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Category Archives: Musées

Le jardin de Delacroix

C'est l'un des plus jolis petits jardins dont on puisse rêver à Paris. Pour le trouver, il faut d'abord dénicher la place Furstemberg, un bonheur de petite place en plein quartier Saint-Germain, où fleurit en ce moment un grand paulownia.

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Le musée Clemenceau à Paris

Maison de Georges Clemenceau à Paris

Georges Clemenceau, homme d'Etat et grand ami de Claude Monet, a vécu pendant 34 ans dans la maison du 8 rue Benjamin Franklin, dans le 16e arrondissement de Paris, à quelques pas du Trocadéro. On aperçoit de loin le drapeau

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Historial Jeanne d’Arc

Historial Jeanne d'Arc

Juste derrière la cathédrale de Rouen, dans l’ancien palais de l’archevêque, eut lieu en 1431 le procès de Jeanne d’Arc qui la condamna au bûcher, puis en 1456 son second procès en réhabilitation. Depuis mars dernier, c’est là qu’est installé l’Historial Jeanne d’Arc.
Ce n’est pas vraiment un musée, puisque les collections sont assez limitées, plutôt un lieu de mémoire et d’interprétation consacré à la Pucelle. De la cave au grenier, le public assiste de salle en salle à des animations vidéos projetées sur les murs, qui rappellent les spectacles son et lumière qui animent chaque soir d’été le parvis de la cathédrale.
Comme le parcours se veut un flash-back – il prend pour prétexte le procès en réhabilitation, qui réexamine aussi bien les conditions du premier procès que les éléments biographiques – il vaut mieux avoir une connaissance préalable de la vie de Jeanne pour bien suivre. Mais on se prend à la magie de l’évocation, à la découverte de salles variées, et les séquences passent vite.
En fin de parcours, l’Historial propose de s’interroger sur la récupération de Jeanne à travers les documents conservés dans la « mythothèque ».
Si l’on comprend bien les enjeux politiques, et la façon dont l’histoire s’écrit, en revanche pas un mot sur le « cas » Jeanne d’Arc. Pour une étude psychiatrique détaillée, il vaut mieux aller voir ici. Avec cette conclusion inédite : la Pucelle était peut-être juste en train de faire sa crise d’adolescence… Pas plus que sorcière, elle n’était folle.

Les boules

Monet boule de NoëlTrouvées dans la boutique en ligne de l’Art Institute à Chicago, ces boules de Noël viennent de Pologne. Elles sont soufflées à la bouche et décorées main par l’artiste. Vous l’avez reconnu, sous des dehors de Père Noël c’est Monet en personne, vêtu d’une improbable houppelande « Meules ».
Cette petite merveille est à vous pour 180 dollars pièce seulement. C’est une affaire : la boule Pissarro est vendue 245 dollars, preuve que le cours de la déco de sapin n’est pas calqué sur la cote des peintres.
Cela n’a pas empêché Pissarro de trouver preneur, et je ne doute pas que Monet va bientôt s’arracher aussi – avec délicatesse, s’il vous plaît, c’est fragile.
C’est comme un bijou pour le sapin de Noël, et peut-être qu’on peut y voir une métaphore de l’art en général. Les tableaux, des bijoux qu’on accroche aux murs pour qu’ils y scintillent…
Les commentaires enthousiastes qui accompagnent l’article sont trop mignons. Ils émanent de collectionneurs, tous émerveillés et extatiques, persuadés d’avoir fait l’acquisition d’une oeuvre d’art.
Vu de Giverny, le « sanctuaire de Monet », l’effet est un peu différent. Touchant, comme tout ce qui est kitsch, et impressionnant, parce que quand même, il fallait oser…

MOOC impressionniste

MOOC impressionnismeIl reste jusqu’au 14 décembre pour profiter du cours gratuit en ligne sur l’impressionnisme proposé par la Réunion des Musées Nationaux et Orange, en même temps que se déroule l’exposition sur le marchand d’art Paul Durand-Ruel au musée du Luxembourg.
Si comme moi c’est la première fois que vous participez à un MOOC, l’expérience vaut aussi bien pour ce que l’on apprend sur l’histoire de l’art que sur l’utilisation des nouvelles technologies. De quoi s’agit-il ? Un Massive Open Online Course a pour objectif d’enseigner à distance en utilisant les ressources du web. Des vidéos, des textes, des images, des sites permettent d’explorer et d’apprendre depuis chez soi. On échange avec les autres participants, 12 000 à ce jour, comme dans les réseaux sociaux ou les forums. On peut créer des exposés virtuels ou des oeuvres et les montrer aux autres participants.
Le site solerni annonce deux heures par séquence (il y en a huit) et c’est vraiment le minimum pour passer en revue les vidéos proposées. Elles sont toutes intéressantes, et certaines ressources sont de vraies merveilles. Si on souhaite produire quelque chose, ce qui n’est pas obligatoire, ce temps explose. Mais chacun fait comme il veut car il n’y a pas d’autre objectif que le plaisir d’apprendre.
L’inscription au MOOC est gratuite, mais le temps est limité. Le 14 décembre, le site fermera. Vite vite ! Il est encore temps ! Bonne découverte !

