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Category Archives: Exposition

Frédéric Bazille au musée d’Orsay

Exposition Bazille musée d'Orsay Paris

Il était l'ami intime de Claude Monet : le musée d'Orsay consacre jusqu'au 5 mars 2017 une exposition à Frédéric Bazille, (prononcer Basile) l'un des tous premiers impressionnistes.

C'est une gageure. Les oeuvres de Bazille sont très peu nombreuses – on en connaît 52 seulement, réparties un peu partout sur la planète.

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Mes photos s’exposent à Montgeron

Affiche-montgeron-expo

Vous aimez l'affiche ? Je la trouve très réussie avec cette couleur violette qui reprend celle des tulipes. Cette photo reste l'une de mes toutes préférées de Giverny, l'une de celles qui me donne envie de me précipiter dans les jardins de Monet.

La ville de Montgeron l'a choisie pour illustrer son évènement "Passion Jardin" qui comprend, parmi de nombreuses animations, une exposition de mes photos de Giverny. Vernissage demain soir…  J'y serai ! Montgeron est à environ deux heures de route de Giverny, en banlieue sud de Paris. 

Pourquoi Montgeron ?

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Les visites qui vont bien ensemble

Serre du jardin des plantes, ParisIl y a des visites qui se font écho et s'enrichissent mutuellement. Leur association peut être évidente, comme celle de Giverny et de l'Orangerie, ou plus inattendue, presque fortuite.

Il y a quinze jours je suis allée à Paris pour voir la très jolie exposition du musée Jacquemart-André intitulée "l'Atelier en plein air – Les impressionnistes en Normandie" (jusqu'au 25 juillet 2016). Et puis, juste pour le plaisir, j'ai fait un tour dans les serres du Jardin des Plantes, histoire de comparer avec celles de Kew.

Ce n'était pas délibéré, mais cette visite a pris tout son sens un peu plus tard, face aux jungles du Douanier Rousseau exposées à Orsay.

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Expo Caillebotte à Yerres

Caillebotte, Yerres, effet de pluieHier j’étais à Yerres, et c’était bon d’être ailleurs. Jusqu’au 20 juillet, on peut voir dans cette ville du sud-est de Paris une exposition consacrée à Gustave Caillebotte, peintre impressionniste et proche ami de Claude Monet.
La famille Caillebotte possédait à Yerres une belle résidence entourée d’un vaste parc, que le jeune peintre a prise pour modèle à de nombreuses reprises. C’est dans cette propriété même que l’expo est présentée, dans un rapprochement grisant.
Comme à Giverny, on déambule dans le motif resté intact. On marche le long de la rivière où les périssoires glissaient, et l’eau a toujours exactement la couleur verte qu’elle a sur les tableaux. YerresLes massifs, les pelouses, les bâtiments sont toujours là, les orangers poussent dans les mêmes bacs, les mêmes chaises de jardin invitent au repos, si bien que la réalité et la peinture, le passé et le présent se percutent. Jusqu’au potager si bien entretenu qu’on le dirait arrosé de la veille par les jardiniers des Caillebotte.
L’expo, même si elle ne propose que 43 oeuvres, parmi lesquelles bon nombre de petits formats, est tout de même un enchantement. Parce que Caillebotte a l’art de nous conter les plaisirs du bord de l’eau : canotage, pêche à la ligne, plongeon…, dans des toiles où souffle la chaleur de l’été et la fraîcheur de l’eau. Parce qu’il est d’une audace incroyable dans ses angles de vue, ses cadrages, qui bouscule et séduit. Et parce qu’à l’imaginer en train de peindre, en train d’élaborer ces toiles si innovantes, où l’humour n’est pas absent, on croit percevoir de la bonté chez lui, de l’humanité, de l’empathie pour les personnes qu’il figure. Quel dommage que la mort l’ait privé d’une longue carrière en l’emportant à 45 ans. Mais Caillebotte sentait qu’il mourrait jeune, lui qui a rédigé son testament à 28 ans…

Cathédrales à Rouen

Expo Cathédrales à RouenLa nouvelle exposition du musée des Beaux-Arts de Rouen a ouvert hier et va durer tout l’été. Intitulée « Cathédrales, un mythe moderne », elle décline le thème du monument gothique à travers les époques, de 1789 à 1914, du romantisme à la modernité.
L’exposition était déjà annoncée en janvier dernier, quand j’ai fait cette photo, avec comme tableau emblématique une cathédrale de Monet. Ce choix pourrait prêter à confusion, car la fameuse série a déjà été vue à Rouen où onze Cathédrales de Monet ont été réunies en 2010. Mais il s’agit de tout autre chose.
Le premier nom dans la liste des peintres exposés met sur la piste de l’intention de l’expo : Goethe !
Oui, le génie de la littérature allemande, celui que des générations de germanistes ont étudié en long et en large, du jeune Werther à Iphigénie, de Faust et Marguerite au Roi des aulnes. Goethe, tout comme Hugo, dessinait. Je grille de voir ce que cela donnait. Même si sur le plan artistique, il est probable qu’il soit surpassé par nombre des soixante artistes représentés.
L’expo 2014 du musée des Beaux-Arts de Rouen est le fruit d’une collaboration avec le Wallraf-Richartz Museum de Cologne. Elle s’inscrit dans le cadre du centenaire de la Première Guerre mondiale.
De chaque côté du Rhin, la cathédrale a pris au 19e siècle une valeur de symbole national, avec l’intérêt nouveau suscité par l’art monumental gothique, et elle est devenue une puissante source d’inspiration qui dure toujours.

