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Tigridia

Avez-vous déjà vu cette bête-là ? Qu'on le nomme oeil de paon ou lis de tigre, le tigridia est une fleur qui laisse béat. Dans le genre m'as-tu-vu, il se pose un peu là. 

Cela vaut mieux pour lui de se faire remarquer, car sa floraison ne dure qu'une journée. Et encore, pas toute une journée. A cinq heures de l'après-midi, le tigridia a déjà plié bagage. Le matin, il n'est pas encore ouvert. Pour le voir et le photographier, il faut viser la mi-journée. 

Et puis, le tigridia ne fleurit pas tout l'été non plus. Sa tige porte au mieux quatre boutons. En une semaine, l'oeil de paon a tiré toutes ses cartouches. Rien à voir avec la floraison interminable des orchidées auxquelles ses couleurs font penser. 

Les jardiniers de Giverny le cultivent pour son côté spectaculaire. Monet aimait bien que ses fleurs fassent de l'effet, et ses contemporains rapportent combien ils étaient impressionnés par son jardin. 

Si vous aussi vous ne cherchez pas à ménager votre peine pour vos massifs, ce bulbe d'été qui se décline en toute une gamme de couleurs du jaune au rouge y fera sensation. 

Ornithogale

Ornithogalum

Voici une petite fleur qui existe depuis l'Antiquité mais qui n'a pas atteint la célébrité des roses ou des tulipes : l'ornithogale. Son nom allie les racines oiseau et lait, suggérant l'idée d'un passereau tout blanc posé au bout des tiges et prêt à s'envoler. 

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Crinum

Crinum, Crinole

Voilà une fleur si imposante qu'on ne peut pas la rater. Une énorme jupe de feuilles en forme de rubans, d'où émergent ces magnifiques fleurs roses qu'on pourrait prendre pour des lis : telle est la silhouette du crinum powellii, dont le nom courant (mais pas si courant que ça ? ) est crinole. En anglais, il s'appelle Grass Lily, lis d'herbe, un nom qui me laisse perplexe.

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Tulipe acuminata

tulipe-acuminata

Comment survivre à trop d'amour, et surtout trop de convoitise ? La tulipe acuminata (c'est-à-dire pointue) est une rescapée. Elle poussait autrefois dans la nature en Turquie, mais elle y a été tant prélevée qu'elle a disparu des milieux naturels. Au 15e siècle, le sultan en cultivait déjà à grands frais dans ses jardins, où il avait sans doute plusieurs variétés toutes rouges et toutes jaunes. Seule celle-ci, bicolore et peut-être issue d'un croisement spontané, nous est parvenue, sauvée par des Anglais. Les autres n'ont pas résisté au soulèvement du peuple turc en 1730. Excédés par les dépenses horticoles démesurées du sultan, les Turcs jetèrent leur souverain en prison et détruisirent ses jardins dédiés aux tulipes. 

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Fritillaire pintade

fritillaire-pintade à GivernyCette petite fleur pousse dans la nature, mais dans l'Eure il faut sûrement beaucoup de chance pour la découvrir, dans les milieux humides. Je n'en ai jamais vu de sauvage, alors qu'elle est courante au bord de la Loire.

Elle a été plantée un peu à l'écart dans les jardins de Monet, mais elle attire l'oeil. Les visiteurs de Giverny s'arrêtent tour à tour pour la nommer dans leur langue. 

Pour les francophones, c'est en général une fritillaire pintade, comme le veut aussi son nom botanique fritillaria meleagris, qui signifie à taches de pintade.

Mais à y regarder de près, (c'est-à-dire en comparant avec les petits points blancs qui parsèment le plumage des pintades) son autre nom paraît plus exact : la fritillaire damier, ou en allemand die Schachbrettblume, c'est à dire la fleur échiquier. 

Selon la littérature botanique, ces noms existent aussi en anglais (Chess Flower  et  Guinea-hen Flower). Mais le plus perturbant est celui que m'ont cité les personnes que j'accompagnais : Snake's Head, tête de serpent. Impossible qu'un nom aussi inquiétant se loge dans la mienne… à moins de se souvenir de l'analogie avec les écailles d'un serpent. Si l'on veut.  Le plus étrange est que sa graine est très toxique. Vénéneuse, à défaut d'être venimeuse. 

