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Giverny en bouquet

 

Bouquet dans la salle à manger de Giverny

Un bouquet de fleurs fraîches orne la table de la salle à manger de Monet à Giverny. On sait que le peintre aimait s'entourer de fleurs jusque dans sa maison. Les jours de mauvais temps, (peut-être même s'il faisait beau ?) il lui arrivait d'arranger des bouquets avec les fleurs de son jardin pour les peindre. Mauves, hélianthes, chrysanthèmes, soleils, dahlias ont posé pour Claude Monet. 

Ce sont les jardiniers qui composent les bouquets, en leur donnant l'aspect des massifs qu'ils créent à l'extérieur. Dans le port très libre des fleurs qui trônent sur la table, on a l'impression de retrouver l'ambiance si particulière du jardin.

Les bouquets changent très souvent et mettent à l'honneur les floraisons du moment. Ces derniers jours, le bouquet imaginé par Claire-Hélène mêlait cosmos, asters et dahlias dans un camaïeu de roses, de mauves et de fuchsias. Je parle bien de noms de couleurs et non de fleurs, mais on a beau faire, ces dernières sont incontournables quand il s'agit de préciser des teintes. 

C'est toujours une surprise de découvrir le bouquet du jour. Quelquefois ce sont de splendides soleils, dont les tons lumineux répondent aux jaunes de la pièce. En ce moment les hélianthes dominent dans les massifs. Peut-être en verra-t-on bientôt dans la maison ? Les jardiniers sont obligés d'en retirer régulièrement pour laisser de la place aux autres fleurs. "Il faut savoir couper", disent-ils. C'est un crève-coeur de voir ces fleurs toutes fraîches finir dans la brouette, et tellement plus joli de les admirer encore dans la maison !

Le fourneau de Monet

fourneau-monet

Un énorme fourneau trône dans la cuisine de Monet à Giverny. C'est une cuisinière à bois et charbon de marque Briffault, une entreprise qui avait pignon sur rue avenue de l'Opéra à Paris au tournant du siècle dernier. C'est dans le show-room parisien que le peintre aurait repéré cet appareil et l'aurait commandé pour sa cuisine nouvellement réaménagée. 

(suite…)

Le père de Monet par Adolf Rinck

Claude Adolphe Monet par Adolphe Rinck, 1839Et voici sur l’autre mur de la chambre d’Alice à Giverny le père de Claude Monet, dont le prénom usuel était Adolphe.
C’est le pendant du portrait de Louise-Justine Aubrée, son épouse.
Le tableau a été exécuté lui aussi en 1839, un an avant la naissance de Claude Monet.
Adolf Rinck fait un portrait plutôt flatteur de cet homme de 39 ans : visage harmonieux, nez un peu busqué, bouche vermeille, collier de barbe très sombre, regard planté droit dans celui du spectateur. L’expression est indéchiffrable, mais ne révèle pas une grande fantaisie ni une immense bonté. Les traits se durciront avec le temps pour aboutir au visage presque caricatural peint par Monet, à la moue antipathique.
La main droite est posée sur le dos d’un livre, doigts en éventail. Difficile de voir dans l’ouvrage relié de cuir le symbole de son métier, puisqu’il était commerçant, mais on ne peut pas rater sa belle bague, ni l’épingle à cravate. La mise est distinguée, on sent l’aisance. Le petit Claude va grandir dans une famille bourgeoise. C’est le fils cadet de ce couple. Son frère Léon est né en 1836.

Claude Adolphe (1800-1871), père de Léon et de Claude Monet. Portrait par Adolf Rinck, 1839. Fondation Claude Monet, Giverny.

La chambre de Claude Monet

La chambre de Claude Monet Cet hiver, c’est la chambre de Claude Monet qui a bénéficié d’une restauration complète. Sur les murs tendus de draps de lin anciens, des répliques des toiles de Cézanne, Renoir, Morisot, Delacroix, Signac, Caillebotte, Boudin, Jongkind, restituent la collection que Monet s’était constituée. Il s’agit d’une trentaine d’oeuvres de ses amis impressionnistes, de peintres qu’il admirait, d’artistes qui l’ont influencé.
Comme dans le salon-atelier, c’est la galerie Troubetzkoy, à Paris, qui a réalisé les répliques. Celles-ci sont mises en valeur par des cadres d’époque 1900, ce qui leur donne beaucoup de charme.
La chambre de Claude MonetSur la belle commode Régence revenue toute pimpante de son tour chez l’ébéniste, on remarque un petit portrait de Monet. C’est un lavis d’encre de Chine exécuté par Manet en 1874 – l’année charnière de la première exposition « impressionniste ».
Le lit et l’armoire ont été repeints de frais, d’un ton plus pâle que précédemment.
L’ensemble est élégant, à la fois chaleureux et plein de fraîcheur, avec un grand souci de coller à la réalité de la pièce telle qu’elle était quand Monet l’occupait.
Un regret : la disparition du très beau tableau de Blanche Hoschédé-Monet qu’on voyait jusqu’à l’an dernier dans la chambre.
Dans le même temps, les estampes japonaises ont été remplacées par des fac-similés dans toute la maison, si bien que la demeure ne contient plus une seule oeuvre authentique, ce qui est sans doute préférable pour des raisons de conservation et de sécurité.
On se consolera avec le mobilier et les objets de décoration, dont la plupart ont appartenu au peintre et à sa famille.

