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Le chant de pluie du pinson

pinson des arbres

Quand il est au sol, le pinson laisse admirer toute l'élégance de son plumage. Pureté de la ligne, audace du coloris… Qu'il est joli ! Qu'il nous semble beau ! Mais s'il se porte candidat au titre de phénix des hôtes de ces jardins, l'affaire n'est pas encore dans le sac car son ramage est assez répétitif.  

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La voûte aux oiseaux

Voûte à décor d'oiseaux renaissants, église Saint-Jacques de Compostelle à La Boissière, Eure

La chose la plus adorable que j’ai découverte à l’occasion des Journées du Patrimoine, c’est cette voûte en bois à décor d’oiseaux. Elle orne la petite église de La Boissière, dans l’Eure, à 26 kilomètres au sud de Vernon. La précision a son importance : c’était la longueur d’une étape pour les pélerins du Moyen Âge en route vers Saint-Jacques-de-Compostelle, qui avaient franchi la Seine grâce au pont de Vernon. Ils n’étaient pas rendus : depuis La Boissière, il leur restait plus de 1500 km à parcourir. Et autant pour rentrer, s’ils y parvenaient.
La petite église est dédiée à Saint-Jacques-de-Compostelle. Nul ne sait quelle fantaisie a présidé à son ravissant décor où coq, héron, colombe alternent avec des vases renaissants d’où s’échappent des branchées de fin feuillage. L’harmonie composée par le gris vaporeux des oiseaux et l’ocre chaleureux des bandes qui les séparent est délicieuse. Dans ce quadrillage apparaissent encore quelques fleurs de lys royales. C’est si peu classique, et même disons-le si peu religieux que cette voûte fait de la petite église de la Boissière l’une des plus intéressantes et originales de l’Eure.
Les fresques viennent d’être restaurées avec délicatesse, et l’on regrette simplement qu’il y ait des manques dus à un obus malencontreux.
L’église tout entière a fait l’objet d’un programme de restauration exemplaire conduit par une équipe de passionnés. Le fait qu’elle ne soit pas classée leur a facilité la tâche, car le classement impose des contraintes en matière de travaux. Dans le choeur, l’abside plate présente d’autres fresques : un retable peint qui s’ornait de statues sur des socles gougeonnés. Cela aussi, je ne crois pas l’avoir vu ailleurs.

Mésange

Mésange à Giverny
L’hiver fait taire les oiseaux. Mais depuis que les jours rallongent les plus audacieux sortent de leur silence.
Comme le Boléro de Ravel, leur concert commence pianissimo, puis de nouvelles espèces d’oiseaux se joignent peu à peu aux premières, et en avril-mai ils seront si nombreux et si décidés que leurs chants empliront l’air.
Les mésanges sont déjà là, puisqu’elles ne sont pas parties. Elles s’approchent avec prudence des mangeoires, leur tête mobile inspectant les environs. Qu’elles aient un calot bleu ou noir, il y a dans tout leur être une grâce légère et spéciale qui les fait aimer.
Tandis qu’elles hivernent dans le paysage gris de la morne saison, elles ont gardé leurs couleurs florales si gaies, qui tranchent comme un tout petit bout de printemps.
Elles volettent d’une branche à l’autre dans les arbres nus, et comme nous elles attendent, sûres que les beaux jours reviendront.

La becquée du pinson

PinsonCette fois-ci, c’est le papa pinson qui est allé au ravitaillement dans le jardin de Monet.
Pincé dans son bec, l’insecte ailé qu’il a attrapé lui donne un vague air d’indien peau-rouge.
Justement, perché sur la glycine du pont japonais, le pinson déploie des ruses de Sioux pour ne pas dévoiler où il a caché le nid.
Il volète, un coup en haut, puis en bas, il regarde tout autour de lui…
Quel temps il passe pour s’assurer que la voie est libre !
Cela paraît un peu excessif au regard des piaillements des petits quand papa revient des courses.
S’il n’avait pas le bec occupé, il leur sifflerait sûrement de se taire.

