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Le papillon petite tortue

papillon petite tortue

Les premières journées un peu tièdes de la fin de l'hiver voient réapparaître les papillons. A Giverny, on observe déjà le vulcain, le paon du jour et la petite tortue, qui ont passé les semaines les plus froides sous forme adulte, cachés dans une grange ou un abri de jardin. 

La petite tortue est l'un des papillons les plus jolis. Son nom vient de ses taches jaunes et brunes qui évoquent les écailles du reptile homonyme. Au bout des ailes, la petite touche de blanc permet de la distinguer à coup sûr de la grande tortue, un autre papillon qui lui ressemble. 

Comme la petite tortue sait tout des couleurs complémentaires, ses ailes orange sont bordées d'une série de petites taches bleues du dernier chic. Vous pourrez les admirer si elle veut bien se poser quelque part. Elle cherche les premiers nectars, mais aussi les rayons du soleil.

Les femelles iront bientôt pondre pour assurer la prochaine génération. La plante-hôte de leurs chenilles est l'ortie, rien à craindre donc pour les précieuses fleurettes du jardin.

Des salamandres

La ville du Havre porte une salamandre sur son blason, souvenir de son fondateur François Premier. Le grand  roi de la Renaissance s'était choisi cet animal "magique" comme emblème. On retrouve la salamandre partout dans les châteaux qu'il a construits, comme par exemple sur cette cheminée du château de Blois. La salamandre y figure à côté de l'hermine, emblème de son épouse Claude de France, fille d'Anne de Bretagne.

Cheminée du château de Blois portant les emblèmes de la salamandre et de l'hermine

Pourquoi la salamandre ? On la croyait capable de résister au feu, donc indestructible. Combien de petites bêtes auront succombé à la curiosité des humains tentés de vérifier ce postulat ?

On laisse désormais les salamandres tranquilles, et c'est

(suite…)

Vie sauvage

Canards colverts à Giverny

La vie sauvage arrive à s'inviter dans les jardins au coeur des villes, alors a fortiori à la campagne. Ce matin ces deux canards venus d'on ne sait où avaient pris leurs quartiers dans l'étang aux Nymphéas de Monet. Resteront-ils ? Ce n'est pas sûr qu'ils apprécient l'agitation du lieu. En attendant ils posaient comme de vrais pros pour les visiteurs.
Aux petites heures du jour, c'est un héron qui vient parfois prendre son déjeuner. Il est le bienvenu pour limiter la prolifération des grenouilles.
Samedi dernier, un intrus plus inattendu a nécessité l'intervention des gendarmes. Un chevreuil un peu perdu s'est introduit dans le jardin d'eau, par le ruisseau semble-t-il. Paniqué de se retrouver coincé par les grillages qui l'entourent, il courait en tous sens à la recherche d'une issue. Les forces de l'ordre ont fermé la route pendant quelques minutes, les surveillants ont ouvert la grande porte du jardin, celle qui sert à faire passer le matériel de jardinage, et le chevreuil a fini par trouver comment s'échapper. Il a bondi vif comme l'éclair en direction de la prairie.
Personne n'a l'air de se souvenir qu'un pareil incident se soit déjà produit. Serait-ce une première ? Les chevreuils sont plutôt d'un naturel craintif… Celui-ci était sûrement un amateur d'art passionné d'impressionnisme, qui avait envie de brouter les nymphéas de Claude Monet…

Bourdon

Bourdon et sauges

Tant qu’il fait beau et tant qu’il y a des fleurs, les butineurs butinent. Tant qu’il ne gèle pas, les sauges sagement continuent de fleurir.
J’ai de la tendresse pour ces ouvriers de la dernière heure. J’admire cette synergie entre les insectes et les plantes, cette foi des sauges dans la présence des bourdons et des abeilles pour venir les visiter, même si tard en saison, les féconder et poursuivre le cycle de vie.
Dans le tourisme aussi les clients deviennent rares, mais pour les visiteurs de novembre les guides disponibles ne sont pas si faciles à trouver. Cet après-midi j’avais une visite de Vernon, et la pluie nous a accompagnés tout du long. Comme toujours dans ces cas-là je me suis débattue avec le dilemme de vouloir faire court pour ne pas maintenir les personnes sous la pluie, mais en même temps de ne pas faire trop court car c’est mon rôle de raconter, de commenter et d’expliquer.
Quand le temps n’est pas très coopératif, quelle est la dose exacte de discours nécessaire et suffisante, la durée maximale de la visite avant que les clients ne se mettent à détester leur guide ? Eux aussi font face à un dilemme, entre leur envie de rester au chaud et leur engagement dans le voyage. Ils sont venus voir, découvrir, s’émerveiller et peut-être apprendre, au prix d’un trajet long et éprouvant. Quand il pleut, ces attentes sont plus vite satisfaites…
Je me demande si les insectes connaissent les dilemmes. Je pense que non. Quand il pleut, les bourdons ne sortent pas. Je ne crois pas qu’ils se forcent à faire ce qu’ils n’ont pas vraiment envie de faire. Et à mon avis, ils ne craignent pas le regard des autres, leurs sentiments ni leur opinion, ce qui doit rendre leur vie beaucoup plus simple. Ils n’ont pas eu besoin d’inventer le parapluie.
N’empêche, peut-être bien qu’à eux aussi, la pluie leur donne le bourdon.

