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Un Monet à 81 millions de dollars

Et même un peu plus : 81,447 millions de dollars, soit 75, 8 millions d'euros. C'est un nouveau record pour le peintre de Giverny, juste au-dessus du précédent. "Bassin aux Nymphéas" avait trouvé preneur à 80,4 millions de dollars en 2008 à Londres.

Claude Monet, Meule, 1891 Collection particulière

Le tableau de Monet le plus cher du monde, c'est celui-ci. Baptisé sobrement "Meule" il mesure

(suite…)

Les Patineurs à Giverny

Claude Monet, Les Patineurs à Giverny, W1619, Huile sur toile, 60 x 80 cm, 1899-1900, Collection privée
Claude Monet, Les Patineurs à Giverny, W1619, Huile sur toile, 60 x 80 cm, 1899-1900, Collection privée. Vendu par Sotheby’s en 2010 pour 1,172 million de dollars.

Quand l’hiver était très froid à Giverny, les eaux immobiles du marais communal ne tardaient pas à geler. Les troupeaux de vaches se voyaient remplacés par des jeunes gens plutôt aisés, heureux de s’élancer sur des patins à glace.
C’était le cas des enfants Hoschedé-Monet, jeunes de bonne famille assez oisifs, à la recherche de divertissement, habitués du canotage et du tennis.
Dans l’usage du marais, ce sont deux milieux sociaux qui s’opposent, les insouciants d’un côté, les laborieux de l’autre. Le paysan qui loue le marais à la mairie pour y mener son bétail ne tarde pas à venir réclamer un droit de glisse aux jeunes Hoschedé-Monet qui s’insurgent mais finissent par s’exécuter afin de pouvoir continuer à patiner.
Pour eux, le marais gelé était attirant, et même glamour. C’est là que Suzanne, l’une des filles d’Alice, a noué une douce romance avec celui qui allait devenir son époux, le peintre Theodore Butler.
A cette nouvelle, de Rouen où il est parti peindre ses Cathédrales, Monet vitupère. Il savait bien que ces leçons de patinage allaient mal tourner. Heureusement, en bon chef de famille, il va faire prendre des renseignements sur la famille de l’élu, et le mariage pourra se faire.
L’affaire est déjà vieille de plusieurs années quand à l’hiver 1899-1900 le peintre s’installe sur le bord du marais gelé pour peindre cette atmosphère orange et bleue presque irréelle. Et Suzanne, déjà, n’est plus. Elle s’est éteinte en février 1899. Il y a fort à parier que pour Monet, son ombre glisse entre les patineurs.

Etretat

w817 Claude Monet, Etretat, soleil couchant, 1883 Claude Monet, Etretat, soleil couchant, 1883

A en croire sa production de tableaux, Claude Monet a fait au moins sept séjours dans la petite station balnéaire normande d’Etretat, célèbre pour ses spectaculaires arches de pierres qui plongent dans la mer.
Dès 1864, le jeune Monet peint la Porte et la falaise d’Aval. Il récidive en 1868 avec une « Grosse mer à Etretat », puis revient en 1873.
Enfin, en janvier 1883, Monet se lance dans une campagne de peinture de trois semaines. Il peint dix-neuf toiles. Il sent qu’il n’a pas épuisé le sujet. L’hiver 1885-86, il passe trois mois à Etretat et y exécute la bagatelle de quarante-neuf tableaux, portant à soixante-quinze le nombre total de toiles d’Etretat.
Ce sont les oeuvres faites à la faveur d’un séjour prolongé qui offrent les points de vue les plus originaux.
Selon le mot de Monet, on ne s’imprègne pas d’un paysage en un jour. Le décor est si naturellement pittoresque à Etretat qu’on se contente volontiers du plan le plus banal, saisi sur la plage devant le bourg. Il faut du temps pour rechercher l’originalité, crapahuter de haut en bas des falaises, jouer avec les marées, s’imprégner des possibilités changeantes du lieu.
Bon marcheur, Monet n’a pas hésité à aller assez loin pour trouver des angles intéressants. Le peintre intrépide a choisi parfois des espaces dégagés quelques heures seulement à marée basse, ce qui n’a pas été sans risque.
Etretat, l'aiguille et la porte d'aval, coucher de soleil Monet aimait le bord de mer en hiver. Pour retrouver ses lumières, c’est le moment d’aller à Etretat. L’automne offre des couchers de soleil dès 5 heures du soir, et, dans la petite station qui somnole au crépuscule de la saison, on trouve à nouveau de la place pour se garer.
Si vous aimez la photo vous cadrerez en vous posant les mêmes questions que les peintres, plus large ou plus serré ? plus à gauche ou plus à droite ? d’ici ou de là ?, en jouant des éclairages et des perspectives. Mais prudence près des falaises, attention à la mer, aux chutes de roches, et au vent.