Ce billet est dédié à tous les valeureux papas, en particulier ceux qui sont venus en famille à Giverny aujourd’hui et qui ont déployé des ruses toutes paternelles pour la bonne marche de la visite avec leurs tout petits. Bonne fête !

Chardonneret

Chardonnerets dans les tournesols, Giverny Dans le jardin de fleurs de Claude Monet, les tournesols sont arrivés à maturité, une info qui s’est répandue comme une traînée de poudre chez les chardonnerets. Ces petits oiseaux familiers des jardins ne dédaignent pas de varier les plaisirs. Il n’y a pas que les graines de chardon dans la vie.
Les chardonnerets aiment se nourrir dans la convivialité : à plusieurs dans le même bouquet de fleurs, chacun devant son assiette.
Si on rapportait la taille de l’oiseau à celle d’un être humain, la fleur de tournesol serait aussi grande, disons, qu’un tourniquet de square. Cela représente une quantité énorme de nourriture pour ces petites bêtes. Même pas peur ! Avec méthode, le chardonneret cueille l’une après l’autre les graines de tournesol, les décortique habilement de son gros bec prévu pour, laisse tomber l’enveloppe au sol et avale l’intérieur.
Cette manip’, effectuée sans hâte, lui prend quelques secondes. Une petite pause, quelques mouvements de tête, et hop ! on passe à la graine suivante.
Comme le chardonneret a de l’éducation, il se tient bien en société. Sa maman lui a appris qu’à table, on met les pieds dans le plat, juste au bord, et que la position la plus chic est tête en bas.
ChardonneretUne fois de plus le monde animal fait la démonstration de son indéniable supériorité sur les humains. Vous vous voyez en train de défaire un bonbon de son papier sans les mains, et de l’avaler en faisant le cochon pendu ? Rien qu’à l’imaginer on sent déjà que ça se passerait mal.
Côté vestimentaire, le chardonneret affiche un penchant prononcé pour le costume d’Halloween. Sous le loup mystérieux qui lui barre les yeux, il porte un masque couleur citrouille, tandis que son dos noir à marques blanches évoque un déguisement de squelette.
Comme d’habitude, c’est le mâle qui en fait un peu trop. La femelle est plus discrète.

La chasse des cormorans

La chasse des cormorans

Des dizaines de cormorans qui s’organisent pour chasser ensemble, c’est un spectacle qu’on peut observer sur la Seine, dans ses bras un peu tranquilles.
Naguère en voie de disparition, le cormoran a bien remonté la pente. Il pullule aujourd’hui, ce qui lui fait pas mal de congénères pour organiser une grande battue sur l’eau.
Le cormoran est un oiseau assez particulier. Ses plumes ne sont pas imperméables comme celles des autres oiseaux d’eau, si bien qu’elles ne retiennent pas de bulles d’air et qu’il pique facilement vers le fond. Il se nourrit de poissons qu’il attrape en plongeant. Sa célérité subaquatique ne lui suffit pourtant pas toujours : le cormoran rate souvent son coup.
Quand il nage à la surface, son corps s’enfonce dans l’eau, et seule la tête dépasse à la manière d’un périscope. Sa lourdeur se manifeste aussi au décollage. L’envol parait laborieux, il ne survient qu’après avoir longtemps couru à la surface de l’eau.
Le cormoran a su faire de ses particularités des atouts. Regroupés en bandes, les oiseaux s’élancent à la surface, qu’ils battent de dizaines de claquements de pattes. Les poissons affolés filent exactement vers l’endroit où les cormorans les poussent et les rassemblent, et où ils vont se faire gober tout crus.
Ce manège n’échappe pas aux mouettes qui circulent dans les parages, toujours prêtes à faire un sort aux poissons blessés. Ni aux hérons.
Les échassiers suivent la pêche des cormorans en restant là où ils ont patte, au bord de la berge vers laquelle les cormorans poussent les poissons. Si les proies arrivent en eau peu profonde, les cormorans n’ont plus assez de place pour plonger, mais c’est parfait pour les hérons qui n’ont plus qu’à se servir.
Toutes ces explications m’ont été fournies ce matin par un fin connaisseur de la Seine. Passionné, passionnant, le capitaine Dominique Polny propose des excursions dans son petit bateau aux alentours des Andelys. Ca n’a rien à voir avec les balades fluviales un peu monotones que vous avez peut-être déjà faites. La verve et les connaissances de Dominique Polny en font un moment extraordinaire. On ne voit pas le temps passer.