Musée du cinéma Jean Delannoy

Musée du cinéma Jean Delannoy à BueilA trente minutes de Giverny par de jolies petites routes, le musée du cinéma a ouvert cette année à Bueil. Pourquoi dans cette bourgade de la vallée d’Eure ? Parce que le réalisateur Jean Delannoy habitait le village voisin de Guainville, où il est mort âgé de 100 ans en 2008. Jean Delannoy a légué ses archives et souvenirs à l’association de ses amis, qui depuis anime le musée. Les récompenses qu’il a reçues sont là, César, Victoires, Bambi, etc, comme des trophées sportifs.
D’autres dons sont venus se greffer autour de celui-ci, avec l’ambition de montrer la variété des métiers du cinéma. Celui de décorateur est illustré par la reconstitution du bureau de Maigret (Delannoy en a tourné deux). La belle porte que vous voyez est tout à fait fausse mais tous les détails y sont, jusqu’aux gonds.
Parmi les pièces rares, une caméra donnée par la Snecma qui servait à filmer les essais des moteurs d’Ariane non pas à 24 images par seconde mais beaucoup plus, pour un maximum de précision ; un projecteur de 1902, dont j’ai actionné la manivelle à la façon d’un orgue de Barbarie ; et puis une dolly qui fait bien rêver, vous savez cette machine mobile où le cameraman peut s’asseoir et faire monter siège et caméra comme dans un manège.
Le musée rouvrira le 2 mai 2015 avec une expo sur les actrices qui ont marqué la carrière de Jean Delannoy. Parmi elles, Michèle Morgan et Gina Lollobrigida. Glamour à souhait…

Le musée des Antiquités de Rouen

Le musée des Antiquités de RouenA Rouen, le musée des Antiquités partage avec le muséum les bâtiments d’un ancien couvent.
La création des deux musées remonte à 1831. La Révolution avait chassé les soeurs de leur monastère de la Visitation Sainte-Marie à la fin du 18e siècle. Quarante ans plus tard, le lieu trouve une nouvelle affectation, présenter au public les collections municipales d’objets issus de l’antiquité égyptienne, grecque et romaine. S’y ajoutent des oeuvres d’art religieux ou laïque allant jusqu’à la Renaissance.
Comment tirer parti au mieux de l’édifice du 17e siècle ? L’architecte chargé du projet a l’idée de fermer les arcades du cloître par des vitraux anciens faisant partie des collections. Les nouvelles salles sont dotées de vitrines de style néo-gothique.
A visiter ces lieux aujourd’hui, on se laisse prendre par leur charme très particulier. Les objets de culte, les statues de la Vierge sont à leur place dans cet environnement minéral, sous ces voûtes autrefois consacrées.
On ressent ici non seulement l’ancienneté des oeuvres, mais aussi celle du musée, grâce à l’aspect désuet des vitrines. Voilà près de deux siècles déjà que des personnes cultivées ont décidé que ces objets méritaient d’être conservés et présentés dans un musée. Pour les générations futures, dont nous faisons partie, et dont beaucoup viendront après nous.
Parmi ces personnes figurait l’abbé Cochet, dont la galerie photographiée porte le nom. L’abbé Cochet s’est pris de passion pour l’archéologie en 1830, quand une villa gallo-romaine a été découverte à Etretat. Il est considéré comme l’un des pères de l’archéologie scientifique. Jusqu’ici, on se contentait de fouiller pour sortir les objets les plus beaux, recherchés par les collectionneurs pour leurs cabinets de curiosité. C’était l’époque de l’archéologie romantique. Cochet se fera le chantre de l’observation sur le lieu de fouille.
Qu’une galerie de cloître se voit attribuer le nom d’un abbé, voilà qui est bien naturel, au fond. Qu’un prêtre se préoccupe des générations passées, présentes et futures, de ce qui fut, de ce qui est et de ce qui sera, ce n’est pas illogique non plus.

Le musée des Antiquités est situé au 198 rue Beauvoisine, à quelques minutes à pied de la gare.