La maison de Claude Monet

La maison de Claude MonetAu mois d’avril, la maison de Claude Monet à Giverny se devine derrière les premières feuilles des tilleuls.
A gauche apparaît la verrière de son premier atelier.
Les couleurs fraîches de la façade, rose pâle et vert vif, s’harmonisent à celles des fleurs de printemps.
Du temps de Monet, la pelouse sous les tilleuls était une terrasse ombragée où la famille aimait prendre ses repas en plein air.
Certains des tilleuls sont encore d’origine au vu de leur circonférence.

La cuisine bleue de Monet

La cuisine bleue de Monet à GivernyC’est la couleur bleue qui domine dans la cuisine que Claude Monet a imaginée à Giverny. A part le sol en tomettes hexagonales de terre cuite rouge, toutes les surfaces déclinent des tons de bleus : azur et bleu pâle pour les meubles, bleu roi pour les carreaux en faience de Rouen qui recouvrent les murs, jusqu’au plafond qui est lui aussi laqué bleu clair.
Très modernes, les placards intégrés occupent tout le mur du fond et offrent un grand volume de rangement.
La couleur froide est réchauffée par le cuivre de la batterie de cuisine qui s’aligne sur le mur. Cette accumulation d’ustensiles laisse deviner un intérieur bourgeois où la chère compte.
La surface de la pièce est en rapport avec le nombre de convives à nourrir chaque jour. On est dix dans la famille Hoschedé-Monet, sans compter le personnel, et on reçoit souvent.

L’épicerie

L'épicerie de la maison de Monet à GivernyDans la maison de Monet à Giverny, une petite épicerie fait suite au salon bleu. C’est une pièce qui fait office d’office, si j’ose dire, pas vraiment un office officiel, plutôt une entrée transformée en épicerie. Ceci explique sa place pas du tout conventionnelle ni pratique, entre salon et atelier. On s’attendrait plutôt à la trouver près de la cuisine, ou à la limite à proximité de la salle-à-manger.
Les couleurs des murs, vert pâle et mauve, ne frappent pas dans ce local, et les jolis meubles ont échappé à la fièvre coloriante qui prévaut ailleurs. Le buffet façon bambou a gardé sa couleur naturelle, de même que les boîtes à oeufs et le vestiaire, en vrai bambou cette fois.
Le salon bleu se traversait en diagonale. L’épicerie, quant à elle, distribue quatre ouvertures, si bien qu’il y avait à l’époque de Monet de multiples façons d’y passer en allant au jardin ou en en revenant. Elle pouvait aussi être plus qu’un corridor, le but d’un trajet depuis le salon pour y chercher ou y déposer quelque chose.
Le charme de cette petite pièce, une de mes préférées dans la maison, tient beaucoup à sa simplicité, sa décoration un peu désuète qui n’en fait pas trop. Surtout, les boîtes à oeufs lui donnent un esprit campagne qui sied bien à la demeure.

Le salon bleu

Salon bleu, GivernyA gauche de l’entrée de la maison de Monet s’ouvre le salon bleu. Autrefois, c’était un séjour. Aujourd’hui, les visiteurs traversent rapidement la pièce, comme s’il s’agissait d’une antichambre.
On est frappé, dans les maisons bourgeoises du 19e siècle, par la petitesse des volumes. Impossible d’imaginer recevoir dans ce salon. Mais à la campagne, on recevait autour de la table, dans la salle-à-manger.
A part le sol fait de carreaux de ciment dans le goût de l’époque, tout est bleu dans la pièce. Monet avait fait peindre les meubles, les murs et le plafond en bleu pâle. Son mot d’ordre : de la couleur partout, à saturation, presque à l’excès. Des couleurs claires et gaies.
Peints ton sur ton, les meubles se fondent dans les murs. La bibliothèque, un buffet cauchois dans lequel trônent les livres de jardinage, et l’horloge ont l’air de faire partie d’un tout uniforme.
Les deux bleus durs font ressortir le bleu doux des estampes japonaises, dont la collection se poursuit d’une pièce à l’ordre à travers une grande partie de la maison.
Par la fenêtre étroite entre un jour parcimonieux. Après le bain de lumière du jardin, il fait sombre dans ce salon ombré par les ifs.
Assailli par toutes ces perceptions visuelles insolites, le visiteur tente d’imaginer la vie de famille dans ce petit salon. Cette fois l’image paraît plus conventionnelle. Alice assise sur le canapé, peut-être en train de coudre ou de lire, avec ses enfants en train de jouer à côté…
Les petites photos disposées ça et là dans le salon ne nous dévoileront rien sur l’usage qui pouvait être fait de cette pièce. Elles racontent des scènes qui se jouent ailleurs, Michel sur un véhicule à moteur qu’on n’ose appeler une automobile, Jacques posant dans son garage, la petite-fille d’Alice avec une poupée… Chacune d’elle apporte davantage de questions que de réponses.

