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Deux remords de Claude Monet

Deux remords de Claude Monet par Michel Bernard

La vie du maître de Giverny inspire les romanciers. J'ai lu "Deux remords de Claude Monet" sur la recommandation d'Aifelle, et comme elle j'ai beaucoup aimé ce roman tout en finesse porté par une très jolie écriture.

L'histoire commence par l'évocation du grand ami de jeunesse de Monet, Frédéric Bazille,

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Le Pèlerinage de Giverny

Edouard Mortier Duc de Trévise Le pèlerinage à Giverny L'EchoppeLes éditions l'Echoppe se sont fait une spécialité de republier des textes anciens difficiles à trouver. C'est le cas de l'opuscule intitulé "Le Pèlerinage de Giverny" écrit par le duc de Trévise suite à ses visites à Claude Monet en 1920.  L'édition originale ne comptait que 200 exemplaires.

Le duc de Trévise, Edouard Mortier pour l'état-civil, se réjouissait de rencontrer le maître de Giverny :

Je ne relis pas sans émotion la petite invitation, écrite au crayon, que je viens de recevoir : c'est une chance peu commune que de voir vivant un homme immortel, que sa longue retraite, autant que son âge, ont isolé dans la brume.

Son âge ? Monet va fêter ses 80 ans à l'automne de cette même année, ce qui donnera l'occasion à Trévise de revenir le saluer. Pour l'heure, le visiteur admire le charisme de Monet à qui il reconnaît "l'aspect d'un chef, plein de vigueur, de simplicité, d'autorité. " Il note des détails qui le charment :

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Une visite à Claude Monet de Walter Pach

Une visite à Claude Monet de Walter Pach, l'Echoppe En novembre 1907, le jeune peintre américain Walter Pach n’était pas peu fier d’avoir décroché un rendez-vous avec un homme fort célèbre, le peintre Claude Monet. Un peu comme un acteur débutant qui rencontrerait aujourd’hui une star internationale à la carrière bien remplie.
Le jeune Pach allait rendre compte de son entretien avec Monet dans un article publié par le Scribner’s Magazine en juin 1908. Cet article a été traduit et réédité récemment par les éditions L’Echoppe.
Qu’apprend-on de nouveau dans ce document ? Que Pach était mandaté en mission. Il devait tâcher de convaincre Monet de venir peindre aux Etats-Unis. Ce projet tenait à coeur à l’homme d’Etat français Paul d’Estournelles de Constant.
Pas de suspense pour le lecteur du 21e siècle : nous savons que le projet n’a pas abouti. Ce qui rend tout de même l’article piquant, c’est le récit des réactions de Monet à cette proposition. Comment et pourquoi il décline l’offre.
« Je suis trop vieux pour me familiariser avec un autre pays », argumente Monet, qui ira pourtant peindre Venise dès l’année suivante.
Mais une autre raison apparaît bientôt au fil de la conversation, sous forme d’un souvenir, celui de Courbet au Salon vilipendant les orientalistes : « Ce sont donc des hommes sans patrie ! » se serait-il exclamé. Là encore, l’argument « patriotique » est démenti par les faits. Monet a beaucoup peint à l’étranger, en Italie, en Angleterre, en Hollande, en Norvège.
Et puis, doucement, la cause de la réticence de Monet se dessine. « Pourquoi les Américains viennent-ils peindre en France ? N’ont-ils pas de paysages chez eux ? Pourquoi viennent-ils faire tous ces paysages de Bretagne, peindre ces gens en costume local – toutes ces choses qu’ils ne comprennent pas ? »
Et pour être tout à fait franc, Monet aurait pu ajouter, et pourquoi viennent-ils peindre ici, à Giverny, et me spolier de paysages que je croyais pour moi seul ?

Octave Mirbeau et Claude Monet

Correspondance d'Octave Mirbeau avec Claude MonetLe nom d’Octave Mirbeau est lié à celui d’une pièce de théâtre au titre devenu proverbial, Les affaires sont les affaires, et au roman Le journal d’une femme de chambre, deux oeuvres dont le succès ne s’est pas démenti depuis un siècle. En tant qu’homme de plume Mirbeau a aussi été un fervent défenseur des impressionnistes, dès 1884, où débute son amitié avec Claude Monet.
Suite à un papier élogieux de Mirbeau dans le journal « La France », Monet lui offre un tableau, une Cabane des Douaniers. L’un et l’autre se montrent également intuitifs, Mirbeau en défendant le peintre que le temps consacrera, Monet en remerciant avec largesse dès le premier article celui qui, par ses prises de position influentes, lui forgera une réputation de génie de la peinture. Une amitié indéfectible les liera jusqu’à la mort.
On lit avec plaisir les lettres de Mirbeau à Monet, publiées et abondamment annotées par les éditions du Lérot. La correspondance est lacunaire et à sens unique, mais elle laisse percevoir un drôle de bonhomme, sincère, enflammé, pessimiste, maladif, passionné d’horticulture, à l’humour enjoué ou corrosif, doté d’une admiration sans borne pour Claude Monet.
Pendant plusieurs années, Mirbeau s’installe aux Damps, un village de l’Eure tout comme Giverny. Voici comment il décrit le lieu, avant même de le louer, pour essayer d’éveiller en son ami et presque voisin l’envie de le peindre :