Etretat, l’Aiguille et la Porte d’Aval, coucher de soleil

Sourire

Photo AFPÇa s’est passé hier à Zurich. Deux des tableaux volés la semaine dernière ont été retrouvés : le van Gogh et le Monet.
Il manque encore le Cézanne et le Degas, mais tout de même, quelle joie de récupérer ces deux-là.
Regardez le sourire radieux du porte-parole de la police de Zurich, M. Cortesi, pendant la conférence de presse. Il y a des jours qui comptent dans la vie d’un représentant des forces de l’ordre.
Et derrière lui, les deux oeuvres magiques aux formats identiques se répondent, le gros plan et le paysage.
Il se chuchote qu’ils ne seraient réapparus que contre compensation… Si c’est vrai, le secret est bien gardé dans un coffre suisse. C’est peut-être mieux de ne pas savoir.
Souhaitons un prochain épilogue aussi heureux pour les deux autres tableaux.

Vol de tableau

Coquelicots près de Vétheuil, Claude MonetLa fondation Bührle l’appelle les Coquelicots près de Vétheuil. Ce tableau de Claude Monet a été volé dimanche.
J’avais déjà parlé de Champ de Coquelicots près de Vétheuil, et la nouvelle de sa disparition me choque et me peine.

Il y avait paraît-il quinze personnes encore présentes dans les salles du musée au moment où les gangsters ont fait irruption avec leurs visages masqués et leurs armes braquées. Cela a dû être un moment épouvantable à vivre. Un cauchemar éveillé.
Prenons-nous des risques à visiter les musées, comme nous en prenons tous les jours sans y penser en allant à la banque ou à la station service ? Toute l’année j’ai répété aux visiteurs qui regrettaient de ne voir que des reproductions chez Monet que cela valait mieux pour notre sécurité à tous. Pour le grand banditisme, nos vies ne valent pas cher face à une concentration de chefs d’oeuvre.

Si je suis peinée, c’est que voici une oeuvre soustraite à l’admiration du public. Elle vient de basculer de l’autre côté du miroir, seules quelques personnes peuvent la voir. Les toiles de maître dont la cote grimpe trop haut attisent les convoitises. Que va devenir celle-ci ? Les voleurs sauront-ils en prendre soin ? La reverra-t-on ? Finira-t-elle par être relâchée moyennant rançon, à la façon d’un otage ?
En attendant et jusqu’à nouvel ordre, le musée zurichois est fermé. Le site de la fondation Bührle reste néanmoins ouvert, avec sa visite virtuelle des salles.
Je me suis promenée de pièce en pièce à la recherche des Coquelicots de Monet. La toile se trouvait dans le salon de musique de cette villa du 19ème siècle, avec à ses côtés les trois autres oeuvres volées.
Ce n’est pas très étonnant que les voleurs se soient servis dans la même pièce. Mais voir « revivre » ces oeuvres dans leur accrochage d’avant le vol a quelque chose d’émouvant et navrant. Le panoramique permet de faire le tour de la salle, photographiée alors qu’elle était intacte. On voit le Monet, le Degas, le van Gogh, le Cézanne, tous côte à côte ou presque dans cette petite pièce.
On admire, on déplore, et tout à coup une pensée insidieuse, odieuse, fait surface. Les braqueurs ont-ils surfé sur ces mêmes images pour préparer leur coup ? Cette affaire relancera-t-elle le débat autour de l’opportunité de proposer des visites virtuelles ?

