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Blanche Monet et Georges Clemenceau

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Cette femme qui caresse doucement l'âne sans se soucier du photographe ni du Père la Victoire, c'est Blanche Monet, l'épouse de Jean Monet, fils de Claude.

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La chambre de Blanche

Chambre de Blanche Hoschedé Monet, Giverny A l’étage de la maison de Monet à Giverny, une chambre vient d’être ouverte cette année. En plus de celles de Claude et d’Alice, que l’on traverse, le public peut embrasser du regard le petit univers intime de Blanche Hoschedé-Monet, la belle-fille de Monet la plus proche du peintre.
C’est un très joli travail de restitution qui a été fait à partir des éléments de mobilier déjà présents dans la maison. Le lit, le chevet et la commode sont ceux de Blanche, et des objets de décoration chinés avec soin reconstituent l’ambiance qui pouvait être celle de la chambre au début du 20e siècle.
Blanche était peintre. L’une de ses plus belles oeuvres, une Meule, effet de neige peinte à l’époque où Monet exécutait les siennes, est accrochée au mur. C’est un don de la famille Durand-Ruel fait à l’ouverture de la Fondation Monet. Ce tableau était il y a quelques années présenté dans la chambre de Monet.
D’autres oeuvres authentiques ornent les murs : face au lit, un très beau Manzana-Pissarro représentant une femme et son enfant, et dans un cadre ovale, le portrait d’un enfant signé Henri-Frédéric Schopin, qui comme vous le savez est un peintre.
La petite nature morte à droite de la cheminée est une copie d’une toile de Blanche qu’on peut voir au musée des impressionnismes de Giverny. De nombreuses photos de Blanche complètent l’ensemble.
Avec son pot de fleur sur l’appui de la fenêtre, la chambre a l’air habitée. Cette restitution est un bel hommage à l’ange bleu. De là où elle est, maintenant qu’elle est vraiment devenue un ange, je suis sûre qu’elle en est très heureuse. Il y a comme une joie qui flotte dans cette pièce, cela ne peut être qu’elle venue voleter par là, et qui se réjouit.

Meules en hiver

Meules en hiverAvec beaucoup d’à-propos, le musée de Vernon a choisi ces « Meules en hiver » de Blanche Hoschedé – Monet pour illustrer sa carte de voeux.
La toile vient d’entrer en 2009 dans les collections du musée. La vue est prise à Giverny, où Blanche a peint plusieurs fois le motif rendu célèbre par son beau-père. Une autre de ses meules, magnifique, est exposée dans la chambre de Claude Monet à Giverny.
Comme toujours la photo est loin d’avoir la luminosité de l’original, où, par contraste avec les tons terreux des meules de blé, Blanche exprime toute la maîtrise de son art dans la vibration du ciel et du sol enneigé.

Cette belle oeuvre est l’un des fleurons de l’exposition qui débutera le 15 janvier 2010 au musée de Vernon, et qui présente les acquisitions rendues possible grâce à l’association des Amis du musée (jusqu’au 28 février).
En parallèle, une exposition de photos de Jean Calan, « Sources », promet de belles images ((jusqu’au 28 février aussi).
Et le 29 janvier, une troisième expo s’ouvrira, « Contre vents et marées ou l’histoire des souffleries du LRBA ». (jusqu’au 14 mars).
Tout cela permettra de patienter jusqu’au printemps. Le musée de Vernon participe au Festival Normandie Impressionniste avec une expo sur le thème de « La Seine au fil des peintres, de Boudin à Vallotton », du 9 avril au 25 juillet.
En fin de saison, on reverra des photos anciennes grâce à « Une campagne photographique dans l’Eure au temps de l’impressionnisme, échos contemporains avec Georges Rousse ». (du 7 août au 7 novembre 2010). Voilà beaucoup de bonnes raisons de venir et revenir dans ce merveilleux petit musée de Vernon !