Moineau

Moineau – J’aime les moineaux, dit Susan. Je sais, ça paraît bête !
Souvent on me dit : « Les moineaux, vraiment ? Ils sont si communs ! »
Qu’ils soient communs, est-ce une raison pour ne pas les aimer ?
Je trouve que c’est plutôt une raison de se réjouir, qu’en plus ils soient si nombreux !

J’ai adoré parcourir le jardin de Monet avec Susan. Au Moyen Âge, on l’aurait brûlée comme sorcière. Elle a presque le physique de l’emploi, de longs cheveux gris et un corps léger comme une plume, mais elle a un regard aimant dans des yeux clairs qu’elle ferme parfois pour mieux écouter. Elle dégage une impression de fragilité : on a envie de la protéger.
Un peu comme un médium, Susan a une intuition hors du commun. Elle communique avec tout ce qui l’entoure, plantes, animaux, humains, esprits.
J’en vois parmi vous qui esquissent un sourire ironique. Balivernes et billevesées ! pensez-vous, peut-être en mots plus crus. Ce n’est pourtant pas tellement extraordinaire de supposer que plantes, animaux, rochers, émettent des ondes, et que ce n’est qu’une question de capteur de savoir les entendre. Quand la télé est éteinte, ressentez-vous tous les programmes qui traversent la pièce ?

Que vous dire ? C’était fascinant d’entendre Susan décrire un Monet tellement juste, tel qu’il n’est décrit nulle part.
Un Monet fusionnel avec la nature, utilisant son art, son oeil, sa main, son pinceau, comme un médium pour nous relier à elle, nous faire découvrir ce que nous ne savons pas voir. Un Monet ultra-sensible aux ondes, celles de la lumière évidemment, mais aussi les autres. Ressentant le magnétisme de son étang, ses « féeries » selon son expression, ses Nymphes.
Un Monet qui ne faisait pas de théorie, mais qui disait, « je voudrais arriver à rendre ce que je ressens ». Un Monet refusant d’enseigner l’art, ou même d’aider les autres à progresser en peinture, parce que l’essentiel n’est pas l’art, mais la nature vivante, l’art n’étant qu’un moyen d’exprimer ce qu’il percevait si profondément, que nous sommes partie d’un tout.
Selon Susan, l’eau du bassin, les arbres, les ateliers, ont gardé la mémoire de Monet. Il est toujours perceptible à Giverny, pour qui sait faire silence et écouter à l’intérieur de soi.

Les pinsons de Giverny

Pinson femelleUne des premières impressions que le visiteur perçoit en entrant dans les jardins de Monet à Giverny, c’est le chant des oiseaux. Les pinsons, très nombreux, n’y sont pas pour rien.
J’ai déjà eu l’occasion de vous présenter les mâles, peu farouches, et très faciles à reconnaître grâce à leur ventre rose et leur cagoule grise.
Voici me semble-t-il une femelle pinson, aux couleurs plus ternes.
Telle que vous la voyez, la pinsonne est prête à passer à table. Elle guette sa prochaine proie.
Voilà déjà plusieurs fois qu’elle s’est envolée pour attraper avec habileté une chenille qui rampait sur cette grande sauge, invisible de tous sauf d’elle.
Quand la pinsonne réussit sa capture, elle n’avale pas immédiatement la larve. Elle se pose d’abord, et paraît réfléchir un instant, tandis que la chenille dépasse de chaque côté de son bec en lui dessinant des moustaches.
Est-ce gracieux ? Est-ce horrible ? Tout à côté des visiteurs qui tournent autour du bassin et ne lui prêtent aucune attention, la pinsonne dessine son propre cercle beaucoup plus court, d’une branche à l’autre de la plante.
A chaque passage, une vie s’achève pour que la sienne se poursuive. A chaque coup de bec, elle soulage la plante, et tue un futur papillon.
Tout cela se passe en silence.
Il y a, sur cette scène du jardin de Monet, dans les branches, les buissons, entre les brins d’herbe, dans les profondeurs de l’étang, une rage des uns et des autres à se nourrir, dont la violence dépasse l’imagination.
Les gueules et les becs se referment dans des claquements imperceptibles, tandis que les pinsons sifflent gaiement. A tue-tête.

