calvados, a été fondée à l’époque de Guillaume le Conquérant, au 11e siècle. C’est en effet à Dives que le duc de Normandie a préparé sa flotte pour partir à la conquête de l’Angleterre en 1066. Mais l’essentiel de l’église est plus tardif et de style gothique.
Que retient-on d’une visite ? Le détail le plus marquant, l’explication la plus convaincante. Ce qui nous touche ou nous éclaire. Tout le reste sera bientôt avalé par les sables mouvants de l’oubli.
A Dives-sur-Mer, notre guide nous a montré la liste des compagnons de Guillaume gravée dans la pierre au 19e siècle. Mais la stèle est placée en hauteur, les noms ne sont guère lisibles, et pas tous exacts. Ensuite elle nous a détaillé le vitrail qui relate la légende de la statue du Christ-Sauveur, repêchée deux fois dans la mer. Mais la statue elle-même a été détruite pendant les guerres de Religion. Je ne crois pas que je me souviendrai de tout cela dans dix ans, ni des graffitis marins mêlés aux graffitis contemporains sous le porche.
Mais l’élément qui restera peut-être, ce sera le trou aux lépreux, une disposition étonnante que je voyais là pour la première fois.
Il paraît que de nombreuses églises disposaient autrefois d’un hagioscope. Ils ont été murés lorsque les grandes épidémies de lèpre ont disparu, à partir du 15e siècle.
Le nom seul dit tout. Une ouverture pratiquée dans la muraille permettait aux malades contagieux de suivre la messe avec vue sur l’autel depuis l’extérieur de l’église. A Dives, elle est oblique et va en se rétrécissant. Tout au bout, on aperçoit un christ en croix, autrefois probablement celui envoyé par la mer.
C’est habile, efficace, alors qu’est-ce donc qui m’étreint tandis que je me penche à cet oeilleton ? Ce paternalisme qui ne parvient pas à masquer l’extrême violence d’être exclu, il me révolte. Quelle terrible société qui met les malades dehors, mais leur propose ce pis-aller pour vivre leur foi, sans doute pour se donner bonne conscience… Ces siècles-là agissaient en fonction de leurs valeurs et de leurs connaissances, il n’était sans doute pas possible de faire autrement, mais que cela nous paraît dur aujourd’hui.
Et dans sept cents ans, quel regard porteront les générations futures sur notre société d’aujourd’hui ? Leur paraîtra-t-elle brutale et injuste, ou aura-t-elle le parfum de l’âge d’or, du paradis perdu, juste avant les grandes catastrophes écologiques ?

Cathédrale de Coutances

Cathédrale de Coutances, MancheParmi toutes les cathédrales normandes, Rouen est la plus grande, Bayeux peut-être la plus riche, et, sans vouloir froisser personne, Coutances l’une des plus belles, pour sa pureté et sa luminosité.
La cathédrale de Coutances telle que nous la voyons date du 13e siècle, elle a donc été bâtie en style gothique rayonnant. L’édifice roman qui préexistait a été englobé dans la maçonnerie, une pratique qu’on retrouve ailleurs, par exemple au Mont Saint-Michel ou, plus près de Giverny, à Vétheuil.
On n’aura pas trop de regrets, car si l’église romane était peut-être fort belle, la cathédrale gothique est une pure merveille.
Quand le remodelage de Coutances commence, c’est le début du 13e siècle, et depuis que Philippe-Auguste a annexé la Normandie après la prise de Château-Gaillard en 1204, la région traverse une période de paix et de prospérité qui va durer jusqu’à la guerre de Cent ans, cent cinquante ans plus tard. Partout, on construit, on agrandit, on remanie les églises.

La ville de Coutances se trouve dans le sud du Cotentin, la presqu’île qui s’avance dans la Manche comme un bras désignant l’Angleterre. Le style gothique s’impose dans toute la France, mais on décèle des variations locales. Celles qui caractérisent le gothique normand sont réunies à Coutances.
La magnifique tour lanterne a fait la réputation de l’édifice. Sa voûte culmine à plus de 40 mètres du sol. A mesure que l’on s’élève, on passe du plan carré des quatre piliers qui la soutiennent au cercle, au sommet de la voûte : le carré symbolise la Terre, le cercle représente le Ciel. Entre les deux, un octogone, image de la Résurrection. Les baies de la tour lanterne, qui créent un puits de lumière à la croisée du transept, s’alignent sur cet octogone. Leur forme longiligne évoque celle de cierges sur les candélabres en forme de roue qui éclairaient autrefois les églises.
Avec l’élévation à trois niveaux, les coursières sont une autre caractéristique du gothique normand. Voyez-vous les fenêtres hautes de la nef et du transept ? La coursière est l’étroit passage bordé par un balcon qui permet de marcher devant les fenêtres hautes. Les chanoines pouvaient y accéder pour certaines célébrations.
Normande encore (la liste n’est pas exhaustive), la multiplication des moulures des piliers. L’idée est de renforcer la verticalité, support à l’élévation spirituelle : de nombreuses lignes verticales soulignées par le jeu de l’ombre et de la lumière comme par un trait de crayon noir accentuent l’impression de mouvement ascensionnel.

