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Exposition Manguin à Giverny

Henri Manguin les Estampes

Henri Manguin, "Les Gravures" 1905 Huile sur toile 81 x 100 cm Madrid, Museo Thyssen-Bornemisza. 

Le musée des impressionnismes de Giverny célèbre la couleur à travers une exposition à voir jusqu'au 5 novembre 2017 dédiée à Henri Manguin, l'une des figures du fauvisme. On a un peu oublié aujourd'hui ce grand peintre ami de Matisse, de Marquet ou de Camoin, très célèbre il y a un siècle. 

Près d'une centaine d'oeuvres retrace le parcours de ce "peintre voluptueux", pour reprendre le mot de Guillaume Appolinaire, des années de formation sous l'égide de Gustave Moreau jusqu'aux audaces chromatiques les plus vibrantes. Manguin revient ensuite à une peinture plus mesurée qui célèbre le bonheur de vivre, la beauté des paysages de la Côte d'Azur, et son amour pour sa femme Jeanne et leur fils Claude. 

C'est Jeanne, justement, qui pose deux fois dans le tableau ci-dessus, les Gravures.  Certes, la scène qui réunit autour d'un album de lithographies une femme nue et une autre sagement habillée n'est guère vraisemblable, mais quel régal pour les yeux dans le contraste des couleurs, l'expression douce des visages et la rondeur enveloppante des courbes. 

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Expositions 2017 à Giverny

Publicité pour Madame Marguerite Dufay, tromboniste

Le Musée Des Impressionnismes Giverny propose pour le début de saison 2017 une exposition qui va faire du bruit : Tintamarre ! Instruments de musiques dans l'art 1860 – 1910 s'intéresse, vous l'aurez compris, aux oeuvres picturales qui évoquent la musique. Leçons de piano si prisées de la bonne société, récitals de guitaristes, fanfares et autres orchestres ont énormément inspiré les impressionnistes, avides de figurer la vie moderne et ses loisirs.

En cela, la peinture reflète l'évolution de la société. Le 19e siècle voit l'invention ou l'amélioration d'un grand nombre d'instruments, dont certains tombent vite dans l'oubli, tandis que d'autres connaissent un succès qui ne se dément pas, comme le saxophone. Quelque 4000 brevets concernant des instruments de musique sont déposés au 19e siècle ! 

Evoquer dans une oeuvre silencieuse les harmonies musicales est une gageure, et c'est intéressant de voir comment chaque artiste s'y est pris pour surmonter cette difficulté.

C'est un peu le miroir de cette musique impressionniste dont Debussy et Ravel sont les principaux représentants, une musique descriptive qui cherche à évoquer des impressions visuelles telles que des reflets au moyen des seules sonorités. 

L'exposition articule son parcours autour d'une centaine d'oeuvres signées Manet, Degas, Renoir, Morisot, Bonnard, Whistler, Toulouse-Lautrec ou Vallaton. Elle présente beaucoup de tableaux, mais aussi des oeuvres imprimées. Pour ma part je suis tombée sous le charme de Marguerite Dufay, délicieuse tromboniste à la robe fleurie. Elle vous plaît ? Elle est à voir du 24 mars au 2 juillet à Giverny.

Le deuxième partie de la saison sera consacrée au peintre fauve Henri Manguin et ses couleurs éclatantes.

En attendant, une exposition rafraichissante est à voir au musée de Vernon jusqu'au 25 juin. "Au fil de l'eau, Seine de loisirs" nous emmène pêcher, canoter, danser dans les guinguettes et même sauter depuis le grand plongeoir, pour ceux qui n'ont pas froid aux yeux. L'expo présente des tableaux du 19e et 20e siècle, ainsi que des objets comme une yole, des costumes de bain ou l'appareil photos de MacMonnies. D'émouvants films d'avant-guerre font revivre le Vernon d'antan.

Ci-dessus : Maximilien Luce / Méricourt, la plage. Huile sur toile, musée de Mantes la Jolie.

Le musée de Mantes-la-Jolie présente l'autre volet de cette exposition, 'Seine de travail'. C'est l'occasion de redécouvrir les collections permanentes de ce musée qui possède plus de 400 oeuvres de Maximilien Luce.

Les sculptures de Degas

Petite danseuse de quatorze ans et Etude de nu pour la danseuse habillée, Edgar Degas
Petite danseuse de quatorze ans, Edgar Degas, collection particulière et Etude de nu pour la danseuse habillée, Edgar Degas, musée d’Orsay, en exposition au Musée des impressionnismes Giverny

C’est une drôle d’histoire que celle des sculptures d’Edgar Degas. On connaît bien la « Petite danseuse de quatorze ans » dont une fonte en bronze se trouve au musée d’Orsay, tout comme l’étude de nu pour la danseuse habillée. Le réalisme de la Petite danseuse et son air qui passait pour sournois firent scandale quand le public les découvrit en 1881. Mais les autres sculptures de Degas, tout de même cent cinquante au total, sont restées cachées dans son atelier jusqu’à sa mort.
Degas sculptait pour lui, des danseuses aussi bien que des chevaux. A la fin de sa vie, sa vue déclinant, c’est même la seule forme d’art à laquelle il pouvait encore s’adonner. François Thiébaut-Sisson rapporte les propos suivants, recueillis en 1897 :

C’est pour ma seule satisfaction que j’ai modelé en cire bêtes et gens, non pour me délasser de la peinture ou du dessin, mais pour donner à mes peintures, à mes dessins, plus d’expression, plus d’ardeur et plus de vie. Ce sont des exercices pour me mettre en train ; du document, sans plus. Rien de tout cela n’est fait pour la vente. (…) Ce qu’il me faut à moi, c’est exprimer la nature dans tout son caractère, le mouvement dans son exacte vérité, accentuer l’os et le muscle, et la fermeté compacte des chairs. Mon travail ne va pas plus loin que l’irréprochable dans la construction. Quand au frisson de la peau, bagatelles ! Jamais mes sculptures ne donneront cette impression d’achevé qui est le fin du fin dans le métier de statuaire, et comme après tout on ne verra jamais ces essais, nul ne s’avisera d’en parler, pas même vous. D’ici ma mort, tout cela se sera détruit de soi-même, et cela vaudra mieux pour ma réputation.