Corderie Vallois

Corderie ValloisIl est toujours intéressant de découvrir comment on fabrique les objets qui nous entourent. Comment, par exemple, on été produits vos lacets de chaussures si impeccablement tressés ? Les embrasses des rideaux, à la torsion parfaite ? La mèche des bougies de votre gâteau d’anniversaire ?
Le plus souvent, aujourd’hui, les méthodes de fabrication des objets nous restent obscures, tenues au secret derrière les murs des usines. L’automatisation les rend d’une complexité telle que le profane ne peut la percer.
Au 19e siècle, ce n’était pas le cas. On a l’impression qu’il suffit d’un peu d’attention et de concentration pour tout comprendre de la façon dont on produisait les objets alors, étape après étape.
C’est ce sentiment de voir dévoilé un monde compréhensible, fruit du génie humain, qui s’impose quand on visite la Corderie Vallois, à Notre-Dame de Bondeville, juste à côté de Rouen.
Cette ancienne filature est devenue une fabrique de cordes en 1880. L’énergie provenait du Cailly, une rivière qui faisait fonctionner 94 usines réparties sur à peine 20 kilomètres. Toutes ces filatures, indienneries, teintureries, corderies, ces tissages avaient un point commun, ils faisaient partie de la filière coton, un matériau qui arrivait à Rouen par bateau.
A partir de la roue à aube, la force hydraulique faisait tourner des arbres de transmission et actionnait toutes les machines de l’usine. A la corderie Vallois, les plus lourdes, en fonte, se trouvaient au rez-de-chaussée.
Bureau du directeur, corderie Vallois La corderie Vallois a fonctionné pendant un siècle, jusqu’en 1978. Sa transformation en musée l’a figée dans son état initial, qui plonge le visiteur dans la réalité de la condition ouvrière au temps de Zola ou de Monet. On respire l’odeur de graisse répandue en permanence sur les machines, ont entend leur bruit assourdissant, on perçoit le danger de blessure.
Chaque machine avait sa fonction, tordre les fils, les embobiner, les câbler, en faire des pelotes… Certaines occupent toute la longueur du bâtiment, d’autres ne prennent guère plus de place que votre ordinateur.
Dans un ballet impeccablement réglé, les fils tournent, s’assemblent et composent quelque chose de nouveau qui a un air familier.
Du matin au soir, les ouvrières et les enfants étaient à leur poste, dans la poussière de coton et le vacarme, ce cliquetis de 80 machines lancées au grand galop. Tous les quinze jours, les femmes venaient toucher leur maigre salaire en se présentant au guichet du bureau du directeur. Enfermé dans une cage vitrée dans un coin de l’usine, celui-ci jouissait d’un calme très relatif.

Le legs Monet dans les archives de l’INA

La maison de Michel Monet à Sorel-Moussel Pour occuper les longues soirées d'hiver, le site internet de l'Institut national de l’audiovisuel (Ina) recèle des milliers d'heures d'enregistrements d'archives de la radio et de la télé françaises aptes à captiver chaque internaute.
Supposons que vous vous intéressiez à Giverny et à Monet. Il suffit d'aller sur ina.fr et de taper, disons, Monet dans la zone Recherche. De grands moments de télévision vous attendent.

Laissons de côté le premier document en date, l'inauguration de l'exposition du centenaire de Monet et Rodin en 1941, dans le Paris de l'Occupation, et le second, en 1965, qui évoque une vente aux enchères. Le premier reportage à m'avoir scotchée s'intitule "levée des scellés de la collection Claude Monet" à Sorel-Moussel, au domicile de Michel Monet.
Daté de février 1966, il fait suite au legs par Michel Monet de la collection de son père à l'Académie des Beaux-arts. Dans sa grande maison des bords de l'Eure, "les Blondeaux", le fils de Monet conservait ses tableaux préférés. Il avait notamment fait encadrer ensemble les portraits de ses parents Camille et Claude faits par Renoir. De purs chefs-d'oeuvre sont là, et c'est un moment d'une rare émotion de les découvrir en même temps que leurs bénéficiaires. Le singe de Michel Monet suit toute l'affaire des yeux, juché sur une épaule, tandis qu'apparaissent deci-delà quelques objets rapportés d'Afrique par son maître.