Une rose bleue pour y dormir

Rose Rhapsody in blue et escargot Il y aurait lieu de s’étonner de la couleur de cette rose, qui tire tellement sur le bleu qu’elle a été baptisée « Rhapsody in blue ». Mais, et je le regrette pour les obtenteurs qui se sont donné tant de mal, ce n’est pas cela qui ravit les visiteurs de Giverny. C’est le petit escargot aux motifs de coquillage, tendrement niché au coeur de la fleur pour y rêver jusqu’à la prochaine pluie.
On ne peut s’empêcher de penser aux bébés endormis dans les fleurs mis en scène par l’Australienne Anne Geddes. L’image a quelque chose de doux qui fait plaisir à voir.
De nombreux visiteurs pointent avec amusement les escargots. Je n’ose leur demander ce qui les étonne. Est-ce qu’il n’y en a pas chez eux, parce que le terrain est trop acide, et que les escargots ont besoin de calcaire pour se faire une coquille ? Ces personnes vivent-elles dans un milieu si urbain qu’on n’y croise jamais de gastéropodes ? Ou sont-elles comme moi fascinées par leurs couleurs et leur lenteur, en un mot leur philosophie de la vie ? Ou est-ce de les voir en hauteur, et non pas au ras du sol comme on se les imagine ?
Curieusement, à force de planter des fleurs exotiques partout sur la planète, à climat égal on trouve à peu près les mêmes partout. Mais la faune reste locale. Ainsi, les visiteurs américains cherchent en vain des colibris dans les jardins de Monet. Quand je leur dis qu’il n’y en a pas en France, ils n’en reviennent pas. « Je vais vous en envoyer des miens, ils vont être ravis dans un jardin comme celui-ci ! » proposait une Californienne ce matin.
Pas de colibris, ni de papillons monarques non plus. Les asclépias, plante hôte des monarques, sont très peu butinés à Giverny. En Floride où ils poussent de façon spontanée, il paraît que les papillons les adore, toutes espèces confondues.

Un coup sur la tête

Punaise sur ciguë Cette photo n’est PAS prise dans les jardins de Monet, mais, une fois n’est pas coutume, dans le mien.
J’ai un peu de mal à me faire à l’idée, mais le doute n’est plus permis, tout est très bien expliqué : il pousse de la ciguë dans mon jardin.
Ca fait bizarre de voir de près cette plante mythique. L’empoisonneuse de Socrate. Toute cette aura mortelle qui l’entoure confrontée à sa banalité, à son apparence tellement commune et inoffensive.
C’est une jeune maman qui m’en a parlé. Elle s’inquiète beaucoup parce que, dit-elle, « il y en a partout ». Allons allons, ai-je pensé, elle exagère, elle craint pour sa petite c’est normal, mais de là à faire une fixation sur la ciguë… Je ne pensais pas en avoir déjà rencontré. Tout de même, je suis allée voir à quoi cette plante ressemble. Et là, d’un seul coup elle avait l’air un peu trop familier.
Ce n’est pas qu’elle m’impressionne plus que les autres, puisque chaque jardin abrite son lot de plantes toxiques, du muguet à la digitale. C’est plutôt de l’avoir ignorée jusqu’ici. Le danger s’était glissé insidieusement le long de la haie, et je ne l’avais pas vu venir et s’installer.
Non, je ne vais pas arracher la ciguë. Je crois à la biodiversité et à la démocratie. Elle peut rester à pousser, là-bas tout au fond du jardin, et servir de plante hôte aux punaises. Mais quand même, en avoir dans mon jardin, ça m’a fait un coup sur la tête. Un peu comme le résultat des élections européennes de ce soir.

La grenouille qui se prend pour un taureau

Grenouille dans le bassin de MonetPhoto : grenouille rieuse dans le bassin de Monet