Cane et canetons

Cane et canetons à GivernySpectacle craquant ce matin à Giverny : une cane colvert a fait son apparition sur l’étang de Claude Monet, accompagnée de dix petits canetons qui la suivent comme son ombre.
Je ne sais pas où elle a niché, elle a été très discrète, mais certainement dans le jardin d’eau, puisqu’il est environné de grilles, et que les petits ne savent pas encore voler… à moins que toute la famille ne soit arrivée par la rivière !
La cane a été un peu décontenancée par l’excitation que la présence de son adorable progéniture a provoquée autour du bassin. Elle a dû réussir à se cacher, car je n’ai plus revu la famille canard de la journée.
Je lui souhaite de trouver un endroit plus tranquille, et surtout loin de l’appétit vorace du brochet qui hante le bassin de Monet.

Cygne

Cygne au nidQu’est-ce qui peut bien passer dans la tête d’un cygne pour qu’il vienne faire son nid à Giverny sur les bords du Ru, à quelques mètres de la route, sous le regard étonné des touristes ? Les voitures, les autocars et les camions sillonnent la départementale 5 à longueur de journée, les joggers trottinent sur le petit chemin de la berge, mais rien ne paraît pouvoir déranger l’oiseau, imperturbable quand il est en train de couver.
Le ruisseau n’offre qu’une protection symbolique, sans doute illusoire. Mais le cygne a renoncé à se cacher. A moins qu’il neige, pas la peine d’espérer passer inaperçu quand on porte un plumage aussi blanc.
Je crois que le cygne compte sur sa corpulence et ses coups de becs pour tenir en respect les prédateurs. Les véhicules à moteur l’indiffèrent, et les bipèdes sont assimilés à des lanceurs de pain. Aucune raison d’avoir peur !
J’espère que tant d’inconscience n’aura pas de conséquence fâcheuse, et qu’on verra bientôt les petites boules de duvet gris sortir de l’oeuf et se presser autour de leurs parents. En espérant que ceux-ci se montrent vigilants et leur évitent toute rencontre fâcheuse. Au moins, dans le Ru, il ne doit pas y avoir de brochet.

Rouge-gorge

Rouge-gorge à Giverny
Le jardin de Claude Monet tout vide, c’est le moment que préfère le rouge-gorge pour reprendre possession de son territoire.
Il volette à travers les bambous, sous le grand hêtre pourpre, jusqu’à la glycine du pont japonais. Hop ! Vue imprenable sur le grand bassin aux nénuphars !
Être rouge-gorge à Giverny n’est pas de tout repos, avec tous ces bipèdes à longueur de journée, mais l’endroit offre aussi de nombreux avantages.
La terre sans cesse travaillée par d’aimables jardiniers regorge de nourriture, un vrai pays de cocagne !
Pour boire et se baigner, il y a autant d’eau qu’on en veut.
Pas trop de prédateurs : les chats sont bien nourris.
Les taillis ne manquent pas pour nicher.
Et les barrières de bambou qui délimitent les massifs sont autant de perchoirs tendus aux petites pattes.

Pour l’exemple

Froid de canard
Vous voyez ce que je veux dire ?