Portrait de jeunesse de Blanche Hoschedé

Portrait de jeunesse de Blanche Hoschedé, par Claude Monet, 1880Avec son visage rond, son doux sourire, on dirait un peu un Renoir. Cette fillette à l’air pensif, c’est Blanche Hoschedé. Elle est la deuxième fille d’Alice Hoschedé, qui va devenir la deuxième femme de Claude Monet.
Le portrait aurait été peint à l’époque où les Monet et les Hoschedé vivaient ensemble à Vétheuil, mais il n’est pas daté.
S’il faut en croire sa soeur Germaine, Blanche Hoschedé a quatorze ou quinze ans quand elle pose pour son futur beau-père Claude Monet. ll me semble qu’elle en paraît moins. Peu importe.
Toute la bonté de Blanche se révèle dans ce regard. Monet lui a fait un visage de vierge Marie, avec cet air de voir à l’intérieur, de savoir d’avance ce qui va se passer, et d’accepter.
L’oeil s’arrête un instant aux détails du portrait, à ce chapeau vif qui ne l’embellit guère, aux couleurs layette de la robe, au quadrillage qui matérialise l’arrière-plan. Mais il n’en finit pas d’interroger l’expression du visage de Blanche.
Ce portrait est resté dans la collection personnelle de Blanche jusqu’à sa mort en 1947. Elle l’a légué à l’Etat, qui l’a placé en dépôt au musée des Beaux-Arts de Rouen, une ville où Blanche Hoschedé Monet a vécu plusieurs années et où elle a acquis une certaine notoriété en tant que peintre.

Suzanne et Blanche Hoschedé

Dans le marais de Giverny, Suzanne lisant et Blanche peignant, par Claude Monet, 1887, Los Angeles County Museum of ArtBlanche Hoschedé a 22 ans quand son beau-père Claude Monet la représente occupée à peindre à ses côtés dans les marais de Giverny. (Dans le marais de Giverny, Suzanne lisant et Blanche peignant, par Claude Monet, 1887, Los Angeles County Museum of Art)
Des quatre filles d’Alice, Blanche est la seule qui s’adonne, avec talent d’ailleurs, à la peinture. En cette fin de 19e siècle, c’est un passe-temps bien vu pour les jeunes filles de bonne famille, qui sont encouragées à dessiner et faire de l’aquarelle tout autant qu’à jouer du piano ou chanter.
Blanche préfère l’huile sur toile, comme Monet. Elle voue une admiration sans borne au peintre qu’elle accompagne fréquemment sur le motif. On retrouve dans l’oeuvre de Blanche de nombreuses toiles représentant les mêmes sujets que Monet, peints sans doute les mêmes jours. Quelquefois, la similitude de facture est frappante, au point que même des spécialistes de Monet épiloguent sur la paternité des oeuvres non signées.
C’est l’été : jupe blanche et corsage bleu, un petit chapeau de paille sur la tête, la silhouette claire de Blanche tranche sur le fond de verdure. L’arrière-plan est traité en bandes parallèles horizontales, vert de l’herbe dans laquelle Suzanne est assise, beige-rosé des roseaux, vert acide des buissons, feuillage des peupliers masquant à demi le ciel. Les troncs des arbres recoupent ces bandes horizontales en minces lignes presque verticales.
A l’intérieur du rectangle de la toile, les silhouettes des deux soeurs créent un autre rectangle, plus petit. Il attire l’oeil vers le centre de l’oeuvre, vers le chevalet sur lequel est posé le tableau que Blanche est en train de peindre.
Nous ne le voyons pas, pas plus que nous ne voyons ce que Blanche regarde sur la gauche de la toile de Monet, hors champ. Nous ne croisons pas non plus le regard de Suzanne plongée dans son livre. Les trois protagonistes sont absorbés par leur tâche ou feignent de l’être, donnant l’image d’un après-midi de calme loisir. Mais les deux jeunes filles savent qu’elles posent, et que leur rôle de modèle est peut-être le plus important de tous.

