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Le Dr Rebière

Le Dr Jean RebièreOn doit à Rodolphe Walter, principal collaborateur de Daniel Wildenstein pour le catalogue raisonné de Claude Monet, d’avoir enquêté sur la personnalité de Jean Rebière, le médecin du peintre, et de lui avoir rendu un hommage mérité. En 1986, Walter publie à la Bibliothèque des Arts une monographie qui lui est consacrée, « Le médecin de Claude Monet, Jean Rebière ».
Personne ne se souvient pourquoi ce Rémois est venu s’installer aux confins ouest de l’Ile de France, à Bonnières. Mais quand il s’y établit en 1887, il n’a pas encore achevé ses études, et il va faire toute sa carrière dans le petit bourg proche de Giverny, jusqu’à son suicide en 1930, un geste qui met fin à ses souffrances dues au cancer de la prostate.
Selon les nombreux témoignages recueillis par Walter, Rebière a laissé l’image d’un homme au physique agréable, excellent cavalier, au diagnostic sûr, au dévouement sans limite. Il n’avait au fond qu’un seul défaut, celui de se laisser envahir par une mère abusive qui, après avoir perdu son mari et son deuxième fils, n’avait plus que lui et entendait bien le garder pour elle seule. Rebière est donc resté célibataire. Ses malades étaient toute sa vie.
A l’aube de la Première Guerre mondiale, Rebière est nommé chirurgien-chef de l’hôpital auxilliaire de Bizy, à Vernon. Il organise cet hôpital de cent lits et s’occupe d’en former les infirmières, avant de prendre en charge les hôpitaux de Rosny et Villarceaux.
A quel moment exactement Rebière devient-il le médecin de Monet, qui ne demeure pas dans le canton de Bonnières mais près de Vernon, une ville où exercent plusieurs praticiens ? Une lettre de Monet de 1918 évoque Rebière pour la première fois, mais la rencontre des deux hommes remonte sans doute déjà à plusieurs années. Walter émet un hypothèse : l’excellent généraliste bonniérois a pu lui être recommandé par son chauffeur Sylvain, dont la femme est originaire de Bonnières.
C’est au moment où la santé de Claude Monet décline, à la fin de sa vie, que le rôle du Dr Rebière devient plus important. Outre sa présence sur place en « back-up » des médecins parisiens dépêchés par Clemenceau au chevet de l’artiste pour soigner sa cataracte, il diagnostique chez Monet en août 1926 une lésion et un engorgement à la base du poumon gauche.
Il est trop tard pour y faire quoi que ce soit, c’est, selon les mots de Blanche Hoschedé Monet, « un mal qu’on ne peut guérir ». Cette affection pulmonaire incurable décelée suite à une radio effectuée au cabinet du médecin, ronge Monet pendant de longs mois. Ses forces déclinent, son moral aussi, « il souffre parfois beaucoup ». Selon Walter, « Rebière semble avoir décelé un cancer du poumon (…) comme l’atteste la présence d’une tumeur » évoquée par Clemenceau dans une lettre à Blanche à la fin octobre. Ce diagnostic ne surprend guère en raison du tabagisme de Claude Monet.
De courtes rémissions permettent cependant à Monet de reprendre les pinceaux, à toutes petites doses, comme il en fait mention dans une lettre du 4 octobre 1926. Il s’éteint deux mois plus tard, le 5 décembre 1926. Rebière, présent à l’enterrement, soutient Clemenceau durement éprouvé par la perte de son ami.
En souvenir de Claude Monet, Rebière reçoit un tableau, un paysage avec des arbres. Cette toile « sera arrachée de son cadre et volée pendant la dernière guerre. » Triste point d’orgue…

Le bateau-atelier

Le bateau-atelier
Le Bateau-Atelier, Claude Monet 1875-1876, huile sur toile 54 x 65 cm Musée d'Art et d'Histoire, Neuchâtel (Suisse) W0393
A voir à Rouen jusqu'au 30 septembre 2013

Par les grosses chaleurs de ces derniers jours, on devine bien ce que Monet aurait fait. Il serait allé piquer un plongeon dans la Seine du haut du toit de son bateau-atelier.
Encore une fois c'est Jean-Pierre Hoschedé, irremplaçable chroniqueur de la mémoire familiale, qui raconte :

(Monet) avait, pour être tranquille et être chez lui, acheté un bout de pré à l'embouchure de l'Epte, appelé Ile aux Orties, ainsi que je l'ai déjà dit en un précédent chapitre. Là était en permanence le gros bateau avec cabine qu'il avait fait construire quand il était à Argenteuil sur les conseils de son ami Caillebotte et dont il se servait pour peindre sur la Seine et au milieu d'elle. Lors de nos baignades qui étaient presque journalières – l'eau de la Seine était propre à cette époque – ce bateau était toujours utilisé. Il nous servait, surtout, pour les plongeons effectués du toit de la cabine, Monet tout le premier. Il était aussi bon plongeur que nageur et présidait, par prudence, toutes nos baignades collectives. Mes souvenirs sont restés vifs et pourtant, j'ai beau les solliciter, il m'est impossible de me rappeler quelle fut la fin de ce bateau historique dans la vie de Monet.

Tout laisse à penser qu'elle ne fut pas très glorieuse. Peut-être emporté par une crue ? Ou tout simplement a-t-il fini par pourrir et devenir irréparable ? En 1884, dans une lettre de Bordighera, Monet laisse entendre qu'il est en réparation. En 1891, en tout cas, quand il se lance dans la série des Peupliers, il ne dispose plus de ce bateau et sollicite Caillebotte pour qu'il lui en prête un.

L'exposition actuelle du musée des Beaux-Arts de Rouen, "Eblouissants reflets", présente plusieurs toiles où figure ce fameux bateau-atelier. A la suite de Manet, Léon Peltier, peintre de Vétheuil, l'a minutieusement retranscrit, avec une jeune femme à l'ombrelle assise à son bord.
Tout un chapitre du catalogue lui est également consacré. Monique Nonne y souligne la filiation du bateau-atelier de Monet avec celui de Charles François Daubigny, le fameux Botin.
Dans le cadre du festival Normandie Impressionniste, des élèves charpentiers de marine d'un lycée professionnel du Calvados ont réalisé une maquette au 1/6e du bateau atelier de Monet. C'est un beau projet résumé en vidéo et dont on peut admirer le résultat à Rouen à l'espace des Sciences H2O. Dommage toutefois que la commande n'ait pas porté sur une réplique à l'échelle, qui aurait permis de se rendre compte du volume réel de ce bateau.
Cette réplique à taille réelle a déjà existé. Elle a été effectuée par le chantier naval du Guip, à l'Ile aux Moines, en 1989 à l'occasion des 150 ans de la naissance de Claude Monet. Exposée en Argenteuil, elle a curieusement disparu elle aussi. Dans un article de 2008, le Parisien s'interroge : "Qu'est devenu le bateau-atelier de Monet ?" Il aurait sa place dans un projet de création d'école internationale d'art impressionniste en Argenteuil, poursuit le journal.
C'est à croire qu'un sort escamote les bateaux-ateliers sans qu'ils laissent la moindre trace.

