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Un Monet à 81 millions de dollars

Et même un peu plus : 81,447 millions de dollars, soit 75, 8 millions d'euros. C'est un nouveau record pour le peintre de Giverny, juste au-dessus du précédent. "Bassin aux Nymphéas" avait trouvé preneur à 80,4 millions de dollars en 2008 à Londres.

Claude Monet, Meule, 1891 Collection particulière

Le tableau de Monet le plus cher du monde, c'est celui-ci. Baptisé sobrement "Meule" il mesure

73 x 92 cm. Monet l'a exécuté en 1891, comme on peut le lire après la signature en bas à gauche. 

C'est la maison Christie's de New-York qui vient de réussir ce joli coup. Mais ce qu'on sait moins, c'est que ce tableau a été vendu aux enchères en Normandie dans la petite salle des ventes de Bayeux le 4 juin 1990, sous le marteau de maître Bailleul, qui y officie toujours avec la même fougue. Ses ventes sont un incroyable spectacle souvent très drôle, on passe un bon moment. Il est capable de placer les objets les plus improbables.

Maître Bailleul n'exerçait que depuis cinq ans à cette époque. Pour l'occasion, un article était paru dans la presse internationale :

 

Annonce pour la vente aux enchères de la Meule de Monet à Bayeux en 1990

Le tableau s'intitulait alors Impressions roses et bleues : Meule, en anglais Impressions in pink and blue : Haystack, sans qu'on puisse savoir quelle formulation est la traduction de l'autre. On retrouve ce titre français à l'occasion d'une exposition à Lausanne en 1993. De nos jours Christie's n'emploie plus que le titre correct qui figure au catalogue raisonné, Grainstack. Il s'agit en effet d'une meule de blé, (ou peut-être d'une autre céréale ?) sûrement pas de foin. 

Le tableau, précise l'annonce, faisait partie d'une collection privée normande depuis 1948, après avoir appartenu à Potter Palmer de Chicago et au marchand d'art Durand-Ruel. Très proche de la Meule du musée de Boston, il a été adjugé 28 millions de francs à Bayeux. Maître Bailleul s'en souvient encore.

Des francs, oui. Cela représenterait 4,2 millions d'euros. La même année, en décembre, le tableau passe en vente à Londres, chez Christie's déjà. Et part dans une collection privée suisse.  Puis réapparaît chez Sotheby's à New-York en 1999. Et finit par être acquis par le vendeur actuel, qui l'aura donc conservé une quinzaine d'années. 

Le somptueux livret (en anglais) édité par Christie's pour cette vente historique donne une foule de détails sur le tableau, la série des Meules, leur importance dans l'histoire de l'art, etc. Il s'appuie en particulier sur le catalogue raisonné de Monet.

Ou plutôt les deux éditions successives du catalogue raisonné établi sous l'égide de Daniel Wildenstein. La version la plus récente, publiée par Taschen en 1996, est la plus intéressante quand il s'agit des tableaux, avec des illustrations presque toujours en couleurs. La première édition des années 1974-85 vaut surtout pour la correspondance de Monet. Ses lettres n'ont malheureusement pas été reprises dans l'édition ultérieure.

A propos de notre Meule, la notice de l'édition Taschen porte une mention qui m'a intriguée :"La signature est invisible sur notre reproduction, car le cliché Durand-Ruel est coupé et peu lisible". Wildenstein s'excuse, mais pourquoi ? En effet l'image proposée est entière et en couleurs. La meule w1290 occupe toute une page. Et on y lit parfaitement la signature.

Pour avoir le fin mot de cette histoire, je suis allée chercher le tableau dans le catalogue raisonné de 1979.  En effet, le cliché y est noir et blanc et tronqué. La notice, très brève, ne s'excuse pas. En révisant le catalogue par la suite, il a été décidé de rajouter ce mot d'explication. Et puis on a trouvé une bonne photo qui a avantageusement pris la place de l'ancienne, et on a oublié de supprimer la mention devenue inutile. 

Les deux versions du catalogue raisonné sont épuisées, mais on en trouve encore de seconde main. Mon exemplaire ancien du catalogue, que j'ai acheté d'occasion, provient d'un marchand d'art. En ouvrant à la page de notre meule, j'ai eu la surprise d'y découvrir l'article de journal soigneusement découpé qui annonçait la vente de Bayeux. Je ne savais pas que j'avais un livre truffé

Pour finir, il y avait deux autres Monet dans cette vente, La Vague et Les bords de Seine près d'Argenteuil. Ils sont partis pour des valeurs plus modestes, respectivement 3,5 et 3,6 millions de dollars. 


2 commentaires

  1. Tania dit :

    Ton billet est fort intéressant, pas pour les sommes colossales, mais pour tout le reste : l'histoire de cette toile, des ventes, des catalogues, du titre etc.

    • ariane dit :

      Ah merci, Tania. C’est aussi ce qui m’intéressait ici, parce que les sommes, on les a entendues partout. Ces records me captivent si peu que je n’arrive jamais à mémoriser les montants. Mais ces grandes oeuvres paraissent dotées d’une vie qui leur est propre, pleine de rebondissements, et ces aléas sont passionnants. Mon sentiment est qu’elles captent beaucoup d’énergie, ce qui leur insuffle cette vie. Il suffit de se tenir devant un beau Monet et d’être attentif pour ressentir sa nature vibratoire. Devenu un bien marchand, le tableau est soumis à la convoitise, à l’énergie monétaire elle-même, ce qui le charge encore plus. Et tout devient possible, l’extase, mais aussi la lacération, le vol ou le crime. Pour en revenir à des choses plus douces, découvrir la coupure de journal m’a fait l’effet d’un clin d’oeil, un petit cadeau personnalisé pour me remercier de mon intérêt. Bayeux est une ville que je connais bien. Le billet est une façon de dire merci poour le cadeau. 

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