Lambrequin

LambrequinLe lambrequin a fait fureur au 19e siècle, avant de passer de mode. Ces frises de bois découpé longent les extrémités des toits, les bords de lucarnes en suivant habilement leur pente pour donner l’illusion d’une frange qui pend.
Sur la Côte fleurie, les lambrequins sont caractéristiques des chalets.
Dans les années 1860-70, les plages du Calvados se sont transformées en stations balnéaires. Tout un style architectural était à inventer pour un mode de vie nouveau, la villégiature de bord de mer, et pour une population nouvelle, de riches bourgeois qui avaient l’aisance modeste.
Les architectes de l’époque se sont montrés très inventifs. Une des solutions trouvées, c’est le chalet.
Aujourd’hui où la zone de diffusion du chalet se réduit aux abords des pistes de ski, on a du mal à l’imaginer en bord de mer. D’ailleurs, les chalets de Villers-sur-Mer, Cabourg, Houlgate ou Deauville n’ont pas grand chose à voir avec leur « modèle » alpestre.
Comme toutes les villas construites à cette époque, ils revendiquent une source d’inspiration, sans en proposer un pastiche. Des chalets de montagne, les architectes ont retenu la situation isolée – et les leurs seront entourés de jardins -, les larges toits qui débordent de la façade, les balcons, et les bois découpés.
Pour Gilles Plum, spécialiste des Villas balnéaires du second Empire (éditions Cahier du Temps), ces choix déterminent un nouvel espace architectural :

Le débordement des toits délimite un espace extérieur protégé qui crée un intermédiaire entre l’extérieur et l’intérieur de la maison. Cet espace est occupé et enrichi par les projections vers le dehors de la surface habitable que sont les balcons et les bow-windows.

C’est l’esprit du temps, un nouveau rapport entre l’homme et la nature. Pas tout à fait dedans, pas tout à fait dehors, l’estivant a le choix de jouir du paysage dans cet entre-deux qui le protège des éléments.
Sur le plan plastique, les bois découpés marquent la limite de cet espace intermédiaire, « en descendant sous forme de lambrequins depuis l’extrémité du toit ou en montant sous forme de garde-corps depuis les balcons ». L’effet en est très subtil, car ils créent « un second niveau de façade très léger qui ombre ou cache en partie celle en maçonnerie ».
Quand le soleil brille sur les lambrequins, il projette leur ombre à trous-trous sur les murs. L’auteur y voit un lien avec l’intérêt des impressionnistes pour le jeu de l’ombre et la lumière à travers les arbres. L’air du temps, encore.

Cadran solaire

Cadran solaire, FourgesDans les villages du Vexin, où l’on n’était pas assez riche pour s’offrir le luxe d’une horloge comme à Evreux ou aux Andelys, les cadrans solaires ne sont pas rares sur les murs sud des églises. En voici deux repérés dans la vallée de l’Epte, en amont de Giverny.
A Fourges, où l’église vient d’être restaurée, le cadran solaire porte la date de 1764. Il est placé non pas sur le mur mais sur un contrefort en angle, sans doute parce que l’église ne pointe pas vers l’est réel.
Les heures sont indiquées en chiffres romains qui se prolongent par des chiffres arabes plus espacés et plus lisibles. Surtout le cadran a droit à une inscription à la mode antique, dans un latin transparent : « INUTILE SINE SOLE », inutile sans soleil, une lapalissade qui fait sourire. Son auteur était peut-être un peu dépité par le climat normand !

Cadran solaire, Berthenonville Dans un autre genre, à Berthenonville, ce cadran solaire très original est soutenu par un ange en plein vol. Cette disposition lui confère une élégance certaine et justifie le décalage par rapport au plan du mur, qui n’aurait pas été très esthétique sans cela.
Y a-t-il eu compétition avec celui de Fourges ? Les deux églises ne sont pas très éloignées l’une de l’autre. Assez dissemblables dans leur plan, elles se rejoignent non seulement par la présence d’un cadran solaire, mais aussi par cette belle pierre jaune qui se patine en un gris subtil, un matériau bien différent du calcaire de la vallée de la Seine.