Louviers : Paysages d’eau

Stanislas Lépine, Paysage (détail), 1869, huile sur toile, Paris, musée d'Orsay Stanislas Lépine, Paysage (détail), 1869, huile sur toile, Paris, musée d’Orsay

A l’origine du mouvement impressionniste figurent huit expositions parisiennes, qui s’échelonnent de 1874 à 1886. Monet, dont le tableau « Impression, soleil levant » va involontairement donner son nom au mouvement, a participé aux quatre premières et à la septième de ces expositions.
L’histoire a retenu les noms des plus grands peintres qui ont présenté leurs oeuvres au jugement du public : Claude Monet bien sûr, Pissarro, Renoir, Caillebotte, Sisley, Degas, Morisot, Cézanne, Cassatt, Gauguin, et enfin Seurat et Signac.
Mais ces peintres ne sont pas les seuls à avoir osé braver les moqueries en adhérant à la « Société anonyme des artistes peintres, sculpteurs, graveurs, etc. » Au total, 56 artistes ont présenté plus de 1700 oeuvres lors de ces huit expositions impressionnistes.

Le musée de Louviers propose actuellement une intéressante exposition dans le cadre du festival Normandie Impressionniste. A côté de quelques oeuvres de peintres majeurs, l’entrée gratuite permet d’admirer de bien belles choses signées par des artistes tels que Bracquemond, Lebourg, Lépine, Béliard, Bureau, Cals, Colin, Guillaumin… qui tous ont participé aux expos impressionnistes fondatrices.
A travers leurs tableaux et gravures, on respire l’air du 19e siècle, on perçoit leur audace et leur retenue, et le côté avant-gardiste de Monet, au sein même de ce groupe novateur.
C’est une savoureuse découverte, et l’on en vient à rêver d’une exposition, disons en 2024, pour les 150 ans du mouvement, qui reconstituerait la réunion d’oeuvres d’origine…

L’impressionnisme et la mode

Madame GaudibertL’impressionnisme est à la mode, et les impressionnistes ont aimé la mode immodérément. Moralité, le musée d’Orsay, alias M’O, se moquant des mauvais coucheurs maussades qui maugréent, a mitonné une expo qui mêle mode et tableaux. Et l’émotion est là.
Oui, c’est grand public, la prise de risque est nulle, mais quel est ce snobisme qui voudrait réserver les expos à une élite ? Ce beau thème méritait d’être traité, et l’Impressionnisme et la mode fait lumineusement comprendre que qui dit mode dit modernité.
Pour avoir une idée de cette expo, je vous recommande le billet de Tania, ou encore le site très riche que le musée d’Orsay lui consacre.
Je résume le propos : la rupture apportée par le courant impressionniste, c’est de s’attacher à capter des instantanés de la vie contemporaine, et non plus de représenter des histoires. Quand les impressionnistes peignent des personnes, elles sont habillées avec ce qu’elles portent tous les jours, à la dernière mode.
Enfin, probablement avec ce qu’elles ont de mieux, des vêtements qui les flattent, qui marquent leur bon goût, qui témoignent de leur rang. Pour se faire peindre, on n’allait pas mettre n’importe quoi non plus.
La force de l’expo, c’est de faire sentir la place que tient l’habillement dans la société du 19e siècle, une place de premier plan, écrasante, contraignante, ruineuse.
Mais surtout, l’idée de génie a été de rapprocher robes et tableaux. En regard des oeuvres, on admire, dans des vitrines, des vêtements provenant du musée de la mode et du costume.
C’est une belle leçon de peinture, et c’est bien plus. On aurait envie de toucher ces étoffes, comme dans un magasin. Comme pour s’assurer de leur réalité. Elles nous font sentir soudain le passage du temps.
L’impressionnisme est à la mode, on peut sans problème accrocher une repro de Monet chez soi, mais on ne pourrait en aucun cas porter ces vêtements. S’étouffer dans ces corsets, entrer dans ces robes de 32 centimètres de tour de taille, déambuler en traînant derrière soi ces mètres de tissu. Cette mode-là appartient définitivement à un lointain passé.
L’émotion est dans ce dialogue entre l’autrefois et le présent, car le virtuel de l’image figurée sur le tableau devient réel, trivial presque. Par leurs vêtements les personnages descendent des cadres et deviennent des personnes qui font irruption dans notre 21e siècle.
On avait beau avoir lu Zola et connaître la condition féminine à l’époque, le concret des objets montrés touche. C’était donc cela, être une femme au dix-neuvième ? Et aujourd’hui, à quels diktats de l’apparence obéissons-nous sans même nous en rendre compte ?
J’ai gardé pour la fin, parmi les questionnements suscités par l’Impressionnisme et la mode, celui qui provoque le plus de commentaires dans les médias : la mise en place d’une scénographie un peu (trop ?) présente de l’expo. Ambiance défilé de mode, évocation d’un jardin public, l’idée qu’il faille un décor à une expo ne va pas de soi, il semble même qu’elle fasse l’unanimité contre elle. Kitsch, inutile, lourde, que sais-je… Mais peut-être n’est-ce qu’une question de temps. Qui sait, d’ici quelques années, nous nous serons peut-être habitués à la mise en scène des expos comme aux décors de théâtre.
Affaire de convention sans doute. De mode. Dans le fond, la prise de risque d’Orsay, l’idée novatrice qui bouscule, c’est celle-ci.