Monet et Signac, une amitié de peintres

Claude Monet, pommier en fleurs au bord de l'eauClaude Monet, pommier en fleurs au bord de l’eau

L’exposition Signac au musée des impressionnistes Giverny est l’occasion de mettre en lumière les liens qui existaient entre Claude Monet et le maître du néo-impressionnisme, d’une génération plus jeune. Des liens amicaux sincères, qui ont duré toute une vie. Marina Ferretti Bocquilllon, commissaire de l’exposition, s’est penchée dans le catalogue sur le Signac impressionniste.
Il y a d’abord, en 1880, cette expo Monet qui va décider de l’orientation professionnelle du jeune Signac. Il est ado (il est né en 1863), encore collégien, quand il se rend à la première exposition personnelle de Claude Monet, dans les locaux du journal la Vie moderne. Devant les vues de la gare Saint-Lazare, de la rue Montorgueil pavoisée, des bords de Seine, c’est le choc. Il sera peintre. Parmi les 18 tableaux accrochés à la Vie moderne figure une oeuvre étonnante, « Pommiers en fleurs au bord de l’eau », faite toute entière de petites touches de couleur claire sur un fond vert sombre, pointilliste avant l’heure. Signac en fera l’acquisition beaucoup plus tard, en 1932.
En 1883, Signac rencontre Monet pour la première fois. Il lui a écrit :

« Depuis deux ans je fais de la peinture n’ayant jamais eu comme modèle que vos oeuvres et suivant la grande voie que vous nous avez ouverte. (…) Je serais heureux de vous pouvoir présenter cinq ou six de mes études d’après lesquelles vous me pourriez juger et me donner quelques-uns de ces conseils dont j’ai tant besoin, car en somme je doute horriblement, ayant toujours travaillé seul, sans maître, sans appui, sans critiques ! »

On ne peut s’empêcher de penser que Signac, qui a perdu son père très jeune, se cherche un père spirituel. Monet se reconnaît-il un peu dans le jeune peintre livré à lui-même ? Des mois plus tard, à l’occasion d’un voyage à Paris, il lui donne rendez-vous « Hôtel de Londres et New York place du Havre ». Signac va écouter religieusement les observations de son aîné, et l’informer de ses progrès tandis qu’il travaille sur les quais de la Seine à Paris. Sa touche est alors résolument impressionniste.
Puis vient le second emballement de Signac, l’adoption dès 1886 de la technique divisionniste prônée par Seurat. Le voilà devenu « néo » impressionniste.
Petit à petit il trouve son propre style, et se permet même de critiquer Monet. Les Cathédrales, dans un premier temps, ne trouvent pas grâce à ses yeux. « Es-ce la peine d’avoir la belle palette de Monet pour produire un tel gâchis », note-t-il dans son journal, avant de revoir son jugement quelque temps plus tard.
Signac ira peindre le motif de Monet à Antibes, en détaillant les effets de lumière, ce qui lui vaut les félicitations de Monet : « Monet est resté une heure, enchanté et complimentant du port de Saint-Tropez. »
Mais à Venise, c’est Signac qui précède son aîné. Et c’est avec une grande émotion qu’l découvre l’exposition des toiles que Monet rapporte de la cité des Doges. Il lui écrit aussitôt :

J’ai éprouvé devant vos Venise, devant l’admirable interprétation de ces motifs que je connais si bien, une émotion aussi complète, aussi forte, que celle ressentie, vers1879, dans la salle d’exposition de la Vie moderne, devant vos Gares, vos Rues pavoisées, vos Arbres en fleurs, et qui a décidé de ma carrière. Toujours un Monet m’a ému. Toujours j’y ai puisé un enseignement, et, aux jours de découragement et de doute, un Monet était pour moi un ami et un guide. Et ces Venise, plus beaux, plus forts encore, où tout concorde à l’expression de votre volonté, où aucun détail ne vient à l’encontre de l’émotion, où vous avez atteint à ce génial sacrifice, que nous recommande toujours Delacroix, je les admire comme la plus haute manifestation de votre art.

Monet avait accroché dans sa chambre à coucher une aquarelle de Paul Signac représentant le grand Canal. Conservée à Marmottan, elle est en ce moment présentée à l’exposition de Giverny. Du Petit-Andely où il séjourne en 1921, Paul Signac écrit à son ami Georges Besson : « J’ai eu la visite de Monet qui a souhaité posséder quelques-unes de mes aquarelles. » Le mois suivant, il déjeune à Giverny. « J’ai vu de bien belles peintures à Giverny, non seulement les grandes décorations, mais plus encore les dernières toiles à quoi Monet travaille dans son jardin. »
En septembre 1926, Signac ressent « une douleur, hier, en voyant dans l’Oeuvre le portrait de Monet ». Ce quotidien vient de publier une photo du patriarche de Giverny avec des lunettes noires qui inquiète son ami. Claude Monet décèdera quelques semaines plus tard.

Cible mouvante

Reflets Photo : Giverny, reflet des bambous dans le bassin

Le Claude Monet actif, celui qui peint, qui jardine, a été beaucoup étudié et a fait l’objet d’un fleuve d’encre. Mais à hanter son jardin, on se prend à penser à l’autre Monet : celui qui ne fait rien. Rien d’autre que regarder et rêver, plongé dans la contemplation de son bassin.
C’est son beau-fils Jean-Pierre Hoschedé qui nous livre ce détail, quand il évoque la place prépondérante que tenait le jardin d’eau dans la vie de Monet :

Matin, après-midi et soir, on le voyait s’y promener, en faire le tour et souvent s’arrêter un long instant à une place bien définie, où il revenait pour s’immobiliser encore en cet endroit. (…) Toujours il revenait, de préférence, devant la nappe d’eau pour rêver à tout ce qu’elle lui révélait…

Ce Monet perdu dans ses pensées, dans ses rêveries, me fascine. C’est tellement ce que l’on a envie de faire devant son bassin, se laisser hypnotiser par l’aspect changeant de l’eau, la fixer encore et encore, dans un rêve éveillé sans fin.
Quand j’accompagne des visiteurs dans le jardin d’eau, je suis dans l’action, concentrée sur les mots à trouver pour raconter et faire sentir les choses. Et en même temps l’étang est là avec ses jeux de lumière captivants, comme une tentation à se laisser aller à la pure contemplation, en oubliant le faire. Souvent, c’est difficile d’y résister, j’ai la sensation de devoir m’en arracher.
Le psychiatre Christophe André, dans son best-seller « Méditer jour après jour », développe l’idée de cible mouvante à propos de la respiration, ancrage de la méditation :

Comme il faut que l’objet de la pratique n’endorme pas l’attention, il y a un avantage à se concentrer sur une cible mouvante : il est plus facile de fixer son attention, sans la fatiguer à l’excès, sur quelque chose qui reste là mais n’est jamais immobile. C’est pourquoi nous pouvons rester fascinés et éveillés pendant de longs moments devant les vagues de la mer, les flammes du feu ou le passage des nuages : toujours là mais jamais identiques. Il en est de même de notre souffle : toujours présent et mouvant.

Dans cet état d‘autohypnose, les yeux fixés sur une cible mouvante, Claude Monet, intensément présent à ses perceptions, méditait sans doute sans le savoir.

Le mariage de Claude Monet et Camille Doncieux

Acte de mariage Monet-Doncieux Voici la transcription de l’acte de mariage de Claude Monet et Camille Doncieux, première épouse de Monet. (Pour faciliter sa lecture, j’ai indiqué les dates et âges en chiffres et non en lettres comme dans l’original.) On remarque en particulier le consentement du père de Monet, pourtant hostile à ce mariage, ainsi que les signatures des témoins Gustave Courbet et Gustave Manet, frère du peintre Edouard Manet.