Merle

MerleLes merles ne sont pas des froussards.
On pourrait le penser, avec la manie qu’ils ont de paniquer dès que vous mettez un pied dans votre jardin. Systématiquement vous êtes salué de leur sonore cri d’alarme. Tous aux abris ! Danger XXL ! s’émeuvent-ils dans leur gloussant langage. C’est un peu vexant, et vous donne une légère mauvaise conscience chaque fois que vous allez cueillir un brin de persil. Vous dérangez.
Malgré ces apparences, disais-je, les merles n’ont pas froid aux yeux, leurs beaux yeux noirs cerclés d’or. Celui-ci était perché dans le jardin de Claude Monet en plein printemps, à deux mètres d’un flot quasi ininterrompu de visiteurs. C’est pas de la pure audace ?
A voir l’air un peu narquois qu’il affiche, on serait tenté de croire que sa témérité a été soigneusement calculée. Le merle s’est posé dans l’allée des clématites, assez loin de l’autre côté de la barrière pour être hors d’atteinte des dangereux prédateurs que nous sommes, comme le canard de Pierre et le Loup au milieu de sa mare.
Tout va bien. Ne perdons pas de temps, passons aux choses sérieuses : chantons.
Mais pour cela, il faut se percher un peu plus haut, sur les arceaux de la grande allée, par exemple. Gorge rebondie, bec grand ouvert, en avant les impros ébouriffantes.
Dans le silence de la saison froide, les vocalises du merle nous manquent.
Reprise des récitals en mars, d’après les annonces dans la presse spécialisée.

Tourterelles

Tourterelles dans les jardins de Monet à GivernyCe matin un couple de tourterelles s’était posé sur les arceaux de la grande allée dans les jardins de Monet à Giverny.
Elles faisaient semblant de se tourner le dos tout en s’observant par-dessus l’épaule.
Vous les verrez mieux en cliquant sur l’image pour l’agrandir.
De petits êtres de plumes qui se détachent devant les grands plumeaux des bambous, deux notes blanches sur une portée elliptique, au milieu de tout ce vert.

Le Bois des Aigles

Le bois des AiglesIl fut un temps où les insultes faisaient volontiers référence aux noms d’oiseaux. Il était peu flatteur de se faire traiter de serin, d’oie blanche, de dinde (ah ! quel outrage !), de buse, ou, plus sophistiqué, de butor de pied plat ridicule.
Il ne fait pas bon non plus avoir une cervelle de moineau ni se faire plumer comme un pigeon.
En revanche pas de quoi vous vexer si l’on vous qualifie de douce colombe, et vous pouvez même bomber le torse si quelqu’un affirme que vous êtes un aigle… Mais on a plutôt tendance à l’employer par dérision, encore ! à la forme négative.
C’était drôle cet après-midi de voir un bon peu de tous ces oiseaux réunis au Bois des Aigles, tout près de Verneuil-sur-Avre, dans le sud de l’Eure. Quarante espèces différentes que l’on peut voir en volières disséminées dans le sous-bois.
Les faucons et leurs yeux perçants, les buses qui peuplent les bords d’autoroute, la chouette de Harry Potter… Les vautours qui n’ont pas de plumes sur la tête pour mieux la plonger dans les charognes et l’en extraire sans encombre. Les cormorans marrants qui préfèrent les gardons aux harengs. Les pigeons blancs des magiciens qui savent faire des loopings dans les airs.
Mais le plus impressionnant, c’est la démonstration de vol de rapaces, quand les oiseaux passent à quelques centimètres au-dessus des spectateurs. Ils ne vous frôlent pas mais on sent le souffle de leur battement d’ailes.
Ils ont alors quelque chose de tellement noble, de si majestueux qu’on se demande comment on a bien pu… Qui le premier a osé se servir de leurs noms… Ah ! si je le tenais l’animal !