Portrait de Madame Gaudibert, Claude Monet, 1868, huile sur toile 216x138cm, Musée d’Orsay, Paris.

Giverny version glam-punk

Kembra Pfahler photographiée par E.V. Day à Giverny

Il faut un peu de temps pour s’habituer. Pour faire cohabiter l’harmonie sereine de Giverny et le look flashy et provocateur de cette beauté sculpturale. Mais une fois le choc visuel passé, les images de cette exposition qui s’ouvre à New-York déploient tout leur pouvoir de fascination.
L’artiste plasticienne new-yorkaise E.V. Day a séjourné en résidence à Giverny pendant l’été 2010. Le travail de Day tourne autour des thèmes de la force féminine et de la culture populaire. En découvrant le jardin estival de Monet, paisible icône de cette fameuse culture populaire, elle a imaginé ce que donnerait la confrontation avec une autre icône, une star du glam-punk, la volcanique chanteuse Kembra Pfahler.
Day qualifie cette confrontation de dissonante et discordante, mais c’est précisément ce qui l’a attirée, puisqu’elle aime explorer « l’énergie propulsive qui résulte de la rencontre de deux entités fortes. » Elle a photographié Kembra dans sa tenue de scène un soir de canicule à Giverny, et dit-elle, tandis qu’elle marchait dans les allées sinueuses perchée sur les talons de ses longues bottes, « elle possédait le jardin comme si elle venait de retrouver son habitat naturel. »
Le plus étonnant, selon ses observations, est qu’une sorte d’harmonie se créait. Alors que la plupart des corps plongés dans le jardin de Monet semblent absorbés par lui, la présence imposante de Kembra et son impact symbolique établissaient un équilibre visuel.
Pourtant, si les images créées par E.V. Day n’ont pas l’air vraies, cela ne tient pas seulement au look de Kembra. C’est aussi parce qu’elles sortent tout droit de Photoshop. Day, inspirée par les reflets dans le bassin, a eu l’idée de symétriser ses images en les dédoublant comme dans un miroir, ce qui leur donne un air un peu artificiel et mystérieux.

Kim En Joong

Exposition Kim En Joong, centre du vitrail de Chartres Après Chartres, Rouen : le père Kim En Joong exposait au centre du vitrail de Chartres cet hiver, ses oeuvres seront à voir à la cathédrale de Rouen du 26 mars au 26 septembre 2010 dans le cadre du festival Courant d’Art.
D’origine coréenne, Kim En Joong s’est converti au catholicisme, a émigré en Suisse puis en France, et il est devenu dominicain.
Artiste de grand talent, il crée des peintures et des vitraux. Son travail, fortement inspiré de spiritualité, reflète l’influence de la calligraphie, mais c’est surtout la couleur, vibrante, fulgurante, qui frappe. Elle jaillit, magnifiée par la lumière quand les vitraux sont en place.
L’exposition au centre du vitrail de Chartres se tenait en sous-sol, on ne pouvait donc pas apprécier les oeuvres à la lumière naturelle. En revanche, elle permettait de découvrir le splendide cellier de la grange dîmière de Loëns, qui date paraît-il de Philippe-Auguste, c’est-à-dire du début du 13e siècle, comme la tour des Archives ou le château des Tourelles à Vernon.
En ce temps-là, le clergé percevait une redevance en nature sur les récoltes, la dîme. La Beauce était déjà couverte de céréales, mais aussi de petits vignobles aujourd’hui disparus. Le blé et l’avoine collectés étaient stockés dans la grange dîmière à l’étage, tandis que les caves de celles-ci recevaient le vin.
La magnificence de ces celliers étonne, avec leurs trois nefs à voûtes en ogives dont les nervures retombent sur des chapiteaux ouvragés. Rien n’était trop beau pour conserver le vin des hommes d’église…

Expo d’orchidées à Vascoeuil

Orchidée Zygopetalum Titanic

Si comme Monet vous êtes passionné d’orchidées, vous allez vous régaler à Vascoeuil ce week-end. Dès vendredi après-midi commence la 11e « Magie des Orchidées », une exposition florale qui présentera des centaines de variétés différentes dans des mises en scènes spectaculaires, à travers les salles du château. Emerveillement en perspective !
Le matin, on peut s’initier au rempotage, et même venir avec sa propre orchidée. Mais c’est surtout l’occasion d’en adopter de nouvelles, étranges et originales, jamais rencontrées en jardinerie.
Celle-ci par exemple se nomme Zygopetalum Titanic, une obtention de Vacherot et Lecoufle, des orchidéïstes français.
A la voir, il y a bien de quoi se détendre les zygomatiques : un déguisement de clown entoure une bouche qui rit aux éclats, entre un mignon petit nez rose et une barbe de nain de jardin.