Le dernier roman de Katarina Hagena, « l’Envol du héron », met en scène une bestiole assez inquiétante : la grenouille-taureau. (Katarina Hagena, rappelez-vous, « le Goût des pépins de pommes », déjà un million trois cent mille exemplaires vendus, le film sort en Allemagne le 26 septembre, il a l’air bien).
Quand je dis une bestiole, c’est une façon de parler. L’animal peut atteindre les deux kilos, il est très carnassier et dévore tout sur son passage, n’hésitant pas à avaler un canard tout cru.
Dans son pays d’origine, la Floride, la grenouille-taureau se nourrit de jeunes caïmans, tandis que les adultes deviennent prédateurs du batracien. Ailleurs aux Etats-Unis et en Europe, pas de prédateurs, si bien que la bête prolifère et se répand à raison de cinq kilomètres par an.
Je ne crois pas qu’il y en ait déjà en Normandie, même si le froid n’a pas l’air de l’arrêter, puisque l’Allemagne est touchée par l’invasion. Mais il m’est revenu en lisant le roman d’Hagena que de nombreux visiteurs américains de Giverny, en entendant coasser nos grenouilles, m’ont demandé s’il s’agissait de bullfrogs. Ils n’y mettaient aucune espèce d’inquiétude, et je ne sais s’il faut l’attribuer à la banalisation de la bête sur leur territoire ou à leur indifférence pour les périls écologiques.
Selon un rapport du Muséum d’histoire naturelle, on trouve en Normandie 17 sortes d’amphibiens. Six espèces de tritons, et des espèces qui ressemblent à des crapauds : l’alyte accoucheur, le pélodyte ponctué, le sonneur à ventre jaune, plus le crapaud commun et le crapaud calamite, et enfin cinq sortes de grenouilles, verte, rieuse, agile, rousse, verte de Lessona, et la rainette des arbres.
Le rapport expose les limites et les difficultés du recensement des amphibiens, mais il semble que la grenouille rieuse gagne du terrain depuis les années soixante-dix, par pollution génétique. Elle s’accouple avec les populations locales de grenouilles, et les descendants lui ressemblent.
A Giverny, au printemps, il y en a beaucoup, même si la grenouille rieuse (marsh frog) n’est pas la seule des espèces présentes dans le bassin de Monet. Le concert des grenouilles offre plusieurs voix. Je suis allée écouter les chants de chacune en ligne, mais c’est la seule que j’ai identifiée à coup sûr. L’affaire se corse car il semble que chaque espèce dispose de plusieurs coassements pour différentes situations, un peu comme les oiseaux.

Piéride du chou

Piéride du chouEn été, quand de nombreux papillons volettent dans les allées du jardin de Monet, l’effet est ravissant. Souvent ils sont blancs tachés de noir, surtout à proximité de la Grande allée.
J’étais curieuse de les identifier. Avec l’appareil photo en guise de filet à papillons, c’est facile, pour peu que l’un d’entre eux veuille bien se poser quelque part.
Le Larousse des papillons permet de reconnaître la plupart des espèces de nos contrées, puisqu’il en recense 320 (il en existe beaucoup plus, mais la plupart sont nocturnes et moins colorées que les diurnes). Il suffit de repérer les couleurs principales, et si possible d’avoir aussi une idée du recto des ailes.
Parmi tous les papillons noirs et blancs qui se ressemblent peu ou prou, en comparant l’ornementation, la forme, avec l’oeil d’un enfant qui joue au jeu des différences, j’ai fini par identifier sans doute possible le papillon givernois. C’est tout bonnement une piéride du chou, un des lépidoptères les plus courants.
Le commentaire proposé par le guide confirme : « Si le vol de la piéride du chou est agréable à voir dans un jardin, l’espèce est surtout connue pour ses chenilles grégaires qui – ce n’est pas rare – ravagent les feuilles de choux et autres plantes apparentées. »
Que fait donc cette piéride dans un jardin de fleurs, sans l’ombre d’un gros chou à l’horizon ? L’encadré qui précise ses plantes-hôtes, c’est-à-dire celles sur lesquelles elle vient se reproduire, éclaircit le mystère. Ses grassouillettes chenilles pouvant mesurer quatre centimètres de long adorent aussi… les capucines.
Est-ce pour consoler les jardiniers victimes de la voracité de ces chenilles ? Une petite note livre une histoire atroce. La piéride du chou est souvent elle-même victime d’un parasite qui « pond dans le corps de la chenille. Après avoir consommé ses organes internes, il en sort pour se nymphoser dans un cocon jaune sur le corps de sa victime.« 
La pauvre bête, elle finirait par avoir notre sympathie.

Le temps des grenouilles

Il a suffit d’une seule journée un peu douce, et tout est changé.
Le jardin de Monet que j’ai quitté hier s’est métamorphosé, j’ai l’impression de l’avoir laissé pendant une semaine.
D’un coup d’un seul, le hêtre pourpre a ouvert ses bourgeons.
Les petites feuilles tendres sont là, fragiles, au bout des rameaux, vertes encore.
Dans les massifs, de nouvelles fleurs apparaissent partout, les premiers rhododendrons, les premiers oeillets du poète.
Scilles et camassias bleuissent de toutes parts.
Le muguet est juste parfait.
Une seule journée à la température printanière, c’est ce qu’attendaient les grenouilles.
Elles se mettent à chanter leurs amours, si fort qu’on les entend depuis le haut du jardin, devant la maison de Monet.
Les visiteurs sont souvent surpris de leurs coassements qui ressemblent au cri du canard.
Les grenouilles ont leur solarium de prédilection du côté des azalées, et cette année ce sont de gros bestiaux presque noirs avec une rayure verte sur le dos.
Tous ces jours où nous nous imaginions sous nos parapluies que les grenouilles étaient à la fête, elles avaient déserté leur tertre, le soleil les a fait revenir.

Plume

Plume blancheLes araignées se montrent plus industrieuses que jamais ces derniers temps. Chaque nuit, elles tissent des milliers de toiles dans le jardin de Monet.
Le matin, la brume révèle leurs délicates broderies disposées sur les plantes comme du linge à sécher.
Toutes les qualités de fils sont en démonstration, les gros fils tirés d’un arbre à l’autre qu’on nomme fils de la Vierge, les fils très fins et serrés qui forment des résilles sur les massifs de fleurs, les toiles en fils moyens comme autant de petits parachutes arrondis par la brise.
Infatigables, les araignées tissent. Que pensent-elles attraper en lançant ainsi leurs filets à filtrer l’air, les uns à côté des autres ? Y aurait-il pléthore de provende, surproduction de moucherons ?
Ce matin j’ai eu la réponse.
Si les araignées tendent partout leurs pièges dérisoires, c’est qu’elles espèrent y capturer l’un des anges qui rendent visite, la nuit, au petit paradis terrestre de Claude Monet.

