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Les coquelicots sont-ils gentils ?

Avec son rouge incandescent et ses pétales chiffonnés, le coquelicot tient une place à part parmi les fleurs sauvages. La chanson qui le célèbre prétend qu'il est gentil, ce qui m'a longtemps laissée perplexe. Je crois comprendre que c'était autrefois un synonyme de joli, de la même façon qu'on utilise sympa aujourd'hui. Dans cent ans on se demandera quelle mouche piquait les gens au début du 21e siècle pour qualifier de sympa toutes sortes d'objets bien incapables de faire preuve de sympathie.

Pavot rose en train de défleurir

Dans le jardin de Monet les coquelicots voisinent avec leurs cousins les pavots roses, à la stature plus imposante. Leur tige élancée les place pile à portée des yeux, ce qui est bien sympa, disons-le. 

Les fleurs de papaver somniferum combinent une allure humaine – tête, chevelure, cou, tout y est – et la grâce de leur grande corolle rose translucide. Quand ils commencent à défleurir, leur charme est encore plus grand. Leurs pétales deviennent des ailes, des capes flottant au vent. Leurs dernières étamines pendent le long des tiges comme des bras minuscules. Ils ont l'air de penser, avec leurs caboches démesurées. 

Les pavots roses sont irrésistibles et, oui, très sympas à photographier. Les bourdons qui les adorent eux aussi ne cessent de leur rendre visite, dessinant des ombres chinoises à contre-jour.

pavot frangé à Giverny

Chaque année je refais des photos de pavots. C'est un défilé de mode, un ballet. Les tutus se déclinent en plusieurs tons du rose pâle au presque rouge, avec même des pavots frangés du dernier chic. Mais cette année la fête est un peu gachée par les moucherons, plus nombreux que d'habitude. Leurs petites taches noires tranchent sur les couleurs claires, on ne voit qu'eux. 

Les moucherons sont programmés pour être attirés par les couleurs vives des fleurs. Ils adorent le rouge, le rose, le jaune. C'est malin, n'est-ce pas ? Mais en même temps l'astuce a ses limites. Ils se ruent sur les T-shirts jaunes, par exemple, mais boudent le beige. 

Je portais cet après-midi une robe verte à motif de coquelicots rouges. Ce n'est pas discret, je vous l'accorde, mais c'est en hommage à Monet. J'étais en train de raconter l'arrivée du peintre et de sa famille à Giverny à un groupe de visiteurs quand un moucheron n'a rien trouvé de mieux à faire que de plonger droit dans mon décolleté. Il a dû paniquer un peu une fois sous le tissu, et il m'a fallu tout le self control dont j'étais capable pour continuer stoïquement mon exposé l'air de rien.

Le moucheron en connaît un rayon en matière d'agacement. Il me tarde qu'il joue son rôle dans la chaîne alimentaire, et que ses jolis prédateurs lui fassent un sort. C'est quand même sympa, les oiseaux.

 

 


3 commentaires

  1. Carola dit :

    Such beauty by nature 

  2. Tilia dit :

    Quel délicieux billet !

    Merci Ariane, c'est vraiment sympa

    Bonne saison estivale (sans trop de moucherons;-))

  3. Thérèse dit :

    Un billet digne du printemps!

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Ariane.

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