Henri Martin

Henri Martin, Les Champs-Elysées, 1939 Musée des Beaux-Arts de BordeauxHenri Martin, Les Champs-Elysées, 1939 Musée des Beaux-Arts de Bordeaux

Je viens d’avoir la solution d’une énigme qui m’intriguait : pourquoi le musée de Vernon est-il aller chercher celui de Douai pour organiser la grande exposition impressionniste en cours ? Au vernissage, chacun remerciait de façon appuyée l’ancienne conservatrice du musée de Vernon, Anne Labourdette. C’est qu’elle est la nouvelle conservatrice du musée de la Chartreuse de Douai !
Pendant qu’un bon peu des trésors de Douai font les délices des visiteurs vernonnais, les cimaises libérées dans la cité du Nord accueillent une grande exposition consacrée au peintre Henri Martin.
Ce nom vous dit forcément quelque chose. Mais si, voyons, l’avenue Henri-Martin, les cases rouges du Monopoly ! Né vingt ans après Monet, Henri Martin a été le chouchou des commandes officielles pendant la Troisième République. A lui les grandes décorations dans sa ville natale de Toulouse avec la salle Henri-Martin et la salle des Illustres de l’hôtel de ville, un bien bel endroit pour se marier !
Du Capitole à la capitale, il enchaîne avec le Palais de Justice et l’Hôtel de Ville de Paris, la Sorbonne, le Conseil d’Etat, qui mérite une visite, ou encore le palais de l’Elysée. Ses pinceaux n’ont pas le temps de refroidir tant son style plaît aux officiels.
Faire le plein d’honneurs de son vivant, il n’en faut pas plus pour se faire placardiser par la postérité, qui a un faible pour les artistes maudits. C’est probablement aussi injuste que le contraire.
L’eau a coulé sous les ponts depuis le décès d’Henri Martin en 1943. On peut le redécouvrir sereinement aujourd’hui, et faire le tri entre ce qu’il a de très : très beaux coloris, très bonne technique, très belle inspiration poétique… et de trop : trop sage ? chantre d’un monde trop idéalisé ? Trop symboliste ? A chacun d’en juger à travers les quelque cent toiles présentées à Douai jusqu’au 15 juin 2009.

P.S. du 22 avril : Hélas, le Henri-Martin du Monopoly en est un autre ! voir billet du 22 avril.

Musée Flaubert, les enfants du secret

Musée Flaubert, expo les enfants du secretPour sa dernière exposition le musée Flaubert de Rouen s’est penché sur le drame des bébés abandonnés au 19ème siècle.
Pas forcément très réjouissant comme expo, mais c’était la triste réalité d’il n’y a pas si longtemps, à l’époque de Monet et Camille.
Quel rapport, me direz-vous, entre l’illustre écrivain rouennais Gustave Flaubert et les enfants trouvés ? C’est que papa Flaubert, qui répondait au doux prénom d’Achille-Cléophas, était le chirurgien chef de l’Hôtel-Dieu. Il habitait dans le pavillon où est installé le musée, qui est à la fois maison natale de Gustave Flaubert et musée de l’histoire de la médecine.
Les concepteurs de l’exposition qui se tient jusqu’au 14 juin 2008, Les enfants du secret, ont puisé dans les archives de l’hôpital pour faire revivre le destin tragique de ces petits êtres qui ont eu le tort de naître d’une mère qui ne pouvait les élever. A cause d’une étreinte souvent illégitime, à cause aussi de la trop grande pauvreté, ces malheureuses étaient obligées d’abandonner leur enfant.
On a conservé soigneusement les lettres qu’on trouvait souvent dans les langes des nouveaux-nés. Les mères ou parfois les pères qui les écrivaient avaient l’espoir de venir bientôt reprendre leur bébé, sitôt qu’ils auraient retrouvé du travail.
Certains de ces billets sont découpés de crans aux ciseaux de façon à s’emboîter dans l’autre bout du papier que la mère conservait. Ailleurs ce sont des rubans, des médailles qui servent de signes de reconnaissance. On appelle ces objets des remarques. Pour ces coeurs plein d’amour, c’était un moyen de croire que la séparation n’était pas définitive.
Le déchirement d’avoir à abandonner son enfant, c’est juste inimaginable. Comment se mettre à leur place ? Pour les comprendre il faudrait avoir connu la misère, le dénuement complet décrit par Zola.
En vérité ces retrouvailles chimériques se produisaient bien rarement. La plupart des enfants mouraient dans la première année.
A Rouen l’abandon d’enfant était une réalité tristement banale, jusqu’à plusieurs centaines par an. Une sorte de tambour était installée dans le mur de l’hôpital, la mère y déposait le bébé, faisait pivoter le tour et sonnait une cloche pour qu’on vienne rapidement chercher son enfant.
Plus tard on a eu l’idée de proposer du secours aux jeunes mamans sans ressources, ce qui a fait chuter le nombre d’abandons.

