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Comment terrasser un dragon

Quadrilobe, portail des libraires de la cathédrale de RouenRegardez bien, le truc est bon à savoir la prochaine fois où vous vous trouverez face à un dragon : pour lui faire rendre gorge à coup sûr, il faut l’attraper par les oreilles. Tirez-les en arrière, tout en maintenant les pattes du monstre sous votre pied. Le dragon ouvrira une gueule béante où vous n’aurez plus qu’à enfoncer votre épée.
Ce quadrilobe orne depuis le 13e siècle le portail des libraires de la cathédrale de Rouen, parmi 165 autres. Ceux de la partie supérieure du portail représentent des scènes bien connues issues de la Genèse. Mais les quadrilobes les plus proches des yeux du passant, tels que celui-ci, sont plus énigmatiques. De quoi s’agit-il ici ? Ce n’est pas Saint-Michel terrassant le dragon, l’homme à gauche n’a pas d’ailes, ni Saint-Georges, il n’a pas d’armure.
Est-ce une invitation au courage, à faire face à ce qui nous effraie, sans peur aucune ?
Est-ce une représentation allégorique de la christianisation ? Si c’est le cas, le valeureux chrétien fait montre de toute sa détermination à lutter contre le paganisme pour éradiquer les anciennes croyances du pays. De petits dragons se tapissent dans les coins, tâchant de se faire oublier derrière les frontières du quadrilobe.

Pour Franck Thénard-Duvivier, qui s’est longuement penché sur le sens de ces quadrilobes fantastiques, ces bas-reliefs ont une autre interprétation :

Ces images procèdent de la mise en scène du combat intérieur que doit mener l’homme pour triompher des vices et de ses instincts… animaux ! Elles traduisent une crainte diffuse, qui se précise à la fin du Moyen Age, de la « bête intérieure » (the beast within selon Joyce E. Salisbury) qui sommeille en chaque homme et qui menace d’annihiler ses capacités rationnelles et spirituelles pour le livrer tout entier aux instincts bestiaux, à la concupiscence et à la chair.

S’il glisse sur cette pente dangereuse, l’homme du Moyen Âge risque bien plus que de se faire tirer les oreilles, il pourrait y laisser son coeur.


Un commentaire

  1. Yann dit :

    Et bien, voilà une analyse iconographique qui donne envie de regarder plus précisément les reliefs de nos monuments. Ce dragon n’a que deux pattes, c’est étonnant et pourtant les poules sont sur le même modèle.

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