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Rue de Paris, temps de pluie

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Gustave Caillebotte, Rue de Paris, temps de pluie, étude. 1877 Musée Marmottan-Monet, Paris

Cette toile est accrochée au-dessus du lit de Claude Monet, dans sa chambre de Giverny. C'est la réplique de l'oeuvre que possédait Monet, léguée ensuite par son fils Michel à l'Académie des Beaux-Arts. C'est donc au musée Marmottan-Monet de Paris que l'on peut en admirer l'original. 

Gustave Caillebotte aimait bien exécuter des études préparatoires avant de se lancer dans une oeuvre d'envergure. Cette toile de moyen format (54 x 65 cm) préfigure un très grand tableau de 2,12 m par 2,76 m qui se trouve à l'Art Institute of Chicago. 

Le tableau de Chicago porte le même titre (Paris Street; Rainy Day), et sa facture est beaucoup plus léchée. Il permet de comprendre a posteriori les parties un peu bizarres de l'étude, comme les visages absents. L'esquisse, outil de travail qui sert au peintre à mettre en place les éléments et les couleurs de son tableau, n'est pas destinée à être vue, exposée, vendue. L'artiste ne veut pas passer du temps à peaufiner les détails. 

C'est peut-être la raison pour laquelle elle figurait dans la collection personnelle de Monet, cadeau de peintre à peintre ?

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Une étude très fouillée du chef-d'oeuvre de Caillebotte a été réalisée par l'Art Institute of Chicago. Grâce à leurs observations, les chercheurs parviennent à rétablir pas à pas tout le processus de création de l'oeuvre, du premier croquis exécuté dans la rue à la chambre claire, aux retouches finales. Toute la réflexion, la composition, l'habileté de Caillebotte est révélée par l'examen minutieux de son travail. 

Je ne sais qui j'admire le plus, de la grande maîtrise de l'artiste ou du souci de précision des enquêteurs, qu'on sent totalement passionnés par leurs recherches. Ce qui est assez stupéfiant dans leurs conclusions, c'est le paragraphe concernant le personnage qui entre dans le tableau à droite. Les experts sont formels : l'homme a été ajouté par Caillebotte sur le tableau final. 

Voilà qui est à peine croyable, et pourtant l'image infra-rouge ne laisse aucun doute. On voit apparaître l'immeuble par-dessous. Pourtant, le personnage figure bien sur l'étude de Marmottan. Caillebotte l'avait-il prévu dans l'étude, puis omis dans l'oeuvre finale, puis rajouté ?Ou a-t-il testé son idée en modifiant l'étude, avant de se lancer dans la retouche de l'oeuvre ? Ou a-t-il effectué une sorte de mise-à-jour de l'étude après avoir apporté la modif au grand tableau ? Et dans ce cas, pour quoi faire ?

Cette découverte laisse entendre que la grande idée dramatique de Caillebotte dans la composition de ce tableau lui est venue à la dernière minute, comme une inspiration ultime, alors qu'on a l'impression en tant que spectateur qu'elle est au coeur de l'intrigue de l'oeuvre et que c'est elle qui a suscité le tableau. 

Regardez ce qui se passe : un couple avance vers nous, abrité sous un grand parapluie. Dans l'oeuvre de Chicago, on voit qu'ils regardent tous les deux vers la gauche, de l'autre côté de la rue, et qu'ils ne voient pas arriver le passant face à eux. Dans une seconde, ils vont se rentrer dedans. On a envie de leur crier Attention !

Ces regards qui regardent ailleurs, Caillebotte en a-t-il eu l'idée en même temps qu'il introduisait le passant de droite ? Ce sont eux qui créent la tension. L'étude de Marmottan ne fait pas stresser. On suppose que les promeneurs vont se croiser tranquillement, en s'arrangeant pour pencher un parapluie, ou le lever assez haut pour qu'il passe au-dessus de l'autre. 

Et puis voilà l'idée qui jaillit, et la scène de rue bourgeoise à la gloire du Paris d'Haussmann devient tout à coup une scène de théâtre. On retient son souffle. Est-on à collision moins une seconde ? On voudrait bien le savoir. 

Au lieu d'une étude préalable, on aimerait  que Caillebotte ait peint une étude ultérieure, pour nous raconter ce qui se passe juste après.  

Bien bien plus tard, ce qu'on trouve au même endroit, c'est ceci :


4 commentaires

  1. Vivian Swift dit :

    That was fascinating! I have seen this painting in Chicago but I must admit that I saw it only as an illustration. I had no idea it was such a complex and subtle work. Now that I've read the Chicago Institute's report, I want to search this street (it's near the Gare St. Lazare, right?) the next time I take the train fromparis to Giverny. 

     

    Ce fut fascinant! Je l'ai vu ce tableau à Chicago , mais je dois admettre que je l'ai vu seulement comme une illustration. Je ne savais pas qu'il était un travail si complexe et subtile. Maintenant que je l'ai lu le rapport de l'Institut de Chicago, je veux chercher cette rue ( il est près de la Gare Saint- Lazare, à droite?) la prochaine fois que je prends le train de Paris à Giverny .

  2. Tania dit :

    Très intéressante, cette étude. Ce qui me frappe aussi en comparant l'esquisse et la toile de Chicago, c'est la différence de lumière : l'esquisse est plus impressionniste, les contrastes y sont plus marqués. Le personnage coupé à droite, c'est nous, il nous fait entrer dans le tableau.

  3. Marie Claude dit :

    Je ne regarderai plus de la même façon ce tableau lors d'une prochaine visite à Marmottan,étude très intéressante!

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