L’entrée

Entrée de la maison de Monet à GivernyDepuis l’entrée de la maison de Monet, du haut de la véranda, la vue plonge tout droit sous les ifs et les arceaux de la grande allée pour aller buter tout au fond contre le portail et la glycine du pont japonais.
Tout l’après-midi, le soleil dore de ses rayons les capucines et leur donne cette belle teinte chaude.
Par la porte ouverte, le jardin s’invite dans la maison, happé par le miroir. Image virtuelle, reflet du réel : la grande spécialité du maître des lieux.

Un cadeau chat-rmant

Chat de MonetSi Gérald van der Kemp dit vrai, ce chat de céramique a dû entrer dans la vie de Monet dans les toutes dernières années de son existence. L’homme qui a fait revivre la propriété de Monet affirme, dans le premier opus de la brochure « Une visite à Giverny », que le bibelot a été offert au maître de l’impressionnisme par Pierre Sicard.
D’où tient-il cette information, d’un document ? d’un témoignage verbal ? Mystère. Mais l’affaire semble plausible, et il ne l’a certainement pas inventée.
Pierre Sicard, né en 1900 et mort en 1980, est un peintre post-impressionniste qui a aimé, au début de sa carrière, prendre pour motif le Paris des Années folles, des cabarets de Pigalle aux représentations plus gourmées de l’Opéra. Ami de Jean Renoir, le cinéaste fils du peintre Pierre-Auguste Renoir, lui-même ami intime de Monet, il n’est pas impossible qu’il se soit vu invité un jour à Giverny.
J’imagine la scène. « Tu viendras avec nous dimanche chez Claude Monet ! », lui a annoncé Jean Renoir, et voilà le jeune Pierre Sicard, peut-être impressionné, intimidé, fébrile, face à un problème épineux : quel cadeau apporter au patriarche de Giverny ?
Dans le genre casse-tête, celui de la fête des mères, c’est de la rigolade à côté. Bien sûr, on peut toujours se rabattre sur les présents les plus conventionnels, les fleurs et les gourmandises. Pierre Sicard écarte cette solution de facilité. Il ne veut pas donner l’image d’un homme sans imagination.
Connaissant le penchant de Monet pour le japonisme, ses pas le mènent vers un marchand spécialisé dans les objets orientaux. Pas facile de choisir une estampe, le maître en a déjà tant, et il a le goût si sûr… C’est alors que Sicard avise un chat de faïence qui paraît dormir sur une étagère. Il sourit. Le voilà, son cadeau ! Il lui donnera l’occasion d’une pointe d’humour : ce chat-là ne fera pas de mal aux massifs de fleurs si chers à Claude Monet !
Qu’a pensé Monet en déballant le paquet ? A-t-il rapproché l’animal endormi des chats figurés sur certaines estampes japonaises de sa collection, discret chat regardant par la fenêtre, énorme chat d’un décor de théâtre ?
Peut-être que les oreilles roses du minou ont capté des cris de surprise et d’admiration. Nul doute que Blanche Hoschedé Monet l’a trouvé adorable avec son petit noeud.
Bref, le chat a été adopté. Il a trouvé sa place dans la maison, peut-être d’abord dans l’atelier, aujourd’hui dans la salle à manger de Monet, où il continue de dormir du sommeil du juste pelotonné sour son coussin rose, pile à la hauteur des yeux des enfants.

Boîte

Boite à chapeauUne belle boîte posée dans le cabinet de toilette de Monet intrigue les visiteurs. Elle a une forme curieuse, elle est faite avec beaucoup de soin, en cuir, et la patine de la matière indique son ancienneté. A quoi sert-elle ?
Oh bien sûr, si vous avez l’habitude de chiner, vous l’avez reconnue tout de suite. On en trouve parfois, vide ou non, avec ou sans leur délicieuse petite clé… Vous avez deviné ?
C’est une boîte à chapeau, mais pas n’importe lequel. Un haut de forme.
C’était à la Belle Epoque le chapeau chic, l’accessoire masculin indispensable dans la bonne société, qui pouvait être gris le jour, mais toujours noir le soir.
Quand il était à Giverny, Monet rangeait certainement son haut de forme dans sa boîte. C’était un chapeau social, citadin. Malgré son goût pour les beaux vêtements, Monet portait un chapeau plus mou dans sa campagne.
Mais, de temps en temps, une cérémonie ou une soirée parisienne lui fournissait l’occasion de tourner la petite clé et d’extraire le chapeau retourné de son cocon de soie.
Monet se devait de posséder un chapeau haut de forme, la marque d’appartenance à la bonne société. Issu d’un milieu bourgeois, marié à une grande bourgeoise, il connaissait les codes, et n’avait nullement l’intention de passer pour un peintre bohème.
A voir la boîte, on se dit que ça devait coûter une petite fortune, un haut de forme. Un vrai gadget bling-bling.