Il y a une logique qui m’échappe

exposition ange étrange Quelquefois la vie a l’air de vous envoyer des signaux. Il suffit d’une coïncidence et vous voilà parti à chercher ce que cela peut bien vouloir dire. Pourquoi ceci, maintenant ? Quel est le lien secret qui relie des évènements distincts, ce lien qui passe par vous ?

C’est étrange, dit l’ange.

Aussitôt informée j’ai couru à Rosny sur Seine voir la nouvelle exposition à l’Hospice Saint-Charles. Le thème de l’ange décliné par un collectif de peintres qui se disent Réalistes Magiques, il y avait de quoi piquer la curiosité.
L’exposition s’intitule L’ange exquis, être ange, étrange. 33 artistes réunis autour du Français Lukas Kandl ont travaillé sur de grandes toiles de même format sur le principe des cadavres exquis. Vous vous rappelez ce jeu imaginé par les surréalistes, où chacun inventait un bout de phrase sans savoir ce que les autres avaient écrit avant ? Là les peintres participent à une oeuvre collective, une sorte de série autour de l’ange, en ignorant ce que font les autres artistes du collectif.
Le résultat est spectaculaire. Ca explose de couleurs. Ca fourmille de détails, dans une virtuosité picturale qui épate les signataires du livre d’or.
Et en même temps c’est une peinture qui dérange, dans sa façon de recycler des éléments connus pour en faire, quoi ? On ne comprend pas très bien en général. Est-ce qu’il faut chercher du sens dans la toile d’Ugo Levita ci-dessus ? Y a-t-il des clés, un message, comme dans les rêves, qu’il faudrait savoir décoder ?
Ce qu’il ne faut certainement pas chercher dans les tableaux présentés, c’est la vision religieuse de l’ange. Il est ici plus magique que sacré, prétexte au surnaturel, et voisine avec des licornes, des lions et des chiens ailés, tout un bestiaire de monstres qui transporte l’imaginaire hors du référentiel habituel.
Rien d’étonnant à cette disparition du religieux pour qui s’inscrit dans la logique de Jacques Prévert l’athée. Prévert fut l’un des premiers surréalistes à jouer aux cadavres exquis. L’exposition a placé son poème en exergue :

Être ange
c’est étrange
dit l’ange
Être âne
c’est étrâne
dit l’âne
Cela ne veut rien dire
dit l’ange en haussant les ailes
Pourtant
si étrange veut dire quelque chose
étrâne est plus étrange qu’étrange
dit l’âne
Étrange est
dit l’ange en tapant des pieds
Étranger vous-même
dit l’âne
Et il s’envole.

Un petit bijou, n’est-ce pas ? On ne se lasse pas de le relire, emporté par ce délicat humour de l’absurde. Je ne sais pas si comme moi vous êtes tombé dans la marmite de Prévert étant petit, mais j’ai l’impression d’en avoir lu tant et tant que je suis surprise quand je découvre un de ses poèmes que je ne connaissais pas. C’est ce qui s’est passé cette semaine grâce à mon écolier. Et voilà que le même poème que j’ai ignoré pendant des années se manifeste deux fois en deux jours !
C’est étrâne, peut-être…

Hommage à Monet

Cave d'arts Saviez-vous que Monet était un « Serial Painter » ? L’artiste haut-normand Gérard Crépel l’a représenté debout devant la cathédrale de Rouen, un monument que Monet a immortalisé dans une série célèbre. Dans son poing serré, il tient un couteau de peintre qui dégouline de peinture rouge. Sur son ventre bedonnant, un maillot blanc porte l’inscription M THE SERIAL PAINTER. « C’est un maître… raison de plus pour le traiter légèrement », commente l’artiste.
Une exposition d’art contemporain en hommage à Claude Monet se tient jusqu’au 28 octobre à la Cave d’Arts de Louviers (rue du Quai, tout près de l’église) : occasion unique de découvrir quel regard les plasticiens d’aujourd’hui portent sur leur illustre prédécesseur.
Ils ont été 25 à se prêter au jeu à travers leurs dessins, peintures, sculptures, gravures, photos et vidéos.
L’intérêt de l’art contemporain est qu’il ne se résume pas à quelque chose d’agréable à contempler (ce qu’il peut être aussi, évidemment) mais qu’il induit une réflexion. C’est le spectateur qui finit l’oeuvre par le regard qu’il lui consacre.
Chaque artiste a choisi un angle, une approche. Pour l’un c’est le jeu des couleurs, pour l’autre la solitude de l’artiste incompris, pour le troisième c’est son jardin… On navigue d’une toile à l’autre en cherchant le lien avec Monet, la réflexion sur le métier de peintre. Quelquefois il se dérobe au premier abord pour mieux se livrer ensuite.
Quand nous avons changé de monnaie pour passer à l’euro, les billets en francs ont été détruits par la Banque de France. Ils étaient pleins de couleurs, vous rappelez-vous ? Bernadette Delrieu a demandé l’autorisation de récupérer les minuscules fragments qui sont sortis des déchiqueteuses. Elle les a patiemment collés en petits tableaux, les utilisant comme des traits de crayon. La série qui en est résultée évoque les reflets du bassin, les herbes, les saules… Elle interroge sur la valeur de l’art. Les billets démonétisés ont perdu leur valeur pour redevenir du papier coloré. L’artiste leur rend de la valeur en les transformant en oeuvre d’art. Derrière chaque coup de pinceau de Monet se cache aussi une valeur liée à la cote du peintre. Monet, monnaie, money…
Impossible d’évoquer toutes les interprétations, tous les détournements opérés par les 25 artistes. C’est décapant, émouvant, interpellant… Un grand souffle de jeunesse et de nouveauté inspiré par le maître de la lumière.