Les pinceaux de Monet

Monet peignant sans son atelierC’est un bruit recueilli par Benoît Cottereau, auteur des « Coquelicots de la Libération ».
Dans ce livre consacré aux combats pour la Libération de Giverny en août 1944, l’historien rapporte une rumeur à laquelle il semble ajouter une certaine foi : Blanche Hoschedé-Monet, la belle-fille de Claude Monet, « aurait fait cadeau de quelques pinceaux du Maître aux officiers anglais libérateurs de Giverny.« 
Même si les preuves manquent, je ne suis pas loin de penser que c’est vrai. C’est tellement dans la manière de Blanche.
En 1944, Blanche habite toujours la maison de Monet, décédé depuis 1926. Elle est la gardienne de sa mémoire, entretenant comme elle le peut la vaste propriété, qui a réussi à éviter l’occupation par les troupes allemandes.
Mais les biens sur lesquels Blanche veille ne lui appartiennent pas. Maison, collections et fond d’atelier sont la propriété de Michel, l’unique fils survivant de Monet.
Il semble attesté que des officiers britanniques ont logé dans la demeure après la Libération. Alors voici le beau geste de reconnaissance de la fille spirituelle de Monet. Portée par la joie de la Libération, elle donne des pinceaux, objets suprêmement symboliques mais qui n’entament pas l’héritage de Michel.

L’ange bleu

Voici le vrai visage d’un ange. Non, non, pas celui de la rêveuse Lily Butler ! Celui tout sourire de Blanche Hoschedé-Monet, au premier plan.
Elle est entourée à gauche par Monet, à droite par Clemenceau.
C’est Georges Clemenceau qui l’a élevée au titre d’ange, et même d’archange, pas moins. Le plus souvent, quand il écrit à son vieil ami Monet, il termine par un mot gentil pour Blanche en l’appelant l’ange bleu. Car « faut-il qu’elle en ait du bleu dans l’âme pour compenser le bitume de Claude Monet » ! Une petite raillerie affectueuse comme sa correspondance avec le peintre en est pleine. Impossible de ne pas rire aux éclats devant sa verve. Impossible, en lisant ses lettres, de ne pas aimer ce grand homme si plein d’amicale sollicitude.
Donc Blanche est un ange. Parce qu’elle est toute entière dévouée à Monet, dont elle s’occupe avec abnégation pendant les dernières années de sa vie. Sa dévotion au peintre dure depuis toujours. Elle a fait sa connaissance quand elle était petite, quand Monet est venu peindre dans le château de ses parents Ernest et Alice Hoschedé à Montgeron, ou peut-être même avant, au parc Monceau à Paris.
Et puis Ernest a fait faillite, Alice l’a quitté pour Monet, les six enfants ont suivi leur mère.
Dotée d’un joli talent de peintre, Blanche se lance aux côtés de Monet, qui l’encourage à peindre mais ne lui donne pas de leçons. Elle est la seule dont il tolère la compagnie quand il travaille.
On ne sait s’il faut plaindre Blanche ou l’envier. Elle est de ces femmes qui vivent toute leur vie dans l’ombre des hommes, situation banale à la fin du 19e siècle. Ce qui donne envie de la plaindre, c’est son histoire d’amour contrariée avec le peintre américain John Leslie Breck. Breck, qui séjourne plusieurs années de suite à Giverny, est ami des Monet. Jusqu’à ce qu’il tombe amoureux de Blanche. Beau-papa Monet en est bouleversé et furieux. Il oblige les jeunes gens à rompre. L’idée que sa chère Blanche pourrait partir aux Etats-Unis lui est insupportable. Face à cette tyrannie, Blanche plie. A la place de Breck, elle va épouser son presque frère, Jean Monet, le fils du peintre avec Camille Doncieux. Par ce mariage, elle devient doublement la belle-fille de Monet.
Mais on est tenté aussi d’envier Blanche. Rares sont les personnes qui ont été aussi proches du père de l’impressionnisme. Elle semble en communion avec lui. « Elle aimait tout ce qu’il aimait », dira d’elle son frère Jean-Pierre Hoschedé. Même la salade couverte de poivre. Même peindre en plein air quand il gèle. La compagnie quotidienne de Monet lui a sans doute permis de donner le meilleur d’elle-même en peinture. La Meule à Giverny, effet de neige conservée dans la chambre de Monet à Giverny témoigne tout à la fois de son talent personnel et de son inaltérable amour filial.


Cher lecteur, ces textes et ces photos ne sont pas libres de droits.
Merci de respecter mon travail en ne les copiant pas sans mon accord.
Ariane.

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