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Balsamine

BalsamineLa tête à l’ombre et les pieds dans l’eau, voilà la définition du bonheur quand on est une balsamine.
Chez Monet à Giverny, celle-ci frise les trois mètres, installée comme elle est quasi dans le ruisseau. Cette fleur de la famille des impatiences n’est pas indigène en France, elle vient de l’Himalaya, mais elle se plaît dans un climat beaucoup moins rude que son pays d’origine.
Face à des terres aussi hospitalières, la voici qui prospère et se ressème à tout va, provoquant quelque émoi parmi les fleurs locales qui ne savent comment résister à cette géante haute comme l’Everest.
Pour partir à la conquête de l’Ouest, la balsamine dispose d’une formidable arme de tir : au lieu de laisser bêtement ses graines tomber au pied de la plante mère, la balsamine est capable de les projeter à distance. Les semences minuscules sont catapultées au loin, ce qui leur donne toutes les chances de coloniser de grandes surfaces en peu de temps, surtout si l’eau courante des ruisseaux s’en mêle.
Tous les enfants qui ont grandi à la campagne ont joué à faire éclater les graines de balsamine en appuyant légèrement sur la capsule. Pour que ça marche, il faut que la graine soit mûre à point, on ne fait que hâter le processus naturel.
Les biologistes se sont penchés sur cet instant où le ressort se détend. Le mouvement ultra-rapide est dû à « une fragilisation des sutures intercarpellaires et une turgescence dissymétrique des cellules de la paroi. » Si je comprends bien, les coutures entre les morceaux de la capsule deviennent moins solides, et certaines cellules se gonflent tout à coup, ce qui fait tout craquer. Mais je me demande, dans le mot intercarpellaires, de quel(le)s carpes il s’agit, étant entendu que ce ne sont pas celles qui viennent bâiller silencieusement à la surface de l’étang de Monet.
La poésie du discours scientifique me fascine, cet usage très particulier qu’on y fait des mots. Chaque chose porte un nom précis, chaque nom désigne une chose précise. C’est univoque, bijectif. Cela me rappelle les schémas de biologie, avec les étiquettes pour décrire les différentes parties observées : les pétales, les sépales, les étamines. Comme les morceaux de viande épinglés de leur nom chez le boucher.
Ce serait si rassurant que ce soit ça, la vie, quelque chose de facile à nommer, à cerner. Alors que notre quotidien est fait de rapports humains, qui sont autrement plus difficiles à définir.


4 commentaires

  1. Hélène Glehen dit :

    Bonjour Ariane,
    Cela faisait un petit moment que je n’étais pas venue vous visiter…. Oui, la Balsamine est une belle plante, mais c’est une peste végétale : elle fait partie des plantes "invasives" tout comme l’herbe de la Pampa ou la renouée du Japon.
    J’ai pu le constater dans les Pyrénées, notamment en Ariège ou c’est un véritable fléau.
    Votre blog sur Giverny est toujours aussi intéressant. Comme je vous envie de le cotoyer si souvent….
    Bonne journée

  2. Ariane dit :

    Renouée, ça sonne comme rouée, on sent qu’elle est plus d’un tour dans son sac. Mais balsamine, on lui donnerait le bon dieu sans confession sur sa bonne mine !

  3. Cath dit :

    La voilà, c’est elle que je recherche pour agrémenter un coin du jardin qui l’attend depuis… longtemps… invasive certes, mais si belle que c’est une invasion bien douce 🙂

    Merci par avance Ariane si vous savez où je peux en trouver les graines !

    Bons voeux !!!

  4. Ariane dit :

    L’appel est lancé, si quelqu’un en a des graines et veut bien vous en envoyer, je ferai la messagère.

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