Le 28 juin 1870 à onze heures un quart du matin,
Acte de mariage de Oscar, Claude, Monet, artiste peintre, né à Paris le 14 novembre 1840, demeurant à Bougival, hameau de St-Michel (Seine et Oise) ; fils majeur de Adolphe Monet, rentier, demeurant au Havre (Seine-Inférieure) et de Louise, Justine, Aubrée, son épouse décédée,
Et de Camille, Léonie, Doncieux, sans profession, née à Lyon (Rhône) le 15 janvier 1847, demeurant à Paris avec ses père et mère boulevard des Batignolles 17 ; fille majeure de Charles Claude Doncieux, âgé de 63 ans, et de Léonie, Françoise Manéchalle, son épouse, âgée de 41 ans, rentiers, présents et consentants.
Les actes préliminaires sont : la publication faite en cette mairie et en celle de Bougival, les dimanches 15 et 22 mai derniers à midi, affichée sans opposition ; les actes de naissance des époux et de décès de la mère de l’époux, le consentement de son père reçu par maître Jaussy et son collègue, notaires au Havre le 8 avril dernier ; desquelles pièces paraphées et annexées il a été fait lecture ainsi que du chapitre du Code Napoléon : des droits et devoirs respectifs des époux.
Les époux et les père et mère de l’épouse, interpellés par nous, conformément à la loi du 10 juillet 1850, nous ont déclaré qu’il a été fait un contrat de mariage reçu par maître Aumont Thiéville, notaire à Paris, le 21 juin courant, ainsi qu’il résulte du certificat ci-annexé et de suite les dits époux ont déclaré reconnaître et légitimer un enfant du sexe masculin né à Paris le 8 août 1867, inscrit le 11 du même mois sur les registres des actes de naissance du 17e arrondissement de Paris sous les prénoms de Jean, Armand, Claude, comme fils de Claude, Oscar, Monnet (sic) et de Camille, Léonie, Doncieux et de plus, ils ont aussi alternativement déclaré prendre en mariage l’un, Camille, Léonie, Doncieux, l’autre Oscar, Claude, Monet.
Après quoi nous, Alexandre Antoine Grouvelle, chevalier de la Légion d’honneur, Adjoint au maire du 8e arrondissement de Paris, officier de l’Etat Civil, avons en l’hôtel de la mairie publiquement prononcé au nom de la loi que les dits époux sont unis en mariage en présence des témoins ci-après : Gustave Manet, avocat, âgé de 35 ans, Rue de St Pétersbourg 49 ; Antoine Lafont, journaliste, âgé de 35 ans, rue Capron 19 ; Gustave Courbet, artiste-peintre, âgé de 51 ans, rue Hautefeuille 32 ; Paul Dubois, docteur en médecine, âgé de 29 ans, rue de Maubeuge 7 ; et ont les époux, les pères et mère de l’épouse, les témoins signé avec nous, après lecture faite.

La mort de Monet

La tombe de Claude Monet à GivernyVoilà tout juste 86 ans que Claude Monet est mort, le 5 décembre 1926. Il avait justement 86 ans, depuis tout juste trois semaines, puisque l’anniversaire de sa naissance est le 14 novembre.
Le peintre est inhumé dans le cimetière de Giverny, au chevet de l’église Sainte-Radegonde. La plaque qui marque sa tombe a connu dernièrement des heures mouvementées. Dérobée le 22 octobre 2012, elle a été restituée, brisée, quinze jours plus tard.
De quoi est mort Claude Monet ? Son médecin le docteur Jean Rebière, qui a examiné le peintre aux rayons X dans son cabinet de Bonnières, a décelé une tumeur cancéreuse au poumon. Rien d’étonnant, a posteriori, chez ce grand fumeur qu’était Monet.
La maladie évolue pendant toute l’année 1926. Monet, selon ses proches, souffre beaucoup. Il connaît aussi des rémissions qui lui permettent de recevoir quelques visites, sutout celles de Georges Clemenceau, l’ami fidèle. Celui-ci sera à son chevet pour recueillir son dernier souffle le dimanche 5 décembre.
Les obsèques ont lieu le 8 décembre. Sur les photos de presse de l’enterrement, on croit reconnaître un tissu clair sur le cercueil de Monet. Ce serait Clemenceau qui aurait remplacé le drap funéraire noir par un tissu fleuri, en s’écriant : « pas de noir pour Monet ! »

La tombe joliment fleurie de Monet à Giverny, où il repose en compagnie de sa famille : sa deuxième épouse Alice Hoschedé-Monet née Raingo, ses fils Jean et Michel et leurs épouses Blanche et Gabrielle, ainsi que le premier mari d’Alice Ernest Hoschedé, et leur fille Suzanne Hoschedé-Butler.

Claude Monet, touriste en Norvège

Claude Monet, Village de Sandviken sous la neige, 1895, huile sur toile 73x92cm, Art Institute of ChicagoClaude Monet, Village de Sandviken sous la neige, 1895, huile sur toile 73x92cm, Art Institute of Chicago

En janvier 1895, Monet entreprend le long périple de Giverny jusqu’en Norvège, pour une campagne de peinture qui ne s’achèvera qu’au printemps. C’est le voyage le plus lointain qu’il fera jamais.
Ce qui l’attire si loin dans le Nord, en plein hiver ? Le peintre est à la poursuite d’effets de neige. Le pater familias va aller voir Jacques Hoschedé, son beau-fils, employé d’un importateur de bois norvégien à Rouen, qui séjourne à Christiania pour y apprendre la langue. L’homme cultivé, qui a assisté à plusieurs représentations des pièces d’Ibsen à Paris, qui lit Björnson, Strindberg, Hamsun et Herman Bang, est attiré par la culture scandinave alors très en vogue.
Comme d’habitude quand il s’éloigne, Monet écrit quotidiennement à son épouse Alice et lui fait le récit détaillé de son séjour. Récit précieux pour suivre au jour le jour ses recherches de motifs, ses hésitations, son travail, sur lequel se sont penché les historiens de l’art. Mais la correspondance livre aussi un aspect inattendu de la personnalité de Monet : son côté touriste.

Dès son arrivée, Monet se laisse emporter par l’émerveillement :

Ce qui est vraiment délicieux, c’est cette vie d’ici ; d’aller en traîneau enveloppé de fourrures, c’est exquis, puis les fameux chiens. C’est de la frénésie, toute la population ne songe qu’à cela, des tout petits gosses comme les grandes personnes, et tous dans des délicieux costumes qui les font ressembler à des Lapons. C’est ma joie de les voir ; on ne voit que cela, des bandes partir avec leurs sacs, ils s’en vont dans la montagne, nuit et jour, la nuit avec des torches.

Bien avant les Jeux olympiques d’hiver, Claude Monet a l’occasion d’assister à un spectacle inédit : des « courses à ski » :

C’est une chose absolument spéciale que je suis bien heureux d’avoir vue. En dehors de tous les traîneaux de Christiania et des environs, toute la population va là et tout le monde est sur des skis, les soldats, la musique, tous sur skis. C’est extraordinaire, cela a lieu sur le plus haut mont derrière Christiania (…) la course est des plus curieuses : sur une pente de plus de cent cinquante mètres ils descendent cela en faisant en l’air des bonds de vingt à vingt-cinq mètres, c’est très extraordinaire.

Claude Monet, Sandviken, Norvège, 1895, huile sur toile 50x61cm, collection privée. La nature, qu’il parcourt en traîneau pendant plusieurs jours, l’éblouit :

Que de belles choses vues là, du haut de ces montagnes à pic sur d’immenses lacs entièrement pris et couverts de neige ! Nous en avions dans ces endroits plus d’un mètre, et notre traîneau glissait là-dessus, le cheval en sueur tout couvert de givre et de glace comme nous. J’ai vu aussi d’énormes chutes d’eau de cent mètres, mais entièrement gelées, c’est extraordinaire.

