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Le tigre et l’ours

Clemenceau et MonetJe suis allée voir « La Colère du Tigre » au théâtre Montparnasse à Paris. La pièce signée Philippe Madral met en scène Georges Clemenceau et son grand ami Claude Monet, au soir de leurs vies.
Quand je suis arrivée, Claude Brasseur, qui incarne Clemenceau, était assis en terrasse à fumer une cigarette. Sa voix magnifique porte la marque de cette tabagie. Michel Aumont, le Monet de la pièce, a le timbre presque trop clair en comparaison.
Ils ont tous deux le même âge, 78 ans. On ne peut qu’être ébloui par leur performance. En ce sens, ils sont fidèles à leurs modèles : Clemenceau et Monet n’ont jamais décroché du boulot non plus.
Pendant la représentation, j’entendais rire autour de moi. Je ne suis pas la bonne personne pour faire une critique de la pièce : ses personnages et son argument me sont trop familiers, les effets de surprise n’agissent pas.
J’ai eu un peu de mal à entrer dans l’illusion théâtrale, ce pacte qui lie l’auteur, les comédiens et leur metteur en scène avec les spectateurs. Accepter l’idée du rôle, qui nous vient de si loin : on dirait qu’on serait le Tigre et l’Ours de Giverny…
Ces êtres de chair et de sang sur la scène, comment pourrais-je les prendre pour Clemenceau et Monet ? Dès les premières phrases, l’auteur prend ses distances avec la réalité historique : il fait dire à Monet des formules qui sont celles de Clemenceau. C’est le Tigre qui taquine son ami en l’apostrophant d’un « Cher vieux crabe », et non l’inverse. Bon. On n’était pas à une lecture de correspondance non plus.
Si la pièce m’a tout de même captivée, c’est par l’interrogation qu’elle suscite pour moi sur le théâtre. Comment peut-on porter à la scène des êtres qui ont vraiment existé, et non pas seulement des « types », comme Monsieur Jourdain est le type du bourgeois pour Molière ? Qu’est-ce qui fait qu’une personne devient un personnage ? Quelle légitimité le théâtre offre-t-il à imaginer ce que nous ne savons pas, à remplir les blancs ?
J’ai été intéressée par le rapport du fictif au plausible. Par les contraintes du théâtre qui imposent qu’il se passe quelque chose, d’où la fameuse « colère », et une amusante bataille à coups de cannes. Au final, si je n’ai pas été emportée par la magie du théâtre comme d’autres fois, et même si l’émotion m’a passablement désertée, cela valait tout de même la peine de faire le déplacement. Pour me confronter à toutes ces questions.


5 commentaires

  1. Aifelle dit :

    J’ai le même problème avec les livres qui évoquent des personnes très connues que l’on met dans des situations fictionnelles. En général j’évite.

  2. Ariane dit :

    C’est vrai, c’est agaçant de se demander tout le temps ce qui est avéré et ce qui vient de l’imagination de l’auteur.

  3. Sigismond de Phalèse dit :

    Ce qui compte surtout c’est de rendre le Monet de la pièce.

  4. Ariane dit :

    Oui, les bons contes font les bons amis !

  5. catcla dit :

    J’étais un peu en retard pour la lecture de vos billets et je viens de lire que vous êtes allée voir la colère du Tigre. Nous en avions parlé lors de ce délicieux thé pris chez vous… (moment délicieux, vraiment). Moi, je suis très bon public et j’ai été impressionnée (décidément, ce mot fait tellement partie du langage quotidien) sur le fait que deux grands acteurs puissent faire revivre de tels personnages. Bien sûr, je connaissais l’historie des Nymphéas (il faudrait avoir les commentaires d’un public moins averti sur les personnages) mais qui sont les spectateurs d’une telle pièce ?on vient pour qui ? pour les acteurs ? les personnages ?… moi c’était bien sûr "pour voir Claude Monet "et j’ai eu l’impression bien illusoire de l’avoir devant moi… même si j’ai trouvé le personnage un peu trop gentil…mais je me trompe peut être. J’ai vraiment passé un moment exquis en compagnie de deux géants du théâtre et du cinéma incarnant deux géants du vingtième siècle… et cela me fait me demander une fois de plus quel auraient été les dernières années de la vie de Claude Monet sans cette amitié pour Georges Clémenceau… pourrions nous admirer les Nymphéas à l’Orangerie ? Se serait-il faut opérer de la cataracte… aurait-il peint jusqu’à la fin de sa vie… je ne sais pas, j’apprécie énormément Georges Clémenceau pour cette amitié là, car comme vous nous l’avez dit "c’était un affreux bonhomme misogyne" cela c’est certain, mais les amis de nos amis ne sont-ils pas nos amis ? Claude Monet m’a fait aimé Georges Clémenceau…et j’en oublie ses défauts… En tout cas, pour mon mari et moi-même, un moment très émouvant dont on se rappellera longtemps, très longtemps…

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