Tulipe viridiflora

Tulipe viridiflora« Les tulipes, c’est bientôt fini ! Il faut se dépêcher de faire des photos ! » m’a dit le jardinier en me voyant l’appareil à la main. Il y avait un peu de regret dans sa voix. Tout ce travail, toute cette beauté, bientôt naufragée par l’avancée de la saison.
Les tulipes viridiflora seront parmi les dernières. La plupart ont muté de variétés tardives, et elles sont connues pour leur exceptionnelle résistance : jusqu’à trois semaines de floraison.
Viridiflora, en latin de jardinier, c’est à fleur verte, une caractéristique qu’on ne peut pas rater. Ce sont les Martiennes des tulipes, avec ce faux air d’extra-terrestres qui les fait remarquer.
Toutes les tulipes viridiflora sont ornées d’une belle trace de pinceau verte qui contraste avec leur couleur de base. On a l’impression qu’elles ont des sépales, ou que la tige se poursuit le long de la corolle, ou même que des feuilles se glissent autour des pétales. Alors que sur la plupart des tulipes la délimitation entre la tête et le cou est nette, avec les viridifloras on ne sait plus très bien où l’une et l’autre s’arrêtent, ce qui crée dans le regard une hésitation, une incertitude qui a son attrait. C’est joli avec du rose ou du jaune, par exemple, et super frais avec du blanc comme ici.
Je crois qu’il s’agit du cultivar Spring Green, ou si ce n’est pas le cas, d’un autre qui lui ressemble drôlement. Spring Green a l’avantage de se naturaliser et de refleurir plusieurs années de suite, dit-on.
On trouve des viridifloras dans plusieurs des grandes catégories de tulipes, les plus étonnantes étant peut-être les tulipes perroquet viridiflora.

Puschkinia

PuschkiniaIl faut presque la loupe pour voir cette petite fleur à bulbe qui s’épanouit en ce moment dans les massifs de Giverny. Elle dépasse à peine la hauteur de votre chaussure et n’a rien des couleurs flashy des jonquilles qui se pavanent non loin de là à 30 ou 40 cm d’altitude. Mais c’est justement ce qu’on aime chez le puschkinia, sa délicatesse. C’est la musique du printemps, certaines fleurs la jouent discrète comme la violette ou la pâquerette, tandis que d’autres font tout pour se faire remarquer.
Si on se penche un peu, on ne peut qu’être séduit par la fraîcheur et la douceur du puschkinia, surtout par la grâce de sa collerette de pétales striés d’une ligne bleu ciel qui s’ouvre sur un bouquet d’étamines tachées de jaune.
Son nom vient d’un chimiste russe botaniste à ses heures, Apollo Apollossovitch Moussine-Pouchkine. Le pouchkinia fleurit sur les pentes du Caucase à la fonte des neiges, ainsi qu’au Liban ou en Syrie.
Il paraît que la fleur se naturalise facilement dans les pelouses, il suffirait de l’oublier. Voilà qui donne envie d’essayer. On plante les petits bulbes à l’automne, on n’y pense plus pendant tout l’hiver et aux premières heures du printemps on fait un tour dans le jardin pour voir si les fleurs sont au rendez-vous.
Je ne sais pas si c’est le mode de culture adopté par les jardiniers de Giverny. Les massifs sont tellement travaillés qu’il est possible que les pushkinias aient été plantés à l’automne. Tout comme il se peut qu’ils soient assez malins pour se naturaliser, à la manière des perce-neige.

P.S. Renseignement pris, voilà quatre ans peut-être que les jardiniers n’ont pas planté de pouchkinias. Ce sont donc bien des bulbes plus ou moins naturalisés qui se sont installés dans les plates-bandes.

Ipheion

IpheionJ’ai tout juste eu le temps de photographier les derniers ipheions au pied de l’escalier de Monet, avant qu’ils ne fanent. « Ils fleurissent cinq minutes, il faut être là au bon moment », commente le jardinier qui me les a nommés. On sent un certain dépit dans sa voix. Tout ce travail pour un résultat qui selon lui se voit à peine…
Cinq minutes ! Il exagère. Selon les sites de botanique, la floraison de l’étoile des Incas ne dure pas moins de huit semaines, et chez Noémie Vialard, en Bretagne, elle s’étire de décembre à mai.
C’est peut-être exagéré dans l’autre sens pour la vallée de la Seine, d’après ma modeste expérience de jardinage. Mais on a tout de même largement le temps d’apprécier le charme de cette petite bulbeuse printanière qui est parmi les premières à s’ouvrir.
Les anglophones la nomment ‘spring stars’, étoile de printemps, et c’est un nom qui lui va bien. Trois pétales par dessus, trois autres par-dessous, d’une couleur bleutée très douce autour d’étamines bien jaunes.
Au pic de la floraison, les fleurs sont très nombreuses, ce qui fait oublier leur petite taille et leur donne un certain impact. Les feuilles en ruban sont encore bien vertes. Elles finiront par jaunir, mais assez tard pour disparaître sous la masse des fleurs plus grandes et touffues de la fin du printemps.
Les francophones insistent plutôt sur l’origine latino-américaine de la fleur. En fait de pays des Incas, l’ipheion viendrait d’Argentine et du Paraguay, des régions tempérées qui expliquent qu’il s’acclimate volontiers en Europe.