Oeuvre de titan

Bassin aux nymphéas avec iris, Claude Monet, Zurich Voici la partie gauche de Bassin aux nymphéas avec iris de Claude Monet, un tableau monumental de 6 mètres de large par 2 mètres de haut qui se trouve à la Kunsthaus de Zurich, en Suisse.
Un immense Monet de deux mètres de haut, cela rappelle ceux de l’Orangerie, et pour cause. Non content de couvrir 182 mètres carrés de toile pour décorer les cimaises du musée parisien, Monet a peint beaucoup plus de panneaux qu’il n’en fallait.
Il voulait pouvoir choisir ceux qui s’intégreraient le mieux à la composition d’ensemble. Ce n’était pas une mince affaire, c’était une donation faite à la France, son testament pictural !
Monet se met à cette oeuvre de titan à 76 ans, quand il fait construire un atelier adapté à des toiles de grandes dimensions. Il sait que c’est « au-delà de ses forces de vieillard ». Il souffre de la cataracte, il voit de plus en plus flou, des couleurs faussées.
Et pourtant il s’acharne à peindre. Debout face à la toile, il lutte. Il sent la mort qui approche, mais tant qu’il peint, il vit. Une joie l’anime, la joie de créer.

Dans sa fièvre de travail Monet a produit 77 mètres linéaires de tableaux supplémentaires, soit 154 mètres carrés « de trop ».
Ces oeuvres écartées sont bien sûr de la même qualité que les Nymphéas de l’Orangerie. Leurs dimensions hors normes leur ont valu d’être acquises davantage par les musées que par les particuliers.
Alors qu’un Monet sur deux est en collection privée, on peut admirer preque tous ces Bassins en collections publiques à New-York (24,75 mètres linéaires de Grandes Décorations de Monet), à Zürich (10,25m), à Bâle (9m), à Pittsburgh (6m), à Cleveland, Ohio, à Saint-Louis, Missouri, à Kansas City, Missouri et à Londres (chacun 4,25m). Sans oublier les 91 mètres de l’Orangerie à Paris.

Bain de mer

Pourville près Dieppe, Claude Monet, 1882, collection particulière. Aujourd’hui, en l’honneur de l’été, allons au bord de la mer. Ce n’est pas très loin, Giverny est à seulement une heure trente du littoral de la Manche.
En partant de la vallée de la Seine, il faut choisir si l’on ira au sud-ouest de l’estuaire ou au nord-est, ou si vous préférez à gauche ou à droite de l’embouchure. La différence de paysage est assez marquée : au nord-est, c’est la Seine-Maritime, avec ses belles falaises d’Etretat, de Varengeville, de Dieppe, célébrées par Monet. Au sud-ouest, dans le Calvados, les plages de sable ont favorisé l’émergence de stations balnéaires, avant d’entrer dans l’Histoire comme plages du Débarquement.
Ici aussi, Monet a peint, mais surtout au début de sa carrière, à Honfleur et à Trouville. Avec ses parents, il habitait le Havre, de l’autre côté de l’estuaire.

Le tableau ci-dessus date de l’hiver 1882. Monet est parti pour une longue campagne de peinture à Dieppe, puis à Pourville, cinq kilomètres plus à l’ouest, où il reste deux mois. Les vagues déferlent le long de la côte. Le soleil couchant teinte la plage de Pourville de rose, mêlé au bleu du ciel qui se reflète sur le sable mouillé.

Combien de tableaux Monet a-t-il peints ?