Quelques jours plus tard, en mars 66, dans son reportage "Peintures Monet", la télé s'invite à Giverny.
La maison de Monet était alors une propriété tout à fait privée, sans occupant depuis la mort de Blanche Hoschedé en 1947. Après un bref tour dans le jardin, les images nous font entrer dans la salle-à-manger, en compagnie de maître Bourdon, administrateur des biens de Claude Monet. On reconnaît un buffet, encore plein de la vaisselle familiale, les chaises, et les estampes au mur. Partout sont entassées les toiles de Monet qui étaient restées à Giverny, toiles tardives du temps de la cataracte, longtemps dépréciées : 46 tableaux, précise l'administrateur.
Le reportage se poursuit dans le deuxième et le troisième atelier, et c'est une surprise de les découvrir avant leur restauration. Je n'ai pas vu les arbres qui poussaient supposément dedans, en revanche les transformations apportées ultérieurement au deuxième atelier sautent aux yeux.
Institut de France, années 60

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le reportage est suivi d'une interview d'Emmanuel Bondeville, qui était alors le secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux-arts. En plan fixe devant une fenêtre de l'institut de France qui donne sur le quai de la Seine, il s'exprime sur les conditions de ce legs. Au fil de ses propos, on peut voir les bouquinistes tenir leurs éventaires, et les flots de voitures couler ou s'arrêter au feu rouge. DS, Dauphine, Simca 1000, 2CV, Ami 6, 4L, Vespa, et même le bus vert de la RATP, c'est 1966 qui défile en arrière-plan, et la juxtaposition du discours en termes choisis de l'académicien et de ces voitures miniatures transporte réellement dans une autre époque.

En 1971, tous les tableaux transférés au musée Marmottan sont présentés au public (Reportage "Monet du musée Marmottan"). A l'occasion de cette exposition, le conservateur du musée Pierre Schneider parle avec beaucoup de sensibilité de la peinture de Monet, de son amour de l'eau, du passage du stable à l'instable, et de sa façon de "hausser le paysage jusqu'à l'épopée".
Enfin, un amusant reportage de 1972, "Exposition Claude Monet", commente la popularité toute neuve du musée Marmottan qui, avant le legs Monet, ne recevait paraît-il que 300 visiteurs par an. A se demander s'il était ouvert quelquefois.
 

Le jardin de Pierre Corneille

Le jardin de Pierre Corneille, Petit-CouronneDe la maison de ville de Pierre Corneille, en plein coeur de Rouen, à sa maison des champs de Petit-Couronne, il y a huit kilomètres, une distance qui se parcourt en dix minutes quand la circulation est fluide.
Combien de temps mettait Corneille à rejoindre sa campagne, et dans quel équipage s’y rendait-il, avec sa nuée d’enfants ? C’était sans doute une expédition, qu’on n’entreprenait pas tous les week-ends.
Sur place, dans cette maison aux dimensions modestes – deux pièces en bas, trois pièces en haut – l’imagination hésite encore. Où dormait tout ce monde ? Thomas, l’inséparable petit frère de dix-neuf ans plus jeune que Pierre, était-il aussi de la partie, comme le suggère une gravure accrochée au mur ?
La maison récemment restaurée a un air si pimpant qu’il est difficile de s’imaginer quels sont les éléments d’origine. Les meubles, d’époque, ont tous été rapportés. Mais même si l’authenticité est absente, l’esprit des lieux est bien là et vaut la peine d’être ressenti.
Dans le jardin, plus petit qu’autrefois, beaucoup de fleurs et de légumes résistent encore vaillamment à la fraîcheur de l’automne. Il n’a pas gelé ici. L’orange des capucines vibre. Sur le gazon, les pétales de roses se mêlent aux feuilles rougies du cerisier.
Entièrement recréé il y a une quinzaine d’années, le potager obéit au même principe de restitution que l’ameublement de la maison. Seuls les végétaux qui étaient déjà cultivés au 17e siècle y ont droit de cité. Exit les tomates, on récolte ici des cives, des panais, du poireau perpétuel et des carottes blanches, du chou, des herbes aromatiques, des pommes, des cerises, des noix…
Les plates-bandes impeccables s’alignent à côté du four à pain, et ce voisinage entre les futurs légumes du potage et les miches odorantes qui pourraient sortir du four met l’eau à la bouche.
La maison des champs de Pierre Corneille est une enclave de vie rurale calme et lente, une petite bulle de nature et de 17e siècle tout à la fois.
Corneille devait y puiser l’harmonie de ses vers. C’est un endroit où plonger ses racines.
Racine… j’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas ?

Muséum de Rouen

Museum de RouenVoisin du musée des Antiquités, le muséum de Rouen se trouve au 198 rue Beauvoisine, à quelques minutes à pied de la gare.