Monet est frappé par la grande hospitalité des Norvégiens. Loin des zones habitées,

…on trouve de temps à autre un chalet, c’est une halte pour les chevaux et les gens. On est tout surpris d’y entrer dans de vrais salons, d’y être reçu par des gens civilisés, aimables et gracieux, heureux de vous offrir l’hospitalité. (…) Les gens sont charmants partout et toujours disposés à vous rendre service.

A la longue, cette gracieuse hospitalité finira même par lui peser, l’empêchant de s’isoler autant qu’il le voudrait pour travailler, se reposer ou écrire à ses proches.
Tout le monde se met en quatre pour lui, y compris le capitaine du port de Christiania qui l’invite sur son bateau à éperon. Monet s’enthousiasme :

Je viens de passer une journée inoubliable (…). Nous avons vu des choses inouïes de beauté et qu’aucun étranger ne peut avoir vues (…). Le capitaine du port s’est mis à ma disposition pour me faire faire cette magnifique promenade sur un bateau de construction nouvelle pour couper la glace dans les fjords.

Et puis, voilà notre Claude Monet qui fait du shopping :

Aujourd’hui j’ai fait des emplettes d’équipement, chaussures, toques, vêtements, etc, et ce sera le diable si j’ai froid, mais l’air ici est d’un vif extraordinaire, et puis ça pince ferme. -20 à -25 en plein jour à midi hier (…) mais je n’en souffre pas, au grand étonnement des gens d’ici qui sont du reste très frileux.
En achetant nos toques, j’ai vu toutes les fourrures possibles et me suis informé du prix du renard bleu ; on peut en avoir la peau extra pour 60 à 80 francs. Le renard argenté me paraît très cher, 300, 500, 600, 800 francs ; c’est effrayant ce qu’on en voit, tout le monde en est couvert. Dis-moi si ces prix diffèrent de Paris, mais il faut songer aux droits d’entrée.

Claude Monet, Sandviken, Norvège, 1895, huile sur toile 50x61cm, collection privée.

Monet à Poissy

La maison habitée par Claude Monet à Poissy, YvelinesClaude Monet a habité la ville de Poissy, dans les Yvelines (on disait alors la Seine-et-Oise) de décembre 1881, date où il quitte Vétheuil, à avril 1883, où il emménage à Giverny.
Poissy est situé sur la rive gauche de la Seine à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Paris. La ville est célèbre pour avoir vu en 1214 la naissance et le baptême du roi Louis IX, autrement dit Saint-Louis. Aujourd’hui, le bon roi est toujours omniprésent dans la cité où son nom est utilisé par toutes sortes de commerces.
La maison que Monet loue à Poissy pour y vivre avec ses deux fils, sa compagne Alice Hoschedé et les six enfants de celle-ci s’élève au bord du fleuve, face à une île. Elle s’appelle inévitablement la villa Saint-Louis.
C’est une demeure bourgeoise typique de l’époque, presque aussi large que longue, couverte d’un toit d’ardoises percé de lucarnes.
Elle porte une plaque discrète sur laquelle on peut lire : « Je ne veux que peindre la beauté de l’air. Ici vécut le peintre Claude Monet de décembre 1881 à avril 1883. Hommage de la Ville de Poissy. »
Quand on voit cette belle et vaste bâtisse admirablement située au bord de l’eau, sur une placette à deux pas du centre ville et de la gare, on se dit que Monet a bien choisi sa maison. Lui qui aimait tant l’eau et la nature, il avait tout pour être heureux ici. Les motifs ne devaient pas manquer, la Seine et l’île en face, le pont, la belle église et ses deux clochers romans… On imagine les quatre bateaux de la famille amarrés en bas du talus, prêts à servir pour partir peindre.
Mais en fait, Monet va très peu produire à Poissy. Quand on a des tourments, aucun séjour ne saurait être agréable. Malgré le charme du lieu, Monet passe le moins de temps possible dans la maison, il fuit « cet horrible Poissy » où il se sent de trop.
La situation est devenue très ambiguë depuis qu’Alice et lui ont quitté Vétheuil. Vivre sous le même toit est très compromettant. S’il est maintenant veuf, elle est toujours la femme d’Ernest Hoschedé, et tiraillée entre son devoir d’épouse et ce que lui dicte son coeur. Monet, qui vit dans une douloureuse incertitude, passe donc beaucoup de temps à peindre sur la côte d’Albâtre, à Pourville ou à Etretat.
Et puis, bientôt, il faut quitter Poissy. Fidèle à son habitude, la famille y vit au-dessus de ses moyens. Monet est incapable de payer le loyer de cette maison cossue, et ce sera encore son marchand Paul Durand-Ruel qui devra le secourir pour lui permettre de déménager à Giverny.

Monet et la Suisse

GivernyJ’aime bien ces coins du bassin de Monet où il paraît un peu sauvage, et où chaque fleur de Nymphéa semble plus précieuse encore.
On se croirait devant un plan d’eau naturel comme la Suisse en a tant.
J’ai guidé une délégation suisse ce matin, ce qui m’a donné l’occasion de réviser les connexions qui existent entre Claude Monet et la Confédération Helvétique.
C’est une des règles d’or du métier, il faut essayer d’adapter le commentaire au public. Imaginez que vous soyez au Japon, si vous êtes Français la moindre minuscule anecdote relative à la France va vous faire tendre l’oreille, tandis que de longs développements sur la généalogie des empereurs du Japon, certes plus essentiels à la compréhension de l’histoire locale, vous assommeront.
Monet a beaucoup voyagé à travers l’Europe, et, s’il a visité la Suisse, il n’y a apparemment rien produit. D’où un silence quasi général de ses biographes sur des vacances helvétiques qui n’ont guère marqué l’histoire de l’art. On trouve néanmoins mention de ce voyage sous la plume de Daniel Wildenstein, qui ne saurait rien omettre. Monet part à Saint-Moritz avec Michel et les enfants de feu Suzanne et Théodore Butler à la mi-février 1913.
Le peintre, enthousiaste, envoie des cartes postales à toute la famille et se promet de revenir l’année suivante peindre en Suisse, « dans cet admirable pays. » Malheureusement, il ne mettra pas ce projet à exécution, sans doute à cause de la guerre.
En revanche, les musées suisses regorgent de belles oeuvres, et des collectionneurs privés se sont intéressés à la production tardive de Monet, encore accessible dans les années 1950. Ce qui suscite des expositions régulières et importantes, comme celle de la Fondation Beyeler à Bâle à l’automne dernier.
Ce serait toutefois indélicat de rappeler le vol du Champ de coquelicots près de Vétheuil qui s’est produit à Zurich début 2008.
Et excessif de chercher, dans l’Académie Suisse où Monet a perfectionné sa technique quand il était un jeune artiste parisien, un lien quelconque avec le petit pays alpin. L’Académie Suisse tire son nom de son fondateur, Charles Suisse, qui permettait à des peintres peu fortunés de travailler avec des modèles vivants, sans leçons d’un maître. C’était tout ce qu’il fallait au caractère rebelle de Claude Monet.