Pommiers en fleurs, Giverny, 81x100 cm, par Claude Monet, 1901 Collection particulièreDans son catalogue raisonné de l’oeuvre de Monet, Daniel Wildenstein a recensé environ 2000 tableaux, tous des huiles sur toile : le dernier porte le numéro 1981, mais les Grandes Décorations de l’Orangerie, ces panneaux immenses, hors normes, ne sont pas comptés dans la numérotation.
Le catalogue ne tient pas compte des dessins, pastels, esquisses, rarement signés, et dont beaucoup ont par conséquent été perdus.
Sur ces 2000 toiles, Giverny s’impose comme le sujet de prédilection de Claude Monet. Rien de plus naturel au regard des 43 ans qu’il y a passés, la moitié de sa vie.
Claude Monet a peint son jardin d’eau 272 fois, son jardin fleuri 52 fois, soit un total de 324 vues prises dans son jardin.
Peintre du plein air, Monet n’a représenté sa maison que de l’extérieur, en arrière-plan du jardin fleuri, mais jamais en scène d’intérieur comme il l’avait fait ailleurs au début de sa carrière.
Le peintre est aussi allé peindre aux alentours de chez lui, ce qui s’est concrétisé par 238 vues de Giverny, coquelicots, bords de l’Epte, meules, marais, peupliers, prairies, routes, vergers, Seine, etc. Le village en lui-même paraît comparativement sous représenté, seulement 16 fois.
Avec 4 occurences, l’église n’a guère inspiré Monet, contrairement à celles de Vétheuil, de Vernon ou à la cathédrale de Rouen.

Champ d’avoine

Champ d'avoine, Claude Monet, 1890, collection particulièreIl fut un temps où les Monet ne s’adjugeaient pas sous le marteau des commissaires – priseurs après d’haletantes ventes aux enchères, mais où ils s’offraient tout bonnement à la convoitise des collectionneurs.
Imaginez par exemple que vous vivez en 1891 à Boston, vous êtes amateur d’art, vous vous appelez Desmond Fitzgerald, et voilà que le 7 avril vous découvrez ce Monet-ci à la galerie J. Eastman Chase.
Je peux vous dire ce qui vous arrive : votre coeur s’emballe, et vous ne rêvez que d’une chose, c’est que votre cousin se porte acquéreur du tableau.
Pourquoi ? Je ne lis pas dans vos pensées à ce point là. Votre cousin John Nicholas Brown vous a peut-être demandé de le conseiller pour se constituer une collection ? Ou est-il plus fortuné que vous ? En tout cas, après avoir beaucoup admiré le Champ d’avoine, vous foncez au bureau des télégrammes et vous cablez ce mot enthousiaste à votre cousin qui habite Providence :

Le plus magnifique Monet vient d’arriver. Vous et votre mère l’admirerez. Il m’est réservé jusqu’à demain midi. Quinze cents $. Je vous supplie de dire oui, vous ne le regretterez jamais. Répondez oui ou non ce soir si possible.

Vous êtes sur des charbons ardents tout le reste de la journée. Enfin, à 8 heures du soir, vous retournez à la Western Union Telegraph Company juste à l’instant où le bureau va fermer, et, quel bonheur, le télégramme d’acceptation de votre cousin arrive à cet instant.
Ensuite, vous rentrez chez vous et, après dîner, vous reprenez la plume pour être un peu plus précis. Il s’agit de rassurer votre correspondant qui achète sans avoir vu.

Le tableau pourrait être vendu, si tu décides de ne pas le garder, mais il est d’une beauté surprenante et de la meilleure qualité – signé et daté 1890. Il a la même taille (N.D.L.R. : 50×76 cm) que ma Scène d’automne dans la bibliothèque – un peu plus grand que le tableau d’Antibes que tu as vu chez moi. Il est (…) arrivé de Paris cet après-midi. Nous ne sommes que quelques-uns à l’avoir vu.(…) C’est le tableau de Monet le plus complet que j’ai jamais vu, un chef d’oeuvre. C’est un champ de blé et de coquelicots avec quelques arbres, semblable à celui que toi et H aimiez mais bien bien meilleur à tous égards. Tu ferais bien de descendre pour le voir tout de suite. Mais il est impossible de te donner une idée de sa finesse et de sa beauté. C’est un jour chaud et vaporeux de plein été.

Et pour mieux vous faire comprendre vous griffonnez un petit dessin de la composition du tableau. Enfin, après avoir signé, vous rajoutez encore ce post-scriptum :

C’est une belle composition autant qu’une belle image. C’est le meilleur que j’ai jamais vu. Il vaudra plus de 10.000 dollars un jour.