Engoulant

EngoulantSi le verbe engueuler est hélas bien présent dans le vocabulaire français, le terme d’engoulant ne fait plus recette aujourd’hui. Ces mots dérivent pourtant tous deux de la même racine gueule ou goule, avec ses sens d’organe servant à parler, à crier, à manger.
Au Moyen-Âge engouler signifiait avaler. Le mot s’est conservé en héraldique et en architecture. Devenu vocabulaire technique, on peut le placer si l’on y tient dans la conversation, ce qui est déjà un challenge en soi, mais je vous déconseille de l’employer dans votre prochaine partie de Scrabble pour épater la galerie, le dico fait l’impasse dessus.
En architecture, donc, l’engoulant est une sculpture de tête monstrueuse à l’extrémité d’une poutre ou d’une colonne et qui semble avaler cette dernière. On en voit quelquefois aux sablières des maisons normandes, ces grosses poutres horizontales qui encadrent les étages, ou encore à l’extrémité des entraits de charpente.
C’est le cas à l’église d’Orbec où chaque poutre se termine par une tête monstrueuse. Tout ce bestiaire fantastique taillé dans le bois fait penser aux proues des bateaux vikings, comme si une longue tradition avait perduré parmi les charpentiers de marine normands.
Il faut une bonne vue pour distinguer les détails des engoulants à quinze mètres au-dessus du sol, mais la Maison du Boulanger à Verneuil sur Avre en présente à hauteur des yeux. Le plus gros en cache un autre plus petit en dessous.
Que représentent-ils ? Au vu de la longueur des museaux, de la forme des oreilles et des dents qui s’alignent impeccables sur la mâchoire du bas, je dirais bien des loups. Brrr ! Avec cette grande langue qui paraît décidée à vous dévorer tout cru, tous les petits Chaperons Rouges de Verneuil devaient faire un détour pour éviter de passer devant la maison…

Vue imprenable

Vallée de la Seine L’histoire qui se tisse entre une maison et son ou ses nouveaux propriétaires a toutes les caractéristiques de l’histoire d’amour, du coup de coeur initial au déchirement quand il faut se quitter, en passant par le bien-être tranquille ou les crises périodiques d’une relation au long cours.
Il y a toutes sortes de raisons pour acheter une maison. Des raisons raisonnables et des raisons secrètes, affectives, qui vous font accepter tous les défauts de la belle.
La vue peut avoir ce charme irrésistible. Quand on y a goûté, il est très difficile de s’en passer par la suite, même si cela n’a rien à voir avec le confort de la maison ou son aspect, puisque c’est de l’espace extérieur qu’il s’agit. Un ami new-yorkais installé en Normandie a craqué pour un appartement à flanc de colline parce qu’il lui donnait l’impression d’habiter en haut d’un gratte-ciel. Le reste n’avait guère d’importance.
C’est fragile, une vue. Elle n’a de valeur que si elle est imprenable, qu’on ne risque pas de vous la confisquer brusquement par une construction intempestive devant votre balcon. On voudrait la protéger comme un bien précieux, sauvegarder le secteur. Mais le risque est là, vous avez acheté une vue, et celle-ci ne vous appartient pas. Elle dépend de centaines de voisins, à commencer par les plus proches.

J’ai visité cet après-midi une maison posée en belvédère au-dessus de la vallée de la Seine, où d’immenses baies offrent au regard tout le panorama. C’était à l’origine une maison récente de style normand, avec de faux colombages devant les fenêtres d’angle du salon qui faisaient un costume rayé au paysage. Le nouvel acquéreur, un architecte, ne s’est pas inquiété de cette banalité. D’un coup de baguette magique (qui a tout de même duré dix-huit mois) il a transformé la maison pour en faire un endroit unique en harmonie avec ses habitants.
Quand la vue est belle, elle attire comme un aimant. Sans que vous ayez eu le temps de vous en rendre compte vous vous retrouvez le nez collé à la vitre, les yeux happés par les lointains. Le regard qui vagabonde donne une impression de liberté grisante semblable à celle de la petite chevrette qui a quitté son enclos.
Par beau temps on a sans doute l’illusion d’être à l’extérieur, à nager dans le vert et le bleu. Aujourd’hui la pluie de décembre battait les vitres et définissait avec exactitude le dedans et le dehors. Les baies devenaient protectrices, d’autant plus cocoonantes qu’elles ne cachaient rien des intempéries. C’est drôle comme un matériau aussi froid que le verre peut offrir une impression de sécurité. Et comme l’absence de rideau est confortable quand vous avez le ciel en vis-à-vis et qu’il n’y a que les oiseaux qui peuvent voir chez vous.