Le Musée nationale de la Céramique de Sèvres

Vase monumental, Musée nationale de la Céramique de SèvresDe quelle couleur est ce vase ? Il vous paraît rose, n’est-ce pas ? Mais peut-être que, si vous allez le voir au musée national de la céramique à Sèvres, vous aurez l’impression qu’il tire plutôt sur le vert.
Cet énorme objet de plus d’un mètre de haut a été fabriqué dans la manufacture de Sèvres en 1883, en porcelaine dure dite « pâte changeante » : quand on le regarde à la lumière électrique, le vase est rose, tandis qu’il est vert céladon en éclairage naturel.
Ce fleuron de la manufacture accueille les visiteurs du musée à l’entrée des collections de porcelaine, et c’est un festival étourdissant de tout ce qui s’est fait de plus raffiné en la matière depuis plusieurs siècles, dans une débauche de décors minutieux et de dorures.
On doit à Louis XIV d’avoir imposé la faïence sur les tables des nobles, qui ne juraient auparavant que par la vaisselle d’orfèvrerie. Le métal précieux a trouvé un meilleur usage dans les coffres royaux… pour le plus grand bonheur des manufactures de faïences, qui connaissent dès le début du 18e siècle un essor sans précédent. De Marseille à Rouen et à Strasbourg, la vaisselle se pare de délicats motifs de fleurs, surtout des roses et des tulipes.
Sèvres est une manufacture de porcelaine créée plus tardivement, par Louis XV : vers 1770, on perce enfin le secret des porcelaines chinoises si fines et translucides, composées de kaolin, de quartz et de feldspath.

La manufacture de Sèvres fonctionne toujours, mais sa production est réservée à une élite capable de s’offrir des pièces de vaisselle dont les prix s’expriment avec trois ou quatre chiffres.
Beaucoup plus abordable, l’entrée au musée voisin permet de découvrir les différentes productions de céramiques à travers le globe, des grès japonais aux carreaux islamiques, des pavés de terre cuite aux statues religieuses.
Il faut moins d’une heure pour se rendre de Giverny à Sèvres. Le musée est situé tout près de la sortie du tunnel de Saint-Cloud au bout de l’autoroute de Normandie, l’A13. Il suffit de prendre la sortie Boulogne-Billancourt et de longer la Seine vers la droite sans la traverser.

Sur les traces Vikings

Expo Viking au musée de la Tapisserie de BayeuxTout le monde sait ce que veut dire tarabiscoté, mais savez-vous ce qu’est un tarabiscot ?
Je l’ai appris hier en visitant l’exposition que le musée de la Tapisserie de Bayeux consacre aux Vikings, jusqu’au 2 mai 2007.
C’est un outil de menuiserie qui sert à creuser des tarabiscots ! Car les tarabiscots désignent aussi les rainures que l’on fait avec l’outil du même nom, de petites rainures qui séparent deux éléments d’une moulure. Autant dire que lorsqu’on les multiplie, ces rainures et ces moulures, on obtient un style très tarabiscoté !
Ce n’était pas l’objectif des Vikings, mais ils utilisaient l’outil pour fabriquer leurs bateaux à clins, les langskips (drakkar vient de dragon et ne désigne que la figure de proue, qui était amovible et que les guerriers venus du Nord mettaient en place au moment d’accoster seulement).
La Tapisserie de Bayeux présente de nombreux objets en usage vers 1066, date de l’évènement qu’elle relate, la Conquête de l’Angleterre par Guillaume, duc de Normandie. L’idée de cette expo est de montrer un certain nombre de ces objets « en vrai », en les rapprochant des scènes où ils figurent. L’effet est saisissant, surtout quand il ne s’agit pas de reproductions mais d’authentiques pièces du 11e siècle en provenance du Danemark.
On voit ainsi un gouvernail de bois, grand comme un homme, de la forme exacte de sa réplique sur la Tapisserie, miraculeusement préservé dans une tourbière depuis mille ans. Un reliquaire d’or, semblable à celui sur lequel Harold prête serment. Des outils, des vêtements, des parures… Et deux fibules qui servaient à fixer le vêtement des femmes, trouvées lors de fouilles à Pîtres, dans l’Eure. Elles sont ornées d’entrelacs typiquement Vikings. Un style, comment dirai-je ? Oui, un peu tarabiscoté…

