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Rides de sable

Omaha Beach La magnifique plage de Saint-Laurent-sur-Mer, dans le Calvados, s’étire sous le soleil automnal : pas un être humain à l’horizon. Qui pourrait se douter des combats terribles qui s’y déroulèrent le 6 juin 1944 ? Pour les autorités militaires, ce n’était pas Saint-Laurent-sur-Mer, mais Omaha Beach.
On tourne le dos aux monuments à même la plage qui commémorent la glorieuse tragédie. On avance sur l’estran, où la marée basse a découvert une zone de sable plus ferme, où la marche est plus facile. Dans le grand silence où la mer bat son rythme, on tend l’oreille au tumulte d’alors, quand la plage était noire de soldats américains.

Tout le littoral du Calvados vit dans cette dialectique du souvenir. Les plages du Débarquement sont si paisibles aujourd’hui, mais partout la mémoire est sollicitée. Ou plutôt, pas exactement la mémoire, puisque la plupart des visiteurs n’ont pas le souvenir de ces moments. Mais les monuments multiples, les blockhaus, les chars partout visibles, les musées suggèrent sans relâche de tourner son regard vers le passé.
Comment vivre au présent dans des lieux chargés d’Histoire ? On ressent, dans ces lieux où tant de jeunes sont tombés, une pointe de culpabilité d’être en vie, d’être né plus tard dans un pays en paix. Qu’ont-il pensé, éprouvé sur cette même plage, sous le feu ennemi ? Avaient-ils une conscience aiguë ou émoussée de leur environnement ? Sentaient-ils sous leurs genoux ces mêmes rides de sable ?
Depuis le jour J, la mer est venue laver cinquante mille fois la plage, cet entre-deux qui n’est ni le sec ni l’eau, où le sang a coulé. Elle passe et repasse et façonne sans fin ses sculptures au ras du sol, effacées à la marée suivante.

Voilà longtemps que les scientifiques se passionnent pour les rides de sable. Les physiciens s’interrogeaient déjà sur les lois qui régissent leur formation au 19e siècle. S’il n’est sans doute pas le premier, Siau planche sur la question dès 1841, bientôt suivi par une foule de chercheurs.
C’est un beau sujet, où entrent en jeu des paramètres tels que la vitesse du courant, la granulométrie du sable, et des données dont la nature m’échappe, stabilité hydrostatique du fluide, profondeur de frottement… Certains rapports d’études anciens, abscons pour le profane, ne manquent pas de poésie. On y retrouve l’ambiance des leçons de choses, ce regard sérieux posé sur la nature dans l’intention de la déchiffrer.

Ailleurs, parfois, certaines des rides de sable qui se sont formées au cours des temps géologiques ont été miraculeusement préservées. Fossilisées, elles révèlent une foule d’informations sur les plages d’alors, le sens du courant, la force de la houle… Parfois on peut même découvrir des empreintes d’animaux depuis longtemps éteints, qui gambadaient allègrement au ras des flots.

Rien de semblable ne s’est produit à Saint-Laurent-sur-Mer en 44. Le sable a enseveli toute trace des valeureux GIs.
J’ai bien regardé.


Un commentaire

  1. Tania dit :

    Sur les rides de sable, je ne vois rien à ajouter sinon que toutes les rides ont une histoire (mais pas forcément du charme 😉
    Sur la guerre, celle-là et d’autres, "L’art français de la guerre" d’Alexis Jenni fait couler l’encre de l’histoire et de la fiction en une empreinte inoubliable.

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