Croix de Saint-André

Croix de Saint-André Dans les maisons normandes à pans de bois, on appelle croix de Saint-André les poutres qui se croisent en forme de X.
Ces éléments du colombage sont souvent placés au-dessus et au-dessous des fenêtres de manière à renforcer la structure de la charpente à un endroit où elle se trouve affaiblie par la présence d’une ouverture.
Pour que les poutres restent dans le même plan, elles croisent à mi-bois, c’est-à-dire que chaque élément de la croix est diminué de la moitié de son épaisseur à l’intersection.
Les croix de Saint-André tirent leur nom du supplice du premier apôtre du Christ, André. La Bible n’en souffle mot, mais la Légende Dorée, un ouvrage compilé au 13e siècle par Jacques de Voragine en se fondant sur des textes plus anciens, se montre plus loquace.
Egée, le tyran qui ordonne le supplice du martyre, « le fit lier ensuite à une croix par les mains et par les pieds afin qu’il souffrît plus longtemps ». Saint-André en profite pour évangéliser pendant deux jours les vingt mille personnes accourues. La foule exige qu’on le libère, mais le saint s’y oppose et ceux qui tentent de le faire sont frappés de paralysie.
Cette croix à la forme très simple se retrouve dans bien d’autres domaines, notamment sur le drapeau de l’Ecosse et dans de nombreux blasons.

Fermer les volets

tête de bergèreOn trouve encore chez les quincailliers du bâtiment ces jolies petites demoiselles qui servent à coincer les persiennes pour les empêcher de battre au vent pendant la journée. Le nom exact de ce bitonniau pour fermer les volets est « arrêt tête de bergère ».
La demoiselle porte une sorte de chapeau plat sur l’oreille. C’est toujours la même, comme s’il en était sorti des bataillons du même moule. Malgré sa banalité la belle garde le charme des petits détails discrets qui agrémentent la vie quotidienne. Elle donne une toute petite étincelle de poésie à ces gestes mille fois répétés, ouvrir et fermer les volets.
Soulever la tête de la demoiselle pour la faire plonger dans le vide ou la caler en place ne prend qu’un instant quand on y est habitué, mais l’objet peut déconcerter ceux qui le découvrent pour la première fois.
Il semble que ce type d’arrêt à volet est assez typiquement français. La persienne et le contrevent plein ne sont d’ailleurs pas en usage partout sur la planète et cela fait partie des détails dont les guides de voyages ne parlent jamais et que les étrangers découvrent en arrivant. Cela peut paraître idiot de leur en expliquer le fonctionnement, mais pas inutile pour leur éviter de batailler.
Le voyage se fait aussi à travers les gestes, de la courbette du salut japonais au maniement des baguettes. Et vous, quel geste propre à une autre culture avez-vous ramené de vos vacances ?

Style Louis XV

hotel particulier Louis XVCe bel hôtel particulier de Verneuil sur Avre, dans le sud de l’Eure, décline les caractéristiques du style Louis XV. Les plus évidentes : des fenêtres hautes et cintrées, des balcons tout en courbes savantes, un toit à la Mansart orné de lucarnes (ici des oeil de boeuf).
En regardant attentivement, on note aussi les bandeaux de séparation d’étages et la corniche moulurée, ainsi que les refends façon Louis XIV, encore très présents à l’époque suivante, qui rythment la façade de chaque côté de la porte.
Invisible sur la photo, le heurtoir très travaillé de la porte cochère était déjà une indication. On aurait pu s’attendre aussi à un décor un peu plus fourni en mascarons et autres blasons aux clés des fenêtres. Cet hôtel du milieu du 18ème siècle reste d’une certaine sobriété.

Statues mutilées

tympan de l'église Saint-Taurin d'EvreuxA chaque fois, l’impression est navrante : on lève les yeux pour admirer le porche d’une église, et on s’aperçoit que les statues sont mutilées ou ont carrément disparues.
Ce vandalisme ne date pas d’hier. Il a sévi à deux siècles d’écart, lors des Guerres de Religion puis à la Révolution.
1562 a été une année noire pour les monuments religieux normands. Au printemps, en avril-mai, des fanatiques huguenots, « des hommes armés, aussi furieux que des chiens enragez » ravagent les églises de Rouen, Lisieux, Dieppe… Leur folie destructrice sévit plusieurs jours dans chaque cathédrale.
A la Révolution, vers 1789-90, les dégradations recommencent. Non seulement certains iconoclastes veulent faire disparaître les témoins de la dévotion « ridicule » des générations précédentes, mais les monuments sont souvent vendus comme biens nationaux et réduits à l’état de carrières de pierres ou de locaux industriels.
A l’église Saint-Taurin d’Evreux, le tympan du portail sud n’est plus que l’ombre de lui-même après les dégâts subis à la fin du 18ème siècle. Il remontait à 1253. Les sculpteurs, ou plutôt les ymaginiers, pour employer le beau nom qu’on leur donnait en Normandie au Moyen-Age, y avaient représenté une scène qu’on devine encore aujourd’hui : un Christ assis sur un trône, entouré des symboles des quatre évangélistes, aigle, lion, boeuf, homme. Au-dessous, sur le linteau, la vie de Saint-Taurin se développait en cinq scènes. Là, les vandales ont martelé toutes les têtes des personnages.

