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Silex taillé

Silex tailléJe viens d’apprendre comment on fait pour tailler un silex. La technique n’a pas changé depuis l’âge de pierre.
C’est Monsieur Laroche qui m’a expliqué le procédé : on prend un rognon de silex, on lui retire une calotte de chaque côté, on le pose verticalement, et on le frappe violemment avec un percuteur pour en détacher des lamelles. Des lamelles conchoïdales, précise-t-il, c’est-à-dire en forme de coquillage. L’opération est facilitée si on chauffe ou si on gèle la pierre.
Ensuite, on choisit parmi ces lamelles celles qui ont la forme la plus intéressante, et on en affine le tranchant en appuyant doucement sur le bord avec un autre silex, un coup d’un côté, un coup de l’autre. Cette dernière opération, contrairement à la précédente, ne demande pas de force physique, mais il faut se méfier des éclats qui peuvent vous sauter dans les yeux.
Le couteau ainsi obtenu est aussi tranchant qu’un tesson de bouteille, attention aux doigts !
– Je comprends pourquoi les hommes sont venus s’installer ici, le silex est d’excellente qualité !
L’eau et le gibier étaient certes importants pour les hommes du paléolithique, mais on en trouvait aussi ailleurs. Tandis que le silex était un matériau précieux pour la survie – des flèches pour la chasse, des couteaux pour trancher la viande, des étincelles pour le feu – et moins répandu.
Ce n’est pas tous les jours que l’on croise quelqu’un qui maîtrise la technique de la pierre taillée. Monsieur Laroche est un Français installé en Australie, qui l’a apprise des aborigènes. Il organise des stages de survie dans le bush, où il enseigne comment se débrouiller avec ce que l’on trouve dans la nature.
Ce ne sont pas que des trucs, des savoir-faire. J’imagine qu’on doit revenir transformé de cette expérience, avec une autre vision de sa place dans le monde.
Ce qui me fait supposer cela, c’est son respect, profond, intense, pour les hommes et pour la nature. C’est son bouillonnement face à nos comportements d’Occidentaux. C’est, par exemple, ce qu’il dit à propos des silex.
J’ai déjà parlé de la pierre de Vernon, un beau calcaire tendre dont les bancs sont parfois traversés de rangées de silex, une sorte de sous-produit d’extraction. Le silex est une pierre tellement dure qu’on ne peut pas la tailler. On l’utilise en construction sous forme de moellons obtenus par éclatement, ce qui permet de jouer de son aspect lisse et de sa couleur grise.
A Vernon, on croule sous le silex, il suffit de se baisser pour en ramasser. Autant dire qu’on n’en fait aucun cas.
Monsieur Laroche ne partage pas cette dédaigneuse indifférence. Il utilise un seul rognon de silex pour sa démonstration, parce qu’il ne veut pas gaspiller. « Ils sont trop beaux ! »
Je n’ai pas compris cette parcimonie tout de suite. C’était un peu comme d’être à la plage, de fabriquer du verre avec le sable, et qu’on vous dise doucement ! il ne faut pas gâcher le sable. Et puis j’ai fini par saisir.
L’impression d’abondance est trompeuse. Le silex est un matériau issu de transformations à l’échelle géologique. Il se trouve en quantité finie, comme le pétrole. Il a été par le passé aussi précieux pour l’homme que l’or noir l’est aujourd’hui pour nous. Qu’en feront les générations futures ? Nous l’ignorons, en tout cas ce n’est pas une ressource renouvelable. Le respect pour ceux qui viendront après nous, c’est d’économiser les dons de la nature en ne prélevant que ce dont nous avons besoin.
Une leçon essentielle pour nous autres Occidentaux, encore plus importante que l’art de tailler les silex. Merci Monsieur Laroche.


2 commentaires

  1. Laroche Roland Michel dit :

    Chere Ariane,
    Puisque d’aucuns nous affirment qu’ au debut du monde c’est le verbe qui existait, certains d’entre nous se raccrochent au fol espoir que la vie a un sens et qu’il n’y aurait pas de coincidences qui ne soient voulues par le cours des etoiles.
    En enfantant l’emotion d’une moment que l’ont croyait evanoui, vos belles paroles semees au vent ont finalement germees aux antipodes pour reveiller la memoire de nos coeurs.

    Ariane, vos mots si beaux comme autant de fils ont suivit leurs cours comme il en est des astres; les melopees aborigenes soufflent que chacun de nous est une etoile qui suit sa course, et que, comme on dance, nos pas, pour ceux a la meme cadence, vont,viennet et retournent . 2010
    Michel & Sandra Laroche

  2. Ariane dit :

    Quelle joie de vous lire ! Vous n’avez pas perdu votre façon de penser cosmique, et l’on dirait qu’il y a là-haut une concordance mystérieuse avec la poésie, qui a fait trouver à Hubert Reeves de belles formules comme « patience dans l’azur » ou « poussière d’étoile ».
    Le Verbe, ou le désir que les choses existent. Pour ma part, je n’ai pas de doute sur le fait que la vie ait un sens, ou du moins un but, aller vers plus de conscience et plus d’amour. Chacun chemine à sa manière, sur des pentes plus ou moins escarpées, en longeant et croisant les chemins des autres. Y a-t-il du sens au hasard ? Je ne sais pas. Mais il y a des carrefours où l’on se serait bien arrêtés un peu plus longtemps.

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Ariane.

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