Paon du jour

Paon du jourTout le monde a déjà vu ce beau papillon ocre dont les ocelles rappellent celles des plumes de paon. Sans chercher plus loin, l’imagination populaire l’a aussitôt baptisé paon, plus précisément paon de jour, puisque c’est un papillon diurne, pour le distinguer des paons de nuit.
Il existe deux autres sortes de papillons à ocelles, nocturnes, le grand et le petit paon de nuit. Le premier mérite son qualificatif : c’est le plus grand papillon d’Europe.
Je ne me promène pas à la nuit tombée dans les jardins de Monet, impossible donc de savoir si des paons de nuit le fréquentent dans les ténèbres. Cela doit être impressionnant d’en croiser, grands comme la main, guidés par leur odorat si performant qu’ils sentent une femelle à cinq kilomètres. (Encore plus forts que le Grenouille de Süskind dans le Parfum !)
En revanche, ces jours-ci, le clos normand est plein de paons du jour, battant des ailes sur les asters.
On ne sait pas trop pourquoi les paons, les vrais, les oiseaux, ont des ocelles. Certes, en faisant la roue ils séduisent les femelles, mais selon Darwin, ils auraient dû disparaître, voyants, lents et repérables comme ils le sont.
Le paon ne cherche jamais à faire dans la discrétion, même sur le plan auditif. Son cri caractéristique de « Léon ! » est si sonore qu’il s’entend à un kilomètre. (Et Léon, c’est justement le nom du paon du jardin des Plantes de Rouen. )
Malgré ces handicaps, le paon n’a pas disparu, peut-être parce que ses plumes lancent au prédateur un message du style « Ne t’en prends pas à moi ! Si je ne me cache pas, c’est parce que je suis totalement immangeable. » Quant à savoir si c’est vrai… On en mangeait au Moyen Âge, mais on mangeait n’importe quoi, et j’imagine que si la grande distribution ne nous en propose pas, c’est que ce n’est pas terrible.
Monet était fasciné par les plumes de paon. Il en avait un gros bouquet dans le coin de son salon-atelier, où il pouvait à loisir admirer le chatoiement de la lumière dans les plumes qui sont, à la base, noires.
Pour ceux que l’explication scientifique des jeux de lumière dans les plumes de paon intéresse, Maurice Pomarède indique que leurs microlamelles parallèles forment un réseau.

Leur écartement est de l’ordre du 1/10 de micron, de telle sorte que le retard entre deux rayons d’une même radiation frappant deux lamelles successives peut entraîner leur annulation. La suppression d’une radiation dans la lumière blanche se traduisant par l’apparition de la couleur complémentaire, de tels réseaux seront à l’origine de couleurs structurales.

Après cela, les plumes de paon ont-elles perdu pour vous une partie de leur mystère ?

Si l’on ignore encore pourquoi les paons alignent des ocelles dans leur plumage, on sait en revanche très bien pourquoi les paons du jour en arborent sur leurs ailes.
Regardez la photo, et vous ne verrez plus que ça : les deux ocelles du bas sont la copie conforme des yeux d’un chat. Incroyable, non ?
Le jour où la roulette des mutations s’est arrêtée sur cette combinaison, pour le paon du jour, cela a été le jackpot.
Le papillon a surtout à craindre des oiseaux. Or, qui est l’ennemi héréditaire des oiseaux ?
Mistigri.
Raminagrobis.
Grippeminaud.
Qu’un oiseau affamé s’approche du paon de jour, celui-ci écarte grand ses ailes, comme s’il faisait « bouh ! » et l’oiseau découvre le regard d’un chat fixé sur lui. Panique du prédateur sur le point de devenir, croit-il, proie.
Tous les oiseaux ne s’y laissent pas prendre, bien sûr, pas plus qu’aux épouvantails. Mais souvent, ça marche.
Alors, paon du jour ? Papillon chat serait plus approprié.

Sauterelle

Sauterelle sur fleur de pavotVert sur rouge : si cette sauterelle se croit bien dissimulée sur sa fleur de pavot, c’est qu’elle n’a visiblement pas la même vision des couleurs que nous. Les sauterelles seraient-elles daltoniennes ? Ou feraient-elles davantage confiance à leurs antennes qu’à leurs yeux ?
Des antennes longues comme des cannes à pêche, qu’elles brandissent loin au-devant d’elles, des appendices fragiles susceptibles de se casser.
Être sauterelle, c’est aussi avoir une armure pour protéger tout ce qui est tendre à l’intérieur. Et des cuisses puissantes, capables de vous propulser très loin, dans la direction la plus inattendue. Ça ne vous donnerait pas envie d’essayer, d’être une sauterelle pour un jour ou deux ?