Vous avez le goût sûr : votre cousin n’est pas déçu de son acquisition. Il l’aime tellement qu’il garde le tableau toute sa vie, et ses héritiers, tout aussi séduits, ne s’en séparent pas davantage.

On possède quelques détails sur la création de cette oeuvre. Daniel Wildenstein a déterminé qu’elle a été peinte « sur le plateau au nord du val de Giverny, à l’orée des bois de la Réserve et du Gros-Chêne, en regardant ver l’est. » Elle fait partie d’une mini série de quatre toiles peintes au même endroit pendant l’été 1890, quand, après une longue période de mauvais temps, Monet retrouve enfin la possibilité de travailler sur le motif, en plein air. Quant à savoir s’il s’agit d’avoine ou de blé, il faut un oeil d’expert pour faire la différence !

Les Nymphéas de l’Orangerie

Les Grandes Décorations de Monet, Musée de l'Orangerie
Plus grand, toujours plus grand : parvenu à la maturité de son art, à l’heure ou d’autres prennent leur retraite, Monet ose une oeuvre démesurée. Le projet n’est pas né de la veille. Dès 1897, à 57 ans, il envisage de créer une décoration de salon sur le thème des Nymphéas. Le critique Roger Marx rapporte ainsi ce que lui aurait dit Monet :

« Un moment, la tentation m’est venue d’employer à la décoration d’un salon ce thème des nymphéas : transporté le long des murs, enveloppant toutes les parois de son unité, il aurait procuré l’illusion d’un tout sans fin, d’une onde sans horizon et sans rivage ; les nerfs surmenés par le travail se seraient détendus là, selon l’exemple reposant de ces eaux stagnantes, et, à qui l’eût habitée, cette pièce aurait offert l’asile d’une méditation paisible au centre d’un aquarium fleuri. »

On voit que le stress préoccupait déjà beaucoup les contemporains de Monet ! Le projet reste en suspens quelques années encore. C’est surtout pendant la guerre de 1914-1918 que Monet, septuagénaire, se lance dans la création de ses grands panneaux.
Les Grandes Décorations installées depuis 1926 au musée de l’Orangerie s’étendent sur 91 mètres de long, par deux mètres de haut. Sachant qu’on a relevé 15 000 coups de pinceaux dans un tableau de pont japonais d’un mètre de côté, calculez l’acharnement nécessaire à parvenir au bout de cette oeuvre testamentaire…
« C’est au-delà de mes forces de vieillard », se plaint Monet. Et pourtant il peint, debout, dans l’atelier géant qu’il a fait construire tout exprès à Giverny. Il ne sait pas encore ce que vont devenir ses toiles : son ami Georges Clemenceau, président du Conseil, va le convaincre en 1918 d’en faire don à l’Etat.
Il peint, mais il y voit de moins en moins. Presque aveugle, la vision des couleurs affectée par la cataracte, il peint toujours, au risque de gâcher irrémédiablement des années d’effort. Ce n’est qu’en 1923 qu’il finit par se laisser convaincre par Clemenceau et subit une opération de l’oeil. Il met près d’un an à retrouver une vue satisfaisante.
Devant les panneaux qui s’étendent tout autour des deux salles ovales du musée de l’Orangerie, l’énigme de leur création par un vieil homme à la vision diminuée ne trouve pas de réponse. Mais si le visiteur se laisse hypnotiser par leur profondeur secrète, happer par la dissolution des formes, enchanter par cet hymne à la beauté du monde, il peut y approcher l’expérience voulue par Monet de ne faire qu’un avec un tout sans fin.