Degas a bien failli avoir raison. Vingt ans plus tard, à sa mort, l’inventaire de l’atelier révèle des statuettes de cire en piteux état. « Fendillées, racornies, poussiéreuses, où l’armature de fer trouait en maint endroit la matière plastique » selon Thiébaut-Sisson, la moitié seulement des sculptures pourra être sauvée par l’ami de Degas le sculpteur Bartholomé, et le fondeur Adrien Hébrard. Les héritiers de Degas feront don des droits de reproduction, le fondeur fera cadeau de son travail, et leurs générosités conjuguées permettront aux musées nationaux de se rendre acquéreurs de la série complète. Le musée des impressionnismes de Giverny en présente treize jusqu’au 19 juillet. Ces « essais », comme disait Degas, palpitent de mouvement attrapé au vol.

Source : François Thiébaut-Sisson, Degas sculpteur raconté par lui-même, éditions l’Echoppe

Degas au Musée des Impressionnismes Giverny

Exposition Edgar Degas, un peintre impressionniste ? Giverny 2015 MDIGUne magnifique exposition Degas ouvre aujourd’hui au musée des Impressionnismes Giverny. C’est une expo en forme de question : Degas était-il ou non un impressionniste ? On s’en doute, il y a des points qui font de lui un impressionniste pur et dur, d’autres qui l’éloignent du mouvement, et c’est cette singularité de Degas que l’acrochage explore.
On aura la chance de voir à Giverny beaucoup de chefs-d’oeuvre qui jalonnent la carrière du peintre, comme « Un Bureau de coton à la Nouvelle-Orléans », peint dès 1873, qui vient de Pau, ou sa « Petite danseuse de quatorze ans » en bronze prêtée par un collectionneur privé.
Le Degas des portraits, des courses de chevaux, des repasseuses, des danseuses, des maisons closes, est là aussi, éblouissant. On en découvre un autre moins connu : le Degas paysagiste.
Eh oui ! L’artiste qui revendiquait sa prédilection pour « la vie factice » s’est parfois intéressé au paysage. Ses pastels raffinés, d’une grande économie de moyens, évoquent plus qu’ils ne décrivent des visions de la nature conservées dans la mémoire du peintre.
Mais davantage que cette production assez marginale dans sa carrière, on retiendra surtout l’audace de Degas, un avant-gardisme qui prend le contre-pied de sa formation classique très approfondie. Ses choix de cadrage, ses mises en scène, son ironie, son détachement même en font un artiste à part et qui aujourd’hui encore dérange autant qu’il éblouit.

A voir à Giverny jusqu’au 19 juillet 2015. Billets coupe-file ici.

Bruxelles, une capitale impressionniste

Expo Mdig 2014 Bruxelles capitale impressionnisteLes deux affiches présentées côte à côte par le musée des Impressionnismes Giverny résument bien les émotions qui attendent les visiteurs de la nouvelle exposition, « Bruxelles, une capitale impressionniste » à voir jusqu’au 2 novembre 2014 : de magnifiques paysages baignés d’une lumière vibrante et vaporeuse, des portraits qui vous happent et ne vous lâchent pas.
A gauche, c’est celui de la jeune Marguerite van Mons, regard perdu dans le vague, exécuté par Théo Van Rysselberghe en 1886. A droite, un détail de La levée des nasses d’Emile Claus (1893).
Pas moins de dix musées bruxellois ont prêté des oeuvres, dont le musée d’Ixelles, partenaire de l’exposition, et aussi ceux de Gand, Charleroi, Anvers… D’autres chefs-d’oeuvres belges viennent d’Espagne ou encore de Suisse pour ce rendez-vous à Giverny, où leurs retrouvailles célèbrent le bouillonnement culturel qui anime Bruxelles au temps de l’impressionnisme.
Dans cette découverte d’artistes peu familiers au public français, les Boulenger, Morren, Hagemans, Albert, Charlet, Ensor, Meunier, Stevens… on retrouve les thèmes et les techniques familières de l’impressionnisme, mais aussi des aspects jamais évoqués par Monet et ses amis. Et c’est particulièrement cette innovation d’avant-garde qui retient, séduit ou dérange.
Car les sujets choisis sont parfois douloureux ou dénonciateurs, deuil, condition ouvrière, condition paysanne, avec ces regards captés par les peintres qui ont traversé les décennies pour venir nous interpeller aujourd’hui. Ces gens morts depuis longtemps nous fixent avec tout le poids de leur vie dans leurs yeux, dans leurs épaules. Derrière l’image idyllique d’un monde de loisirs à la campagne véhiculée par les impressionnistes surgit comme une claque la réalité sociale du XIXe siècle. C’est comme si on lisait du Zola, et ça secoue.