Les perce-neige de Giverny

Perce-neige et pensées bleues à GivernyDans les jardins de Monet, les clochettes des perce-neige ont surgi ça et là dans les massifs, où elles se mêlent aux premières pensées, au lierre ou au feuillage gris des lavandins.
D’où sortent ces jolies clochettes qu’on guette dès janvier, comme une promesse de l’arrivée prochaine du printemps ?
Qui aurait bien pu avoir l’idée d’en planter, alors qu’elles s’ouvrent toujours pendant la période de fermeture des jardins ?
Sont-elles les descendantes de perce-neige installées par Monet lui-même ?
Il est probable que personne n’a méthodiquement mis en terre ces petits bulbes qui se naturalisent si facilement dans la région.
Les fleurettes se propagent aussi par graines, allant jusqu’à se faufiler entre les marches des escaliers.
Elles se débrouillent si bien toutes seules qu’elles tapissent quelquefois les zones où elles se plaisent.
Si on voulait s’en débarrasser, on n’y arriverait pas.
Qu’importe le mystère de leur origine, elles sont bien jolies, même si pas grand monde ne les voit. « Les perce-neige, c’est pour les jardiniers », sourit l’un d’eux. Un petit plaisir égoïste pour ceux qui oeuvrent toute l’année à offrir des floraisons resplendissantes aux visiteurs.

Camassia

Camassia En même temps que les ultimes tulipes, les derniers camassias finissent de fleurir à Giverny.
Leurs petites étoiles bleu tendre s’ouvrent les unes après les autres de bas en haut, jusqu’à atteindre le sommet de la tige.
En fait de star montante, le camassia est l’un de ces bulbes de printemps bourré de talent mais qui peine à se faire un nom.
Pourquoi n’en voit-on pas plein les jardins, alors qu’il est vivace et qu’on peut le laisser en terre tranquillement jusqu’à l’année suivante ? Le manque de notoriété paraît la seule explication.
Planté en grand nombre il est superbe, en petites touches il apporte de la légèreté dans la masse dense des fleurs.
A Giverny, on a pu l’admirer comme ici en association avec des tulipes pour une harmonie très douce, qui rappelle celle des agapanthes et des roses.

Tulipe sylvestre

Tulipe sylvestreAu milieu des tulipes de culture droites comme des piquets, se détachent les lignes gracieuses de la tulipe sylvestre. Sa tige ploie avec souplesse sous le poids de la tête d’un jaune vif délicatement teinté de vert sur le dehors.
La tulipe sylvestre est aujourd’hui cultivée dans les jardins de Monet et autres parcs botaniques. Mais il y a quelques décennies encore, elle poussait en nappes serrées dans la nature. En Alsace, elle avait fait des vignes son terrain de prédilection. Le passage des charrues avait pour effet de séparer les bulbilles et de favoriser sa reproduction.
Malheureusement pour les tulipes, les viticulteurs ont cessé de désherber à la charrue. L’emploi massif d’herbicides a eu raison des jolies fleurettes. Elles sont devenues très rares, même s’il paraît qu’elles reviennent dans les parcelles cultivées en bio.
C’est une joie pour moi de les retrouver aujourd’hui dans les massifs de Giverny. D’un coup, j’ai six ans à nouveau, et je me faufile entre les rangs de vignes pour cueillir de grandes brassées de tulipes sauvages. Leur nombre dégage un parfum douceâtre qui se mêle à celui des feuilles écrasées. Impossible de ne pas marcher dessus : il y en a partout.
A la maison, on trouve un vase, mais les tiges trop molles laissent les corolles pendre piteusement par-dessus bord. Ca m’énerve un peu, et je ne suis pas sûre d’aimer vraiment ces petites tulipes à la couleur à la fois criarde et verdâtre que les adultes paraissent affectionner beaucoup.
Pourquoi les cueillir alors… Parce qu’elles sont là à profusion et qu’elles marquent le printemps, parce que les petites filles aiment cueillir des fleurs, pour faire plaisir à ma maman… Ces fleurs que je n’aimais pas vraiment me sont devenues chères dans le souvenir, et elles ont aujourd’hui ma préférence attendrie, entre toutes les tulipes somptueuses et sans histoire qui s’épanouissent en ce moment à Giverny.

