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Aura

Claude Monet, Nymphéas rouges, (détail) vers 1914-1917, huile sur toile 180cm x 146cm, Fine Arts Museum of San FranciscoClaude Monet, Nymphéas rouges, (détail) vers 1914-1917, huile sur toile 180cm x 146cm, Fine Arts Museum of San Francisco

Fin de l’expo Monet à Paris, expo de tous les records, la plus visitée depuis 40 ans, record absolu de fréquentation en quatre mois : 913.064 visiteurs, annonce-t-on.
Ce week-end, vous le savez, les galeries du Grand Palais ne fermaient même plus la nuit, pour accueillir tous ceux qui ont fini par se décider sur le tard.
En effet, il y a de quoi avoir des réticences, des résistances même, à passer sous les fourches caudines de ces méga expos, attente interminable, foule à l’intérieur. Mais c’est inévitable, l’un ne peut aller sans l’autre. Si l’on veut rassembler un grand nombre de toiles de maîtres appréciés du public, comme cela a été le cas au Grand Palais avec 175 tableaux de Monet, soit 9% de la production du peintre, le coût de l’exposition impose la fréquentation excessive.
Je n’aime pas trop le Grand Palais, je préfère l’ambiance intimiste du musée Marmottan, par exemple, ou du musée des Impressionnismes de Giverny. Mais j’ai adoré voir et revoir tous ces merveilleux Monet réunis à Paris, certains appréciés ailleurs déjà, d’autres découverts pour la première fois en vrai.
Ils avaient l’air de se retrouver comme de vieux amis, des cousins réunis à l’occasion d’une grande fête de famille, avec cet air de ressemblance qui caractérise les oeuvres sérielles ou itératives de Claude Monet.
Ils dialoguaient sur les murs. Le tondo de Vernon avait retrouvé le tondo de Saint-Etienne, pareils à une paire de lunettes dans leur coin de salle.
Terrasse à Sainte-Adresse, superbement éclairé, éclatait de tous ses verts canard et rouges vermillon.
Camille tourbillonnait dans le contre-jour comme une apparition, déployait de toile en toile ses robes somptueuses, avançait au milieu des fleurs.
Le soleil montait et descendait dans le ciel, offrant toutes les lumières de la côte normande.
On se laissait porter par le flux de cette carrière picturale hors du commun, la fraîcheur des premières notations d’effets dans la forêt de Fontainebleau, la quête obstinée de la variation au mitan de la vie, jusqu’aux rêveries monumentales des Nymphéas.
A l’heure où toutes ces oeuvres sont accessibles à volonté sur internet, reproduites à l’envi dans les livres et sur tous les supports, qu’est-ce qui pousse les visiteurs à braver le froid de l’hiver pour venir les voir en vrai ?
C’est qu’ils savent que le jeu en vaut la chandelle. Qu’ils vont aimer les tableaux, ceux qu’ils connaissent bien et ceux qu’ils verront pour la première fois. Et que, même si c’est merveilleux de vivre à une époque où la reproduction en couleurs est diffusée librement, rien ne remplace le face à face avec l’oeuvre. La proximité, le détail, la vision du geste du peintre, et puis la distance, la vue d’ensemble de l’oeuvre dans son format, mesuré ou immense.
Philippe Dagen, dans Le Monde, parle de « pure volupté visuelle ».
Les oeuvres rayonnent de toute leur matière, elles vibrent d’ondes de couleurs.
Elles ont une présence. Une aura.


2 commentaires

  1. 5 heures d’attente à partir de la grille, pour les "sans billet" ce 23 janvier à minuit et demie. Oui, j’étais de ceux qui s’étaient réveillés tardivement, mais j’avais mon billet, donc 20 petites minutes d’attente quand même. D’accord avec tout ce vous dites de cette expo, spécialement : "Ils avaient l’air de se retrouver comme de vieux amis, des cousins réunis… / Terrasse à Sainte-Adresse, superbement éclairé… / la fraîcheur des premières notations d’effets dans la forêt de Fontainebleau…". J’ai beaucoup apprécié l’accrochage. Les 2 Ponts japonais, celui de la National Gallery et celui d’Orsay, presque identiques, où l’on voit la lumière qui se déplace, "comme en vrai", j’ai été "scotché" par l’ampleur de La Femme à la robe verte, ébloui par le soleil de la Maison du pêcheur à Varengeville, compatissant pour Mme Gaudibert, corsetée dans sa gigantesque robe, étonné de la puissance des couleurs du Jardin Moreno à Bordighera, ému par la douce violence des Eglises de Varengeville…
    Tout de même, question intimité avec les œuvres, j’ai préféré, de loin, l’expo "Venise" à Bâle.
    De toutes façons, à Bâle ou au Grand Palais, oui "Les oeuvres rayonnent de toute leur matière…"
    Merci, Ariane, de vos passionnants et instructifs billets

    Jean-Loup

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Cher lecteur, ces textes et ces photos ne sont pas libres de droits.
Merci de respecter mon travail en ne les copiant pas sans mon accord.
Ariane.

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