Pour en savoir plus

Signac, les couleurs de l’eau

Paul Signac, Concarneau calme du soir opus 220 Allegro maestoso (détail) 1891, huile sur toile, New York, The Metropolitan Museum of ArtPaul Signac, Concarneau, calme du soir, opus 220 Allegro maestoso (détail) 1891, huile sur toile, New York, The Metropolitan Museum of Art

Le musée des impressionnismes Giverny débute sa saison avec une exposition très attendue : « Signac, les couleurs de l’eau » (jusqu’au 2 juillet 2013).
A travers 130 oeuvres, cette expo évènement parcourt toute la production de Paul Signac, de ses années de jeunesse jusqu’à sa mort, sur le thème de l’eau, une thématique qui est aussi celle de l’édition 2013 du Festival Normandie Impressionniste.
Pourquoi aller voir cette exposition ? Parce que c’est une sorte d’expo Signac idéale, signée Marina Ferretti. Depuis qu’elle a été nommée directrice scientifique du Musée des impressionnismes Giverny en 2009, Marina a en tête cette échéance des 150 ans de la naissance de Paul Signac en 2013. Quatre ans pour se donner le temps de rassembler les prêts, afin de réunir des toiles dont certaines n’ont plus été présentées ensemble depuis le 19e siècle.
Marina est une spécialiste de Paul Signac. Elle sait tout de son oeuvre, de sa correspondance, de sa biographie. Elle était l’amie et la collaboratrice de Françoise Cachin, petite-fille de l’artiste. Elle a su convaincre les plus grands musées, de New York à Moscou, de prêter des oeuvres pour cette exposition.
C’est donc l’occasion de redécouvrir toutes les facettes, la singularité et la richesse de ce peintre trop souvent qualifié de pointilliste, un terme qu’il récusait : « Le néo-impressionniste ne pointille pas, mais divise, » rectifiait-il.
A travers ses tableaux élaborés minutieusement et dans un esprit scientifique, ou par ses aquarelles qui saisissent l’instant dans sa fulgurance, Signac livre ses lumineuses variations sur les rivages, comme autant de pièces musicales à la subtile harmonie.

Monet intime, photographies de Bernard Plossu

Atelier de Claude Monet, photo Bernard PlossuLe musée des Impressionnismes Giverny présente une exposition de photographies qui va durer jusqu’au 31 octobre 2012. En accès libre dans sa salle du sous-sol, elle s’intitule « Monet intime ».
Le titre est trompeur. Ne vous attendez pas à voir des photos de Monet en famille, détendu, loin des poses de la presse officielle. Pas un seul cliché ne représente Monet, et pour cause, ce sont des photos récentes.
Les 60 prises de vue ont été réalisées par le photographe Bernard Plossu suite à une commande du musée et vont entrer dans les collections.
Bernard Plossu, dont la carrière commence en 1965, s’est fait une spécialité de la photo de voyages, à l’opposé des clichés touristiques ou esthétiques. Ses photos ne donnent presque rien à voir, et tout à sentir.
C’est du noir et blanc, ou alors de la couleur aux tons si éteints qu’on dirait des photos anciennes, des tirages par le procédé Fresson dont Plossu est un défenseur acharné. Avec du grain, du flou, du gris, comme une brume sombre qui flotte.
Le photographe est venu à Giverny pendant l’hiver 2010, puis au printemps. Quand on enlève les couleurs de Giverny, les fleurs de la belle saison, que reste-t-il ?
Au fil des images, on se promène dans la maison de Claude Monet endormie pour l’hiver. Les meubles sont couverts par des housses, fantomatiques. L’éclairage est faible. On regarde timidement par les fenêtres, sans écarter les rideaux. Dehors, les ifs font des masses sombres.
On sent le photographe présent de tout son être. Comment aller vers l’euphémisme, vider la photo de tout pour qu’il n’y reste qu’un essentiel palpable et surprenant ? Il ne montre rien mais il offre le silence, le vide, une pensée disponible qui paraît flotter, réceptive. Le regard glisse deci-delà, s’arrête sur une photo ancienne, un coin de meuble, repart…
Peut-être est-ce le moment où la présence de Monet se révèle, seul dans les lieux où il a vécu. Bernard Plossu l’a ressenti, dit-il, d’où le titre de l’exposition. Il nous offre son expérience d’une visite « intime » de Giverny.
A comparer avec sa vision de l’abbaye de Jumièges, en Seine-Maritime, où une autre exposition Plossu ouvre aujourd’hui.

Maurice Denis, l’éternel printemps

Maurice Denis,<em> Avril (les Anémones)</em> 1891, collection particulière » />Maurice Denis,<em> Avril (les Anémones)</em> 1891, collection particulière.</p>
<p>Voilà une exposition qui va se trouver bien à Giverny : le Musée des Impressionnismes présente à partir du 1er avril 2012 une monographie consacrée au peintre nabi Maurice Denis. <br />
 Le thème en est le printemps, « l’éternel printemps. » C’est le titre d’un ensemble décoratif de Denis, et il résume ce que l’expo va montrer, une sélection de 80 oeuvres sur le thème du renouveau de la nature, de l’éveil à l’amour, enfin du chemin vers le spirituel pour l’âme qui aspire au printemps éternel du paradis.<br />L’expo va se poursuivre jusqu’au 15 juillet. Pendant tout le printemps, on va pouvoir passer de l’explosion florale printanière des jardins de Giverny à l’expression de ce même printemps sur la toile, ce qui est déjà un gage d’harmonie. <br />Plus encore, l’atmosphère de sérénité et de paix, de recueillement qui se dégage de l’oeuvre de Denis offre un écho très particulier à l’ambiance autour du bassin aux Nymphéas, où Claude Monet se perdait dans des contemplations méditatives. A travers ses tableaux qui célébraient la beauté de la nature, Monet cherchait à exprimer une forme d’inaccessible, que Denis trouvait dans la foi. <br />L’expo du Mdig va beaucoup plaire à ceux qui aiment se promener lentement, se laisser porter par les images, se glisser dans un rêve. Un univers pur et dénué de pesanteur, où la toile a une façon de vibrer différentes des oeuvres impressionnistes. <br style =