Le muséum de Rouen a rouvert en 2007 après une fermeture de onze ans.
On pouvait craindre une mutation violente, une modernisation brutale de la muséographie. Il n’en est rien. Le muséum a gardé tout son charme rétro, ses vitrines du 19ème siècle en verre soufflé, ses beaux planchers sonores, et une ambiance inimitable qui fait basculer une bonne centaine d’années en arrière.
C’est un endroit où l’on se trouve assailli, d’émotions, d’interrogations, et en tout premier lieu assailli par les collections.
Rouen possède le deuxième plus grand muséum de France après Paris. 800 000 pièces sont conservées, dont la moitié est présentée au public.
Le curieux déambule donc au milieu de 400 000 spécimens de toutes sortes, et il comprend vite qu’il doit renoncer à tout voir.
La nature tout entière a rendez-vous dans cet ancien couvent. Autant dire que la Création est un peu tassée, genre arche de Noé. Tassée, mais organisée.
L’idée qui domine est celle de rangement. Les savants d’hier ont aimé classer, comparer, ordonner. Sans perdre un centimètre carré s’alignent les uns à côté des autres des restes de ce qui fut de la vie dans son extraordinaire diversité, étiquetée, nommée, codifiée.
La présence d’autant de signes de mort, animaux empaillés, insectes épinglés, squelettes, conserves en bocaux de vers ou de grenouilles, a quelque chose qui met indubitablement mal à l’aise. On n’aimerait pas se trouver enfermé là à la nuit tombée. On hésite à s’approcher des vitrines les plus dérangeantes. On sent, au tréfonds de soi, un instinct de fuite. Il faut se rappeler que le danger est nul, le simple contact impossible. Habitué à toutes les images, on frémit devant le réel.
Et en même temps, quelle fascination s’exerce ici ! La variété du vivant, la fameuse biodiversité vous saute à la figure comme jamais. Même les mammifères, les grosses bêtes poilues qu’on s’imagine bien connaître, réservent des surprises. Bête jamais vue nulle part, coup d’oeil au cartel, jamais entendu ce nom-là… L’expérience se répète à l’infini, on finit par renoncer à lire les étiquettes.
Il y a pourtant eu des gens pour qui les noms des végétaux ou des animaux étaient de la plus grande importance, des hommes qui ont écrit ces légendes d’une belle écriture soignée, quand on trempait les plumes dans les encriers. On les sent présents partout, ces savants d’hier, auteurs de cette accumulation, de cette prédation peut-être, on sent leur passion, leur patience… Ces milliers d’heures passées à tout mettre en case, au propre et au figuré, rendraient presque palpable la fuite du temps.
C’était une façon de s’approprier le monde, cette obstination à explorer chacun de ses recoins et à nommer tout ce qui s’y trouve de vivant ou d’inerte.

Arbre sec

Arbre secA Rouen, le musée de la ferronnerie a choisi une enseigne de marchand drapier comme emblème. Exposée dans le musée, elle date de 1600 environ et vient de Paris où elle a donné son nom à une rue du premier arrondissement située près du quai de la Mégisserie et de Saint-Germain l’Auxerrois, la rue de l’Arbre Sec.
Cet arbre fait référence à une légende. Les pèlerins qui voyageaient en Terre Sainte allaient se recueillir devant un arbre creux et desséché. On leur racontait que ce chêne datait du commencement du monde. Planté sur la tombe de Loth, il était, disait l’histoire, resté vert jusqu’à la Crucifixion. A cet instant tous les arbres de l’univers se desséchèrent.
Voilà qui avait de quoi marquer l’esprit des pèlerins ! L’arbre sec devenu célèbre en Occident évoquait l’Orient et ses luxueuses étoffes, c’est sans doute la raison qui l’a fait choisir par le commerçant.

Je me suis demandé pourquoi à son tour le musée avait sélectionné cette oeuvre et non une autre pour le représenter. Les collections renferment tellement de pièces merveilleuses, comment choisir ?
N’ayant trouvé trace nulle part d’explication à ce sujet, voici donc mon interprétation toute personnelle.
Le donateur de la collection de ferronnerie à la ville de Rouen s’appelait Henri Le Secq des Tournelles. Une bonne raison du choix est l’homophonie : Le Secq, l’Arbre Sec.
Mais peut-être que cela ne s’arrête pas là. L’arbre symbolise la famille en généalogie. Si l’on suppose qu’Henri n’a pas eu d’enfant, il était bel et bien un arbre sec. Et il est assez troublant d’apprendre que c’est en faisant des recherches généalogiques à Rouen qu’il a choisi de prendre la capitale normande comme légataire de sa collection, cette trace concrète et magnifique de son passage sur la terre.