Froid de canard

Froid de canardIl a fait un froid très vif aujourd’hui, augmenté par un petit vent glacial et irritant.
Les pas rendaient un bruit sec sur la terre gelée. Derrière chaque motte se cachaient des paillettes de givre inaccessibles aux rayons du soleil.
Dans les ornières les flaques prises en glace s’ornaient de courbes grises et bleues qui dessinaient des géographies inédites.
J’ai essayé d’oublier la bise et d’observer les oiseaux.
Sur le plateau qui domine la vallée de la Seine on a remédié à l’absence de rivière en creusant une multitude de mares qui font le bonheur des canards. Chaque village, presque chaque ferme a la sienne.
Les canards ont la vie dure en ce moment. Pour garder leur petit coin d’eau libre, il doivent rester groupés et agiter sans cesse les pattes, de manière à empêcher la glace de se former. Essayez de dormir dans ces conditions !
Il ne faut pas être frileux pour être canard. Ça vous dirait de barboter dans l’eau glaciale, ou d’aller marcher pattes nues sur l’étang gelé, là où d’habitude vous glissez sur un miroir ?
Aujourd’hui les canards donnaient l’image de la vaillance, braves petites bêtes capables de résister à des températures négatives. Mais l’expression froid de canard ne désigne pas un froid qui ne fait pas peur aux canards, c’est le froid dont souffrent les chasseurs qui les guettent en hiver. Pauvres chasseurs !

Héron

heronLes hérons affectionnent les prés près du confluent de l’Epte et de la Seine, entre Vernon et Giverny. J’en ai compté trois qui arpentaient avec solennité la prairie au milieu des vaches. Ils se souciaient des bovins comme d’une guigne et ceux-ci le leur rendaient bien. Rien de commun entre le régime des hérons, poissons, grenouilles, souris, insectes, et ce qui intéresse une vache, la bonne herbe verte. Le partage des lieux se fait donc sans anicroche. Alors que l’intrusion d’un chevreuil met les bovidés d’ordinaire si placides en émoi, ils piquent des deux pour courser la pauvre bête égarée qui détale sans demander son reste.
Le héron a une élégance naturelle due à sa silhouette fine et sa démarche sophistiquée. L’impression de classe dure tant qu’il n’ouvre pas le bec, car son cri n’a rien d’harmonieux. Pourquoi la nature a-t-elle mis un croassement aussi rauque dans la gorge d’un oiseau aussi racé ? Nul ne saurait être parfait, il faut laisser des charmes au rossignol.

Volière

perroquetSpectacle insolite : des perroquets dans le jardin de Monet ! Ils ont pris pension pour quelques jours dans la volière. Il y en a un rouge et un bleu, leur sortie a créé un attroupement devant la maison.
Bien que la volière de Monet soit située le long du deuxième atelier, à un endroit où le public n’a pas accès, on ne saurait ignorer la présence des deux oiseaux. Ils lancent des cris assez peu harmonieux, il faut bien le dire, qui portent distinctement jusqu’au jardin d’eau, de l’autre côté de la route. Et plus question de s’installer à l’ombre des tilleuls pour parler de la vie de Monet, leur voix couvre très largement la mienne. Une seule solution, attendre qu’ils aient fini de s’exprimer !
Historiquement parlant, en tout cas, ils ajoutent de la véracité au tableau formé par les poules et les dindons dans leurs enclos respectifs. Monet possédait une volière qui a vu passer de nombreux oiseaux destinés à l’amusement des enfants, qui s’efforçaient de les apprivoiser.

Poule d’eau

Poule d'eauAprès les coqs perchés en haut des airs, voici les poules d’eau… Dans le jardin de Monet, il y en a deux, venues d’on ne sait où, qui ont adopté l’étang aux nymphéas. Elles ont un joli succès auprès des porteurs d’appareils photos, avec leur bec orange et leur beau costume noir réhaussé de blanc.
Les poules d’eau ont la faculté de marcher sur les feuilles de nénuphar tant elles sont légères. Les feuilles s’enfoncent un peu dans l’eau, pas plus, comme les blocs de mousse à la piscine.
Et puis les poules d’eau ont un cri agréable, une sorte de gloussement liquide et amusant qui anime parfois la surface si paisible de l’étang.