Style Louis XVI

Maison style Louis 16Ce n’est en général pas difficile de reconnaître au premier coup d’oeil une maison d’époque Louis XVI. Le style qui prédomine dès 1760, quinze ans avant l’arrivée du roi sur le trône, et perdure jusqu’en 1790, a la bonne idée de présenter un trait incontournable : de fines lignes horizontales qui parcourent toute la façade.
Au dessus des fenêtres très hautes, d’autres lignes s’ouvrent en éventail.
Ce jeu de lignes s’observe surtout sur les façades plâtrées. Sur celles qui sont en pierres de taille, il faut être attentif à d’autres éléments architecturaux : les consoles toutes simples qui soutiennent les appuis de fenêtres, les décors issus de l’antiquité grecque qui font alors fureur, les modillons cubiques sous la corniche, la présence de dais au-dessus de fenêtres, des guirlandes de fleurs ou de lauriers…
Sur cette maison, les persiennes sont sans doute un ajout postérieur. La façade Louis 16 n’en possède pas.
Le style Louis XVI s’inscrit en rupture avec le style Louis XV, tout de grâce et de courbes. On retrouve la ligne droite et sobre, de la rigueur, mais une rigueur moins froide que celle du style Louis XIV.

Motte féodale

Le château de Gisors construit sur une motte féodale Le château de Gisors est construit sur une motte féodale. Cette levée de terre artificielle a dû demander bien des efforts à ceux qui l’ont construite au 11e siècle.
Il y eut sans doute d’abord une tour peu imposante, en bois, entourée d’une palissade, qui avait pour fonction essentielle d’asseoir l’autorité du seigneur au début de la féodalité. Puis Gisors est devenue ville frontière entre le Duché de Normandie et le Royaume de France, et le château s’est fortifié.
En haut de sa butte, le donjon et sa chemise gardent un air imposant. La motte servait à protéger les fondations de la sape. Elle était couverte de ronces et de buissons épineux pour en empêcher l’assaut.

Marquise

marquiseLes auvents vitrés qui protègent les perrons portent un bien joli nom, marquises. Ils ont été très populaires au siècle dernier avant de passer de mode. C’est pourtant pratique de pouvoir chercher sa clé sans se faire tremper, et courtois de ne pas laisser les gens qui sonnent chez vous attendre sous la pluie.
Les marquises sont presque toujours aussi jolies que leur nom. Certaines ont des vitrages festonnés, d’autres s’ouvrent en éventail. Les ferronneries les plus simples n’oublient jamais d’être gracieuses et légères, les plus sophistiquées donnent un cachet ancien et cossu à la maison.
Vernon a connu une belle expansion à l’époque où Monet vivait à Giverny. Des rues entières ont surgi des champs. Dans ces quartiers devenus anciens, mais qui ne sont pas moyenâgeux, les marquises se déploient à l’avant des façades sur la plupart des maisons, et se laissent collectionner du regard.

Art Nouveau

Balcon style Art Nouveau à Vernon, France Comme la plupart des villes d’Europe, Vernon recèle son lot de maisons construites au tournant du 20ème siècle, une époque de croissance économique. Les classes moyennes de la Belle Epoque qui se faisaient bâtir des demeures plus ou moins luxueuses ont fait les beaux jours de l’Art Nouveau.
Le style Art Nouveau est un des plus faciles à reconnaître, avec ses lignes courbes « en coup de fouet » et ses décors de végétaux ou d’animaux. Ces éléments ne sont pas toujours présents, mais quand ils le sont, on est sûr que le bâtiment a environ cent ans.
Octave Mirbeau, grand ami de Monet, a la dent dure quand il décrit l’Art Nouveau :

« Tout tourne, se bistourne, se chantourne, se maltourne ; tout roule, s’enroule, se déroule, et brusquement s’écroule. »

Le style Art Nouveau a été si populaire, si présent dans tous les domaines – décoration, architecture, affiches… – que ses contemporains ont fini par ressentir la surdose.
Aujourd’hui, l’Art Nouveau délasse plutôt qu’il ne lasse. Son évocation de la nature, ses figures féminines idéalisées, ses formes sinueuses si gracieuses ont retrouvé leur attrait. Guetter les éléments typiques de ce style en se promenant dans les rues donne l’occasion de poser un oeil neuf sur sa ville. Pour vous mettre en appétit, voici un balcon dont vous apprécierez toute la finesse en cliquant sur l’image.