Arts du fer

Musée le Secq des Tournelles à RouenC’est le plus époustouflant musée qu’on puisse imaginer. A priori pas de ceux que le visiteur de Rouen placerait en tête de liste : un musée de la ferronnerie, voilà qui n’est pas spécialement inspirant, pas vrai ? Et même si l’on vous précise pour vous appâter que c’est une collection de 15 000 pièces unique au monde, quelque chose vous dit que vous allez en mourir d’ennui.
Pour une fois n’écoutez pas cette petite voix intérieure et foncez au musée Le Secq des Tournelles ! Car cette église aujourd’hui dédiée à la célébration des arts du fer vous réserve des tonnes d’émotions muséales, une déferlante de stupéfaction, d’admiration, de plongeon dans le passé humble ou prestigieux, et une sympathie certaine pour les deux passionnés qui lui ont consacré leur vie.
Tout a commencé au 19ème siècle quand Jean-Louis Le Secq des Tournelles s’est mis à collectionner les objets en fer les plus étonnants et les plus hétéroclites, des grilles de châteaux aux couteaux de cuisine, des serrures sophistiquées aux cabochons de souliers.
Papa LSdT ne s’est pas contenté d’amasser des trésors, il a aussi transmis la manie de la collectionnite à son fils Henri. C’est devenu sa vie, au fiston, pendant plus d’un demi-siècle.
Difficile d’imaginer les merveilles accumulées au fil des décennies par ces deux amoureux du fer. Les enseignes les plus ouvragées surplombent des coffres bardés de renforts, dont les mécanismes paraissent réglés au micron. Les briquets succèdent aux lits à baldaquin, les dés à coudre aux balustrades.
La présentation thématique et chronologique conduit le visiteur éberlué à la découverte d’une multitude d’ustensiles dont l’usage si familier à nos aïeux s’est perdu, ou qu’on préfère aujourd’hui dans un autre matériau. On a oublié tout ce qui se faisait en fer autrefois, tous ces objets qui avaient leur place dans la rue, à l’église, dans toutes les pièces de la maison, dans l’âtre, sur les tables, jusque dans la parure…
La maestria avec laquelle les artisans d’alors ont travaillé le fer, la finesse de certaines pièces émerveille. Saurait-on encore les fabriquer de nos jours ?
Au cours de la visite on ne peut s’empêcher de se sentir gagné par la fascination des Le Secq des Tournelles pour ce matériau aux mille métamorphoses. Et d’avoir envie de les remercier de nous avoir fait partager leur érudition et leur dévorante passion en léguant leur collection à la ville de Rouen en 1921.

Le Musée de Normandie à Caen

machine à laver le beurre, musée de Normandie, château de CaenAvez-vous une idée d’à quoi sert cet engin ? Il se trouve au Musée de Normandie à Caen, un musée consacré à l’histoire normande et aux arts et traditions populaires.
C’est, explique le cartel, une « machine à laver le beurre » du début du 20e siècle. La petite fontaine sert à faire couler un filet d’eau sur le beurre fraîchement battu, que l’on malaxe grâce au fuseau monté sur pignons. Ingénieux, non ?
Nos ancêtres avaient plus d’un tour dans leur baratte pour se faciliter un peu le travail. Il valait mieux, car la Normandie assurait depuis le 18e siècle l’approvisionnement en beurre de la capitale. Progressivement, et surtout avec l’arrivée du chemin de fer, les champs de céréales ont été remplacés par les prés où paissaient les bonnes vaches normandes. Le débouché des produits laitiers a modifié le paysage.
Donc, il faut laver le beurre. A force qu’il nous arrive tout pasteurisé dans le chariot, on en oublierait comment on le fait. J’ai essayé, et ce n’est pas si évident de le réussir. Il faut se procurer de la crème crue et la battre à vitesse lente pendant dix bonnes minutes. Tout à coup elle se met à prendre en petits grains de beurre, victoire ! C’est alors qu’il faut laver doucement le beurre obtenu pour le débarrasser du babeurre et éviter qu’il ne rancisse.
Il ne reste plus qu’à le tasser dans un joli moule gravé d’une vache ou d’une fleur. Le goût est bien sûr incomparable…
Tellement délicieux que les bourgeois de Rouen étaient prêts à payer fort cher le droit d’en manger pendant le carême ! C’est grâce à cette « indulgence » qu’a, dit-on, été construite la tour de droite de la Cathédrale de Rouen, surnommée la Tour de Beurre.