Nid d’hirondelle

hirondelle sur son nidEn raison de la crise du logement chez les hirondelles, avec la disparition de beaucoup de granges et d’étables où elles étaient les bienvenues, ces dames se voient contraintes de parer au plus pressé, ce qui peut les conduire à faire n’importe quoi.
Saluons la patience des habitants de cet appartement qui ont renoncé à fermer leurs volets pour toute la saison… et plus si affinités. Les hirondelles passent et repassent en un ballet incessant tout le temps qu’il fait jour, de l’aube au crépuscule.
A peine ont-elles fini d’élever leur première couvée qu’elles en mettent une deuxième en route, et c’est reparti pour un tour. Certaines années, elles commettent l’imprudence de se lancer dans une troisième nichée, et là c’est la grosse cata, parce que les parents s’épuisent au lieu de prendre des forces avant la migration, et que les petits ne seront pas assez costauds pour le grand voyage.
Mais on n’en est pas là. Pour l’instant c’est le nourrissage. Les habitants de cet immeuble ont installé des nids artificiels sous les balcons. Cela n’a pas empêché les hirondelles de venir en bâtir d’autres aux fenêtres.
L’avantage est d’avoir un baromètre en permanence sous les yeux pour prédire le temps de la journée, beau si les hirondelles volent haut dans le ciel, pluvieux si elles font du rase-mottes.

Pinson

PinsonPermettez-moi de vous présenter Boubou. Ce petit pinson est la voix des Jardins de Monet, leur fond sonore mélodieux et enthousiaste. Il aime se percher sur les arceaux fleuris de la Grande Allée pour se lancer dans d’ébouriffantes improvisations.
Le dénommé Boubou a vraisemblablement de multiples incarnations, avec des houpettes plus ou moins marquées ou des plumes plus ou moins jaunes. Mais comme il ne se laisse pas approcher d’assez près pour qu’on perçoive ce genre de détails, on feint de croire à son unicité. Bref, Boubou est la mascotte de la caisse des Groupes.
Les jardins de Monet ont une entrée réservée aux groupes de touristes, tout en bas du clos normand. Les moments d’intense fréquentation y alternent avec des minutes de calme plat. Entre deux arrivées massives d’humains, Boubou ne manque jamais de venir sautiller sur les pavés, à la recherche de mies de pain.
Comment reconnaître un Pinson ? Les pinsons ont un gros bec de granivores (tandis que les insectivores ont généralement un bec plus fin). Ils ont un ventre rose qui pourrait les faire confondre avec les bouvreuils, mais ces derniers ont la tête noire. Le pinson, lui, préfère enfiler une cagoule grise. Ses ailes sont ornées de plumes blanches, noires et jaunes. Ce sont ces couleurs que l’on retrouve chez la femelle. Madame n’aime pas le rose, allez savoir pourquoi.

Les oisillons tombés du nid

Jeune mésangeC’est à croire que leurs parents ne leur ont pas appris à se méfier des inconnus : les jeunes oiseaux font preuve d’une merveilleuse innocence. Ils restent quelquefois de longues minutes posés dans l’herbe à la merci de tous les prédateurs, et se laissent photographier sans fausse modestie.
Cette petite mésange avait l’air de reprendre son souffle après un gros effort ou une forte émotion. Etait-ce son premier vol ? Son bec était encore tout teinté de jaune. Un oisillon qui découvrait le vaste monde, sans doute, un vrai béjaune à l’oeil rond.
Comme les humains doivent apprendre à marcher, les oiseaux ont besoin d’entrainement avant de savoir bien voler. Les débutants se reconnaissent au premier coup d’oeil à leur façon désordonnée et trop rapide d’agiter les ailes. Ils ont le côté affolé des apprentis nageurs qui s’élancent pour la première fois sans bouée.
On les voit passer par fratries de plusieurs mâles et femelles, battant l’air d’une manière frénétique. Cela ne dure pas très longtemps. Au bout de quelques heures de vol, ils sont devenus de vrais pros.
(J’ai emprunté le nom d’un groupe bordelais pour titrer ce post. Si vous ne connaissez pas, vous les trouverez ici, et peut-être que vous apprécierez leur humour au troisième degré.)