Derniers jours de l’expo Clark

Musée des impressionnismes GivernyVite ! Il ne reste plus que jusqu’à lundi soir pour voir l’exposition Clark au musée des impressionnismes Giverny. Le dernier jour est le 31 octobre 2011.
Après, tous ces sublimes Renoir, ces somptueux Monet (l’Aiguille d’Etretat, les Oies dans le ruisseau…) ces fascinants Corot vont reprendre la route, non pas tout de suite vers le Francine and Sterling Clark Institute de Williamstown, au Massachussetts, mais vers Barcelone dans un premier temps.
Jamais une expo n’aura fait à ce point l’unanimité à Giverny, comblé autant les visiteurs, qui ressortent éblouis par tant de toiles exquises.
Quel rassemblement de premier ordre ! Un exemple : l’oeuvre de Renoir que l’on aperçoit à gauche sur la photo, la jeune fille endormie avec un chat sur les genoux, a fait partie de la collection personnelle de Paul Durand-Ruel, le marchand des impressionnistes, qui l’avait accrochée dans son grand salon. C’est un signe qui ne trompe pas.
Bref, vous ne pouvez pas rater cette expo. Dépêchez-vous !

Francine

Francine ClaryQui fête-t-on le 14 juillet ? Les France ou les Francine peut-être, puisque c’est la fête nationale.
Une nouvelle expo vient d’ouvrir à Giverny, une pure série de chefs-d’oeuvres impressionnistes en provenance du Clark Art Institute de Williamstown. Ce musée du Massachusetts qui prête ses trésors au Musée des Impressionnismes Giverny a été fondé par un couple de collectionneurs franco-américain : Francine et Sterling Clark.
J’ai eu un peu de mal à me mettre le prénom de Monsieur Clark dans la tête : Sterling m’évoque davantage une unité monétaire qu’un prénom masculin. Au demeurant, c’est le deuxième prénom de Clark, celui que les Américains aiment bien abréger, comme le W. du président Bush.
Pourquoi Clark l’a-t-il choisi comme prénom usuel, et non pas son premier prénom, le banal et passe-partout Robert ? Cela m’intrigue, mais je ne suis pas sûre de découvrir un jour la réponse.
Donc, Sterling Clark. Il épouse en 1919 une ravissante comédienne rencontrée à Paris, Francine Clary.
Cette jeune femme, révèle le catalogue de l’exposition du musée des Impressionnismes, « née Francine Juliette Modzelewska le 28 avril 1876, était la fille d’un tailleur parisien. » Clary était son nom de scène.
Pourquoi s’est-elle choisi ce pseudo de Clary ? Parce qu’il sonne clair, par rapport à son nom patronymique plutôt compliqué pour des Français ? Ou bien y a t-il un lien quelconque avec les Clary apparentés aux Bonaparte ?
Là encore, le mystère risque fort de rester entier. Mais je m’explique bien, en revanche, que ses parents lui aient donné le prénom de Francine. J’imagine des émigrés polonais heureux de célébrer par ce biais leur nouvelle patrie.
Sterling et Francine, Clark et Clary, les prénoms et les noms des deux tourtereaux sonnent bien ensemble, dans une allitération qui paraît relever de la prédestination.
Francine est belle, Sterling est riche. Non pas en livres mais en dollars, puisqu’il est américain. S’il s’appelait Singer, tout le monde saurait d’où il tire sa fortune. Il est l’un des héritiers des célèbres machines à coudre.
Le grand-père de Sterling, l’avocat Edward Clark, était l’associé d’Isaac Merritt Singer, l’inventeur de nombreuses améliorations aux machines à coudre de l’époque. Son nom est caché dans le « et compagnie » de la I. M. Singer & Co.
Comment vit-on le fait d’être l’héritier ? Est-ce qu’on arrive à affirmer sa propre valeur, quand vos ancêtres vous écrasent de toute une fortune ?
Sterling prend ses distances avec sa famille. Il s’installe à Paris, finit par se brouiller avec son frère, au point de ne plus communiquer avec lui que par avocat interposé.
Après une jeunesse tumultueuse d’explorateur, il s’est assagi. La collection va donner un nouveau sens à sa vie.
Avec un goût sûr, il accumule les chefs-d’oeuvre, aidé dans ses choix par sa femme. Des milliers et des milliers d’objets d’art, des porcelaines, de l’argenterie, des tableaux, dessins, gravures, sculptures, livres, photos, ont formé au fil des décennies un ensemble éclectique et unique.
Quand Clark prête des oeuvres pour des expositions, « il refuse que son nom soit associé aux prêts » en raison de son « désir de rester inconnu du public ».
On commence à le surnommer Mr. Anonyme… Ce nom dont il ne veut pas faire la promotion, Clark ne le transmettra pas. Il mourra sans descendant.
Au cours des dix dernières années de leur vie, les Clark se sont employés à fonder l’institut qui porte leur nom. Ses extraordinaires collections et son centre de recherches renommé en ont fait un musée de tout premier plan.
En donnant à voir au public leur collection, en la faisant voyager à travers le monde, les Clark ont enfin trouvé un nouveau sens à leur héritage. Quand nous contemplons leurs Renoir, leurs Manet et leurs Degas, nous devenons tous, nous aussi, pendant quelques instants, les héritiers de l’empire Singer.