Porte-drapeau

Maison datant de la Reconstruction normande équipée de porte-drapeauxQui sortira son bout d’étoffe tricolore le 14 juillet prochain ? En Normandie, les architectes de la Reconstruction ont très souvent prévu des porte-drapeaux aux maisons, dans la ferveur patriotique de l’après-guerre. Après les longues années d’occupation, cela paraissait on ne peut plus normal de manifester son attachement au drapeau, symbole d’un pays libre et souverain.
C’était il y a soixante ans, les Français étaient fiers de pavoiser. Et aujourd’hui ? Les porte-drapeaux sont toujours là, intacts, prêts à servir. Mais seuls les grands enjeux sportifs sont susceptibles de les regarnir. La flamme patriotique le jour de la fête nationale vous attire un regard en biais des voisins. Ca ne se fait plus, et rien n’est plus grégaire qu’une société humaine.
Malgré les invitations réitérées dans la presse à participer aux dépôts de gerbes, comme d’habitude chacun restera dans son lit douillet le jour du quatorze juillet.
Et le vieux drapeau d’époque retrouvé au grenier soigneusement roulé, avec ses couleurs passées et sa pointe en fer de lance, ne reprendra pas du service. Il représentait trop pour ceux qui l’ont caché pendant quatre ans, attendant avec espoir le jour où ils pourraient l’arborer à nouveau à la façade.
Si on l’exposait à l’air de la campagne 2007, la vénérable relique attraperait le rhume des foins.

Pourquoi y a-t-il des monstres à l’extérieur des églises ?

Détail du portail de la collégiale Saint Vulfran à AbbevilleCette mignonne petite bête qui escalade le portail de la collégiale Saint-Vulfran d’Abbeville vous rappelle quelqu’un ? Ne dirait-on pas Denver, le dernier dinosaure, héros des dessins animés de la télévision ?
D’un anachronisme à l’autre, on peut se demander où les sculpteurs du Moyen-Age sont allés chercher le modèle de ce monstre. Si l’on s’imagine un peu vite qu’ils n’avaient aucunes connaissances archéologiques, la ressemblance avec les dinos est assez troublante.
Que vient faire cette bête à cet endroit-là ? La question s’impose chaque fois que l’on regarde une église gothique de quelque importance, face à la multiplication des gargouilles et des monstres en tous genres.
L’explication la plus courante est qu’ils sont là comme des épouvantails, pour faire fuir les démons attirés par toutes les âmes réunies à l’intérieur de l’édifice.
Mais un tailleur de pierre vient de me donner une autre analyse qui m’a fait l’effet d’une révélation, tant elle semble évidente après coup : les gargouilles et autres monstres sont une matérialisation dans la pierre des démons en train de fuir de l’église, repoussés par la sainteté du lieu. Un peu comme si on pétrifiait des vampires battant en retraite parce qu’ils ont aperçu des gousses d’ail.
Transformés en gargouilles, voilà les monstres matés, cracheurs d’eau bienfaisante plutôt que de feu destructeur.

Rinceau

Rinceaux de feuillages Renaissance au Manoir du Chapitre à Ailly, Eure La virtuosité des tailleurs de pierre de la Renaissance a de quoi couper le souffle. Cette exquise dentelle de feuillage a été taillée dans la masse par un artiste du 16e siècle : l’appui de fenêtre et le rinceau qui le souligne sont d’un seul tenant. Selon toute vraisemblance, la pierre a d’abord été dégrossie, puis posée et évidée en place, à plusieurs mètres du sol. Le risque aurait été grand, sinon, de casser les délicates feuilles d’acanthe.
Cette arabesque végétale est l’un des détails ornementaux qui font le charme du Manoir du Chapitre, à Ailly, dans l’Eure.
La rénovation exemplaire a su préserver les fenêtres à meneau, les oculi tréflés et les majestueux appareillages de pierre.
Quand on aime les vieilles pierres, impossible de ne pas avoir le coup de coeur pour cette belle demeure, qui replonge ses visiteurs dans l’ambiance du 16e siècle.
A côté de la cheminée monumentale, une armure monte la garde auprès d’un coffre gothique, tandis qu’un ange doré sourit sur le mur. Il flotte encore dans l’air une atmosphère recueillie qui rappelle que le manoir avait à l’origine une vocation religieuse. On s’attend presque à voir quelque prélat venir se chauffer les mains devant les flammes…

