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Francine

Francine ClaryQui fête-t-on le 14 juillet ? Les France ou les Francine peut-être, puisque c’est la fête nationale.
Une nouvelle expo vient d’ouvrir à Giverny, une pure série de chefs-d’oeuvres impressionnistes en provenance du Clark Art Institute de Williamstown. Ce musée du Massachusetts qui prête ses trésors au Musée des Impressionnismes Giverny a été fondé par un couple de collectionneurs franco-américain : Francine et Sterling Clark.
J’ai eu un peu de mal à me mettre le prénom de Monsieur Clark dans la tête : Sterling m’évoque davantage une unité monétaire qu’un prénom masculin. Au demeurant, c’est le deuxième prénom de Clark, celui que les Américains aiment bien abréger, comme le W. du président Bush.
Pourquoi Clark l’a-t-il choisi comme prénom usuel, et non pas son premier prénom, le banal et passe-partout Robert ? Cela m’intrigue, mais je ne suis pas sûre de découvrir un jour la réponse.
Donc, Sterling Clark. Il épouse en 1919 une ravissante comédienne rencontrée à Paris, Francine Clary.
Cette jeune femme, révèle le catalogue de l’exposition du musée des Impressionnismes, « née Francine Juliette Modzelewska le 28 avril 1876, était la fille d’un tailleur parisien. » Clary était son nom de scène.
Pourquoi s’est-elle choisi ce pseudo de Clary ? Parce qu’il sonne clair, par rapport à son nom patronymique plutôt compliqué pour des Français ? Ou bien y a t-il un lien quelconque avec les Clary apparentés aux Bonaparte ?
Là encore, le mystère risque fort de rester entier. Mais je m’explique bien, en revanche, que ses parents lui aient donné le prénom de Francine. J’imagine des émigrés polonais heureux de célébrer par ce biais leur nouvelle patrie.
Sterling et Francine, Clark et Clary, les prénoms et les noms des deux tourtereaux sonnent bien ensemble, dans une allitération qui paraît relever de la prédestination.
Francine est belle, Sterling est riche. Non pas en livres mais en dollars, puisqu’il est américain. S’il s’appelait Singer, tout le monde saurait d’où il tire sa fortune. Il est l’un des héritiers des célèbres machines à coudre.
Le grand-père de Sterling, l’avocat Edward Clark, était l’associé d’Isaac Merritt Singer, l’inventeur de nombreuses améliorations aux machines à coudre de l’époque. Son nom est caché dans le « et compagnie » de la I. M. Singer & Co.
Comment vit-on le fait d’être l’héritier ? Est-ce qu’on arrive à affirmer sa propre valeur, quand vos ancêtres vous écrasent de toute une fortune ?
Sterling prend ses distances avec sa famille. Il s’installe à Paris, finit par se brouiller avec son frère, au point de ne plus communiquer avec lui que par avocat interposé.
Après une jeunesse tumultueuse d’explorateur, il s’est assagi. La collection va donner un nouveau sens à sa vie.
Avec un goût sûr, il accumule les chefs-d’oeuvre, aidé dans ses choix par sa femme. Des milliers et des milliers d’objets d’art, des porcelaines, de l’argenterie, des tableaux, dessins, gravures, sculptures, livres, photos, ont formé au fil des décennies un ensemble éclectique et unique.
Quand Clark prête des oeuvres pour des expositions, « il refuse que son nom soit associé aux prêts » en raison de son « désir de rester inconnu du public ».
On commence à le surnommer Mr. Anonyme… Ce nom dont il ne veut pas faire la promotion, Clark ne le transmettra pas. Il mourra sans descendant.
Au cours des dix dernières années de leur vie, les Clark se sont employés à fonder l’institut qui porte leur nom. Ses extraordinaires collections et son centre de recherches renommé en ont fait un musée de tout premier plan.
En donnant à voir au public leur collection, en la faisant voyager à travers le monde, les Clark ont enfin trouvé un nouveau sens à leur héritage. Quand nous contemplons leurs Renoir, leurs Manet et leurs Degas, nous devenons tous, nous aussi, pendant quelques instants, les héritiers de l’empire Singer.

Francine Clary vers 1900 en costume sur une scène parisienne, catalogue de l’exposition « Chefs d’oeuvre de la peinture française du Sterling et Francine Clark Art Institute ».


6 commentaires

  1. Aifelle dit :

    Ah chouette, je vais pouvoir aller la voir bientôt, même un jour de pluie. Bon week-end Ariane.

  2. Francine dit :

    En effet, pour le 14 juillet, fête nationale française, on peut fêter France et Francine, mais il ne s’agit pas d’une règle traditionnelle. Autrefois, le prénom de Francine était ignoré des calendriers. Puis il est apparu le 26 octobre associé à des prénoms aussi peu répandus que Évariste ou Rustique, ainsi qu’à Dimitri, davantage employé dans le monde slave. Quant à France et Francine, ils ont rejoint officiellement celui de Françoise, fêté le 9 mars. Faut-il le regretter ?

  3. Ariane dit :

    Merci pour ces précisions, Francine ! Les esprits facétieux suggèrent de fêter aussi les Nathalie le 14 juillet, puisque c’est la « fête nat » !

  4. odile dit :

    J’ai eu le grand plaisir de voir cette exposition vendredi. Que de merveilles en un espace si restreint ! Avec un coup de coeur particulier pour la série des Renoir qui y est présentée. Décidément, l’ouverture de ce musée des Impressionnismes est une grande réussite, et pour ma part, j’y passe des moments inoubliables. Bien sûr, notre journée avait commencé par la visite traditionnelle des jardins, que j’avais vus à l’ouverture, en avril. Autre atmosphère, autres couleurs en juillet, je ne m’en lasse pas. Et ce jour-là, nous avons eu très beau temps ! Bonne semaine.

  5. Therese dit :

    "Sterling" prenom assez courant surtout dans les annees 50/60…

  6. Ariane dit :

    Je lis aujourd’hui sur les murs de l’exposition que Francine était la fille de, je crois, Geneviève Modzelewska. On ne parle pas de son père. Francine, une enfant naturelle ? Et sa mère porte un prénom français ? Et meurt au Portugal ? Le mystère s’épaissit !
    Francine a également été mère célibataire. Elle a donné naissance à Viviane, qui deviendra l’héritière de Sterling pour la partie de sa fortune qui ne concerne pas les collections.

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