Correspondance d’artiste

Correspondance d ArtisteC’est un véritable trésor : plus de mille lettres, adressées à Monet entre 1879 et 1925 vont être dispersées dans une vente aux enchères après-demain. La vente aura lieu aux Champs Elysées à Paris, elle est organisée par Artcurial. Jusqu’à demain soir, on peut voir cette fabuleuse collection d’autographes à l’hôtel Dassault.
C’est comme si on lisait par dessus l’épaule de Monet.
Beaucoup de ses amis sont là : les critiques Geoffroy (260 lettres) et Mirbeau (145 lettres), les peintres impressionnistes Caillebotte, Cézanne, Renoir, Manet, Morisot, Sisley, Degas.
On retrouve aussi des amateurs, des médecins, des écrivains tels que Maupassant ou Guitry.
Mais le plus émouvant peut-être, c’est l’extraordinaire soutien que manifeste le marchand de Monet, Paul Durand-Ruel (250 lettres). Inlassablement, il l’encourage au travail, lui envoie de l’argent, sauf quand il n’a plus rien lui-même. « Je suis absolument sans argent comme vous. Je vous envoie donc ce soir seulement 50 Francs pour partager avec vous ce qui me reste. »
Voilà qui tombe mal : Monet est en train de s’installer à Giverny. Les lettres signées de Monet à son marchand sont absentes, mais elles sont publiées depuis longtemps. C’est donc un dialogue en filigrane que l’on entend. Année après année, Durand-Ruel croit en Monet envers et contre tout, avec une détermination admirable.

Drakkar à voile

maquette de drakkar au musée maritime de Rouen

Le mât et la voile ne sont apparus que tardivement sur les vaisseaux vikings, vers 815. C’est que, pour les Vikings, les vrais hommes rament. Les anciens n’avaient donc que mépris pour les jeunes désireux de traverser la mer en se laissant pousser par le vent.

Cette petite note de Henri del Pup et Robert Pince dans leur ‘Histoire de la France’ en dit long sur l’intemporalité des travers humains.
Le refus de la modernité passe par le mépris des inventions nouvelles et de leurs champions, qui suscitent depuis toujours autant d’enthousiasme que de méfiance.
Ici, ce rejet prend la forme du machisme. Ah ! le mythe des « vrais hommes » ! Songez-y, messieurs, si vous envisagez de séduire une belle petite princesse viking, il va falloir montrer que vous n’avez pas peur de vous servir de vos muscles.
Refuser le progrès de l’énergie éolienne, l’absurdité du point de vue nous crève les yeux. La pente naturelle de l’homme est de chercher à se faciliter la tâche.
Quand les Vikings finiront par adopter la voile carrée, ils pourront pousser leurs raids beaucoup plus loin, dans la vallée de la Seine, de la Loire, mais aussi du Rhin, et à l’est vers la Russie, la mer Noire et Constantinople. En gardant leurs forces pour ravager et piller…
Pour en savoir plus sur les drakkars, et la navigation en Seine en général, rendez-vous au musée maritime, fluvial et portuaire de Rouen.

Georges Braque

Georges Braque, Pélias et NéléeC’est plus qu’un testament artistique. A la fin de sa vie, le peintre Georges Braque a demandé au joaillier H.M. Heger de Loewenfeld de réaliser pour lui des bijoux à partir de ses oeuvres les plus importantes.
Il s’agissait de faire passer des images qui hantaient Braque dans la matière précieuse en trois dimensions, afin de le libérer de ces obsessions.
La peinture ne lui suffisait pas pour s’en défaire. Ce n’est pas assez  » de faire voir ce que l’on peint, il faut aussi le faire toucher « . De la collaboration du peintre et du joaillier pendant deux ans sont nés des bijoux extraordinaires.
Le Château de Vascoeuil, dans l’Eure, présente jusqu’au 17 septembre 2006 les oeuvres de Braque qui ont subi ces « Métamorphoses Artistiques » (c’est le nom de l’exposition).
Somptueux bijoux, sculptures précieuses, Gobelins, tapis, porcelaine de Limoges, cape griffée Yves Saint Laurent… Toujours Braque a d’abord synthétisé une de ses oeuvres à la gouache avant de la laisser s’incarner entre les mains d’autres créateurs.
Tout un monde de têtes grecques, de poissons, et surtout d’oiseaux a pris vie. Braque a atteint son but, « libérer l’oiseau, symbole de l’espace et du temps » et se sentir libéré. Il s’est éteint le 31 août 1963.