Les carpes du parc

CarpeLes carpes sont à l’étang de Monet ce que les baleines sont à l’océan. Elles ont des cétacés la couleur grise et l’ondulation à la fois souple et lourde. On les guette, à défaut du souffle jaillissant de leurs évents, les visiteurs repèrent leurs bulles. Les carpes créent l’évènement dès qu’elles s’approchent du bord.
Peu leur chaut : il en faut beaucoup pour émouvoir une carpe. Elles laissent les enfants s’écrier, les adultes montrer du doigt. Elles poursuivent leur objectif. Est-ce une pensée intérieure, même frustre, qui les guide dans leurs évolutions aquatiques ? Ou est-ce le seul hasard qui prévaut à leurs déplacements ?
Elles s’agitaient ce matin, en train de frayer sans doute, bondissant avec une énergie inhabituelle hors de l’eau où elles ondoyaient deux par deux.
Parfois on les surprend, avec leur tête étrange, profilée comme le cockpit d’un avion, les yeux renfoncés, la lippe boudeuse. Elles se glissent entre les nénuphars, en gros sous-marin qui peine à être furtif. Elles sont ici chez elles, comme leurs cousines de papier sur les estampes d’Hiroshige que Monet aimait, et qui on pris leurs quartiers sur les murs bleus de sa maison.
Les carpes voient notre monde par en-dessous. Nous sommes de l’autre côté de la surface, inaccessibles et lointains. Bruyants.
Elles, elles ont fait voeu de silence, tandis qu’elles tournent autour des tiges de Nymphéas.
Certains jours, où j’ai dû parler plus que de raison, je dois avouer que je les envie.

Collection photographique

escargotD’où vient donc ce goût de l’espèce humaine pour la collection d’images ? Des collections de joueurs de foot aux héros de dessins animés, les enfants y engloutissent leur argent de poche (j’ai toujours pensé que Pokemon était en fait la contraction de pocket money).
Les adultes les plus fortunés craquent de même, pour des tableaux, comme les enfants ils y mettent tout leur sérieux et se justifient en pensant qu’ils investissent.

Le goût de la collection est présent également du côté des faiseurs d’images. Les peintres ont tendance à décliner des thèmes, encore et encore, approfondissant leur travail à chaque nouvelle toile.
Monet est caractéristique de cette façon de procéder. Plus que dans les séries, c’est dans sa répétition interminable du motif des nymphéas qu’il révèle sa quête.

Les photographes n’échappent pas à la collectionnite. Rien de plus facile avec un appareil photo que de se laisser fasciner par la déclinaison d’un même motif, parfois tout à fait insolite.
J’ai connu une photographe qui s’intéressait aux plantes qui poussent dans des fissures, envers et contre tout. Une autre qui captait les reflets offerts par les miroirs qui aident les automobilistes à sortir de leur garage. Un livre entier qui présentait Paris vu dans des flaques.

Ce qu’on aime dans les collections, c’est que c’est semblable et différent à la fois. Comme les visages humains, peut-être.
C’est qu’on peut y assouvir un désir de classement, qui nous donne l’illusion de contrôler quelque chose.
Et un désir d’accumuler, tout à fait redoutable.

En déambulant dans les jardins de Monet, je me suis mise à photographier les escargots. J’ai retrouvé la sensation joyeuse de ramasser, toute petite, des coquillages sur la plage.
Regardez celui-ci, un vrai travail d’artiste. Les spirales ont manifestement été tracées par quelque main mystérieuse. L’harmonie des couleurs est confondante. A quoi sert tout cela ?
Ce que j’aime chez les escargots, c’est leurs acrobaties sur les feuilles, surtout les très petits. J’essaie d’imaginer leur vision du monde. Ils sont face au même environnement que nous, mais ils l’appréhendent si différemment.
Et puis, j’aime leur absurde lenteur. Comment peut-on être si lent ? Vivre à ce point au ralenti ? Dans notre monde où tout va si vite qu’on ne voit même plus les images qui défilent de chaque côté, leur lenteur m’attire comme la suprême sagesse.
Je vais photographier les escargots pour le plaisir, mais je ne vous embêterai pas trop avec ça. C’était juste pour dire que, pour s’interroger sur le sens de la vie, la beauté du monde, la place de l’homme dans la nature, il n’y a pas que les nymphéas.

Papillon Vulcain

Papillon Vulcain à Giverny
Les papillons Vulcains sont de passage à Giverny. Ils sont faciles à reconnaître avec leur cercle orange autour d’un corps marron, et leurs taches blanches au bout des ailes.
On en voit dans les asters, et sur les tournesols du Mexique dont l’orange répond au leur.
Ce beau papillon migrateur n’est pas au bout de son voyage. Le but, c’est le Maroc. C’est de là que s’envoleront ses enfants pour revenir vers le Nord l’année prochaine, en franchissant le détroit de Gibraltar puis en longeant les côtes.
Le Vulcain n’a peur de rien, à la faveur de vents du sud il est capable de viser le Danemark ou l’Islande, un pays qui doit lui plaire avec tous ses volcans.
Les vulcanologues (je veux dire les entomologistes qui étudient le papillon Vulcain) ont encore du pain sur la planche avant d’avoir percé tous ses mystères.
On l’observe depuis le 19e siècle, mais ce n’est pas facile, quand on en croise un, de savoir s’il est migrant ou s’il est né sur place, et donc de se faire une idée exacte de ses voyages au long cours. On bague les oiseaux, mais pour les papillons il va falloir trouver autre chose !
L’étape migratoire du Vulcain ne dure que quelques jours. C’est une raison de plus pour venir à Giverny ce week-end. Il va faire beau, et le jardin est d’une beauté exubérante, une explosion de fleurs et de couleurs.
Côté bassin, l’automne commence à poindre son nez, avec ses reflets chauds baignant les derniers nymphéas roses.