Camille Pissarro, Le Jardin de Mirbeau aux Damps, 1891, huile sur toileDans le plus admirable paysage qui puisse se voir, une maison, gentille d’aspect (…). Toute la vallée de la Seine, la vallée de l’Andelle, au loin s’ouvrant derrière le mont des Deux amants ; et, tout près de nous, l’embouchure de l’Eure. (…) Il faudrait venir vous installer quelques temps chez nous ; car des hauteurs du jardin, vous avez là, sept ou huit toiles extraordinaires. Des impressions de lointain ; des études d’eau, et de peupliers bien plus belles et d’un caractère bien plus poignant qu’à Giverny. C’est extraordinaire.

C’est finalement Camille Pissarro et non Claude Monet qui peindra le jardin de Mirbeau aux Damps.

Camille Pissarro, Le Jardin de Mirbeau aux Damps, 1891

Claude Monet ce mal connu

Claude Monet ce mal connu, par Jean-Pierre Hoschedé, éditions Cailler, Genève, 1960. Parmi les sources écrites dont on dispose à propos de Monet, les plus fiables sont celles rédigées à chaud : les lettres qu’il a adressées ou reçues, les factures et livres de comptes, les actes notariés, le journal tenu par son épouse Alice après la mort de sa fille Suzanne…
Les articles dont Monet fait l’objet de son vivant ne manquent pas d’intérêt, même s’il excelle dans l’art de façonner sa propre légende.
En complément à ces documents, et c’est tant mieux pour notre connaissance du peintre, plusieurs proches de Monet ont fait l’effort de rédiger un livre entier pour le faire connaître à leurs contemporains et à la postérité. Son critique et ami Gustave Geffroy devient son premier biographe, et Georges Clemenceau, Marc Elder ou Jean-Pierre Hoschedé fournissent des témoignages irremplaçables.
Certes ces livres sont écrits dans l’après coup, quelquefois à un âge avancé, ils constituent cependant des sources précieuses auxquelles puisent les historiens d’art.
J’ai lu tant de citations extraites du recueil de souvenirs du plus jeune des beaux-fils de Monet, Jean-Pierre Hoschedé, que je grillais de le découvrir in extenso. Malheureusement « Claude Monet ce mal connu », paru chez Cailler en Suisse en 1960 n’a pas été réédité, si bien qu’il m’a fallu l’aide de l’internet, un peu de chance et de patience pour le trouver enfin.
Je tiens le livre entre mes mains. Ou plutôt les livres, car, allez savoir pourquoi ? il est divisé en deux tomes. C’est un ouvrage broché où sont insérées des pages de photographies en noir et blanc, photos de famille surtout, d’oeuvres parfois.
En 1960 on vendait des livres non découpés, le coupe-papier était un objet pas encore tombé en désuétude.
La personne à qui a appartenu ce livre l’a lu, mais pas entièrement. Les découpes s’arrêtent à la page 152, vingt pages avant la fin. Le deuxième tome, qui concerne les grandes décorations des Nymphéas, ne l’a pas intéressée : il est intact.
Pas d’autres traces du premier propriétaire de l’ouvrage qui en a sans doute parcouru les lignes il y a tout juste un demi-siècle. Je les dévore à mon tour, et j’y trouve un éclairage sur Monet en général largement diffusé entre-temps, mais parfois inattendu.
Derrière ce portrait du peintre esquissé par Jean-Pierre Hoschedé, se dessine en creux un portrait de la personnalité de l’auteur lui-même, attachant dans sa piété filiale, agaçant pour la même raison.
Enfin, dans le pointillé des citations retrouvées ici et là se devine aussi la subjectivité des auteurs de livres sur Monet, qui ont retenu tel détail et laissé de côté tel autre.
Je ferai de même prochainement, en essayant de choisir des précisions inédites. Mais peut-être qu’elles ne le seront pas, peut-être que j’aurai oublié avoir déjà lu cela quelque part dans la littérature secondaire.
Subjectivité, mémoire, oubli… L’enquête historique est un art difficile où l’on se heurte sans cesse à ces trois-là, en l’occurrence subjectivité, mémoire, oubli de Monet lui-même, de ses proches, des témoins de son temps, des auteurs postérieurs… Et l’on est inévitablement en prise aussi avec sa propre subjectivité, sa propre mémoire, son propre oubli. Ce n’est qu’avec prudence, après recoupement, que l’on peut établir des faits, même en se fondant sur les meilleures sources. Jean-Pierre Hoschedé lui-même, si sincère dans sa volonté de rétablir la vérité sur Monet, si proche du peintre, n’évite pas certaines erreurs non plus.

