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Je peux m’asseoir sur votre banc ?

Banc public ancien place Saint-Taurin à EvreuxLes bancs des espaces publics sont des lieux de convivialité singuliers. La conversation s’y engage avec plus de facilité qu’ailleurs. On dirait que le fait de partager le même siège crée un début de lien, un prétexte.
C’est le lieu des contacts éphémères promis à une absence de lendemains. Le lieu des premières impressions. De rencontres qu’on trouve parfois trop brèves, mais qui laissent le souvenir de quelque chose, un humour, une présence humaine, des encouragements…
Hier j’étais tranquillement en train d’attendre des clients qui avaient du retard quand un monsieur et une dame sont venus s’asseoir près de moi.
« Nous sommes la Sainte Trinité », déclare solennellement le monsieur en anglais. Je le regarde avec des yeux ronds, et je vois que les siens rient. Je rentre dans son jeu.
– Ah bon, et qui de nous trois est Dieu ?
– On m’a appris à l’école que Dieu est un vieux barbu, ça ne peut être que moi, poursuit-il toujours imperturbable.
– Tu n’as pas beaucoup de barbe, remarque son épouse.
– Monet aurait fait un très bon Dieu d’après votre description.
Etc, etc, jusqu’à ce qu’ils se lèvent quelques minutes plus tard. Je viens de dire, je ne sais plus pourquoi, que nul n’est parfait.
– Nul n’est parfait sauf ? interroge l’Anglais.
– Sauf vous, naturellement, puisque vous êtes Dieu.
Il s’en va très satisfait.

Un autre jour, je suis assise près d’une dame qui déguste un petit suisse. Des jeunes arrivent peu à peu.
– Qui veut goûter ? leur demande-t-elle en allemand. Elle leur explique l’histoire de l’invention du petit suisse, comment on les fait, le goût que cela a.
J’écoute avec attention son excellente diction allemande, me demandant de quelle nationalité elle est pour avoir une telle connaissance des petits suisses et une telle désinvolture dans la façon de les consommer, dans leur pot et sans sucre.
Tout à coup elle s’adresse à moi, avec un accent français de Française qui me confond. J’apprends qu’elle est le professeur de ces jeunes en voyage scolaire, arrivés dans la région depuis la veille. Ils viennent de la ville où j’ai séjourné quand j’étais étudiante.
Le fait lui paraît assez marquant pour en informer ses élèves.
– Approchez ! que je vous raconte une histoire ! Vous voyez cette dame, ici, est-ce que nous nous connaissions avant ?
Je confirme que non.
– Nous avons engagé la conversation, et en parlant, voilà qu’elle me dit qu’elle a vécu à V.
Elle les laisse s’étonner de ce que le monde est petit. Son message est plutôt un encouragement à oser parler aux gens assis à côté de vous sur les bancs. Et pour moi, un message d’encouragement à me remettre à l’allemand. Dans la langue de Goethe, encouragement se dit Ermunterung. Je le savais, mais il a fallu qu’elle me le souffle.


2 commentaires

  1. Mary dit :

    Le monde est effectivement petit mais la richesse de ces conversations est grande et passionnante.
    Merci de bien vouloir nous en livrer quelques bribes.
    J’espère que le soleil sera présent pour les visiteurs du week-end et pour agrémenter votre travail, Ariane.
    Bonne soirée et merci pour tout

  2. Sophie dit :

    C’est aussi un grand plaisir pour moi d’engager des "conversations éphémères", comme tu les décris si bien. Parfois un simple sourire suffit à amener les premiers mots. Souvent j’offre mon écoute, mon sourire, et j’aime ça! Tout récemment, un monsieur du quartier, plus tout jeune, un peu cabossé, m’a raconté sa vie de pétanqueur. Depuis, quand on se croise, on se salut!…

    Merci Ariane pour toutes ces notes, si riches et si touchantes!

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