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Engoulant

EngoulantSi le verbe engueuler est hélas bien présent dans le vocabulaire français, le terme d’engoulant ne fait plus recette aujourd’hui. Ces mots dérivent pourtant tous deux de la même racine gueule ou goule, avec ses sens d’organe servant à parler, à crier, à manger.
Au Moyen-Âge engouler signifiait avaler. Le mot s’est conservé en héraldique et en architecture. Devenu vocabulaire technique, on peut le placer si l’on y tient dans la conversation, ce qui est déjà un challenge en soi, mais je vous déconseille de l’employer dans votre prochaine partie de Scrabble pour épater la galerie, le dico fait l’impasse dessus.
En architecture, donc, l’engoulant est une sculpture de tête monstrueuse à l’extrémité d’une poutre ou d’une colonne et qui semble avaler cette dernière. On en voit quelquefois aux sablières des maisons normandes, ces grosses poutres horizontales qui encadrent les étages, ou encore à l’extrémité des entraits de charpente.
C’est le cas à l’église d’Orbec où chaque poutre se termine par une tête monstrueuse. Tout ce bestiaire fantastique taillé dans le bois fait penser aux proues des bateaux vikings, comme si une longue tradition avait perduré parmi les charpentiers de marine normands.
Il faut une bonne vue pour distinguer les détails des engoulants à quinze mètres au-dessus du sol, mais la Maison du Boulanger à Verneuil sur Avre en présente à hauteur des yeux. Le plus gros en cache un autre plus petit en dessous.
Que représentent-ils ? Au vu de la longueur des museaux, de la forme des oreilles et des dents qui s’alignent impeccables sur la mâchoire du bas, je dirais bien des loups. Brrr ! Avec cette grande langue qui paraît décidée à vous dévorer tout cru, tous les petits Chaperons Rouges de Verneuil devaient faire un détour pour éviter de passer devant la maison…


6 commentaires

  1. MAP dit :

    Loup y es-tu ? Loup que fais-tu ?

  2. LBQ dit :

    Une curiosité architecturale que l’on peut également rencontrer dans l’église d’Heudicourt (Eure) à quelques kilomètres de Gisors.

  3. Amaury dit :

    Il existe aussi beaucoup de ces "engoulants" ( la plupart peints) en Bretagne dans la partie nord-ouest, dans les enclos paroissiaux. Lors d’une visite, on m’avait expliqué que ces "engoulements" (ainsi nommés par la vieille dame qui commentait. Y a-t-il plusieurs noms ?) souvent plus proches du dragon que du loup, représentaient les croyances païennes, à qui la religion chrétienne fermait la bouche (la poutre centrale comportant la plupart du temps une représentation ou une statue du Christ).

  4. Ariane dit :

    Voilà une explication très plausible !

  5. col dit :

    Il y en a aussi au Musée de Charolles (Saône et Loire), ancien Prieuré. Une poutre magnifique en possède.

  6. Ariane dit :

    Merci Col, j’irai certainement le voir si je passe par là.

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