Renseignements pris

châssisRien ne vaut le réseau pour trouver un emploi, vous dit-on à l’ANPE. Sauf quand vos collègues ou connaissances font tout pour vous discréditer.
Je ne sais pas si on oserait encore écrire la lettre qu’a reçue Monet en 1892. Elle émane de son ami Mirbeau qui a interrogé son jardinier Lucien au sujet d’un certain Achille Savoir, jardinier que Monet envisage d’embaucher. Manifestement Achille manque de savoir, et ce n’est pas son seul point faible. Voici en quels termes peu flatteurs Lucien le décrit :

C’est un épateur. A l’entendre il va tout faire, tout pourfendre et il ne sait pas grand-chose. Il n’est pas soigneux, pas consciencieux, et extrêmement paresseux. De plus, il boit. Par négligence, il laisse perdre ses repiquages sous ses châssis, pour ne pas se donner la peine de les ombrer. Son jardin est fort mal tenu. Très souvent, il venait me demander conseil, pour des choses tout à fait courantes. Bref, honnêtement, je ne peux pas le recommander, car on ne peut pas être content de lui.

Bigre ! Pourquoi aligner autant d’arguments, alors qu’un seul d’entre eux aurait suffi pour griller Achille auprès de Monet ? Un tel acharnement à le démolir paraît presque suspect. Et on peut en effet se demander si Lucien n’en rajoute pas, car le voici bientôt qui change de ton, quand Mirbeau lui demande s’il ne connaîtrait pas un bon jardinier.

J’en connais un, Louis Arnoux, qui doit quitter sa place le 25 de ce mois. (…) C’est un excellent jardinier, et un très honnête homme (…) un homme de tout repos.

Pour avoir une chance de caser son copain, il fallait d’abord casser celui que Monet pressentait pour la place. Le réseau, toujours le réseau !

Michel Monet

Michel MonetQuel personnage étonnant que Michel Monet ! J'ai rencontré aujourd'hui un monsieur qui l'a connu quand il était enfant et qu'il habitait à Sorel-Moussel dans l'Eure et Loir, non loin de la demeure du fils de Claude Monet. "C'était un homme très élégant, se souvient-il, il portait des pantalons de golf et une casquette, il conduisait une magnifique voiture, une Delage de couleur verte."
Cette élégance apparaît sur cette photo de jeunesse prise du vivant de son père. Quelle classe ! Cela ne devait pas déplaire à Claude Monet qui avait lui-même un goût pour les vêtements de qualité.
Derrière ces allures de dandy, qui devinerait son don de la mécanique ? Très jeune Michel s'est passionné pour l'automobile, un autre virus hérité de papa, et qui lui coûtera la vie : Michel Monet décède en 1966 dans un accident de voiture à Vernon, sur le pont Clemenceau, à l'âge de 88 ans.
Mais n'allons pas trop vite.
Le fils cadet de Claude Monet naît le 17 mars 1878 à Paris, alors que la situation matérielle de ses parents et de son frère aîné Jean est catastrophique. A l'été suivant, pour limiter les dépenses quotidiennes, les Monet partagent une maison avec les Hoschedé à Vétheuil ; les deux familles sont dans la misère. Monet peint avec acharnement, sollicite ses amateurs pour qu'ils achètent des toiles, sans succès.
Camille, la femme de Monet, est au plus mal. Le petit Michel a la douleur de perdre sa mère alors qu'il est encore bébé. Est-ce l'origine de son caractère "neurasthénique" ? Ou cet aspect de sa personnalité vient-il du poids d'être fils de ? Ou de l'emprise de son père qui se serait opposé à sa vocation d'inventeur ?
Il est bien difficile de se faire une place quand on est le fils d'un génie et que tout le monde vous courtise en raison de votre filiation. Et même si Monet n'avait pas été le peintre que l'on sait, il n'en aurait pas moins eu cette personnalité inquiète de tout, contrôlante, et disons le mot, abusive.
Enfant, Michel s'intéresse à la botanique, attrape les grenouilles, bricole les bicyclettes, il est inséparable de Jean-Pierre, le plus jeune des enfants d'Alice, qui a presque le même âge.
Puis il fait ses débuts dans la vie professionnelle avant d'être mobilisé en 1914. Le voilà Poilu.
Il en revient, la vie reprend son cours. Il a perdu son frère Jean, décédé de maladie début 1914. Maintenant il est le seul descendant de Claude Monet.
Quand son père s'éteint le 5 décembre 1926, Michel a 48 ans. Il hérite d'une coquette maison de famille à la campagne, et surtout d'une impressionnante collection de tableaux. Combien ? 180, disent certains. C'est bien difficile à chiffrer tant la diversité des oeuvres est grande, des carnets de croquis et des toiles de jeunesse aux grands panneaux des Nymphéas encore présents dans l'atelier de Giverny.
De son vivant Monet a émis le voeu que les oeuvres majeures soient léguées à l'Etat. Il reste toutes les autres. Aux toiles de son papa s'ajoutent celles que Monet a rassemblées et qui lui venaient de ses amis peintres, des Cézanne, des Renoir, des Pissarro, des Berthe Morisot, des Boudin, des Manet… 35 au total, dit-on.
Cela, ce sont les biens tangibles. Michel Monet perçoit aussi des droits de reproduction sur les oeuvres de son père. De quoi vivre confortablement jusqu'à la fin de ses jours.
Que va-t-il faire de son temps, ma pauvre Lucette ? Comme beaucoup de gagnants du loto, il voyage. Il a laissé le souvenir d'un "explorateur" dans son village de Sorel.
Ses petits neveux voyaient en lui un voyageur au long cours. Son singe les amusait beaucoup. Ils étaient fascinés par les objets étranges rassemblés dans une pièce de sa maison, corbeilles à papier en pattes d'éléphant ou descentes de lit en peau de lion rapportées de ses safaris en Afrique.
Lui qui n'avait pas d'enfant aimait beaucoup ceux de ses belles-soeurs, il était heureux de leur étonnement devant sa collection d'objets improbables.
Surtout, le souvenir que va laisser Michel Monet à la postérité est celui d'une générosité exemplaire. Fidèle au voeu de son père, il lègue par testament tous ses biens à l'Académie des Beaux-Arts de l'Institut de France. C'est en quelque sorte les offrir au public plutôt que de les laisser à des particuliers plus ou moins proches.
Les tableaux sont conservés au musée Marmottan à Paris, la maison et les jardins de Giverny, admirablement restaurés, sont ouverts à la visite. Sans le geste de Michel Monet nous ne pourrions pas admirer des dizaines d'oeuvres de Monet ni découvrir la splendeur de ses jardins, l'harmonie de sa maison.

125 ans !

iris jauneCela fait exactement 125 ans aujourd’hui que Monet s’est installé à Giverny, le 29 avril 1883.
Quelques jours auparavant, venant à pied de Vernon, selon son beau-fils Jean-Pierre Hoschedé, il est tombé sous le charme des vergers en fleurs et des iris jaunes qui tapissent les prairies humides le long de l’Epte. Tout de suite l’endroit lui plaît, avec sa rivière qui serpente au milieu des saules.
Il sait qu’il va trouver ici une foule de motifs à peindre. Il voit juste.
Les détails pratiques comptent aussi. Les garçons pourront aller en classe à Vernon.
Il y a une petite gare à Giverny qui permet de rejoindre le bourg voisin, et de là Paris assez aisément. C’est indispensable pour mener une vie sociale, ne pas vivre en reclus dans cette campagne.
Et puis il y a la chance de cette maison à louer, la maison rose qu’on aperçoit derrière les branches mousseuses d’un verger cerné de murs.