Chaise de bureau

Chaise de bureau, maison de Claude Monet La rentrée approche, et avec elle l’heure de troquer la chaise longue pour la chaise de bureau.
Celle que voici se trouve dans la maison de Claude Monet, dans son salon-atelier. Elle est placée devant l’un des bureaux Napoléon III du peintre, au même endroit qu’il y a cent ans.
Voilà l’idée que l’on se faisait d’une chaise de bureau confortable à l’époque de Monet. J’ai toujours été intriguée par ses pieds décalés, deux d’entre eux dans l’axe de la personne assise.
Je viens de trouver une explication à cette bizarrerie dans le « Guide des meubles et des styles » de Françoise Deflassieux, éditions Solar (p.273). L’idée n’était pas nouvelle au 19e, elle avait plus d’un siècle.
Sous une illustration présentant un siège canné Louis XV, lui aussi avec les pieds décalés, l’auteur précise que « le fauteuil de bureau est conçu en vue d’un maximum de confort d’assise pour l’homme devant rester de longues heures à sa table de travail : dossier très enveloppant et jambes légèrement écartées de part et d’autres du pied central.
Je ne sais pas ce que vous en pensez, messieurs. Perso, ça ne me dit rien qui vaille. Ça ressemble plutôt à un instrument de torture pour empêcher les gens de plume de se balancer sur les pattes arrières du siège, histoire de leur couper les ailes.
La preuve que ce n’était pas une bonne idée ? On l’a fichue aux orties et on a inventé les sièges de bureau à roulettes !

La chambre de Claude Monet

La chambre de Claude Monet à GivernyLa visite de la maison de Monet à Giverny fait entrer dans l’intimité familiale du peintre. Nulle part ailleurs on ne se sent aussi proche de l’homme qu’il a été, travaillant et vivant dans une demeure patiemment décorée par ses soins, reflet de ses goûts, d’un mode de vie, d’une époque.
Une des pièces où se manifeste le plus ce sentiment d’intimité, c’est bien sûr sa chambre à coucher. Que faisons-nous là ? Ne sommes-nous pas un peu indiscrets ? Plus de quatre-vingts ans après la mort du maître dans ce même lit, il paraît encore habiter la chambre.
Peu de personnes y étaient admises, mais il arrivait à Monet d’y conduire ses visiteurs. C’est qu’il avait accroché dans cette pièce sa propre collection d’oeuvres offertes, échangées ou achetées à des artistes amis.
A son époque, les murs de la chambre étaient couverts de trente-cinq toiles accrochées les unes à côté des autres. On y voyait douze Cézanne, quatre Renoir, et des oeuvres de Sisley, Pissarro, Boudin, Delacroix, Jongkind, Morisot, Signac, Caillebotte, Chéret, Guys, Carolus Duran… Ces oeuvres sont conservées aujourd’hui au Musée Marmottan-Monet à Paris.
On accède à la chambre de Monet par un escalier très raide, aussi pentu qu’une échelle de meunier. La place ne manquait pas, pourtant, pour faire un escalier plus facile à gravir.
Monet a installé sa chambre et son cabinet de toilette au-dessus du salon-atelier, cette grange transformée à son arrivée à Giverny en atelier, puis devenue salon-fumoir après la construction du deuxième atelier. Le peintre pouvait ainsi passer aisément de l’un à l’autre, à n’importe quelle heure.
A l’entrée dans la chambre, celle-ci étonne par ses dimensions. C’est une vaste pièce presque aussi grande que l’atelier, par la force des choses. Monet, pourtant, y dormait seul. Dans les familles bourgeoises, on copiait l’aristocratie : de même que les châteaux disposaient d’appartements distincts pour le châtelain et la châtelaine, chez les bourgeois, Monsieur et Madame faisaient chambre à part. Ce n’est pas Alice qui devait s’en plaindre, vue l’habitude de Monet de se lever dès quatre heures et demie ou cinq heures du matin. Qu’on se rassure, une porte de communication reliait la suite de Monet à celle de sa femme.
La chambre est éclairée de trois baies donnant sur le jardin, devant lesquelles le soleil tourne du milieu de la matinée jusqu’au soir. C’est la pièce la plus lumineuse de la maison.
Irrésistiblement attiré, on s’approche. Le jardin s’étire comme un tapis, emplissant le paysage. A part lui, on ne voit rien. Monet surveillait-il à l’occasion ses jardiniers depuis ce poste de guet ? Il devait se régaler en tout cas de la vue qu’il s’était organisée, les allées qui se coupent à angle droit, les pelouses sous les cerisiers du Japon, et surtout les masses de fleurs exubérantes et colorées du printemps à l’automne. A l’arrière-plan, les arbres du jardin d’eau élèvent l’écran de leur masse verte.