Le goût des années cinquante

Les impressionnistes, Claude Roger-Marx J’ai trouvé dans une brocante cet exemplaire des « Impressionnistes » paru en 1956, et la signature m’a convaincue de le lire. Claude Roger-Marx a été un grand critique et historien d’art de l’après-guerre. Il est le fils de Roger Marx, lui-même critique influent du tournant du siècle et admirateur de Monet, Rodin ou Cézanne.

L’ouvrage, paru chez Hachette et destiné sans doute à un large public, est pourtant loin des livres de vulgarisation d’aujourd’hui : écrit par un érudit dans une langue soutenue, il s’adresse à un milieu social privilégié. Dans les années cinquante, l’art n’est pas encore aussi populaire que de nos jours.
Le livre de Roger-Marx est une synthèse, qui évoque en moins d’une centaine de pages des artistes aussi importants que Monet, Degas, Renoir, Sisley, Pissarro, Morisot, Manet, Cézanne, et les post-impressionnistes. Ce n’est donc pas là qu’on en apprendra long sur tous ces maîtres, même si l’auteur a quelquefois de merveilleuses formules. Il décrit Impression, soleil levant, comme « un soleil saignant dans les brumes« . De Renoir, il dit que son nom seul fait penser « au soleil criblant de clarté jusqu’aux pénombres« .

Roger-Marx s’en tient à une analyse stylistique, donc, et livre du même coup un état des lieux étonnant sur la façon dont étaient perçus les impressionnistes dans les années cinquante. Monet, porté au pinacle de son vivant, dans les années 1890-1910, a été sévèrement rejeté avant de regagner sa place actuelle. « Monet devait connaître dans ses ultimes années des incompréhensions plus cruelles encore qu’à ses débuts. La critique d’après la Grande Guerre (…) devait, par une réaction facile et injuste, faire de Cézanne l’anti-Monet (…). Si ces contrevérités furent longtemps monnaie courante c’est que chaque génération a besoin de déboulonner des gloires avant de les remettre sur leur piédestal. »
Dans les années cinquante, la rentrée en grâce des impressionnistes n’est pas achevée. Beaucoup d’amateurs continuent de les trouver has been. Il faut donc de la diplomatie à Roger-Marx pour aborder le sujet, et donner à son livre l’apparence de l’objectivité. On est surpris aujourd’hui d’y trouver des critiques négatives virulentes sur Monet.
Selon lui, « la plus belle époque de Monet est incontestablement antérieure à la quarantième année. » Roger-Marx juge le peintre meilleur avec l’eau et l’air qu’avec les solides, « on le sent moins à l’aise sitôt qu’il se heurte à la pierre, à la falaise ou à la montagne« . Surtout, il estime qu’à la fin de sa vie, Monet s’est fourvoyé. « A force de ne vouloir exprimer que le fluide, sa palette s’amollit parfois. » Sa production devient « plus systématique, plus inégale » non dénuée de « brusqueries » et de « vulgarités« . « L’excès de clarté finit par tout éteindre : la toile à force de se vouloir lumineuse paraît presque décolorée. »
Roger-Marx est certainement sincère en attaquant ainsi l’oeuvre tardif de Monet, pas encore réhabilité par la lecture « moderne » qu’allaient en faire les jeunes américains de l’époque.
Aujourd’hui où Monet a atteint le rang de génie, ces critiques peu flatteuses sonnent comme de la provocation, une sorte de crime de lèse-majesté, la marque d’une liberté de pensée audacieuse.
Mais dans les années cinquante, le courage n’était pas là. Le courage était de défendre les impressionnistes, au risque de passer pour ringard. La dernière phrase du chapitre consacré à Monet révèle le désarroi de Roger Marx, certainement sincère admirateur du maître de Giverny. « Curieux retour des choses qui fait que pour défendre l’impressionnisme contre ses détracteurs il faille encore de nos jours presque autant d’indépendance et de courage qu’en 1876 ! »