L’église de Vernon par Monet

Eglise de Vernon, brouillard, par Claude Monet, 1894 Le paysage n’a presque pas changé depuis que Monet l’a peint en 1894 : à Vernon, l’église gothique plonge toujours son reflet dans les eaux de la Seine, à l’arrière-plan de quais paisibles qui s’évanouissent dans la brume.
Avec ce motif quotidiennement sous les yeux, j’ai une tendresse particulière pour une petite série de Monet qui le représente. Elle est loin d’être aussi célèbre que les cathédrales de Rouen, les Meules ou les Peupliers. Il s’agit des vues de l’ église de Vernon prises depuis la rive droite de la Seine.
Monet explore des dégradés de couleurs, des touches fondues qui évoquent le brouillard ou le plein soleil, la composition en bandes horizontales autour d’un axe de symétrie qui coupe le tableau en deux…
A comparer avec une photo de l’église de Vernon vue du même endroit aujourd’hui.

Monet et la pollution de Londres

Le Parlement, trouée de soleil dans le brouillard, Claude MONET 1900-1901 Musée d'Orsay, Paris Des scientifiques anglais se penchent sur les tableaux de Londres par Monet pour y chercher des indications sur… la pollution de la capitale britannique au siècle dernier !
En étudiant la façon dont il a rendu la dispersion de la lumière, ces chercheurs en Géographie, Sciences de la Terre et de l’Environnement de l’université de Birmingham espèrent trouver des informations sur les particules qui composaient le fog, l’épais brouillard londonien qui plaisait tant à Monet. Le phénomène a atteint son apogée dans les années 1880 puis a progressivement diminué.
Monet peignait exactement ce qu’il voyait, et entretenait une correspondance quotidienne avec sa femme dans laquelle il était beaucoup question du temps qu’il faisait. Les chercheurs disposent donc d’indications précises sur lesquelles s’appuyer. Car on ne sait pas grand chose sur les causes réelles de ces brumes tenaces qui privaient les habitants de Londres de soleil pendant tout l’hiver.
Monet a fait trois séjours à Londres, en 1899, 1900 et 1901, au cours desquels il a exécuté plusieurs séries de vues de la Tamise, représentant une centaine de toiles.
Celle-ci, intitulée Le Parlement, trouée de soleil dans le brouillard, (1900-1901) se trouve au Musée d’Orsay à Paris.

Portrait d’Ernest Cabadé par Monet

Portrait d'Ernest Cabadé par Claude MonetPour ce centième billet, voici le centième tableau de Monet, Portrait d’Ernest Cabadé. Un portrait sobre et même sévère d’un homme encore jeune. Cabadé deviendra un médecin fameux qui publiera de nombreux ouvrages scientifiques.
On ignore quel était le degré d’intimité qui unissait Claude Monet et Ernest Cabadé. Monet le nomme son ami dans la dédicace du portrait qu’il lui offre « à mon ami Cabadé / Claude Monet / 1867 ».
Cette année-là, Monet a bigrement besoin de cet étudiant en médecine : Camille attend un enfant, et le couple n’a pas un sou pour payer un médecin ou une sage-femme. Le 8 août 1867 à 6 heures du soir, Cabadé accouche Camille d’un « gros et beau garçon », en l’absence de Monet qui se trouve dans sa famille au Havre.
La naissance de Jean Armand Claude a lieu au rez-de-chaussée du 8 impasse Saint-Louis dans le quartier des Batignolles à Paris 17e. Jean porte le nom de son père, qui le légitimera ultérieurement en se mariant avec Camille.
Malgré l’hostilité de son propre père concernant sa vie maritale avec Camille, Claude se garde bien de suivre les conseils paternels d’abandonner l’enfant et sa mère. Au contraire, il se sent envahi d’affection pour ce petit bout de chou. Le tableau 101 représente le bébé dans son berceau.