Cézanne et Pissarro

Quinze ans de préparation ! On doit l’expo présentée actuellement au musée d’Orsay à l’obstination du petit-fils de Camille Pissarro, Joachim Pissarro, conservateur au MoMa de New York, où elle a été présentée au préalable.
L’idée était de réunir des paires de tableaux de même sujet peints par Cézanne et Pissarro au moment de leur amitié, entre 1865 et 1885.
Natures mortes, autoportraits, paysages : les tableaux présentés côte à côte ont des airs de famille, mais chaque peintre a gardé sa personnalité, tout en subissant l’influence de son ami. C’est tout à fait fascinant.
Devant chaque paire, on se demande lequel est de qui. Une petite vérification, on ne peut pas beaucoup se tromper. Cézanne est construit, un peu sombre, un peu dur. Pissarro plus doux. De la juxtaposition ressort une leçon de peinture. La mise en parallèle fait ressortir similitudes et différences. Et les textes explicatifs, courts et pertinents, donnent un éclairage sur l’aspect humain de ces deux peintres, qui furent tous les deux des amis de Monet. Cézanne et Pissarro

Files d’attente

Ca y est, l’Orangerie a rouvert ! Le musée parisien qui abrite les Grandes Décorations de Monet, plus une belle collection de chefs-d’oeuvres, était fermé depuis six ans. Les maîtres d’ouvrages prévoyaient une réouverture pour 2005, mais des découvertes archéologiques ont retardé les travaux.
Depuis deux jours, on peut enfin revoir toutes ces merveilles. Tout a été repensé pour rendre aux grandes décorations la place centrale et la lumière naturelle qu’elles méritent. J’avais hâte d’aller admirer cela.
Mais l’heure et demie d’attente m’a découragée. Jusqu’à dimanche, l’entrée est gratuite, ce qui explique partiellement l’affluence.
J’ai traversé la Seine et je suis remontée jusqu’au musée d’Orsay, en me disant que si tout le monde était en train d’attendre à l’Orangerie, la voie serait libre pour l’expo Cézanne et Pissarro. Cet optimisme n’était que modérément justifié : 45 minutes de queue !
Y a-t-il une ruée vers l’art ? Un intérêt orchestré par les médias autour d’évènements culturels inscrits dans le temps ? Un effet 35 heures ? Une démocratisation de la culture ?
Pendant que la file serpente à la vitesse de chez Disney, vous avez le temps de vous poser des tonnes de questions sans réponse. Ou si vous préférez, vous pouvez aussi observer vos compagnons d’attente, tenter de deviner leur nationalité, leur emploi du temps de la matinée. Certains stakhanovistes sortent du Louvre, ils enchaînent, c’est pratique c’est en face.
Je regarde comment les touristes professionnels s’habillent pour aller dans les musées, quelles chaussures ils ont enfilées ce matin en se disant qu’il fallait qu’elles soient confortables. Tout à coup, il se met à pleuvoir. Hop ! Ces dames ont des parapluies à fleurs, des capuches en plastique. Et voilà que surgit un marchand à la sauvette. Il propose des parapluies pliants ; l’instant d’avant il vendait des bouteilles d’eau.
Son opportunisme peut en agacer certains, les mêmes qui ne supportent pas le joueur de clarinette, qui fait pourtant ce qu’il peut pour rendre l’attente plus agréable. Leur débrouillardise me les rend plutôt sympathiques. C’est le besoin et la réponse au besoin, le b a ba de l’économie.
Mais est-ce que ces petits métiers à la sauvette traduisent une paupérisation de la société ? Une faillite du système de protection sociale ? Une société à deux vitesses, d’un côté les nantis qui se bourrent de peinture, de l’autre les laissés pour compte qui survivent comme ils peuvent ? D’autres questions sans réponse… Allez, voilà l’entrée du musée.

L’expo Bonnard à Paris

C’est toujours pareil avec les expos parisiennes. On se dit qu’il faudrait y aller, et en même temps l’idée de faire la queue pour apercevoir les oeuvres par dessus l’épaule des autres visiteurs, sans recul, fait hésiter. Bref, l’expo Bonnard tire sa révérence dans deux jours, il était temps de se décider.
Bonnard, c’est l’autre grand peintre de Vernon. Un peu éclipsé par son voisin de Giverny, plus discret. Sa maison n’est pas devenue un musée, son jardin n’est pas l’attraction numéro un du département. Et pourtant le hameau de Ma Campagne n’est qu’à une poignée de kilomètres de Giverny, sur la même rive de la Seine.
Quand on est à ma Campagne, on cherche La Roulotte, la maison de Pierre Bonnard. Autant les demeures de Monet sont clairement repérables, autant celle de Bonnard se fond dans le hameau. Laquelle est-ce ? Dans les tableaux de Bonnard que j’ai pu voir à Paris, il n’a peint que le jardin et les pièces donnant sur la terrasse et la Seine. Rien côté façade. Hier devant ses grandes compositions vernonnaises, je cherchais des éléments distinctifs. La balustrade en bois aux motifs entrecroisés, la terrasse, la porte vitrée… Et ce jardin fouilli qui rappelle les jungles du douanier Rousseau. A-t-il peint Marthe dans la salle de bains de cette maison ? Dans quel jardin l’a-t-il fait poser nue ? Des questions qui n’ont guère d’importance, mais qui naissent de l’acte de voir. Chez Bonnard beaucoup plus que chez Monet, on se sent voyeur devant l’érotisme des toiles, témoin d’une relation amoureuse et charnelle. Que Monet paraît sage à côté de son jeune voisin !

Cher lecteur, ces textes et ces photos ne sont pas libres de droits.
Merci de respecter mon travail en ne les copiant pas sans mon accord.
Ariane.

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