Lis martagon

Lis martagonSi vous avez la chance de passer vos vacances dans la fraîcheur de la montagne en ce moment, vous découvrirez peut-être ce magnifique lis qui pousse à l’état sauvage dans l’Est de la France. C’est le lis martagon. Portez-lui un amour platonique : il est protégé.
Le lis martagon est d’une telle élégance qu’on a du mal à en croire ses yeux quand on le rencontre dans la nature. Il n’a pas l’air adapté à la rudesse du climat, avec ses délicats pétales qui se recourbent à maturité. On le croirait échappé de chez le fleuriste, en vadrouille dans les alpages.
En Haute-Normandie, il est absent sauf dans les jardins, en particulier celui de Claude Monet à Giverny. Son bulbe se plante à l’automne en même temps que les tulipes. Mais, comme il a l’habitude du climat de montagne, il n’est pas pressé de fleurir. On en trouve en plusieurs coloris, le rose étant le plus fréquent.

Erythronium

ErythroniumCes jolies petites clochettes jaunes perchées en haut d’une fine tige d’environ trente centimètres sont celles de l’érythronium.
Le nom vulgaire de cette bulbeuse est la « dent de chien », dens canis, en anglais dogtooth violet, en raison de la forme de son oignon qui ressemble à une canine de canin. La personne qui a inventé un nom aussi peu seyant à cette fleurette devait avoir une dent contre elle. Peut-être parce qu’elle est capricieuse à multiplier, et qu’il faut souvent cinq ans avant que les petites nouvelles ne fassent enfin des fleurs. De quoi décourager les jardiniers amateurs, et imposer des prix élevés aux bulbiculteurs, plus d’un euro par bulbe. Une dent oui, mais une dent en or !
L’erythronium porte aussi le nom nettement plus charmant de lis des bois. Voilà qui met sur la piste de ses préférences au jardin. A l’instar des perce-neige, muguet et autre jacinthe des bois, ce petit lis-là aime être cultivé à l’ombre des arbres. Il fleurit avant que ceux-ci n’ouvrent leurs feuilles, et se trouve douillettement protégé des ardeurs du soleil juste après.
A Giverny, on peut voir les érythroniums dans le massif jaune au pied du mur qui longe la route, où ils trouvent l’ombre nécessaire.
Comme on le voit sur la photo prise à la fin de ce mois d’avril très pluvieux, le lis des bois passe pour un mets de choix chez les limaces. Sinon il n’a presque pas de défauts, une fois qu’on l’a convaincu de s’installer, ce qui semble presque aussi difficile que d’attirer des entreprises sur la zone d’activité de votre commune. Pour avoir une chance de l’amadouer, il vaut mieux l’acheter en pot, le bulbe déteste se dessécher au contact de l’air. Et une fois qu’il a repris, on n’y touche plus. Le lis des bois est casanier.
Il existe en différentes couleurs, la plus facile à se procurer et la plus florifère étant celle-ci, un hybride jaune dénommé Pagode, sûrement par analogie avec ses pétales recourbés.
Ce sont les feuilles maculées de taches rouges qui ont donné son nom botanique à l’érythronium. Il dérive de erythros, l’une des trois façons de dire rouge en grec. Un mot qui fait penser à l’Erythrée, pays de la corne de l’Afrique proche de la mer Rouge.

Colchique nénuphar

Colchique nénupharCette fleur n’existait pas du temps de Monet, mais elle s’impose à Giverny ! Voici colchicum water lily, autrement dit le colchique nénuphar.
Tout le monde connaît, au moins en chanson, le colchique sauvage, cousin estival du crocus printanier, qui fleurit les prairies à la fin août. Amélioré par les horticulteurs, ce colchique simple a donné une jolie variété double dont la forme rappelle à s’y méprendre une fleur de nénuphar en miniature.
La couleur demeure celle du colchique, ce bleu lavande un peu fade, bien fait pour trancher sur le vert franc des pelouses ragaillardies par les dernières pluies. Et bien sûr il manque les feuilles des nymphéas, peut-être encore plus belles que leurs fleurs.
N’importe ! Dans les jardins de Monet, les colchiques disposés par groupes dans les carrés bien tondus du jardin de fleurs évoquent avec délicatesse les îlots de nénuphars qui flotte sur l’étang du jardin d’eau.
Ce n’est pas la seule des subtiles correspondances tissées entre ces deux jardins qu’apparemment tout oppose.