Champ de coquelicots près de Vétheuil

<em>Champ de coquelicots près de Vétheuil</em>, Claude Monet, 1879, Fondation Collection E.G. Bührle, Zurich » />Quatre personnages enfoncés jusqu’à mi-corps dans une mer de coquelicots. Ce devait être le début de l’été 1879, quand les familles Monet et Hoschedé habitaient ensemble à Vétheuil. <br />
 Claude Monet a sans doute lancé à la cantonnade : »Qui vient faire un tour de bateau jusqu’à Lavacourt ? Il y a un champ de coquelicots en fleurs que je voudrais peindre. » <br />
 Une des deux jeunes femmes – est-ce Camille ? est-ce Alice ? – a embarqué avec lui, en compagnie de trois des huit enfants. Ils ont traversé la Seine. Le ciel était chargé de nuages, il faisait peut-être un peu lourd. <br />Longtemps, ils ont cueilli de gros bouquets de coquelicots, qui se fâneraient bientôt, tandis que Monet les cueillait lui aussi du bout de son pinceau, pour les déposer sur la toile.<br />Monet aimait tellement la vue depuis Lavacourt qu’il est allé jusqu’à louer une petite maison pour six mois en 1901, plus de vingt ans après, afin de peindre à nouveau ce paysage. L’église de Vétheuil qui s’élève de l’autre côté du fleuve apparaît dans 60 tableaux de Monet !<br />
 Lavacourt se trouve à l’intérieur d’une boucle de la Seine. L’absence de pont en fait un bout du monde. Pourtant, quand on prend la peine de s’y rendre, on est récompensé par la magnifique vue sur Vétheuil. <br />
 Une émotion saisit le voyageur qui débouche sur la berge de la Seine. Si, dans <em>Champ de coquelicots près de Vétheuil</em>, les personnages sont immergés dans la prairie fleurie, à Lavacourt, on est dans un Monet. On a l’impression d’entrer dans le tableau, comme on peut l’avoir dans <a href=les jardins de Monet à Giverny.

Femme à l’ombrelle

Femme à l'ombrelle, Mme Monet et son fils, Claude Monet, 1875. National Gallery of Art, Washington Dans les jardins de Giverny, un jour de grand soleil. Au fil des allées, on aperçoit quelques parapluies ouverts. Un petit coup d'oeil : c'est toujours une dame japonaise qui se protège ainsi des ardeurs du soleil. Ce geste ne lui paraît pas, comme à nous, vaguement ridicule, mais au contraire parfaitement adapté à la situation.
Les Japonaises n'ont pas perdu comme nous l'habitude féminine de l'ombrelle. Camille apparaît plus gracieuse que jamais quand Monet la peint en 1875 avec cet accessoire si prisé alors.
Le visage très doux, esquissé de quelques coups de pinceaux, se devine derrière un léger voile qui flotte au vent, tandis que la silhouette de Camille se détache à contre-jour dans une atmosphère bleutée.
Sa femme, son fils, une journée de beau temps dans la nature : Monet semble avoir résumé tout son bonheur d'Argenteuil, mis en valeur par le cadrage en contre-plongée.

Peindre une vache

Cour de ferme en NormandieBien que Normand, Monet a peint très peu de vaches. Celle-ci est un détail du tableau « Cour de ferme en Normandie » exécuté à ses tout débuts, en 1862 ou 63. Il porte le numéro 16 du catalogue raisonné.
La vache est pourtant un des thèmes favoris d’Eugène Boudin, le premier « maître » de Monet. Le musée Malraux du Havre a la chance de posséder le fond d’atelier de Boudin. En plus d’innombrables marines et ciels admirables, des dizaines d’études de vaches sont accrochées côte à côte en haut de l’escalier de la mezzanine, une vision réellement saisissante.
Monet a bien essayé de faire comme Boudin. Mais sa désaffection pour un des emblèmes régionaux provient d’un défaut majeur du modèle : il bouge. Avec beaucoup d’humour, Monet a raconté l’anecdote suivante au journaliste du Temps :

« Un bel après-midi, je travaillais aux environs du Havre dans une ferme. Une vache pâturait dans un pré : l’idée me vint de dessiner la bonne bête. Mais la bonne bête était capricieuse, et, à chaque instant, se déplaçait. Mon chevalet d’une main, ma sellette de l’autre, je la suivais pour retrouver tant bien que mal mon point de vue. Mon manège devait être fort drôle car un grand éclat de rire derrière moi retentit. Je me retourne et je vois un colosse qui pouffe. Mais le colosse était un bon diable. « Attendez, me dit-il, que je vous aide ». Et le colosse, à grandes enjambées, rejoint la vache et, l’empoignant par les cornes, veut la contraindre à poser. La vache, qui n’en avait pas l’habitude, se rebiffe. C’est à mon tour, cette fois, d’éclater. Le colosse, tout déconfit, lâche la bête et vient faire la causette avec moi. »

Rencontre fructueuse, puique ce ‘colosse’, un Anglais, va lui faire faire la connaissance du peintre Jongkind, son « vrai maître ».