Le mobilier de Monet

atelier de MonetJ’en rêvais depuis longtemps : la Fondation Claude Monet vient de m’autoriser à prendre des photos dans la maison du peintre à Giverny. Je me réjouis de pouvoir parler enfin de cette demeure merveilleuse, unique, qui mérite quelques explications pour être mieux appréciée.
A Giverny, on est non seulement dans les murs, mais aussi dans les meubles de Monet. Tout est resté en place après la mort du maître, d’abord pieusement conservé par sa belle-fille Blanche, puis, comment dire ? oublié ? abandonné ? par son fils Michel, qui avait fait sa vie ailleurs.
Malgré le délabrement de la maison au moment où l’Académie des Beaux-Arts l’a reçue en 1966, on a pu restaurer le mobilier de Monet. Quand, pour certaines pièces en trop mauvais état, cela n’a pas été possible, le directeur Gérald van der Kemp a cherché des meubles de la même époque et du même style pour remplacer les meubles manquants. Il avait acquis une grande expérience de ce travail en remeublant patiemment le palais de Versailles.
Le résultat est saisissant. On est projeté tout à la fois il y a cent ans et dans la vie quotidienne de Claude Monet.
Voici un aspect du salon que Monet s’est installé dans son premier atelier, lorsqu’il s’est fait construire le deuxième et qu’il a pu récupérer cet espace situé au rez-de-chaussée de la maison principale pour son usage personnel.
Largement baigné de lumière par la grande verrière à l’ouest, le salon lui servait de fumoir, cette pièce réservée aux hommes où ceux-ci se rendaient après le repas pour griller une cigarette ou tirer sur leur cigare. Fumer, alors, était considéré comme un signe de distinction. On ignorait les dangers du tabac, qui a fini par venir à bout des poumons de Monet.
Une grande photo montre Monet debout au milieu de cette pièce, et c’est comme un jeu des sept erreurs de comparer son aspect d’aujourd’hui avec celui qu’elle avait de son vivant. On s’aperçoit que la chaise en rotin, la petite table pliante, le bureau sont les mêmes. C’est moins sûr pour le canapé et la méridienne, placés au même endroit mais pas tout à fait semblables.
Si Monet revenait, il retrouverait ses marques, à une exception près : la pièce n’empeste plus le tabac. Comme de photographier, il est maintenant interdit de fumer dans la maison.

Dimensions de la maison de Monet

La maison de Claude Monet à GivernyCe ne sont pas toujours les questions les plus simples auxquelles il est le plus facile de répondre. Mais j’ai enfin trouvé la bonne personne à qui demander les dimensions de la maison de Monet. Celle-ci mesure environ 40 mètres de long par 5 mètres de large.
Sur deux niveaux, on obtient 400 mètres carrés, auxquels il faut rajouter un bout de grenier qui a servi de chambre.
400m2, cela semble spacieux à première vue, mais pour loger dix personnes c’est tout de suite moins excessif. D’autant qu’un grand bout de cet espace, le premier atelier, est réservé à l’usage professionnel.
Surtout, à l’arrivée des Monet-Hoschedé à Giverny, la maison est nettement plus petite. C’est Monet qui a poussé les murs en ajoutant une extension de chaque côté. Ce faisant, il a déséquilibré la forme générale de la maison, démesurément longue pour sa profondeur. A l’étage, avec toutes les pièces en enfilade et le plancher de bois, on se croirait sur le pont d’un bateau.
Le raccord entre la maison d’origine et les extensions est encore lisible dans la taille des fenêtres. Le maître de la lumière les veut plus grandes que celles d’origine. Sur la photo, la fenêtre de gauche fait partie du corps principal de la maison, celle de droite a été dessinée par Monet. Habilement, les petits bois reprennent la forme des fenêtres voisines plus étroites, pour garder une harmonie. On remarque toutefois la taille plus grande des persiennes, et même un changement dans les garde-corps. Monet recherchait la simplicité.
A l’intérieur, la différence est notable. Les nouvelles pièces créées par Monet sont lumineuses, celles d’origine restent sombres même par beau temps.
On notera aussi que Monet n’a pas cherché à aligner les ouvertures de l’étage avec celles du rez-de-chaussée. C’est ce léger décalage dans l’emplacement des ouvertures qui donne tout leur charme aux maisons anciennes.

Authenticité

La maison de Monet à Giverny– Ce vert, là, c’est vraiment celui de Monet ?
La question ne me surprend plus : on me la pose au moins une fois par semaine. Le problème de l’authenticité taraude certains visiteurs. Ce peut être la couleur des volets et du mobilier de jardin, la présence de géraniums d’un rouge vif devant la maison, ou même les pots chinois qui montent la garde de chaque côté du perron. Qu’est-ce qui est « vrai » dans tout ça ?
Il est malaisé de répondre, car peu d’informations ont été publiées sur l’histoire de la restauration de la propriété Monet. Or la recherche de fidélité à l’original a été tempérée par les contraintes de l’ouverture au public.
A l’intérieur, il n’est pas difficile de faire la preuve de l’excellence de la restauration. Des photos disposées dans l’atelier ou dans la salle-à-manger, sur lesquelles figure Monet, permettent de comparer la pièce d’alors à celle d’aujourd’hui. Chaque détail est à sa place, les altérations sont minimes. Mais dehors, le doute s’installe, surtout quand les couleurs trop crues ne correspondent pas à l’idée de douce harmonie que l’on se fait d’un tableau de Monet.
Pourtant, dans son jardin, Monet bannit la mièvrerie. Le vermillon réveille les camaïeux de rose et de mauve, le vert dur se fait végétal. Est-ce vraiment le vert de Monet ? J’ai bien regardé les photos couleurs présentées à l’exposition, sans parvenir à trancher. A chacun de se faire son idée.