Camouflage

Chenille sur iris Si certaines chenilles arborent des couleurs voyantes, comme pour faire croire aux prédateurs éventuels qu’elles sont toxiques, d’autres ont une stratégie de survie bien différente.
Regardez celle-ci, par exemple, qui arpente le rebord d’un iris du jardin d’eau de Claude Monet. Ne dirait-on pas une excroissance de l’iris lui-même ?
Sa teinte, subtil camaïeu de jaune et de vert, est copiée avec une exactitude que bien des peintres pourraient lui envier. Et l’analogie entre la larve et le végétal ne s’arrête pas là : la chenille a le même aspect translucide dans la lumière. Suprême raffinement, vous verrez en agrandissant la photo qu’elle pousse le bouchon jusqu’à aligner de petits points sombres à intervalles réguliers le long de son corps, à l’image des segments que l’on voit sur la tige d’iris.
L’hypothèse darwinienne trouve ici son illustration. Des mutations successives ont fait ressembler certaines chenilles de plus en plus à la plante hôte, et les chenilles les mieux camouflées sont aussi celles qui ont le mieux survécu.
Le point faible de cette technique de survie par le camouflage, c’est le mouvement. Tant qu’elle est au repos, la chenille se fond dans la nature. Mais si elle s’avise d’avancer, son curieux pas glissé la dénonce immédiatement. Qui a déjà vu un iris faire des boucles ?

Patineur de bassin

Gerris, araignée d'eauA cause de ses pattes effilées, le Gerris est couramment appelé araignée d’eau. Des esprits plus observateurs ont remarqué qu’il n’avait que six pattes, et l’ont plus justement nommé patineur. Pour les anglophones, c’est un très romantique pond skater, un patineur de bassin.
En ce moment les Gerris vivent leur vie à la surface du bassin aux nymphéas de Claude Monet, et la plupart des visiteurs de Giverny ne leur prêtent pas la moindre attention.
Cependant, s’ils s’arrêtaient un instant pour contempler leur danse, ils auraient lieu d’être étonnés.
Car le Gerris semble défier les lois de la physique les plus évidentes, tout en s’appuyant sur d’autres, plus méconnues bien qu’elles fassent partie de nos expériences quotidiennes.
D’un mouvement brusque et saccadé qui rappelle vaguement celui de la brasse, le Gerris avance à la surface, et provoque à lui tout seul des ondes circulaires si nombreuses qu’elles en arrivent à troubler les reflets de l’étang.
Comme les oiseaux qui volent dans le ciel ou les mouches qui déambulent au plafond, le Gerris, l’air de rien, réalise sous nos yeux ébahis ce prodige dont nous sommes bien incapables, hommes de peu de foi que nous sommes : marcher sur l’eau.
C’est que, au royaume de la pesanteur, il ne joue pas dans la même cour que nous.
A notre échelle, il ne pèse rien. Mais à la sienne, il a un poids, bien sûr, assez lourd pour creuser la surface sous ses pattes, assez léger pour ne pas s’y enfoncer, grâce à la tension superficielle.
Ah ! qu’il nous est difficile de ressentir cette force de cohésion de l’eau, si fine, si légère ! Mais ses effets nous entourent. C’est elle qui arrondit les gouttes d’eau au lieu de les laisser s’étaler et se disperser partout, elle qui les retient accrochées sous la rambarde, elle qui permet de former des bulles de savon.
Les molécules d’eau, comme aimantées les unes aux autres, agissent à la manière d’un film à la surface du bassin. La faible pression exercée par le poids du Gerris ne suffit pas à percer le film.
Et cela n’a rien à voir avec le fait de flotter ou non. Pour subir la poussée d’Archimède, il faut être immergé dans le liquide. Le Gerris, avec ses pattes waterproof super-hydrophobes, en plus de marcher sur l’eau, il est fichu de garder les pieds au sec.