Champ de coquelicots, environs de Giverny

Champ de coquelicots, environs de GivernyAu détour d’une balade dans les collines de Giverny, voilà qu’on tombe nez à nez avec ce vallon. A première vue, rien d’extraordinaire, mais l’oeil y a décelé un motif connu. C’est le millième tableau de Monet.
Avec ses touffes d’orties, ses bouquets d’arbres, la réalité frappe surtout par sa banalité. Qu’est-ce qui a bien pu séduire le peintre pour qu’il plante son chevalet devant ce paysage-ci en particulier ? Qu’y a-t-il vu de pittoresque ?
On peut chercher des raisons rationnelles. Il y a d’abord le dessin délicat de cette crête arrondie, la douceur accueillante de ce creux dans la colline. La scène qui s’élève devant les yeux répond à la verticalité de la toile, et propose un cadrage original d’où le ciel est presque absent. Mais quand on oublie la réalité, quand, de retour à la maison, on revient au tableau, une autre explication du choix de l’artiste saute aux yeux.
L’oeuvre s’appelle Champ de coquelicots, environs de Giverny. Quand Monet a peint ce vallon, en 1885, il était envahi de fleurs rouges. Et l’image d’une de ses toiles les plus célèbres s’impose. Camille et Jean, doublement peints dans leur promenade à travers un champ tout tacheté de coquelicots près d’Argenteuil, douze ans plus tôt.

C’est le souvenir de ce doux instant du passé qui ressurgit, me semble-t-il, quand Monet choisit de peindre ce vallon. La toile s’emplit alors de mélancolie, par l’absence de la gracieuse jeune femme.
Et par contraste avec l’image heureuse d’Argenteuil, quand l’avenir était riche de promesses, le paysage se ferme. La colline se dresse comme un mur. La mort de Camille a fait s’évanouir un certain rêve de bonheur.

Monet et le pastel

L’art du pastel est à l’honneur cette semaine à la salle des fêtes de Giverny. Des artistes pastellistes venus de France, des Etats-Unis, de Russie… se retrouvent comme chaque année pour une exposition somptueuse.
Claude Monet ne semble pas avoir dédaigné cette technique, même si le catalogue raisonné de son oeuvre ne leur fait pas une grande place. On trouve sur le net des images de pastels signés Claude Monet. Sont-ils authentiques ? Figureront-ils dans la prochaine édition du catalogue ? En tout cas ils ressemblent beaucoup à des Monet et sont bien agréables à regarder, comme celui-ci qui représente des falaises de Seine-Maritime.

Déjeuner au jardin

Aujourd’hui pour la première fois de l’année nous avons mangé dehors. Il faisait une température idéale, juste chaude comme il faut. Bientôt il faudra tirer la table à l’ombre, et en plein été on se trouvera mieux à l’intérieur de la maison.
En savourant ce premier repas au jardin, on ne peut s’empêcher de penser au tableau de Monet « Le Déjeuner » si fascinant au musée d’Orsay. Cette oisiveté d’après repas, cette nonchalance… L’oeil cherche les détails qui retranscrivent si bien l’instant. Est-ce l’ombrelle oubliée sur le banc, le chapeau accroché dans l’arbre, Camille qui passe au fond dans sa robe blanche ? Ou la belle cafetière en argent sur la table, les tasses japonaises que personne ne s’est hâté de débarasser ? Le petit Jean qui joue par terre ? Ou simplement le contraste de l’ombre et de la lumière qui revient si souvent dans les oeuvres de Monet à Argenteuil ?
Cet après-midi le soleil s’est voilé, et un orage a éclaté sur Giverny.

Cher lecteur, ces textes et ces photos ne sont pas libres de droits.
Merci de respecter mon travail en ne les copiant pas sans mon accord.
Ariane.

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