Le musée de Normandie est installé dans le château de Caen, où il occupe l’ancien Logis des Gouverneurs. Il présente une foule d’objets insolites, émouvants, qui ont fait le quotidien de nos aïeux, et des pièces rares comme une splendide robe de mariée tout en dentelle blonde de Caen. La visite est passionnante, et, quelle chance, gratuite, (tout comme le musée voisin des Beaux-Arts) ce qui permet de voir et revoir le musée.

Maison natale de Corneille

A Rouen, la maison natale de Pierre CorneillePierre Corneille a eu l'extrême courtoisie, et je l'en remercie, de naître à une date facile à retenir : le 6 juin 1606.
Lui qui a composé tant de vers qui sont venus s'inscrire dans la mémoire de générations de comédiens, a choisi pour venir au monde un lieu non moins mnémotechnique : la rue de la Pie. C'était bien vu pour qui portait un nom d'oiseau, et s'est rendu célèbre par la plume.
La rue de la Pie où naquit le grand dramaturge se trouve à Rouen, à deux pas de la place du Vieux Marché où avait été dressé, en 1431, le bûcher de Jeanne d'Arc.
Au numéro 4, la maison natale de Pierre Corneille, signalée par une inscription, se visite. C'est une belle demeure à colombages dans laquelle le cabinet de travail du poète a été reconstitué. Le musée Corneille de Rouen présente aussi des meubles et tableaux du 17e siècle et une riche bibliothèque.
Mais les amoureux de l'auteur du Cid, s'ils n'ont que peu de temps pour visiter Rouen, se trouvent confrontés à un choix cornélien : car il existe un deuxième musée Corneille non loin, dans la banlieue rouennaise, à Petit-Couronne. Il s'agit de la "maison des champs" de la famille, une belle demeure à pans de bois essentés, garnie d'une foule de souvenirs.
Ce musée Corneille départemental est agrémenté d'un joli jardin où l'on peut voir encore le puits, le four à pain, le potager et le verger, et même l'auge aux cochons. Tout cela ajoute au pèlerinage sur les lieux d'inspiration du dramaturge une petite touche prosaïque et champêtre qui ne manque pas de charme.

L’appartement Perret au Havre

La cuisine de l'appartement Auguste Perret au HavreC’est un saut dans le temps, mais un saut de puce. Comme un décor de cinéma pour un film qui se passerait dans l’immédiat après-guerre, un remake de Tati par exemple.
Au Havre, depuis le classement des immeubles de la Reconstruction au Patrimoine Mondial de l’Unesco, un appartement témoin a été restitué tel qu’il pouvait exister au tout début des années 50. Aménagé, meublé, décoré avec un grand souci du détail, il permet de se figurer avec beaucoup de réalisme comment les Havrais y vivaient.
Sitôt la porte franchie, une colonne de béton à facettes, ma foi assez élégante, frappe le visiteur. Elle n’était pourtant pas vraiment du goût des propriétaires relogés, qui se sont enquis de savoir comment on pouvait la supprimer. Pas question, elle est porteuse ! En contrepartie, les cloisons peuvent être retirées si on le souhaite.
Le plan se veut fonctionnel : cuisine à côté de l’entrée pour faciliter le rangement des courses, pièces à vivre côté rue, chambres côté cour, salle de bain aveugle entre les deux. La modularité est donnée par plusieurs cloisons repliables qui permettent de créer des grandes pièces ou de petits espaces. La cuisine « laboratoire » s’ouvre sur le living, sans porte. L’électro-ménager y fait une entrée en fanfare. Gazinière, cocotte-minute, grille-pain, moulin à café… On peut ouvrir les placards garnis de vaisselle d’époque en verre coloré et de casseroles en alu.
Les pièces à vivre baignent dans une lumière généreuse grâce aux nombreuses portes-fenêtres. Le chêne clair domine, du parquet aux meubles aux lignes sobres. Perret recherche l’épure, en réaction aux surcharges de l’Art Nouveau. La même simplicité des lignes règne dans le mobilier dessiné par Gascoin. Mais on y retrouve aussi le souci de créer des meubles qui se transforment selon les besoins, avec des tablettes qui se rabattent, des lits gigognes…
De l’ensemble émane une impression d’unité de style, agréable et chaleureux malgré sa sobriété. Ce sont certainement des appartements où il fait bon vivre, encore aujourd’hui. Et dans celui-ci, on se surprend à éprouver une certaine nostalgie pour cette époque où l’on ambitionnait encore de créer « l’appartement idéal ».