Francine Clary vers 1900 en costume sur une scène parisienne, catalogue de l’exposition « Chefs d’oeuvre de la peinture française du Sterling et Francine Clark Art Institute ».

Bonnard en Normandie au Musée des Impressionnismes

Exposition Bonnard en Normandie au Musée des ImpressionnismesPierre Bonnard émerveille ou déconcerte. On peut à nouveau en faire l’expérience en visitant la belle exposition que lui consacre le Musée des Impressionnismes de Giverny jusqu’au 3 juillet 2011.
La sélection de 80 oeuvres présentée, accompagnée de photos et d’archives, se concentre sur une partie du travail de Bonnard qui n’est pas la plus étudiée : celle réalisée en Normandie, principalement à Vernon, de 1910 à 1938.
Le rayonnement de Monet à Giverny est tel qu’il éclipse celui de Bonnard, qui résida à cinq kilomètres. C’est dans un hameau de la rive droite de la Seine que le peintre discret a élu domicile. Le lieu s’appelle Ma Campagne, du nom de l’auberge voisine. La maison de Bonnard, baptisée La Roulotte par son propriétaire précédent, peintre lui-aussi, s’accroche au coteau et domine la Seine.
Outre le voisinage de son ami Monet, c’est la situation de la maison, certainement, qui a séduit Bonnard. Lui qui aimait séjourner dans plusieurs maisons différentes, au point que ses amis l’appellaient Cadet Roussel, choisissait toujours des lieux à l’écart des choses. Bonnard ne descendait pas à Deauville mais à Trouville, il préférait le Cannet à Cannes, il a évité l’agitation de la colonie picturale de Giverny pour s’installer à Vernonnet. Et toujours, ses maisons dominaient le paysage, offrant une vue magnifique.
Peintre nomade, Bonnard dessinait ou peignait dans des chambres, sans atelier. Pour travailler, il punaisait la toile sans cadre au mur. Au bout de quelques semaines, quand il pliait bagages pour aller séjourner ailleurs, les toiles en cours étaient roulées et accrochées au toit de la voiture, pour les poursuivre ailleurs, interminablement.
Car Bonnard n’est pas, dans sa période normande, un impressionniste, peignant sur le motif l’effet fugitif de la lumière. Au contraire, Bonnard absorbe le motif, le mâchouille dans son imaginaire, l’élabore, et le restitue magnifié, transfiguré de son art minutieux et savant.
Ainsi, les impressions lumineuses ressenties sur la Côte d’Azur se déposent sur le paysage de la vallée de la Seine, lui donnant des bleus intenses inattendus, des vibrations de violet et d’orange qui évoquent le soleil du Midi.
Enchanté ou dérouté, le spectateur scrute la toile. La peinture de Bonnard demande qu’on prenne le temps, elle ne se livre pas au premier coup d’oeil. Au bout d’un moment, la vie d’abord dissimulée sourd du tableau. Tiens ! Un petit chien était caché derrière la table ! Oh ! Un personnage apparaît sur le balcon ! Pierre Bonnard mettait beaucoup de temps à peindre ses toiles. On peut bien en prendre un peu à les regarder.

Une belle année pour le MDIG

Pierre Bonnard, paysage de NormandiePrès de 200 000 visiteurs ont parcouru les galeries du musée des Impressionnismes en 2010 ! On s’est bousculé pour voir les deux belles expos qui se sont succédé à Giverny, l’Impressionnisme au fil de la Seine, suivie de Maximilien Luce.
Beaucoup de facteurs étaient réunis cette année, la qualité des oeuvres présentées bien sûr, une large communication, l’impact du festival Normandie impressionniste, la mise en place du billet couplé avec la Fondation Monet, et la météo clémente qui a donné envie de se rendre à Giverny…
Mais il a aussi fallu composer avec les facéties d’un volcan ou les pénuries de carburant, et relever le défi de faire découvrir un peintre méconnu. C’est pourquoi le nouveau record de 187 523 entrées établi par le jeune musée est susceptible d’être battu dans les années à venir. Et peut-être même dès l’année prochaine, car le programme des expos 2011 à Giverny sera somptueux : d’abord Bonnard en Normandie, du 1er avril au 3 juillet, puis La Collection Clark à Giverny, de Manet à Renoir du 12 juillet au 31 octobre 2011.

Pierre Bonnard ! Je vois déjà vos yeux qui brillent. Le merveilleux peintre a habité Ma Campagne à cinq kilomètres de Giverny pendant un quart de siècle, et fréquentait Claude Monet en voisin. Il avait aussi une maison à Trouville. Une soixantaine d’oeuvres offriront un panorama de son travail pendant toute cette période où les paysages du val de Seine et de la côte normande, sa vie quotidienne et sa femme Marthe lui ont inspiré une peinture foisonnante.