Le rouge-gorge

Rouge-gorge Le temps s’est soudainement mis au beau ce week-end, comme pour se faire pardonner une semaine pluvieuse. Récompense de toute cette pluie, le jour se lève dans une lumière enchanteresse de premier matin du monde, réveillant tous les oiseaux.
C’est un de ces temps où ce qui est habituellement une corvée – laver la voiture, faire les carreaux, tailler la haie, arracher les mauvaises herbes – revêt soudain un attrait irrésistible, doublé d’un caractère d’urgence.
Le thermomètre est monté à 22° cet après-midi ; le soleil appelait tout le monde dehors, et même les plus accros des ados ont délaissé un instant leurs consoles de jeux. Entre Vernon et Giverny, la voie verte ressemblait à une allée de Central Park, parcourue de joggers, de rollers et de vélos à roulettes.
Au jardin, il faisait bon s’activer en bras de chemise, en se persuadant qu’on bronzait. J’ai abattu un peu de besogne. Un peu seulement, car je n’étais pas la seule à avoir mis le nez dehors : oh ! une coccinelle ! Oh ! les premiers bourgeons de roses !
Le sécateur troqué contre l’appareil photo, j’ai guetté tous les signes de retour à la vie, les gendarmes rouges et noirs qui se chauffaient au soleil, les bourdons dans les jonquilles… Une araignée en train d’emballer un cloporte m’a même tentée de me lancer dans le reportage animalier gore. Résultat peu convaincant, je vous l’épargne !
De retour à pied d’oeuvre, j’ai eu la visite du rouge-gorge. Il paraît que c’est toujours le même. C’est un oiseau qui s’attache à un territoire, chaque jardin a le sien.
Le rouge-gorge est le moins farouche des oiseaux. Quand la gourmandise lui fait perdre toute retenue, il s’approche si près qu’on pourrait presque le toucher.
Il m’attendrit, avec ses manières d’aristocrate. J’aime croiser son regard, quand il penche un peu la tête et me fixe de son petit oeil noir. « Qu’attends-tu pour te mettre au travail ? » semble-t-il dire. « Gratte un peu le sol, et trouve moi de bonnes petites choses à manger ! »
Je ne veux pas décevoir le vrai propriétaire du jardin : je m’exécute, et pendant que je retourne la terre, mes pensées vagabondent. Ami lecteur, ne serais-tu pas un peu le rouge-gorge de ce blog ? Je gratte de droite et de gauche, je farfouille, pour que tu picores deci-delà ce qui te plaît. Ce jardin est le tien.

Des peupliers peuplés de pies

Pie dans un peuplier à GivernyPie niche haut, oie niche bas : la pie a la folie des hauteurs. Elle adore faire son nid où nul ne viendra la chercher, à une dizaine de mètres du sol. Pour nous les humains, cela reviendrait à n’accepter de loger qu’au dernier étage des plus hautes tours, ce qui provoquerait certainement une insoluble crise du logement. Heureusement pour la pie, les peupliers, l’équivalent pour elle des gratte-ciel, abondent en Normandie, surtout dans le fond des vallées. Et personne ne lui dispute son perchoir préféré, tout près de la cime, dans le grand balancement du vent.
Pas besoin d’être calé en botanique pour reconnaître un peuplier, cette grande bringue d’arbre qui met trois têtes à tous les autres. La pie est tout aussi facile à identifier, avec son élégant costume noir et blanc, qui évoque celui des chefs d’orchestre…
L’arbre et l’oiseau n’allant pas l’un sans l’autre, il n’y a pas besoin de chercher longtemps, à Giverny, pour voir des pies. Pas farouches, elles s’approchent volontiers des habitations.
La pie chante, prétend une marque de bonbons. C’est être bien complaisant pour son cri sec comme un claquement, guère plus mélodieux que le croassement d’un corbeau. En fait de chant, on dit plutôt que la pie bavarde, jacasse, jase et même agasse, oui, avec deux s à la place du c.
Peupliers et pies ont tous deux inspiré Claude Monet. S’il n’a peint l’oiseau qu’une seule fois, dans le tableau célèbre du musée d’Orsay, il a exploité longuement le thème des Peupliers, qui s’alignent sur ses toiles en séries à la composition géométrique.

Cher lecteur, ces textes et ces photos ne sont pas libres de droits.
Merci de respecter mon travail en ne les copiant pas sans mon accord.
Ariane.

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