Boîte à oeufs

Boîte à Oeufs de Claude Monet Ma collègue Patricia a un bien joli coup de pinceau. Cet hiver, elle s’est laissé inspirer par les merveilles dont la maison de Monet regorge pour en faire des aquarelles.
Pas besoin de vous dire à quoi sert cette boîte accrochée au mur de la petite pièce qui fait office d’épicerie. Comme un fromage bien connu, c’est écrit dessus. Mais il m’arrive de me trouver là avec des visiteurs très jeunes, ou beaucoup moins fort en français que vous, pour qui l’inscription garde tout son mystère. Et ils ne manquent pas d’imagination pour inventer des usages à cette intrigante petite boîte, qui pourrait selon eux servir à mettre les clés, les épices, les lettres…
Un coup d’oeil sur le côté aide à trouver la réponse. A travers le lattis prévu pour l’aération, on aperçoit des plaquettes de bois percées de trous ronds.
On pouvait ranger 36 oeufs dans cette boîte. Cela paraît beaucoup, mais c’était loin d’être suffisant pour une famille comme celle de Monet, qui comptait 10 personnes et du personnel. Dans la même pièce, une deuxième étagère à oeufs en contenait jusqu’à 80. Soit un total de 116 oeufs !
Cette profusion s’explique par la présence d’un poulailler dans le jardin, et aussi parce qu’on mangeait beaucoup plus d’oeufs au 19ème siècle qu’aujourd’hui.
C’était un vrai trésor… Vous avez vu cette belle serrure ? Les oeufs étaient gardés sous clé, comme le reste de la nourriture. Je ne peux pas affirmer que c’était le cas chez Monet, mais le meuble est prévu pour. Les romanciers contemporains décrivent ces maîtresses de maison aux énormes trousseaux de clés, qui ouvrent et ferment les armoires et les garde-manger au gré des besoins. Marque de pouvoir, marque de richesse… La nourriture était comparativement beaucoup plus chère alors, et les bourgeois qui n’auraient su se passer de leurs domestiques craignaient pourtant de se faire voler.

Pampre pourpre

La maison de Monet à Giverny en octobre
D’accord, c’est assez imprononçable comme titre. Mais regardez comme c’est joli. En octobre, la maison de Claude Monet à Giverny est noyée sous la vigne vierge.
Enfin, pas toute la maison, surtout le côté ouest, celui que le peintre s’était réservé pour son usage personnel.
Derrière la pergola où fleurissent les dernières roses jaunes, impossible de deviner la couleur de la façade. Elle disparaît sous une toge écarlate qui, avec le gris noble de l’ardoise, lui donne un air de demeure bourgeoise.
Ne dirait-on pas, vue ainsi, une de ces grosses maisons de maître qui ont poussé partout en France au 19ème siècle ?
Illusion entretenue par le massif de géraniums, les tilleuls bien taillés, l’escalier à perron
Mais c’est une impression fugitive, qui s’envole aussitôt que l’on se retourne. Tandis que le regard embrasse la longue façade, le sentiment qu’on est à la campagne revient. Et il suffit de jeter un coup d’oeil derrière soi pour retrouver le jardin de profusion cher à Monet, si loin des canons de son siècle.

Porte-fenêtre

porte-fenêtre, maison de Monet à GivernyMonet qui a tant peint les reflets n’a jamais pris pour motif ceux qui se dessinaient dans sa porte.
Tout son jardin vient buter contre la vitre de la porte-fenêtre de la cuisine, prêt à se précipiter à l’intérieur si quelqu’un venait à l’ouvrir.
Les couleurs de l’été claquent dans le soleil, le rouge des pélargoniums, le vert des peintures plus lumineux que jamais.
En comparaison tout paraît sombre à l’intérieur.
Comme dans un miroir le reflet masque ce qui se trouve derrière la vitre.
Impossible de deviner le fourneau, de distinguer les rangées de cuivres qui luisent dans la cuisine.
Il suffirait de tourner la poignée de porcelaine blanche et d’entrer pour s’apercevoir que la pièce n’est pas si obscure.
C’est l’ambiguïté de la porte-fenêtre, cette frêle barrière entre le dedans et le dehors capable de s’effacer avec civilité pour vous laisser passer.

Giverny

GivernyLa maison de Claude Monet à Giverny est une leçon de perspective.
Comme deux arbres sont plantés à quelques mètres du perron principal, il n’est pas facile d’avoir une vue d’ensemble de l’édifice. La masse sombre des ifs tronçonne la maison dans sa partie médiane, empêchant de saisir d’un coup d’oeil la silhouette du bâtiment.
Si on veut photographier la maison de Monet ou la peindre en gros plan, on est obligé de se placer de côté. Les lignes parallèles de l’arête du toit, de la gouttière, du rosier grimpant et du sol convergent alors vers un même point. L’impression de lignes de fuite est renforcée par la longueur importante du bâtiment et la nécessité de se tenir à proximité. En effet, il faut rester dans l’allée, pas question d’aller prendre un peu de recul dans les plates-bandes amoureusement entretenues par les jardiniers.
Tout porte à croire que cet effet a été recherché par Monet. L’installation de la pergola, la plantation de la vigne vierge, les couleurs mêmes qu’il a choisies pour la façade et les volets montrent qu’il souhaitait que le bâtiment se fonde dans le jardin. Imaginons qu’on supprime les ifs, la maison se dresserait à l’arrière-plan, barrant l’horizon de toute sa raideur géométrique.