L’Orangerie new look

Entrée des Grandes Décorations de Monet au musée de l'Orangerie, ParisLe Musée de l’Orangerie a rouvert au printemps dernier après de longs travaux. Un de leurs buts était de restituer la présentation d’origine des Grandes Décorations de Monet, des tableaux hors norme, uniques dans l’histoire de l’art.
Dans les deux salles ovales contiguës, qui dessinent la forme du symbole mathématique de l’infini, les toiles marouflées sur les murs vibrent à nouveau, dans un écrin blanc nacré.
La lumière naturelle zénithale est adoucie d’un écran dépoli, comme lors de leur mise en place dans le musée, en 1927.
La rénovation de l’Orangerie a rétabli le petit hall d’entrée qui existait du temps de Clemenceau, et qui surprend par son dépouillement. Comme s’il fallait préparer ses yeux à un choc en les laissant errer sur des cimaises vides.
Maintenant, on accède de plain-pied au chef-d’oeuvre de Claude Monet, alors qu’il fallait absurdement, autrefois, monter au premier étage puis redescendre un escalier tortueux.
Toute l’histoire de l’Orangerie était dans ce cheminement bizarre. Les infinies tractations d’un Monet tâtillon, qui aboutissent enfin au don du fruit de ses dix dernières années de travail à la France et à l’installation de ses immenses toiles dans les salles dessinées pour elles. Puis, très vite, le désintérêt du public, passé à d’autres modes. Et la création d’un étage pour présenter une somptueuse donation, la collection Walter-Guillaume, étage qui condamnait les Grandes Décorations à la lumière artificielle et les reléguait « en bas ».
Mais la roue tourne, et dès les années 60 le public a redécouvert et plébiscité les Nymphéas. Avec 500 000 visiteurs par an, leur mise à l’écart était devenue insupportable, honteuse. D’où les travaux quasi pharaoniques entrepris pendant six ans.
Si les nouvelles salles sont des réussites indéniables, leur accès déconcerte. Etait-il indispensable d’inventer cette façade intérieure de béton brut ? Et de reléguer la magnifique collection Walter-Guillaume au sous-sol ? On dirait que c’est elle qui est punie maintenant.

Le musée Marmottan-Monet

Nymphéa, Claude MonetLe musée Marmottan-Monet se trouve dans le 16e arrondissement, à l’ouest de Paris, près des jardins du Ranelagh et de la porte de la Muette. Excentré par rapport au pôle muséographique Louvre-Orsay, il est méconnu. C’est injuste et dommage.
Pas de longue file d’attente ici : les gardiens sont parfois plus nombreux que les visiteurs. C’est donc dans le calme qu’on peut se laisser éblouir par les oeuvres exposées.
Il y a d’abord la collection de tableaux de Monet, au sous-sol, la plus large au monde en collection publique. Des Monet et rien que des Monet, les uns à côté des autres, ceux auxquels il tenait et qu’il n’a pas vendus, la vue de Vétheuil « un peu trop blanche » pour le baryton Faure, une cathédrale de Rouen nimbée de soleil, un Parlement de Londres émergeant de la brume… Et tout à coup, vous voilà face à face avec le célèbre « Impression, soleil levant ».
Evocation de l’Orangerie, une pièce ronde présente des déclinaisons de nymphéas et de bassins. Et puis, de magnifiques ébauches de tableaux, une Glycine tracée en quelques coups de pinceau, des Iris aux gracieuses courbes très Art Nouveau, dévoilent l’oeuvre en train de se faire.
Le musée Marmottan est issu des legs de plusieurs collections privées, notamment celle de Monet lui-même. Outre les oeuvres achevées dont il ne s’est pas séparé, elle comportait son fond d’atelier et les tableaux de ses amis impressionnistes.
C’est à Marmottan que l’on peut voir la palette de Monet encore couverte de peinture, ses premières caricatures, ses carnets de croquis…
Habituellement, le musée présente aussi au premier étage les tableaux donnés ou vendus à Monet par ses amis impressionnistes, qui ont pour noms Renoir, Cézanne, Pissarro, Sisley, Manet, Morisot… Plusieurs de ces oeuvres représentent le peintre ou sa femme Camille. Cet hiver, elles ne sont pas visibles. Jusqu’au 25 février 2007, elles sont remplacées par une exposition temporaire de la collection d’estampes japonaises de Monet.
La visite se termine par les collections de meubles et objets d’art de style Empire du rez-de-chaussée, des pièces exceptionnelles qui évoquent les fastes du 19e siècle. Enfin, à l’opposé des dorures et des aigles, la salle Wildenstein plongée dans la pénombre révèle une rare collection d’enluminures extraites de manuscrits du Moyen-Age.

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Ariane.

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