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Cible mouvante

Reflets Photo : Giverny, reflet des bambous dans le bassin

Le Claude Monet actif, celui qui peint, qui jardine, a été beaucoup étudié et a fait l’objet d’un fleuve d’encre. Mais à hanter son jardin, on se prend à penser à l’autre Monet : celui qui ne fait rien. Rien d’autre que regarder et rêver, plongé dans la contemplation de son bassin.
C’est son beau-fils Jean-Pierre Hoschedé qui nous livre ce détail, quand il évoque la place prépondérante que tenait le jardin d’eau dans la vie de Monet :

Matin, après-midi et soir, on le voyait s’y promener, en faire le tour et souvent s’arrêter un long instant à une place bien définie, où il revenait pour s’immobiliser encore en cet endroit. (…) Toujours il revenait, de préférence, devant la nappe d’eau pour rêver à tout ce qu’elle lui révélait…

Ce Monet perdu dans ses pensées, dans ses rêveries, me fascine. C’est tellement ce que l’on a envie de faire devant son bassin, se laisser hypnotiser par l’aspect changeant de l’eau, la fixer encore et encore, dans un rêve éveillé sans fin.
Quand j’accompagne des visiteurs dans le jardin d’eau, je suis dans l’action, concentrée sur les mots à trouver pour raconter et faire sentir les choses. Et en même temps l’étang est là avec ses jeux de lumière captivants, comme une tentation à se laisser aller à la pure contemplation, en oubliant le faire. Souvent, c’est difficile d’y résister, j’ai la sensation de devoir m’en arracher.
Le psychiatre Christophe André, dans son best-seller « Méditer jour après jour », développe l’idée de cible mouvante à propos de la respiration, ancrage de la méditation :

Comme il faut que l’objet de la pratique n’endorme pas l’attention, il y a un avantage à se concentrer sur une cible mouvante : il est plus facile de fixer son attention, sans la fatiguer à l’excès, sur quelque chose qui reste là mais n’est jamais immobile. C’est pourquoi nous pouvons rester fascinés et éveillés pendant de longs moments devant les vagues de la mer, les flammes du feu ou le passage des nuages : toujours là mais jamais identiques. Il en est de même de notre souffle : toujours présent et mouvant.

Dans cet état d‘autohypnose, les yeux fixés sur une cible mouvante, Claude Monet, intensément présent à ses perceptions, méditait sans doute sans le savoir.


3 commentaires

  1. Malou et Gérard dit :

    Chère Ariane.

    Malgré notre silence, nous continuons à guetter et à savourer vos textes.
    Mais celui de cette semaine était si fort, si extra-ordinaire, qu’il faut que je
    sorte de ma torpeur. La photo est absolument fantastique ! Quel talent ! Un vrai
    tableau devant lequel on est transporté dans la contemplation. On a aimé votre
    allusion à Christophe André que nous aimons lire.
    On sent que vous n’êtes pas lassée de découvrir les beautés insoupçonnées du jardin
    de Monet. Vous partagez vos découvertes avec ferveur.
    Vous rendez Monet toujours présent.
    Un grand merci !

  2. Ariane dit :

    Merci Malou et Gérard, votre enthousiasme me touche beaucoup ! Je trouve que plus on avance en âge, plus on a envie d’aller vers l’essence des choses, vers l’essentiel. Mais parfois je me demande si je ne vais pas un peu trop loin, si je ne vais pas passer pour une fêlée. 🙂 Et je me demandais si cette photo bicolore n’était pas un peu triste pour le printemps… Et si je ne devenais pas obsessionnelle des bambous… Vous avez bien fait de m’écrire !!!

  3. Tania dit :

    Superbes photo et billet, je renchéris.

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Ariane.

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