Minet à Monet

FouinetteLes jardins de Monet sont le domaine d’un chat. Elégante dans sa fourrure noire rehaussée d’une petite tache blanche au col, Fouinette est ici chez elle.
Pourquoi Fouinette ? Parce qu’elle avait la manie d’aller fouiner partout quand elle était plus jeune, le moindre tuyau, la machine à laver, les tiroirs, il fallait qu’elle aille voir dedans. Aujourd’hui elle est moins possédée du démon de la curiosité, elle a dix-neuf ans. Un âge hyper vénérable pour un chat mais Fouinette oublie parfois qu’elle est si vieille, elle continue à vouloir sauter d’une chaise à l’autre, et quelquefois elle rate son coup, aïe !
La plupart du temps toutefois la minette de chez Monet prend la vie du côté chat, à somnoler sur son coussin près du radiateur. Quand elle sort dans les jardins il lui arrive de rester pensive sur le perron à poursuivre son rêve, son regard d’or perdu dans le vague.
Il faut dire que la vieille chatte souffre de la même déficience visuelle que Monet : elle a la cataracte.

Autographes

lettre de Monet Dans la maison de Claude Monet à Giverny, on peut voir les deux bureaux dont il se servait pour rédiger et ranger sa volumineuse correspondance. L’un se trouve dans son premier atelier, l’autre, une magnifique pièce en marqueterie du 18ème siècle, dans sa chambre à coucher.
Monet a écrit des milliers de lettres et il en a reçu autant. Toutes ces correspondances sont très convoitées par les collectionneurs.
C’est très émouvant de tenir une lettre ancienne dans ses mains, qu’elle provienne d’un personnage célèbre ou pas. En même temps que le mouvement de la pensée, on suit celui de la main. On voit l’encre devenir plus pâle puis soudain foncée, on devine le geste pour retremper la plume dans l’encrier. Comme une photo, la lettre manuscrite saisit un instant de vie. Comme elle, on peut la scruter pour essayer d’y retrouver quelque chose du passé. Il y a mille raisons d’écrire une lettre, mais quelle que soit cette raison, écrire est un acte social.
Pourtant, en feuilletant le catalogue de vente d’une boutique parisienne spécialisée dans les lettres et documents autographes, c’est à dire comportant au moins quelques mots ou une signature de la main de l’auteur, on a un peu l’impression de se promener au Père-Lachaise. Toutes les gloires passées s’y côtoient. Ce n’est pas la taille des monuments qui marque leur célébrité, mais leur cote.
Trois groupes se détachent qui semblent avoir davantage la faveur des collectionneurs. Les plus recherchés sont les manuscrits de compositeurs. Sur près de 400 entrées que compte le catalogue, Rossini l’emporte, et de très loin, avec une petite partition d’une page qui se négocie à plus de 5000 euros. Puis viennent les peintres. Le plus cher, est-ce une surprise ? c’est Monet : 2750 euros pour une lettre de deux pages à Geffroy, son ami critique d’art. Renoir le talonne de près, ainsi que Pissarro, tous deux à 2500 euros. Enfin, troisième axe de collection, les têtes couronnées semblent jouir d’un prestige important, mais inégal.
Pour en revenir à Monet, que dire de ses lettres ? Qu’il avait une écriture difficile à déchiffrer, ce qui n’a fait qu’empirer avec la cataracte. Clemenceau avoue un jour n’avoir pas réussi à lire sa missive, « par excès de calligraphie », dit-il sur son ton badin habituel.
Pour le contenu, Monet écrivait avec simplicité, sans fioriture, dans un style sans doute proche de son style oral. Mais il savait pourtant décrire avec précision ses enchantements, ses hésitations et ses tourments. Aujourd’hui, c’est grâce à ses lettres envoyées presque chaque jour à ses nombreux correspondants que nous connaissons le détail de la genèse de ses toiles et de sa vie quotidienne. Elles sont les documents authentiques qui forment le socle de l’analyse de son oeuvre.