Voilà pour le printemps. La deuxième partie de la saison promet d’être un régal elle aussi. 70 toiles issues de la prestigieuse collection du Sterling and Francine Clark Art Institute de Williamstown, au Massachusetts, vont traverser l’Atlantique. Parmi elles, une vingtaine de Renoir ! et des Manet, Monet, Sisley, Pissarro, Morisot… Et un peu de préimpressionnisme, Corot, Gérôme, Millet…
Les Clark étaient à la fois très riches (héritiers des machines à coudre Singer) et francophiles : Madame Clark, née Francine Clary, était une actrice française. Ils ont rassemblé avec passion les oeuvres d’art, et l’expo givernoise présentera quelques fleurons de leur collection.

Pierre Bonnard Paysage normand, 1920 Colmar, Musée Unterlinden © Adagp Paris 2010

Maximilien Luce

Expo Maximilien Luce, Musée des Impressionnismes GivernyAprès le parcours impressionniste « Au fil de la Seine » qui réunissait de nombreux maîtres ayant travaillé sur les bords du fleuve, le musée des impressionnismes Giverny revient à une exposition monographique. Jusqu’au 31 octobre 2010, c’est le peintre Maximilien Luce qui est dans la lumière.
Comme Joan Mitchell l’an dernier, Luce a un lien géographique avec Giverny, puisqu’il a fini ses jours à Rolleboise, à une dizaine de kilomètres, et qu’il y est enterré.
Mais c’est avant tout son style qui fait de lui un peintre de la lumière, et le place dans la mouvance de Claude Monet. De 18 ans plus jeune (il est né en 1858), il fait partie des néo-impressionnistes en compagnie de Seurat, Signac et Cross, tous trois ses amis.
Le musée des impressionnismes n’a eu cette fois aucun mal à réunir les oeuvres présentées, dans l’intention de retracer toute la carrière artistique de Luce. Toutes les demandes de prêts ont été acceptées, ce qui fait de la rétrospective givernoise une sorte de parcours idéal dans l’oeuvre du peintre.
A voir l’époustouflante collection de chefs d’oeuvre, la maestria de Luce dans le traitement de la lumière, on comprend le désir du musée de rendre à Luce la place qui lui revient. Comment un tel peintre a-t-il pu rester dans l’ombre, ne jouir que d’un succès relatif ?
La réponse se lit dans les tableaux, les dessins et les gravures exposés. Luce a eu le tort d’être un artiste engagé, un fervent défenseur des plus faibles, peu avare de son talent pour lutter du côté des syndicalistes ou des anarchistes, pour dénoncer les répressions de la Commune, pour faire sentir la fatigue accablée des Poilus. Pas vraiment les meilleurs prémices pour se faire un nom auprès des collectionneurs, principalement bourgeois ou aristocrates.
Au fil de l’exposition, la personnalité de Luce transparaît. Autant Monet s’immerge dans le paysage, la représentation de la nature, autant Luce n’a d’yeux que pour l’homme. C’est un merveilleux portraitiste. Et même dans ses paysages, la présence humaine est quasi constante. Il s’enthousiasme pour le Paris haussmannien en pleine effervescence de construction, tout comme pour les aciéries du Pays Noir belge, qui lui donnent l’occasion de décrire avec lyrisme la beauté de l’effort humain.
Ce n’est qu’à la fin de sa vie que, retiré à Rolleboise, il retrouve une certaine sérénité pour évoquer la douceur des bords de Seine.

Musée des Impressionnismes

Gustave Caillebotte, Partie de bateau, dit Canotier au chapeau haut-de-forme, vers 1877-78, 90x117cm, collection particulière Gustave Caillebotte, Partie de bateau, dit Canotier au chapeau haut-de-forme, vers 1877-78, 90x117cm, collection particulière.

On croyait tout savoir de l’impressionnisme, le style de peinture le plus populaire qui soit. Et pourtant, tout le monde apprendra quelque chose en visitant l’expo qui vient d’ouvrir au musée des impressionnismes Giverny, et qu’on peut voir jusqu’au 18 juillet (« L’impressionnisme au fil de la Seine, de Renoir et Monet à Matisse » tous les jours de 10h à 18h).
Les organisateurs ont pris le parti d’une exposition didactique, ce qui n’est pas si courant. Au fil des cinquante-cinq toiles signées Corot, Monet, Pissarro, Sisley, Renoir, Gauguin, Bonnard, Matisse, Seurat, Signac… on suit un parcours chronologique, des précurseurs jusqu’aux post-impressionnistes.
Au milieu du 19e siècle, en un laps de temps très bref, quarante ans, la peinture connaît une révolution extraordinaire qui la mène de l’école de Barbizon aux fauves et à l’abstraction. Une révolution qui se joue dans un espace lui aussi réduit, axé sur la Seine, de Paris au Havre.
Le fleuve concentre les mutations de l’époque. Ses rives s’industrialisent, se couvrent d’usines aux cheminées fumantes, ou au contraire deviennent espace de loisirs pour des citadins en mal de campagne. C’est tout naturellement qu’elles attirent aussi les peintres à la recherche de sujets de leur temps, et non plus tirés de l’histoire sainte ou de la mythologie.
A force de peindre les ponts ou les parties de canotages, presque tous les impressionnistes finissent par s’installer le long de la Seine. Monet ne manque pas de collègues et amis dans les environs de Giverny, comme Bonnard à Vernon ou Pissarro à Eragny-sur-Epte.
Ils sont proches, mais isolés en même temps. A partir du moment où chacun prend sa résidence près du fleuve, les routes se mettent à diverger.
Les recherches picturales mènent au divisionnisme de Seurat, au fauvisme de Vlaminck, aux Nymphéas quasi abstraits de Monet.
Que tant d’artistes de génie soient nés dans un intervalle de temps si court, avec une telle concentration géographique, voilà qui ne cesse d’étonner en visitant la belle exposition de Giverny.