Changer de prénom

Vue prise à Rouelles, Claude Monet 1858 Ci-contre Vue prise à Rouelles, première huile sur toile de Monet cataloguée w1, signée et datée en bas à gauche O. Monet 58

Au début, il s’appelait Oscar. Oscar Monet. C’est ainsi qu’il signe ses premières oeuvres en soulignant deux fois : Oscar ou O. Monet. Et puis un beau jour, adieu Oscar, l’artiste décide de changer de prénom. Ce sera le deuxième dans l’ordre de l’Etat-Civil, Claude. Et c’est en tant que Claude Monet qu’il deviendra, beaucoup plus tard, célèbre.
Choisir parmi la liste de prénoms que nos parents nous ont attribués à la naissance celui dont on veut faire le prénom usuel, c’est la façon la plus simple d’en changer. Aucune démarche, il suffit quand on vous le demande de souligner le bon, celui dont on a décidé qu’il allait servir dorénavant.
Monet a environ vingt et un ans quand il devient Claude. On peut y voir la marque d’un tempérament bien trempé qui veut signer son esprit d’indépendance. Mais il y a aussi une autre explication.
Pourquoi changer de prénom ? Parce que le précédent, celui qui l’a accompagné depuis l’enfance, ne lui plaisait guère et qu’il lui est soudain devenu insupportable.
L’évènement qui déclenche le rejet d’Oscar, la goutte qui fait déborder le vase, c’est le service militaire. Monet, qui a tiré un mauvais numéro, est affecté pour sept ans et à sa demande aux Chasseurs d’Afrique. En Algérie, ses compagnons se moquent de ce prénom dont ils trouvent la sonorité ridicule. Ni une ni deux, au retour Monet le troque sans regret pour Claude. Il ne sera pas dit qu’il le traînera toute sa vie comme un boulet.

Les goûts et les sonorités… Les prénoms ont leur mode, comme les pois et les rayures. On les choisit avec soin, conformistes ou originaux selon son tempérament. Certains font un tabac puis, trop entendus, ils passent de mode. D’autres suivent leur petit bonhomme de chemin tranquillou, en classiques.
Tous ces phénomènes ont pu être analysés finement par la statistique, et la référence incontournable des futurs parents, « la cote des prénoms » fait l’objet d’une remise à jour chaque année.
signature Oscar Monet Aujourd’hui, on prédit un retour en force des Oscar, portés par la vogue du son O et une tendance rétro qui s’affirme. Les parents qui ont déjà fait ce choix sont bien entendu enchantés de ce prénom trop mignon qui va comme un gant à leur bout de chou. Saviez-vous que Patrick Bruel avait un petit Oscar ? OSCAAAAR !!!

Voyages

Clemenceau C’est une question qui revient souvent : Monet s’est-il rendu au Japon ? Quand on voit son jardin, son impressionnante collection d’estampes japonaises, ses meubles façon bambou, jusqu’à ses assiettes aux motifs de cerisiers en fleurs, on imagine que cette destination devait l’attirer beaucoup.
Eh bien non, Monet n’a jamais visité le pays du soleil levant. Son voyage le plus lointain l’a conduit en Norvège. Là, il lui a semblé retrouver le Mont Fuji de ses estampes dans la silhouette enneigée du mont Kolkaas. « On dirait le Japon », écrit-il à sa famille…
On aurait pu penser que son enfance havraise lui aurait donné le virus du voyage. Mais Monet, qui a beaucoup peint les bateaux, en a rarement pris pour voyager. Il préférait le train.
Il me semble que s’il s’est abstenu d’aller en Extrême-Orient, c’est qu’il ne ressentait pas l’appel du large. Il a fait peu de voyages d’agrément, celui en Espagne en voiture est organisé avant tout pour distraire Alice.
Monet a pourtant passé beaucoup de temps loin de chez lui. Chaque hiver ou presque il partait en campagne de peinture pour plusieurs mois, à la mer, au bord d’une rivière ou en ville, à Rouen ou à Londres.
Son ami Georges Clemenceau a davantage bourlingué, mais sans atteindre le Japon lui non plus. Son voyage en Inde en décembre 1920 est l’occasion d’une lettre à Monet sur son ton enjoué habituel :

Non il ne sera pas dit que je serai venu à Bénarès prendre le plus prodigieux bain de lumière et que je n’aurai pas trouvé un mot à dire à l’homme qui s’appelle Claude Monet.
Imaginez-vous, mon vieux frère, que vous voyiez Bénarès quand vous faisiez le Vétheuil refusé par Faure. Un grand fleuve bien clair avec une grande courbe de palais blancs qui vont s’estompant dans une poudre d’aurore. C’est une splendeur de simplicité claire qui du fleuve au ciel enveloppe toute la vie des choses. Tout de même si j’étais Claude Monet je ne voudrais pas mourir sans avoir vu ça.
Ajoutons qu’une humanité folle de couleur expressive anime tout cela. Je ne veux pas aller en Paradis si je n’y retrouve pas Bénarès, et les fleurs, et le culte insensé et pourtant explicable de ces bonnes vaches sacrées qui venaient ce matin me manger les colliers fleuris dont on m’avait enguirlandé. Et tout. Croyez-moi fichez l’ange bleu dans une malle si elle récalcitre et arrivez-moi tous les deux. Dépêchez-vous. Je pars demain matin. Java est merveilleux, Ceylan est admirable. Mais rien ne tient devant Bénarès.

Quel dynamisme à 79 ans ! Pour ce grand voyage en Asie du Sud Est, Clemenceau s’est embarqué en septembre 1920, il n’est revenu qu’en mars de l’année suivante. Il n’est pas dupe de ce qu’il écrit, Monet et Blanche ne risquent pas d’arriver tous les deux, mais on sent tout son désir de partager avec le peintre les paysages qui l’éblouissent.

Ovalie

Monet Les NympheasLes horloges ne tournent plus tout à fait rond ces jours-ci. Les aiguilles fonctionnent en ellipse, à des vitesses différentes selon que c’est bientôt l’heure du match, le match, ou la troisième mi-temps.
Ne comptez pas sur moi pour vous parler rugby, mais il est assez curieux de penser que Monet a consacré dix ans de sa vie à une oeuvre ovale.
Il semble que le projet des Grandes Décorations, qui se trouvent depuis 1927 au musée de l’Orangerie à Paris, ait été un ovale dès le début. Pour que la toile englobe le spectateur et lui donne l’illusion d’un tout sans fin, il faut qu’elle soit incurvée, qu’elle vienne s’incrire dans la vision périphérique. Un cercle aurait aussi bien fait l’affaire, de ce point de vue, mais Monet trouve que ça fait vraiment trop « cirque ».
L’idée de départ était de bâtir un pavillon spécialement pour les Grandes Décorations dans le jardin de l’hôtel Biron à Paris, devenu musée Rodin après la guerre de 14-18.
D’après l’éminent architecte chargé des plans, Louis Bonnier, il est beaucoup plus difficile – et donc coûteux – de bâtir ovale que rond, et rond que rectangulaire. « Dépenses formidables à prévoir pour le pavillon », estime-t-il dès les premières mesures des toiles. Après bien des tergiversations, le projet avorte en raison de son prix, ou peut-être de sa modernité.
On se rabat sur un bâtiment déjà existant, l’Orangerie des Tuileries, place de la Concorde, dont il « suffit » d’aménager une partie.
La valse hésitation se poursuit pendant des années, de novembre 1918, date à laquelle Monet décide de donner des panneaux à l’Etat pour fêter la victoire, jusqu’à leur installation définitive neuf ans plus tard.
Au final, d’une salle on est passé à deux. Le chef-d’oeuvre qui a coûté dix ans d’efforts à Monet occupe deux vastes pièces ovales, sur les cimaises desquelles se déploie l’univers enchanté des Nymphéas.

