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Topinambour

Fleurs de topinambours, Claude Monet 1880, huile sur toile 100 x 73 cm, National Gallery of Art, Washington, D.C. Etats-Unis.Fleurs de topinambours, Claude Monet 1880, huile sur toile 100 x 73 cm, National Gallery of Art, Washington, D.C. États-Unis.

A la fin de l'année 1880, le paysagiste Claude Monet habite Vétheuil quand il peint plusieurs natures mortes et bouquets de fleurs d'automne : peut-être est-ce l'effet du mauvais temps qui l'oblige à rester à l'intérieur, ou peut-être le désir de se diversifier en proposant autre chose que des paysages, dans l'espoir de réaliser de meilleures ventes. Les temps sont difficiles.
Entre deux averses, Monet va faire un tour dans son jardin de Vétheuil et cueille de pleines brassées des grandes fleurs que celui-ci lui offre en septembre-octobre. Il peint des dahlias, des mauves, des asters, des chrysanthèmes. Et des topinambours.
C'est du moins le nom que porte cette toile, Fleurs de topinambours.
Qui l'a baptisée ainsi, Monet ou un marchand ? Sans aucun doute ce sont des hélianthes, un genre qui regroupe des dizaines d'espèces, mais s'agit-il vraiment de topinambours, alias helianthus tuberosus, les hélianthes cultivées pour leurs tubercules ? Si c'est le cas, alors les topinambours étaient beaucoup plus florifères qu'aujourd'hui.
Je sens que la question vous laisse de marbre. Elle m'importe, car je vous parle d'expérience. Séduite par ce tableau, je me suis mis en tête de cultiver des topinambours l'an dernier dans un coin de mon jardin.
Le topinambour revient timidement sur le devant de la scène culinaire. Soixante-dix ans après la guerre, il a toujours une réputation sulfureuse qui lui colle à la peau, en compagnie de son âme damnée le rutabaga.
Si vous en avez goûté récemment, vous savez que c'est délicieux, un goût qui fait plus que rappeler l'artichaut, qui est exactement semblable au fond d'artichaut le plus délicat. Évidemment, il faut aimer. Et surtout consommer avec modération.
On se lasse vite de certains légumes, c'est peut-être ce qui a causé tant de tort au malheureux topinambour. Non rationné pendant l'Occupation, il revenait trop souvent au menu. En trop grande quantité.
Bien décidée à faire fi de ces préjugés d'un autre âge, au printemps j'ai mis en terre six pieds de topinambours.
J'ai vu les tiges poindre, s'étoffer, grandir, se hisser, se hausser, se hâter de s'élever à n'en plus finir. Quatre mètres, quatre mètres cinquante. Une prouesse technique, un exploit, un numéro de cirque qui méritait des applaudissements, qui faisait s'arrêter les passants. Mais de fleurs, point.
L'automne vint, et tout en haut d'une tige interminable, une corolle timide s'ouvrit. Je retenais mon souffle, espérant toujours un bouquet de soleils en plein ciel.
Il n'y eut pas d'autre fleur. Les feuilles fanèrent et noircirent. Sous les tiges desséchées, un coup de bêche révéla d'étonnants tubercules en forme de fleurs, à la peau rose et ridée.
Les six pieds ont donné des kilos et des kilos de topinambours. C'est donc pour cela qu'on en mange toujours trop ! J'en ai distribué à tout le monde, y compris au livreur de machine à laver. Mais pas deux fois, il ne faut pas abuser des bonnes choses quand il y a du météorisme dans l'air.
Cette année, si les topinambours veulent bien éviter de repousser spontanément, je planterai des hélianthes.


5 commentaires

  1. Yann dit :

    Bonjour Ariane,

    Je vois que nous partageons la même expérience, je viens de récolter mes Topinambours pour la seconde année, un bon saladier, provenant de plants non retrouvés lors de la première récolte…

    J’ai replanté plus loin dans mon jardin quelques plants, histoire d’avoir toujours quelque chose à manger en mars si un jour je suis dans le besoin.

    Plus sérieusement, comme toi, j’espérais avoir des fleurs pour prendre des photos, j’étais prêt à monter sur un escabeau, mais au bout de deux ans je n’espère plus. Cette variété potagère ne fleurit pas !

    Cela peut faire une belle haie temporaire pour ceux qui veulent être tranquille en été. Cette plante se débrouille seule et se reproduit bien par la sol.

    A chaque récolte je me fais quelques chips pour goûter sans risquer d’effets secondaires indésirables. C’est original comme goût, mais il ne faut pas en abuser.

  2. Camille dit :

    La passion Monet vous a menée aux topinambours, chère Ariane, c’est amusant. Comme le bouquet peint par Monet regroupe un grand nombre de fleurs, il est possible que la culture du topinambour se soit étendue ( au moins pour cette année-là) sur une grande surface du jardin. Alice Monet ajoutait peut-être du céleri ou du bicarbonate de soude à l’eau de cuisson pour que la famille en consomme sans trop de désagréments.

  3. Ariane dit :

    Yann, si escabeau, un grand alors !
    Camille, je ne connaissais pas le truc du céleri, c’est à esssayer !

  4. Tania dit :

    Une toile de Monet que je ne connaissais pas… et une amusante leçon "de l’art au jardin" !

  5. Ariane dit :

    C’est vrai ces bouquets ne sont pas très connus, et pourtant cette toile vibre, n’est-ce pas ?

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