Nymphéas bleus

Nymphéas, harmonie bleue, Giverny27, c’est le nombre définitif de tableaux de Monet qu’on peut voir à Giverny en ce moment. Ce nombre sied bien au département de l’Eure, dont c’est le numéro minéralogique. Le Conseil Général, qui est à la tête du nouveau musée, doit apprécier.
Depuis que l’exposition Monet du musée des Impressionnismes a ouvert, j’y vais presque tous les jours me repaître des toiles du maître.
Qu’est-ce que c’est, voir une expo ? Je regarde, je rêve, je ne suis pas sûre d’avoir bien vu. Il me faut revenir, encore et encore…
Comme au concert chacun a sa propre écoute, ici chacun a sa propre lecture des oeuvres présentées. Au-delà de l’analyse picturale, ce qui me touche en premier lieu, c’est la présence des toiles.
Ce sont des objets, mais des objets hors du commun. Elles sont. Elles vibrent. Je m’approche d’une toile à un mètre, presque à la toucher si, au bout de ma main, je tenais un pinceau. Voilà comment Monet appréhendait son tableau.
Les petits formats, les tableaux de chevalet, sont sous contrôle. Il les domine, les maîtrise. Mais les grands formats envahissent tout l’espace quand on est si près d’eux. C’est la confrontation directe de l’artiste avec la peinture, un face à face terrible. On sent dans ces toiles d’atelier la lutte du peintre avec l’art. Un duel entre une toile géante et un géant de la peinture.
De si près, le regard détaille chaque nuance de couleurs, glisse le long des coups de pinceau. A la fin de sa vie, Monet laisse libre cours à sa gestuelle. L’énergie créative qui l’anime et le tient debout la palette à la main à 80 ans passés jaillit en coups de brosse très libres. On peut sentir chaque geste grâce aux traces qu’ils ont laissées sur le tissu. L’acte de peindre s’y est figé pour l’éternité et s’offre au regard, chaque nuance portant témoignage du travail de l’oeil, de la main, du cerveau de Monet.
Parmi les 27 toiles, certaines sont très connues, comme les Nymphéas bleus d’Orsay qui quittent le musée parisien pour la première fois, d’autres appartiennent à des collectionneurs privés qui les présentent très rarement. C’est l’occasion de les admirer en vrai, et non pas sur des reproductions.
On a rarement un autre choix, mais idéalement on ne devrait jamais commenter les tableaux d’après des reproductions. J’avais parlé cet hiver, sans les voir en vrai, des Nymphéas bleus du musée d’Orsay. Depuis que je les ai sous les yeux, je me rends compte de plusieurs erreurs. Les réserves non peintes font le tour de la toile, elles n’occupent pas seulement un coin du tableau. Il est évident que c’est une volonté délibérée de Monet qui s’intéressait, d’après ses confidences, à la notion de vague, d’indéterminé, d’infini. Pas question d’arrêter la toile net au bord du cadre !
Et puis les Nymphéas bleus sont peut-être vraiment des nénuphars bleus. Cela ne fait aucun doute que c’est la tonalité générale du tableau. Mais en regardant de près on voit que les nénuphars présentent des touches de bleu turquoise, de blanc, de rose, de vert… Difficile de trancher sur la couleur de la fleur que Monet représentait, qui peut aussi bien paraître bleue parce qu’elle est dans l’ombre, comme le montre la photo ci-dessus.
C’est un débat de bien peu d’importance. Car à cette époque Monet s’est depuis longtemps détaché de la représentation du réel, de l’impression fugitive qu’il produit sur la rétine. Le motif n’est plus qu’un prétexte, un support à la création. Ce qui compte, c’est la peinture.

Christophe Demarez

Icarenbulle, C. DemarezIcarenbulle, huile sur toile 73x60cm, Christophe Demarez

Comment peut-on être peintre à Giverny aujourd’hui ? Impossible de ne pas se poser la question quand on fait partie de la poignée d’artistes installés dans le village de Claude Monet.
La tentation du néo-impressionnisme est grande. La clientèle est toute trouvée. Ils sont plusieurs à creuser ce sillon, non sans talent.
Et puis il y a ceux qui se démarquent de l’ombre de Monet, n’écoutant que leur inspiration et suivant leur propre voie. Le maître aurait approuvé la démarche.
Christophe Demarez est de ceux-là. Dans sa galerie du 62 rue Claude Monet il expose depuis plusieurs années des toiles qu’on ne voit pas ailleurs, pleines de fantaisie et de gaieté. Avec lui la peinture n’a rien de sérieux, elle pétille de malice, elle va chercher du côté des contes, des rêves.
Prenez cet Icarenbulle, où de petits personnages s’élèvent dans les airs confortablement assis dans une bulle de savon. Que va-t-il se passer quand la bulle va éclater ? Ils vont redescendre tout en douceur (et en acrobaties) car ils sont équipés de parapluies-parachutes. La femme qui les souffle – et à qui une bulle fait un drôle de monocle – paraît flotter elle aussi sur la toile.
Vous voulez en savoir plus ? Posez vos questions à l’artiste. Aux antipodes de l’image que l’on se fait du peintre taciturne, celui-ci est aussi à l’aise quand il s’agit de bavarder avec les passants qu’un pinceau à la main.