Tulipes anciennes

Tulipe ancienneLa saison des tulipes est superbe à Giverny. Chaque printemps, les visiteurs des jardins de Monet s’émerveillent devant la diversité infinie des variétés présentées, leur taille gigantesque, leurs couleurs sublimes, leurs formes étranges…
Monet n’avait pas toutes ces variétés modernes à sa disposition. Si on replantait le jardin comme il l’était au tournant du siècle dernier, le visiteur du vingt-et-unième siècle ferait la moue.
Arrêtons-nous un instant sur la terrasse devant la maison, d’où l’on domine l’un des massifs les plus spectaculaires, d’immenses tulipes roses qui se dressent au-dessus d’un lit de myosotis bleus. Un précieux trésor est accroché à la rambarde du balcon.
Dans des jardinières, voici des tulipes historiques. Des variétés mythiques, affirme le petit panneau explicatif.
C’est un cadeau des bulbiculteurs hollandais, l’International Bloembollen Centrum, à la Fondation Monet. Cadeau précieux de bulbes très rares. Ces tulipes datent du 19ème siècle, elles se sont multipliées d’année en année sans rien changer à leurs caractères : tout à fait le genre de tulipes cultivées à l’époque de Monet.
Elles sont charmantes, oui, on les prendrait volontiers pour des modèles réduits des tulipes d’aujourd’hui si ce n’était pas le contraire qui s’est produit. Elles font vingt centimètres peut-être, avec de petites têtes mignonnes mais discrètes.
C’est la limite de l’exercice dans la restitution à l’identique des jardins. Faut-il aller chercher les variétés historiques pour reproduire exactement les massifs de Monet ?
Au-delà de l’infaisabilité pratique du concept, cela n’aurait pas beaucoup de sens. Car ce sont des yeux du 21ème siècle qui se posent sur les massifs, des yeux habitués aux fleurs d’aujourd’hui.
La culture des bulbes a fait de gros progrès en cent cinquante ans. Les tulipes actuelles ont des floraisons plus longues, des têtes plus grosses, des tiges plus hautes. Ces caractères nous sont familiers.
Dans la restitution des jardins de Giverny, plutôt que la lettre, c’est l’esprit qui prévaut. Monet aurait adoré les catalogues des producteurs contemporains. Quel choix infini, que de merveilles ! Il aurait pioché avec délice dans toutes ces variétés pour obtenir des effets de couleurs sans doute assez proches de ceux que les jardiniers de Giverny s’attachent à imaginer de nos jours. Avec au final, aujourd’hui comme hier, un résultat commun : l’éblouissement des visiteurs.

Colchique

ColchiqueSeptembre marque le début de l’arrière saison. La fin de l’été est là, les colchiques fleurissent dans les pelouses de Giverny… Leur mauve pâle est du plus bel effet sur le vert des gazons.
La fleur du colchique rappelle un peu celle du crocus – qui annonce la fin de l’hiver, chacun sa mission ! – en plus haut sur patte, en plus gracile.
Pourquoi en voit-on si rarement dans les jardins, alors que le colchique est facile à faire pousser, qu’il croît spontanément dans les prairies humides ?
On pourrait en planter pour animer les pelouses à l’automne, mais la plupart des jardiniers s’en méfient. Les colchiques sont furieusement toxiques, pas la peine d’aller tenter le diable. Très peu de colchicine suffit à intoxiquer mortellement les animaux domestiques ou les humains.
Dans les jardins de Monet, les colchiques sont plantés dans des endroits inaccessibles au public.

Tulipes multiples

Tulipes à plusieurs têtes dans le jardin du Musée d'art américain à GivernyOn n’arrête pas le progrès : voici que les tulipes se mettent à avoir non pas une fleur au bout de la tige, mais trois, quatre, cinq, tout un bouquet.
J’ai photographié celles-ci dans le jardin du Musée d’Art Américain de Giverny. Les jardiniers ont sélectionné des fleurs bicolores de différentes teintes. L’effet obtenu avec ces tulipes multiples est celui d’une masse colorée beaucoup plus dense qu’avec des tulipes traditionnelles.
Elles sont associées ici avec des pensées orange et des giroflées jaunes.