Album photos

Album d'une vie, Claude Monet, par Florence Gentner, éditions du ChêneLe facteur avait une surprise l’autre matin, le superbe « Album d’une vie, Claude Monet » publié par les éditions du Chêne. Me voilà somptueusement récompensée de ma très modeste contribution à cet ouvrage.
Encore un livre sur Monet ! S’il devient difficile d’écrire quelque chose de neuf, le concept de celui-ci est très original. L’auteur, Florence Gentner, a réuni sous la forme d’un album photo un maximum de clichés de Monet, de sa famille et de ses amis. C’est un peu l’album que Monet aurait pu posséder et dont il tournerait les pages avec nous une après-midi dans sa maison de Giverny.
Les portraits sont présentés à l’ancienne avec un bord doré, ou comme si les coins étaient passés dans des fentes. La touche rétro est tempérée par des emprunts au scrap booking, l’ajout de fleurs séchées ou de rubans. Et ce que la collection de photos en noir et blanc ou sépia pourrait avoir d’austère est égayé par des croquis de Monet et quelques reproductions de tableaux. L’illusion est telle qu’on se surprend à vérifier que la page est bien lisse, et l’on est un peu déçu que ce ne soient pas de vraies photos collées à l’intérieur !
Les légendes sont composées de citations de Monet, ce qui rend le peintre présent non seulement par l’image mais aussi par les mots.
L’album se termine sur une biographie détaillée qui est la bienvenue quand la curiosité a été aiguisée par les photos.
A quelques semaines des fêtes, c’est une jolie idée de cadeau pour toutes celles et ceux qui connaissent déjà l’oeuvre de Monet et veulent aller plus loin dans leur découverte de l’artiste.

Clemenceau et Monet

Georges Clemenceau et Claude Monet à GivernyGeorges Clemenceau est sous les feux de l’actualité aujourd’hui. Notre Président tout neuf a rendu hommage à son lointain prédécesseur à la tête de l’Etat pendant la Première Guerre Mondiale, au Père la Victoire, au Tigre, bref au côté public du bonhomme.
Ce qu’a été Clemenceau au cours de sa carrière politique, je n’en sais que ce qu’on en apprend en classe et je ne me risquerais pas à l’évoquer. Mais j’adore, je raffole de Clemenceau côté privé.
Clemenceau et Monet ont vécu une extraordinaire et très longue amitié. Il en reste 153 lettres du Tigre au peintre, des lettres à hurler de rire et fondre de tendresse, qui livrent une image inattendue de l’homme politique.
Clemenceau s’y montre enjoué, encourageant, fraternel, facétieux, gentiment morigénateur, jouant souvent le rôle de soutien moral auprès d’un Monet qui doute. Entre eux deux, l’art. Le génie chez l’un, la passion de l’émotion esthétique chez l’autre.
L’intimité ne cesse de croître entre les deux hommes. A partir de 1920, ils se mettent à s’écrire beaucoup, jusqu’à 35 fois en 1923. Le don des Grandes Décorations de Monet à l’Orangerie et l’opération des yeux nécessaire au peintre en raison de sa cataracte en sont les principaux prétextes.
Clemenceau rend également souvent visite à Monet à Giverny, comme on le voit sur cette photo prise près de l’embarcadère du bassin aux Nymphéas. Le moustachu et le barbu ont l’air d’avoir le même chapelier, ils marchent du même pas et ont le même âge à quelques mois près.

Petits extraits de lettres de Clemenceau à Monet (tirées de « Georges Clemenceau à son ami Claude Monet, Correspondance », Réunion des Musées Nationaux) :

Je trouve votre oeuvre merveilleuse et je le dis. Seulement ce n’est pas assez. Il faudrait trouver des accents pour enfoncer la lumière dans les cerveaux obscurs. Difficile besogne. Travaillez, et soyez remercié d’avance de tout ce que vous ferez pour les yeux qui viendront. A vous de tout coeur. (21 mai 1895)

Et pensez que si vous ne venez pas, vous ne saurez jamais ce que c’est que le bouillon de choux-rèbes. Le reste vaut-il la peine de vivre ? Ce n’est pas certain. (17 août 1920)

Quoi ! Claude Monet rentre dans la circulation comme une vieille pièce de cent sous du temps de Mérovée qui sortirait de sa cachette pour épater nos faux billets de banque ! Alleluia dans les hauteurs ! Je ne vous ai pas écrit pour ne pas vous déranger, et voilà que vous vous dérangez vous-même. C’est une joie. (18 septembre 1921)

Cher ami, je viendrai vous dire adieu mercredi et je profiterai de l’occasion pour vous chiper un déjeuner. Pour vous offrir quelque chose, j’apporterai mon appétit. A vous mon coeur, qui tout aussi bien, est à l’ange bleu. (27 mars 1922)

Cher ami, Tout homme, en venant au monde, a le droit d’empocher au cours de son existence un certain nombre de coups de pieds au… derrière. Il faut croire que vous n’avez pas encore eu votre compte puisque vous vous donnez tant de peine, pour vous attribuer quelques suppléments. (septembre 1923)


Cher lecteur, ces textes et ces photos ne sont pas libres de droits.
Merci de respecter mon travail en ne les copiant pas sans mon accord.
Ariane.

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