Fichu caractère

Monet dans l'allée aux capucinesParfois, une question préoccupe les visiteurs. On dirait qu’ils se sont promis de la poser et qu’ils ont peur d’oublier, à peine a-t-on mis le pied dans le jardin qu’ils interrogent, comme anxieux de la réponse. Et des réponses, il n’y en a pas toujours.
– Vous trouvez que le génie autorise à avoir un fichu caractère ?
Fichue question.
Je n’aime pas insister sur les aspects les moins glorieux de la personnalité de Monet. Mais il avait la réputation d’être difficile à vivre : entièrement accaparé par son art et son jardin, il était d’humeur variable. Ses lettres le montrent tantôt enthousiaste, débordant d’énergie et d’activité, tantôt doutant, mécontent de lui ou du temps, parfois en proie à la colère, capable d’envoyer tout promener et de détruire des dizaines de toiles.
Les témoignages de ses contemporains le décrivent comme un tyran domestique. Il ne supportait pas le moindre retard dans le service des repas, était d’un exigence extrême sur leur qualité, et régentait tout dans la maison.
En ce qui concerne ses rapports avec les membres de la famille, Claude Monet n’était sans doute guère empathique. Il a fait peu de cas des sentiments de Blanche et de Breck, par exemple, et n’a pas hésité à mettre fin à leur romance.
Mais Blanche ne lui en a pas voulu, elle lui est resté dévouée jusqu’à sa mort, avec une patience d’ange. C’est elle qui affirme qu’il aimait les enfants. On sait aussi qu’il chantait de temps en temps, qu’il pouvait être d’un caractère enjoué. Il a donné de nombreuses toiles à des fins caritatives, il a aussi consacré beaucoup de son temps à défendre des causes, à organiser des souscriptions. Personne n’est tout noir ou tout blanc, mais d’un gris plus ou moins clair.
– Vous trouvez que le génie autorise à avoir un fichu caractère ?
Mais qui peut répondre à cela ? Qui sommes-nous pour juger et trancher ? Chacun fait ce qu’il peut. Comment savoir ce qu’on ressent quand on a le génie de Monet, quand on doit livrer une lutte avec soi-même pour faire naître les chefs-d’oeuvres en gestation ?
Question ultime, cette lutte surhumaine excuse-t-elle la tyrannie, l’impatience, l’intolérance ?
Ce n’est pas à nous de le savoir, ni d’en donner la réponse.

La mère de Claude Monet

Les parents de Claude Monet vers 1855Claude Monet parlait rarement de sa mère, morte quand il avait seize ans. Louise Justine Aubrée Monet est longtemps restée mystérieuse, jusqu’à ce qu’on découvre récemment une nouvelle source biographique, les mémoires de Théophile Béguin Billecocq, comte et ministre, qui fréquenta la famille Monet dès 1853. Le jeune Claude était alors un enfant de douze ans.
Théophile livre un portrait détaillé de Madame Monet mère en femme du monde accomplie : intelligente, enjouée, elle savait entretenir la conversation « avec l’aisance des jeunes femmes qui ont été élevées à Paris ». Elle appréciait les poètes romantiques et écrivait des vers depuis son enfance, des vers plutôt bons selon lui, ce qui ne gâtait rien.
La mère de Claude Monet dessinait avec talent et peignait à l’aquarelle dans de petits carnets de croquis qu’elle ne montrait qu’à ses intimes. Elle jouait la comédie « avec grâce » et adorait recevoir dans son salon les notables du Havre, les riches étrangers de passage et la bonne société parisienne en vacances sur la côte.
Elle aimait aussi lire, en particulier Balzac et Lamartine. Surtout, elle aimait la musique, elle chantait avec une belle voix de soprano et organisait de petits concerts chez elle, se faisant accompagner au piano ou au violon.
Sa mort prématurée est une perte immense pour le jeune Claude, qui trouvait chez elle le soutien artistique qui lui manquait chez son père. Théophile raconte que l’adolescent, aimable et drôle en général, pouvait tomber parfois dans une mélancolie profonde qui le quittait aussi soudainement qu’elle était venue. On en devine la cause…

Histoire de couple

La grande allée du jardin de Monet J’aime bien raconter l’histoire de la grande allée. Tout le monde s’y projette volontiers, et elle suscite souvent des commentaires ou au moins un sourire de la part des visiteurs.
La grande allée existait déjà à l’arrivée de Monet et sa famille, divisant le jardin en deux parties égales. Elle était bordée de grands sapins et se terminait par les deux ifs que l’on voit toujours.
L’ombre donnée par les arbres en jetait une sur le couple de Claude et d’Alice, la future femme de Monet : ils étaient très divisés sur la question.
Alice appréciait beaucoup cette allée ombragée qui lui permettait de sortir dans le jardin sans ombrelle. Monet ne l’aimait guère parce que les fleurs refusaient d’y pousser.
Vous pouvez voir sur la photo qui a gagné. De disputes en négociations, Monet a obtenu ce qui a dû lui paraître un compromis. Il a conservé les ifs, et il a fait couper les sapins à trois ou quatre mètres de hauteur.
Vous imaginez ce que cela donne de couper des sapins adultes à trois mètres du sol : il ne reste que des troncs dénudés, des sortes de colonnes sur lesquelles Monet a fait pousser des rosiers grimpants. Entre ces piliers, il a installé les arches métalliques qui servent également de supports à des rosiers.
L’effet était assez joli, même si les fûts couverts de roses faisaient un peu bizarre. Au fil du temps, les arbres privés de branches et de faîte ont fini par pourrir. Monet les a fait abattre définitivement et l’allée a pris son aspect d’aujourd’hui.

Les dindons

Dindons dans le jardin de Monet à GivernySur la droite de la maison de Monet à Giverny, à quelques pas de la cuisine, on peut voir de petites pelouses en terrasse entourées d’un grillage. C’est l’enclos des dindons. J’ai pris cette photo il y a quelques années, aujourd’hui l’enclos est vide. (8 mai 07 : les dindons sont de retour !)
Monet et Alice y élevaient des dindons blancs, en souvenir des dindons du château de Montgeron.
Le musée d’Orsay à Paris présente le grand tableau Les Dindons que Monet a peint dans le parc du château. Les volatiles qui se promènent en liberté sur les pelouses apparaissent en contre-plongée, leur plumage blanc rehaussé d’étonnantes teintes roses. Le château, minuscule, se devine à l’arrière-plan.
Les riches aimaient à cette époque s’entourer de dindons, espèce d’apparat à l’égal des paons. Alice et Ernest Hoschedé en avaient donc dans le parc de leur château.
C’est l’un des motifs retenus par Claude Monet quand il entreprend de grands panneaux décoratifs destinés aux belles pièces du château, une commande d’Ernest Hoschedé, grand amateur de peinture impressionniste. Il y travaille peut-être quand lui et Alice tombent amoureux l’un de l’autre.
Ce « premier temps de leurs amours », ils le chérissent tous les deux. Amours impossibles, puisqu’ils sont mariés chacun de leur côté. Amours blanches, aussi pures que les plumes de leurs oiseaux fétiches. Il faudra des circonstances inattendues pour qu’elles se concrétisent. Mais tout au long des années de vie commune et de mariage, les dindons seront là pour en rappeler discrètement le souvenir.