Tulipe

deux tulipesLes tulipes sont de grandes stars. Elles posent comme personne, avec leurs grosses têtes pensives qu’elles courbent doucement tout en haut d’un très long cou.
Quand elles sont plantées serrées et que leurs têtes se touchent, elles font irrésistiblement penser à un geste de tendresse, à un baiser.
Leur texture fondante a quelque chose du bonbon. Le pastel excelle à rendre leurs fines stries où la lumière se perd.
Approchons-nous. Il suffit de s’asseoir à leur hauteur pour que leurs pétales de satin ou de soie deviennent chair palpitante.
J’ai rencontré un jour un peintre fasciné par cette similitude. Il peignait des tulipes en fin de floraison, en train de fâner, et cette évocation de la décrépitude avait quelque chose d’aussi poignant que dérangeant.

Le matin, les parterres de tulipes sont des rangées de mains jointes quémandant le soleil. L’après-midi, prière exaucée, elles s’ouvrent sur des trésors intimes.
Qu’un coup de vent fasse tomber un pétale, et c’est tout cet intérieur secret qui se dévoile, suspendu en plein ciel comme ces maisons partiellement démolies où il ne reste plus qu’un mur des anciennes pièces, dont on devine encore l’attribution à la couleur des papiers peints.

Perce-Neige

Perce-neigePour qu’on ne la confonde avec aucune autre, la Perce-Neige s’est tamponné un petit coeur vert sur la corolle. Elle est si rare à l’état sauvage qu’il paraît qu’il faut, si on en trouve dans les bois, se demander s’il n’y a pas quelque maison en ruine à proximité.
Toutes les perce-neige sont en fleur à Giverny. Elles n’ont pas eu besoin de pousser de la tête quelques centimètres de poudreuse, ici les perce-neige ont rarement l’occasion de justifier leur nom. Mais elles sont si précoces qu’il arrive qu’il neige alors qu’elles fleurissent. L’effet produit par leurs clochettes blanches encapuchonnées d’un manteau blanc est ravissant, additionné d’un je-ne-sais-quoi de satisfaisant pour l’esprit.
La Perce-Neige a un caractère facile et des moeurs sociables. Elle n’aime rien tant que vivre en bandes, et on dirait qu’elle a davantage d’amis chaque hiver.
Elle a choisi, dans l’année, la pire saison pour fleurir, celle dont aucune autre fleur ne voulait. Bonne fille, elle s’accommode des jours courts, de la fraîcheur et de l’absence d’insectes. Si l’année était une journée, la Perce-Neige serait la première levée.
Quand elle se plaît quelque part, la Perce-Neige se multiplie. Elle est capable de coloniser de grandes surfaces de pelouse en sous-bois, qu’elle blanchit comme un tapis.
La Perce-Neige tire son énergie de son petit bulbe, d’où elle sort son pique-nique à l’heure voulue. Je la soupçonne pourtant de se multiplier aussi par graine. Sinon, comment a-t-elle fait pour venir se glisser entre les marches de l’escalier ? Chaque année je reste baba de la voir surgir entre les pierres, toute faraude. Ah ah ! semble-t-elle dire, tu ne me croyais pas capable de pousser là, pas vrai ?
Derrière son caractère enjoué, la Perce-Neige cache pourtant une pointe de vacherie : c’est son pluriel. Quand j’étais enfant, ma marraine habitait « Résidence des Perce-Neige ». Je me souviens du jour où elle m’a dicté son adresse, et où j’ai consciencieusement mis un s à perce et à neige. Son air moqueur : « eh ben dis donc, l’orthographe ! » J’ai appris depuis la règle : dans les noms composés, les verbes sont invariables. Quant à neige, le sens voudrait qu’on ne l’accorde pas, il n’y a qu’une neige à percer. Le dictionnaire admet les deux, des perce-neige ou perce-neiges, quelle liberté grisante !
Je ne voudrais pas que vous ayez une idée fausse de ma marraine. Au demeurant, c’était une fée, comme il se doit pour une marraine. Je sais maintenant que ce jour-là, en m’obligeant à l’exigence avec moi-même, elle m’a fait un cadeau. Au milieu de toutes les fleurs du jardin d’Eden où elle se promène aujourd’hui, je lui dédie la fraîcheur d’un bouquet des premières perce-neige.

Cher lecteur, ces textes et ces photos ne sont pas libres de droits.
Merci de respecter mon travail en ne les copiant pas sans mon accord.
Ariane.

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