Libellule

libellule Le corps fuselé comme une flûte traversière, et des couleurs de pierres précieuses sous des ailes de fée Clochette : les libellules sont les plus gracieuses des habitantes du jardin d’eau de Claude Monet à Giverny.
Les plus courantes ne sont pas plus longues que le petit doigt, transparentes, aussi légères que le vent. Turquoise un peu fluo, rouge grenat, bleu outremer, on dirait qu’elles sont allées se servir dans la palette de Monet avant de venir tourbillonner au-dessus de ses Nymphéas.
Certains jours on en voit passer des maousses toutes vrombissantes, style mon papa est un hélicoptère. Difficile de ne pas les remarquer, mais pas très envie qu’elles s’approchent trop près.
Rien n’est plus insaisissable qu’une libellule. Elles ne tiennent pas en place, tout leur être est vol, mouvement.
J’avais quasiment renoncé à arriver jamais à en photographier une quand ce matin celle-ci a bien voulu poser longuement sur sa feuille d’iris.
Les photos valent par ce qu’elles montrent mais aussi par ce qu’elles nous rappellent, les images, les sensations qu’elles font revenir à la mémoire. Derrière la libellule je vois mes visiteurs de ce matin, au moment où j’ai pris la photo, un jeune couple en compagnie de deux enfants de 4 et 6 ans.
Une visite guidée avec des petits, il y a de quoi hésiter. Mais les parents, passionnés par Monet, ont tenté le coup.
Comme d’habitude je me suis régalée à donner la main, à porter pour faire voir des trucs. Entre deux explications pour adultes (pendant lesquelles les enfants alignaient avec concentration des gravillons sur un mouchoir en papier), on a regardé les poules, cherché les dindons, les poissons, décrit les couleurs des fleurs, appris à reconnaître le vrai bambou du faux, joué aux devinettes, raconté l’histoire du chat en porcelaine, senti les phlox, les lavandes, compté les abeilles et les casseroles en cuivre, admiré la marqueterie du bureau de Monet, on est descendu dans un tunnel et passé sur des ponts… et on a vu des libellules.
A la fin de la visite je serrais la main des parents pour prendre congé quand la petite de six ans m’a enlacé les jambes, un geste tendre et spontané qui m’a fait fondre. Vous en connaissez d’autres, des métiers où ce genre de choses risque de vous arriver, un câlin enfantin impromptu alors qu’on se connaît depuis deux heures ?
Cette petite fille, c’est elle, ma libellule du jour, ma petite fée Clochette.

Chenilles

Chenilles Parce qu’elles rampent, qu’elles grouillent, qu’elles dévorent les feuilles et les fleurs des plus belles plantes de nos jardins, nous n’aimons pas les chenilles.
Et en même temps elles nous fascinent avec leurs élégances géométriques, à l’image de celles des papillons.
Alors faut-il leur faire la guerre à l’égal des limaces ou les admirer avec un oeil d’esthète ?
La réponse est sans doute dans le dialogue fameux entre le Petit Prince de Saint Exupéry et sa rose. Alors qu’il s’apprête à la mettre sous globe avant de partir, la rose refuse :

– Mais les bêtes…
– Il faut bien que je supporte deux ou trois chenilles si je veux connaître les papillons. Il paraît que c’est tellement beau. Sinon qui me rendra visite ? Tu seras loin, toi. Quant aux grosses bêtes, je ne crains rien. J’ai mes griffes.

Elle se croit invincible avec ses épines… Prête à faire face aux tigres comme aux chenilles tigrées !

Carpe diem

poissons dans le Ru de GivernyLe Ru qui traverse le jardin d’eau de Monet est très poissonneux. Si vous avez l’oeil d’un pêcheur vous me direz quelle est cette espèce, qui a l’habitude de nager à contre-courant en marquant des points fixes. Des gardons peut-être ?
Le bassin de Monet à défaut de crocodiles héberge lui aussi de nombreux poissons, dont quelques beaux spécimens de carpes. Ce ne sont pas des carpes exotiques mais au contraire tout à fait indigènes, telles qu’on en trouve dans la Seine ou l’Epte.
Il y a quelques années la Seine a débordé. Nos carpes ont profité de l’aubaine pour s’en aller découvrir le vaste monde. Et de batifoler au milieu des prés, dans un lac qui semblait n’avoir pas de fin.
Hélas pour les carpes ce paradis n’eut qu’un temps. Un beau jour la Seine prise de fatigue décida de regagner son lit. Les carpes ne se doutant de rien se retrouvèrent piégées dans des flaques de moins en moins profondes. L’évaporation aurait fini par avoir raison d’elles. Mais heureusement, avant qu’elles ne périssent de leur étourderie, quelques bonnes âmes vinrent les sauver avec le secours de grosses poubelles, avant de les relâcher dans l’étang de Monet, où elles coulent des jours heureux, à voir la taille ventripotente qu’elles ont atteinte depuis.
J’aime bien les carpes, de braves herbivores paisibles, mais il y en a un qui n’est pas mon copain, c’est le brochet. Quelquefois on l’aperçoit qui profile sa silhouette inquiétante entre les nénuphars. Les petits poissons filent se cacher dès qu’ils voient frémir ses moustaches !
Le casier judiciaire du brochet est tristement bien rempli. Car non content de semer la terreur chez les pitchouns, il ne s’en prend pas qu’aux poissons. Figurez-vous qu’un couple de poules d’eau avait fait son nid sur le petit îlot au milieu du bassin. Quand les poussins naquirent, papa et maman les emmenèrent promener sur l’eau. Ce monstre de brochet les a tous gobés un par un.