Monet et les caricatures

Caricature d'un homme à la tabatière, par Claude Oscar Monet vers 1858, fusain et craie blanche, Sterling and Francine Clark Institute, Williamstown, MassachusettsCaricature d’un homme à la tabatière, par Claude Oscar Monet vers 1858, fusain et craie blanche, Sterling and Francine Clark Institute, Williamstown, Massachusetts

Claude Monet s’est beaucoup vanté d’avoir commencé sa carrière en tant que caricaturiste. Il est vrai que les premiers dessins qu’il ait vendus sont des portraits-charges.
La caricature connaît une véritable vogue au 19e siècle. Les journaux de tous bords sont friands d’illustrations, et certains dessinateurs humoristiques comme Honoré Daumier parviennent à se faire un nom dans ce domaine. Le jeune Monet a certainement vu beaucoup de caricatures dans les journaux qu’on lisait chez lui, le Figaro, le Gaulois et le Journal amusant. Il s’est amusé à en copier certaines.
Qu’il ait eu envie de s’essayer à son tour à ce genre n’a rien d’étonnant. D’autres peintres de sa génération en ont fait autant. Cela est attesté pour plusieurs de ses amis, Courbet et Pissarro notamment.
Selon ses dires, Claude Monet s’ennuyait ferme en classe, il a donc commencé par des dessins peu flatteurs de ses professeurs qui ont eu un succès certain auprès de ses camarades.

« J’enguirlandais la marge de mes livres, je décorais le papier bleu de mes cahiers d’ornements ultra-fantaisistes, et j’y représentais, de la façon la plus irrévérencieuse, en les déformant le plus possible, la face ou le profil de mes maîtres. Je devins vite à ce jeu d’une belle force. A quinze ans, j’étais connu de tout le Havre comme caricaturiste. » Thiébault-Sisson, le Temps, 26.11.1900

De fil en aiguille, il se met à caricaturer des notables du Havre et à vendre ces portraits, d’abord 10 puis 20 francs, une somme qui lui paraît considérable. Sa petite affaire marche si bien qu’il réussit à économiser 2000 francs, ce qui laisse supposer une production conséquente.
Les caricatures de Monet sont en vente, encadrées, dans la boutique du papetier Gravier où elles voisinent avec les huiles d’Eugène Boudin. C’est dans cette boutique que les deux peintres finissent par se rencontrer, une rencontre décisive pour Monet. Car Boudin va l’inciter à peindre, en plein air, des paysages, tels que son oeil les voit.

Les caricatures ont permis à Monet de se constituer un pécule, mais elles lui ont coûté la bourse municipale. La ville du Havre octroyait 1200 francs annuels à un artiste pour aller étudier à Paris. Boudin avait justement profité quelques années plus tôt de cette largesse. Mais quand papa Monet la sollicite pour Claude, il s’attire une réponse mielleuse du conseil municipal :

Monnet (Oscar) (…) présente avec sa demande un tableau de nature morte qui ferait mal juger de son talent s’il n’était pas si complètement révélé par ces spirituelles esquisses que nous connaissons tous. Dans la voie où l’ont entraîné jusqu’ici de remarquables dispositions naturelles, dans la caricature puisqu’il faut l’appeler par son nom, Oscar Monnet a déjà trouvé la popularité si lente à venir aux oeuvres sérieuses. Mais n’y a-t-il pas dans ces précoces succès, dans la direction jusqu’ici donnée à ce crayon si facile, un danger, celui de tenir le jeune artiste en dehors des études plus sérieuses mais plus ingrates qui seules ont droit aux libéralités municipales ? L’avenir nous répondra. » (Archives municipales du Havre).

L’avenir a répondu. En octroyant la bourse au sculpteur Aimable-Edmond Peau et à l’architecte Anthime-Marin Delarocque, les édiles du Havre n’ont pas misé sur le bon cheval.

Jean Monnet ou Jean Monet ?

Portrait de Jean Monet en bonnet à pompon, par Claude Monet, 1869, Fondation Bemberg, Hôtel d'Assézat, ToulousePorter presque le même nom qu’un autre est source d’interminables confusions. A l’heure où l’on célèbre le cinquantenaire du traité de Rome, et où l’on rend un hommage mérité à l’un de ses pères fondateurs, Jean Monnet, il est temps de mettre les choses au point : l’homme d’Etat s’écrit avec deux n et n’a rien à voir avec la famille de Claude Monet.
Pas l’ombre d’un lointain cousinage, à peine un lointain voisinage. Claude Monet et son fils Jean ont vécu à Giverny, dans l’Eure, à une cinquantaine de kilomètres de Bazoches-sur-Guyonne dans les Yvelines, où Jean Monnet demeurait.
Le site de l’association Jean Monnet s’empresse lui aussi de clarifier l’encombrante homonymie, et vous donnera tous les détails sur le grand homme, né en 1888, qui a marqué l’Histoire.
Quelques années plus tôt, en 1867, un petit bonhomme vient au monde. C’est le premier fils de Claude Monet et de Camille Doncieux. Ses parents l’appellent Jean.
Les premières années du petit Jean sont marquées par la précarité de la famille, qui vit dans des conditions difficiles, presque sans ressources. Mais l’enfant grandit entouré de la tendre sollicitude de sa mère et de son père.
Claude Monet, qui avoue son attendrissement devant le bébé, le peint à plusieurs reprises seul ou avec d’autres personnes : dans son berceau ; endormi ; avec un bol ; à la table familiale… Le petit Jean n’a que deux ans quand il pose pour ce portrait où il apparaît rêveur, le visage empreint d’une douce gravité.

Monet et Proust

Le Printemps, Claude Monet, 1886, Fitzwilliam Museum, Cambridge, Royaume-UniOn aurait aimé qu’ils se soient rencontrés, ces deux géants-là. Mais il semble bien que non. La vie de Claude Monet et celle de Marcel Proust sont somme toute bien documentées, et même s’il est toujours possible d’imaginer une entrevue fortuite qui aurait échappé au passage à la postérité, elle reste improbable.
Je n’ai pas trouvé trace, non plus, que Monet ait lu Proust. L’auteur d’ A la Recherche du temps perdu devient célèbre en 1919 avec l’attribution du prix Goncourt pour A l’ombre des Jeunes filles en fleurs. A cette date, la vue de Monet est fortement diminuée par la cataracte. Pouvait-il encore lire ? Se faisait-il lire des livres ?
On sait en revanche que Proust admirait beaucoup les Monet qu’il a pu voir, notamment « Champ de Tulipes près de Harlem ». Le personnage du peintre Elstir, qui apparaît dans la Recherche, a sans doute quelque chose de Monet, même si on peut y lire une anagramme de Whistler.

La rencontre n’a pas eu lieu, et pourtant que de convergences dans les oeuvres de Marcel Proust et Claude Monet… Une étude de Michael Magner (membre de la Marcel Proust Gesellschaft, association des amis de Proust de langue allemande) souligne ces points communs.
Le plus évident est territorial, c’est ce balancement entre Paris et la Normandie, l’attraction pour les côtes de la Manche aussi bien chez Proust que chez Monet, et qui s’exprime dans leurs visions de la Gare Saint-Lazare, point de départ parisien des trains pour la Normandie.
L’évocation de la nature chez Proust présente plus d’un parallèle avec l’oeuvre de Monet : longues descriptions de nénuphars flottant sur l’eau, de lilas en fleur, d’orchidées, de falaises… On pourrait multiplier les exemples.
Au-delà de ces aspects quasi matériels, Magner note des affinités plus profondes. Avec son regard aigu, son infinie analyse de tout ce qui se présente à sa pensée, Proust décrit en mots des phénomènes que Monet exprime en peinture. L’aspect impressionniste du style de Proust a frappé ses lecteurs depuis longtemps – il existe dès 1930 des études sur ce sujet.

Cher lecteur, ces textes et ces photos ne sont pas libres de droits.
Merci de respecter mon travail en ne les copiant pas sans mon accord.
Ariane.

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