Photos anciennes

Exposition Autour de Paul Denis, musée de VernonLa programmation n’en était certainement pas concertée. Par une coïncidence étonnante, deux expositions de photos présentées à quelques kilomètres de distance, l’une à Giverny, l’autre à Vernon, se répondent.
Les deux expositions montrent des photographies très anciennes, des années 1860-1870 pour le musée d’Art Américain de Giverny, à partir de 1870 pour le musée A.G. Poulain de Vernon.

Le musée de Vernon présente un fonds de photos d’un dénommé Paul Denis, un Vernonnais qui s’est passionné pour ce média nouveau et a pris des milliers de clichés dans la ville, livrant un témoignage précieux de son aspect à la fin du 19ème siècle.

De son côté, le musée d’art américain a organisé son exposition autour des missions photographiques qui ont suivi de peu l’exploration et la conquête des Etats de l’Ouest américain. Le gouvernement a fait réaliser des reportages par plusieurs équipes. Dans quel but ? Ce n’est pas très clair. Il est possible qu’il y ait eu une volonté de propagande pour pousser à la colonisation de ces terres nouvelles récemment conquises sur les tribus indiennes. En tout cas, de luxueux portfolios de grand format ont été réalisés à grands frais et se retrouvent aujourd’hui dans des collections françaises, peut-être transmis par des ambassades.

La photographie avait alors dépassé le stade des balbutiements et de l’expérimentation, mais restait un art difficile réservé à des professionnels, ou à tout le moins des personnes très motivées.
C’était la grande époque des négatifs sur plaque de verre au collodion et des tirages sur papier albuminé.

La plaque de verre est recouverte d’un vernis composé de coton-poudre dissous dans de l’alcool et de l’éther, additionné d’iodure de potassium, puis sensibilisé dans un bain de sels d’argent. Une exposition de 3 à 12 secondes est nécessaire, puis l’image négative est développée à l’acide pyrogallique ou au sulfate de fer, et fixée à l’hyposulfite de sodium. (Amélie Lavin, conservatrice du musée de Vernon, catalogue de l’exposition « autour de Paul Denis »)

Bigre ! Le papier, de son côté, était « sensibilisé dans une solution de nitrate d’argent puis recouvert d’une fine couche d’albumine ».
Il fallait un certain penchant pour la chimie pour se lancer dans la photographie. Mais ce n’était pas la seule qualité requise. Il importait également d’être assez athlétique pour transporter le matériel, lourd et volumineux. La taille des plaques de verre déterminait la taille du tirage. Si l’on voulait de grandes photos, il fallait utiliser de grandes plaques, et des chambres de taille correspondante.
Exposition Vision de l'Ouest au MAAG C’est là qu’on mesure l’exploit des missions américaines, parties pour de longs mois en chariots tirés par des mules, sur des pistes pleines de cahots, et qui ont livré des vues magnifiques grand format prises au bout de pitons rocheux.
La beauté sauvage de l’ouest américain avant l’arrivée des Blancs a quelque chose de fascinant. Les photographes s’attachent à en montrer l’aspect monumental rendu populaire un peu plus tard par les westerns, du Grand Canyon à Monument Valley. Ils n’oublient pas de souligner la présence d’eau et de végétation, histoire de lutter contre le bruit qui court alors que l’ouest n’est qu’un vaste désert.
D’image en image, on les voit rechercher le cadrage harmonieux, mais aussi se mettre en scène eux-mêmes, avec parfois un peu d’humour.

Tandis que ces équipes parcourent le lointain ouest en tous sens, à Vernon, Paul Denis produit des images beaucoup plus sages, dans ces mêmes tons chocolatés donnés par les tirages sur papier albuminé. Ce sont des rues, des vues du pont et de la Seine, des figures dans le paysage, des portraits, des inondations, des aspects de son jardin, et puis soudain, des peintres de la colonie d’Auvers sur Oise dont la postérité n’a guère gardé la mémoire, Ramalho, Girskens, Favier.
Enfin il s’essaie à la photographie de personnages costumés, comme des scènes de théâtre saisies en pleine action. Voilà à quoi l’on s’amuse en France dans une petite ville de province au moment même où, aux Etats-Unis, d’autres personnes maîtrisant le même art vivent l’aventure de l’exploration.

Les pastellistes à Giverny

Que peut-on faire avec du pigment pur ? L’exposition de pastels qui se tient encore ce week-end dans l’ancienne gare de Giverny en donne une brillante démonstration.
Sylvie Fauvel Cabal, la fondatrice d’Art du Pastel en France, veut rendre au pastel ses lettres de noblesse. Il y avait, dit-elle, de très nombreux pastellistes à Paris avant la Révolution, du temps où les nobles se faisaient couramment faire le portrait. Le pastel, poudreux, convenait particulièrement bien à la représentation des visages poudrés. Les pastellistes ont disparu en même temps que l’aristocratie.
Les impressionnistes, poursuit Sylvie Fauvel Cabal, ont porté le coup de grâce au pastel en utilisant de mauvais supports et de mauvais fixatifs. C’est un phénomène assez typiquement français. En Russie, par exemple, la technique du pastel a gardé la faveur des peintres.
L’association l’Art du Pastel en France organise en France et à l’étranger des expositions mêlant des artistes de toutes nationalités. Comme à Giverny cette semaine, on y découvre toutes les possibilités d’une technique pas si fragile que le veut sa réputation, à condition de protéger les oeuvres par un verre.

Cher lecteur, ces textes et ces photos ne sont pas libres de droits.
Merci de respecter mon travail en ne les copiant pas sans mon accord.
Ariane.

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