Noblesse du béton

détail des bétons d'Auguste Perret, immeuble ISAI au HavreLe béton et un matériau noble, vous explique-t-on quand vous visitez Le Havre. Le procédé est employé depuis la fin du 19e siècle, mais il ne s’est imposé que progressivement. Longtemps, la pierre a été considérée comme plus noble. Aujourd’hui, la question ne se pose même plus. On ne construit plus de murs de pierre, le coût n’est plus envisageable, au mieux, on l’utilise en parement, sur les façades.
Auguste Perret, l’architecte qui a mené la reconstruction du Havre, a voulu donner à ce matériau à fort potentiel ses lettres de noblesse. Parce qu’ils en exploitent toutes les ressources, ses immeubles écrivent à leur manière une défense et illustration du béton.
Dans la couleur, d’abord. Le béton offre l’avantage de se laisser teinter. Perret lui donne différentes nuances de rose, que le gris du ciel fait curieusement ressortir. En découvrant Le Havre un jour éclatant de juillet, je n’avais pas remarqué le rose du béton. je n’avais eu d’yeux que pour les parterres fleuris et les arbres des avenues. Quand j’y suis revenue en janvier, plus rien ne détournait l’attention des immeubles roses sur le ciel morose.
Dans sa finition de surface, ensuite. Perret utilise toutes sortes de graviers et de sables. Certains présentent de minuscules galets polis par les rivières, de différentes tailles et couleurs. D’autres sont unis et calibrés. Les surfaces sont souvent travaillées après décoffrage, bouchardées pour faire ressortir la matière.
Enfin, l’art de Perret a été de s’appuyer sur les caractéristiques physiques du béton pour donner du rythme à ses constructions. A la fin des années quarante, la portée maximale d’une poutrelle de béton est de 6,24 m. Perret en fait un nouveau chiffre d’or. Toutes les dimensions des bâtiments, des rues et des places sont extraites de ces six mètres vingt-quatre mythiques. C’est la clé de l’équilibre, de l’harmonie qui se dégage de la Reconstruction havraise.

Heurtoir

heurtoir de porte à Louviers, Eure, FranceC’est un geste oublié : on soulève la lourde poignée du heurtoir, et on la laisse retomber sur la porte. Le bruit sourd du métal contre le bois signale la présence d’un visiteur aux habitants de la maison.
Il existe toutes sortes de heurtoirs, les plus classiques étant peut-être la main refermée qui tient une boule dans sa paume, ou la tête de lion avec un gros anneau passé dans le nez. Mais il me semble que c’est le dix-huitième siècle qui a porté l’art du heurtoir à son apogée.
Sur les portes cochères de style Louis XV, il trône bien en vue. La poignée, à la fois sobre et élégante, paraît pourtant massive en contraste avec la dentelle de ferronnerie qui l’agrémente.
La ville de Louviers a été une très florissante cité drapière dès le Moyen-Age. Elle avait l’avantage d’être située sur les bords de l’Eure, à un endroit où la rivière n’en finit pas de se diviser. On compte, dit-on, vingt-et-un bras et canaux dans cette « Venise industrielle » de Normandie. L’énergie hydraulique a servi à faire tourner les moulins à foulon, et plus tard à mécaniser la production.
On produit à Louviers des draps de lin et de laine. Quand Colbert y installe une manufacture royale en 1681, l’activité de filature prend un essor sans précédent. Sous le règne de Louis XV, seize fabricants se partagent le marché et emploient des milliers d’ouvriers.
C’est alors que s’élèvent dans le centre ville des bâtiments tous plus beaux les uns que les autres, à l’architecture soignée, à la décoration raffinée. Les heurtoirs en sont encore un des éléments les plus frappants pour le passant. Il n’est pas besoin de lever les yeux pour les remarquer, à la fois tous différents mais d’une évidente unité de style.

Reconstruction

Immeuble reconstruit après-guerre à EvreuxLes bombardements massifs de la dernière guerre ont profondément meurtri la plupart des villes normandes. On peut encore en remarquer les stigmates dans les centres villes : sauf quand on a délibérément pris le parti de rebâtir à l’identique, comme à Rouen, les immeubles issus de la reconstruction n’ont rien à voir avec les maisons à colombages du Moyen-Âge.
Pourquoi ont-ils si peu la cote dans le coeur des Normands ? Je crois qu’on leur reproche principalement leur raideur. Le même plan répété sur des rues entières, l’emploi massif du béton, la rigueur des façades font regretter les maisons à pans de bois ou les belles demeures de pierre.
On oublie le formidable progrès qu’ont représenté ces immeubles reconstruits. Salubres, lumineux, dotés du confort moderne – eau chaude, salle de bains, toilettes, à une époque où les commodités se trouvaient au fond des cours. Le classement du Havre au Patrimoine Mondial de l’Unesco vient réparer cette injustice. Il va aider à considérer l’architecture et l’urbanisme de l’après-guerre avec un oeil neuf et à valoriser les villes normandes telles qu’elles sont aujourd’hui.

Quatre-feuilles

eglise d'Heubecourt, Normandie, FranceA quelques kilomètres de Giverny sur le plateau qui domine la vallée de la Seine, le village d’Heubécourt possède une ravissante église gothique. Elle est construite en pierre de Vernon, du calcaire blanc parsemé ça et là de rognons de silex. Aujourd’hui, les scies à diamants permettent de trancher ces silex très durs. Mais au Moyen-Âge, les tailleurs de pierre ont préféré les laisser intacts, de crainte de faire un trou dans la pierre. C’est assez amusant de voir les silex noirs faire saillie un peu partout sur la façade blanche.
L’église d’Heubécourt présente la particularité d’être en forme de lettre Tau, sans l’habituelle abside arrondie, mais avec deux chapelles en pignon.
Un détail permet de la dater du premier coup d’oeil. Regardez bien le haut des fenêtres en ogive. On distingue les quatres lobes de l’ornement architectural préféré du 14e siècle, le quatre-feuilles.