La maison de Monet

La maison de Monet à Giverny en étéClaude Monet a mis tout son art à décorer sa maison de Giverny, où il a vécu 43 ans. Il en a fait un lieu intime et confortable à découvrir absolument si vous venez à Giverny.
La maison rose aux volets verts s’étire le long de la rue principale du village, sa façade tournée vers le jardin. Le plan tout en longueur vient des agrandissements voulus par Monet pour loger sa grande famille : les deux fils qu’il a eus avec Camille, sa future épouse Alice, et les six enfants de celle-ci.
La visite commence par le petit boudoir bleu décoré d’estampes japonaises, où Alice passait l’après-midi en compagnie des enfants, à broder ou à lire. Le temps y est toujours rythmé par le tic-tac de l’horloge peinte en bleu comme les boiseries.
On traverse ensuite l’épicerie installée dans l’entrée secondaire, qui permettait à Monet de faire passer marchands et amateurs directement dans son atelier. Comme les estampes, les meubles de style bambou révèlent le goût de Monet pour le japonisme.
En contrebas de quelques marches, on visite ensuite le premier atelier de Claude Monet, le seul endroit de la maison où il exposait ses propres toiles. Certaines étaient à vendre, d’autres étaient conservées en souvenir de périodes marquantes de sa vie et de sa carrière.
Un escalier étroit conduit à l’étage où Monet s’était réservé la plus grande chambre. Il faut l’imaginer couverte des oeuvres de ses amis impressionnistes Sisley, Renoir ou Cézanne.
De la fenêtre de sa chambre, la vue plongeante sur le jardin fleuri permet d’apprécier le dessin géométrique des plates-bandes.
On traverse ensuite le cabinet de toilette de Monet, où il prenait tous les matins un bain froid, avant de choisir dans la garde-robe les vêtements adaptés à son emploi du temps du jour.
Le cabinet de toilette d’Alice fait suite à celui de Monet, puis vient la chambre d’Alice, émouvante dans sa simplicité.
De là, l’escalier principal de la maison redescend vers la salle-à-manger. C’est la pièce la plus spectaculaire de la maison. Elle surprenait tous les contemporains qui y ont été reçus, artistes, écrivains, marchands, hommes politiques… Monet l’a voulue entièrement jaune, meubles et murs, une couleur qui met en valeur les estampes japonaises et la vaisselle bleue. Raffinement suprême, la cuisine voisine est couverte de carreaux bleus pour qu’elle s’harmonise avec le jaune de la salle-à-manger quand on en ouvrait la porte pour apporter les plats !
La visite de la cuisine confirme l’importance que Monet accordait aux plaisirs de la table. Dans cette pièce spacieuse parfaitement agencée pour l’époque, la cuisinière et son aide disposaient d’un grand fourneau et d’une collection de cuivres rutilants qui leur permettaient de préparer des repas élaborés pour dix à vingt personnes chaque jour.

Vue aérienne de la maison de Monet

Vue aérienne de la maison de Monet à Giverny - photo Francis CormonC’est le Yann Arthus-Bertrand de chez nous : Francis Cormon photographie la région de Vernon depuis les airs, suspendu à son paramoteur – une aile de parapente équipée d’un moteur à hélice.
Le site où il présente ses photos aériennes donnerait envie de voler à n’importe qui. De photo en photo, on a l’impression de planer dans les airs, le paysage déroulé comme un tapis sous les pieds.
La beauté des prises de vue est saisissante. Que la région est magnifique vue du ciel ! Et comme cela doit être difficile de combiner les impératifs du pilotage, les aléas de la météo et les contraintes de la photo pour arriver à un tel résultat !
Certains détails apparaissent mieux vus d’en haut : ainsi, le jardin de Monet expose la rigueur du tracé géométrique de son clos normand, moins apparent du sol, quand il est masqué par l’exhubérance des massifs.
Surtout, on découvre des endroits cachés, des ilôts secrets, des châteaux dissimulés au fond de parcs, des chapelles perdues au milieu des champs. On voit la forteresse de Château-Gaillard émerger d’une mer de brouillard dans une mise en scène spontanée et grandiose. On se promène au coeur de Vernon comme dans un plan en relief, et la gare de Pacy-sur-Eure ressemble trait pour trait à un modèle réduit.
Enfin, le paramoteur permet de se rapprocher à quelques mètres du sol. Et ce qu’il donne à voir alors, c’est la beauté simple du paysage rural, les sillons rectilignes, les alignements de meules, les couleurs éclatantes des champs de lin, de colza ou de coquelicots. De témoignage géographique, la photo devient art graphique, avec pour matériau la trace du travail des hommes. Je me demande si ce ne sont pas ces photos-là que je préfère.

Visite guidée

Entrée de la maison de Monet à GivernyIl arrive que les visiteurs de Giverny rendent compte de leur voyage sur internet, dans des sites spécialisés, ou encore dans leur blog ou leur journal de bord. Ces comptes-rendus sont précieux par leur sincérité même, différents de ceux que l’on obtient en posant la sempiternelle question, alors, ça vous a plu ?
Sur internet, les avis positifs abondent. Le charme de Giverny agit sur la plupart des visiteurs. Rêves devenus enfin réalité, paradis terrestre…
Ce qui me fascine, c’est de pouvoir, grâce à ces récits, vivre la visite de quelqu’un qui découvre les lieux avec son regard neuf.
On a des surprises quelquefois. Certains, par exemple, n’ont pas trouvé la maison de Monet très intéressante. Je sursaute. La maison de Monet ! Cette merveille, ce temple ! Ce témoignage unique du goût exquis de Monet, ce reflet fidèle de la vie bourgeoise à la campagne il y a cent ans ! Je ne comprends pas. Ou plutôt si, je comprends : ils sont passés à travers les pièces sans vraiment les voir.
Nous avons besoin d’explications pour que notre oeil s’ouvre. Il nous est difficile de percevoir ce que personne ne nous a montré. Et pas seulement montré, mais raconté, mis en scène dans son contexte. Comment apprécier sans comprendre ?
Chers lecteurs, si vous prévoyez de venir visiter Giverny, pensez à préparer soigneusement votre voyage, et pas seulement dans ses aspects pratiques, mais lisez, écoutez, réservez une visite guidée… Votre voyage vous récompensera de vos efforts au centuple, il en sera tellement plus beau.

Cher lecteur, ces textes et ces photos ne sont pas libres de droits.
Merci de respecter mon travail en ne les copiant pas sans mon accord.
Ariane.

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