Dis-moi si demain il fera beau

escargotPelotonné comme un chat, enspiralé comme un gastéropode, roulé en boule comme un hérisson, le mauvais temps nous souffle des envies de repli sur soi.
Et si on se mettait la tête sous l’aile, si on allait hiberner jusqu’au retour du printemps ?
On dormirait en oubliant la pluie, le vent et le froid.
Et on s’étirerait en bâillant à l’arrivée des premières jonquilles…

Limace

LimaceJe fais beaucoup de progrès en anglais ces temps-ci. Par exemple, j’ai appris à dire une limace : a slug.
Ca se prononce sleug, et rien que de le dire on fait déjà une grimace de dégoût.
Je trouve ça injuste pour ces pauvres limaces. Elles n’ont pas choisi d’avoir à se traîner pour avancer, de devoir produire pour ce faire toute cette bave qui nous répugne. Elles n’ont pas choisi d’avoir un régime alimentaire qui nous les fait détester. Slug.
Bien sûr, je suis comme tout le monde, les limaces me dégoûtent de façon irrationnelle. Pourtant il y en a de jolies en livrée tigrée, d’autres d’un roux qui n’a rien à envier à celui des écureuils. Elles aiment la pluie, elles sont humbles et voraces. Ca rime avec limace, tous les jardiniers en savent quelque chose.
A l’opposé nous avons une affection guère plus justifiée pour d’autres petites bêtes aux noms charmants : les coccinelles, les libellules, les hirondelles. Pourtant je suis sûre que si on allait y voir de près… Vous trouvez ça ragoûtant, vous, de se nourrir de pucerons ou de moustiques ?
Il n’y a pas plus goulu que les hirondelles en matière de mouches en tout genre. Les hirondelles, les grandes nettoyeuses du ciel : en anglais une hirondelle se dit a swallow, le même mot que le verbe avaler.

Fourmi

Fourmi en équilibre sur une pivoineC’est dingue, la vie des petites bêtes. Les ressources énormes qu’elles ont – marcher au plafond, grimper sur des parois lisses et verticales, se faufiler dans le moindre interstice – et les obstacles insensés auxquels elles sont confrontées. Pensez-vous qu’on puisse se perdre à l’intérieur d’une pivoine comme sur un échangeur d’autoroute, que ses pétales denses vous fassent l’effet d’un labyrinthe ?
Mais qu’est-ce qu’elle est venue faire ici, cette fourmi ? Quel est son but, vers où court-elle au péril de la chute ?
Je l’envie un peu de pouvoir trottiner à même ces surfaces merveilleuses qui évoquent les fleurs en sucre des pâtissiers, mais là, franchement, elle me donne le vertige.

Grenouille ou crapaud ?

Crapaud sur un nénuphar dans le bassin de Monet à GivernyC’était d’abord une rumeur, il y aurait des grenouilles dans le bassin de Monet à Giverny.
Puis j’ai entendu un papa et son fils parler des deux belles grenouilles qu’ils avaient vues sur un radeau de nénuphars. Rendue sur les lieux qu’ils m’indiquaient, pas l’ombre d’un batracien en vue, hélas.
Ensuite, j’ai surpris un coâ sonore et répété, mais pas moyen d’admirer le ténor caché dans les roseaux.
Enfin, enfin, hier, je l’ai vue, tapie tout près de la berge. C’était l’heure du bain de soleil et la bête ne bougeait pas, j’ai pu l’observer et la photographier à loisir.
Comme vous pouvez le constater c’est un bestiau de belle taille, ce qui fait que je me demande si en fait de grenouille il ne s’agirait pas plutôt d’un crapaud. Si c’est une grenouille, elle est pourvue de cuisses dodues qui auraient fait le régal de la famille de Monet. On raconte qu’un jour les garçons avaient attrapé soixante grenouilles. Brrr… J’avais envie de les voir, mais de là à les imaginer grouillant comme une plaie d’Egypte…

Escargot

Escargot en équilibre sur une pivoine arbustive dans le jardin de Claude MonetIl suffit que le temps soit humide, même s’il ne pleut pas, et voilà tous les escargots de sortie.
L’escargot est un ambitieux. Ce mollusque, conçu pour vivre au ras du sol, a le goût des cimes. Il grimpe, poussivement certes, mais il grimpe. Il colonise les pommiers.
Condamné à l’immobilisme les trois quarts du temps, il doit soupirer d’aise quand l’hygrométrie remonte. Voici venu le temps de se dégourdir le muscle et de se remplir la panse.
Dans le jardin de Claude Monet à Giverny, j’ai surpris celui-ci dans une position délicate, en équilibre sur une pivoine arbustive. Le poids de sa coquille va-t-il l’emporter et le faire dégringoler jusqu’à la case départ, tout au fond de cette jungle ? Comment va-t-il se tirer de ce mauvais pas ? Va-t-il glisser jusqu’au bas de la feuille pour passer sur celle d’en dessous, ou bien faire demi-tour vers la tige de la plante ?
Je n’ai pas eu la divine patience d’un escargot pour attendre le dénouement. Mais en capturant son image, je me suis demandée s’il y avait une conscience dans cette petite bête-là, une forme primitive de pensée. Vraiment, je me le demande.

Cher lecteur, ces textes et ces photos ne sont pas libres de droits.
Merci de respecter mon travail en ne les copiant pas sans mon accord.
Ariane.

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