Encorbellement

Maison à colombages et à encorbellement à Vernon, Normandie, FranceVernon a conservé quelques maisons du Moyen-Âge telles que celle-ci, voisine de la collégiale Notre-Dame. Dénommée la maison du Temps Jadis, elle date du 15e siècle et abrite l’Office de Tourisme.
Un mode de construction courant voulait que chaque étage déborde au-dessus de l’étage inférieur, selon la technique de l’encorbellement.
Les avantages des maisons à encorbellement sont bien connus : gagner quelques mètres carrés de surface habitable supplémentaire à chaque niveau, optimiser la place à l’intérieur de l’enceinte de la ville, protéger les façades à pans de bois de la pluie…
On souligne moins souvent le double avantage architectural de ce mode de construction. Le premier est de permettre de bâtir avec des poteaux relativement courts, d’un étage seulement. Ces pièces de bois sont plus faciles à trouver et à mettre en oeuvre que des poteaux de la hauteur totale de la maison.
Le second intérêt est le principe du contrepoids. Grâce au débordement, le haut de la maison s’appuie sur le bout des poutres qui traversent les étages inférieurs, évitant l’affaissement de ces pièces de bois.
On voit bien ici que l’encorbellement était de taille réduite, ce qui devait en limiter les inconvénients. Quand il était très prononcé, le soleil et la pluie ne pénétraient plus dans les rues, qui devenaient insalubres. De plus, la proximité des étages supérieurs facilitait la propagation du feu.
Mais il semble que ce soit davantage l’eau que le feu qui ait détruit les maisons du Moyen-Âge. En effet, comme elles avaient pignon sur rue, les murs gouttereaux étaient mitoyens. De ce fait, l’eau s’écoulait mal et elle a fini par pourrir les pans de bois.

Style rocaille

balustrade en ciment façon faux bois, moulin d'Andé, EureRegardez ce chêne, comment il a l’air de donner la main à la balustrade qu’on lui a accolée. La barrière est en faux bois de ciment, le tronc est un vrai chêne en bois d’arbre.
Voilà quelque cent ans, le maçon a installé son garde-corps au ras de l’arbre qui, en grossissant, a fini par s’y souder, parachevant l’illusion.

La photo est prise au moulin d’Andé, un moulin sur la Seine entre Giverny et Rouen.
Ce centre de rencontres culturelles très réputé sur les plans littéraire, musical, cinématographique, dispose d’une salle de spectacles située au sommet de la colline. De là-haut, le panorama s’étend, magnifique, sur la vallée de la Seine. Le belvédère est bordé par cette balustrade en faux bois, qui voisine avec un ravissant kiosque dont les poteaux figurent des arbres tous différents.
Le style rocaille a été abondamment décliné dans toute cette partie du domaine, des rambardes de pont aux fausses souches. Le plus spectaculaire et original, ce sont les énormes murs de soutènement à flanc de coteau qui imitent des rochers de montagne.

Quand j’étais ado, je détestais le faux bois en ciment. Je le trouvais ridicule et kitsch. Les temps changent, aujourd’hui je suis pleine de tendresse et d’indulgence pour le style rocaille. Son côté désuet me paraît charmant. C’est peut-être simplement qu’assez de temps a passé, comme pour toute mode, adulée, rejetée puis redécouverte.
A Paris, le faux bois règne en maître aux Buttes Chaumont, il se déroule en interminables escaliers à Montmartre. Nos arrières grands-parents ont tellement adoré ça qu’on en trouve encore partout.
Parfois, l’ouvrage un peu écorché laisse voir, sous l’écorce factice, l’armature de fer, comme un magicien qui dévoilerait un truc. Il s’en dégage quelque chose de pathétique. Le plus souvent, c’est la fantaisie qui domine, ce gigantesque élan vers le végétal qui a porté tout le courant art nouveau à la fin du 19e siècle.
C’est presque étonnant qu’il n’y ait pas le moindre soupçon de faux bois dans les jardins de Monet à Giverny, contemporains de l’époque où des forêts de ciment s’abattaient sur les parcs et les jardinets. Avec son oeil perçant, le peintre ne devait pas aimer ces imitations plus ou moins réussies.

Cher lecteur, ces textes et ces photos ne sont pas libres de droits.
Merci de respecter mon travail en ne les copiant pas sans mon accord.
Ariane.

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