Gazon anglais

Pelouse à Sissinghurst

Les Anglais ont l'art du gazon. Chez nous, une merveille pareille serait protégée comme un massif de fleurs, avec interdiction de poser le pied dessus. Rien de tel outre-Manche. Fouler la pelouse fait partie du plaisir de la promenade au parc ou au jardin, une sorte de droit imprescriptible.

Celle que vous voyez ci-dessus se trouve à Sissinghurst, dans le Kent. Le jardin créé par la romancière et poétesse Vita Sackeville-West et son mari Harold Nicolson présente un certain nombre de points communs avec Giverny : surface, renom international, oeuvre personnelle d'un artiste…  et aussi un grand nombre de différences. Ce magnifique gazon, par exemple. 

Il est l'objet de tous les soins, naturellement. Même si le climat y est pour beaucoup, cela ne suffit pas. Il faut aussi tondre régulièrement. Tel qu'il était là, le jour de la photo, les brins d'herbe mesuraient 27 millimètres. C'est un peu long, vous en conviendrez. Mais c'était un lundi. Le jour de tonte de cette pelouse est le mardi, dès le lendemain on allait recouper le gazon à 22 millimètres. Ouf.

Dans chaque jardin anglais, on voit des jardiniers en train de tondre. Ils le font avec une grande précision, notamment dans les changements de sens. Le but est d'obtenir des rayures bien nettes. A Sissinghurst, ces rayures ne suivent pas le sens de la grande longueur, elles sont obliques. C'est parce que la pelouse n'est pas tout à fait rectangulaire, mais, selon Vita, en forme de cercueil. Si les rayures étaient parallèles à l'un des côtés, cette irrégularité sauterait aux yeux.

Je ferais bien de faire attention à ne pas dire pelouse, d'ailleurs, car cela sous-entend que le précieux gazon serait animé de pâquerettes ou de trèfle. Damned ! Pourquoi pas du pissenlit pendant qu'on y est ? Le gazon n'est pas partageur. Il veut régner en maître. Complimentez un jardinier anglais sur son merveilleux gazon, il s'excusera de la minuscule touffe de trèfle que vous n'aviez même pas remarquée. Lui ne voit que ça. Si vous n'étiez pas là, il serait déjà parti l'éradiquer. 

Pour son gazon, le jardinier anglais a l'oeil et les soins d'un coiffeur. Il repère les épis, les zones un peu trop piétinées où les brins ne se redressent plus, celles où la terre finit par être à nu. Il tient en réserve du gazon tout poussé dont il peut prélever des morceaux. Si un coin du tapis vert s'élime, il y pratique des greffes de moquette vivante. 

C'est culturel, cet amour du gazon et du jardinage. Dans l'une des citations que l'on peut lire à Sissinghurst, Vita dit qu'au bout de vingt ans, elle pense être arrivée à avoir "un jardin décent". J'adore cet emploi si british du mot décent. Cela m'a fait penser à une case d'Astérix chez les Bretons où l'on voit un jardinier anglais peaufiner un impeccable jardin tout en disant "Avec 2 000 ans de soin, je pense que mon gazon sera fort acceptable". A la case suivante, Astérix et Obélix déboulent avec un char lancé à vive allure qui laisse de profondes ornières dans le gazon. 

C'est culturel, c'est-à-dire qu'il y a quelque chose qui nous échappe et nous est étranger dans l'attention dont le gazon fait l'objet en Grande-Bretagne. Mais quand même, le climat anglais aide bien. Parmi les différences entre Giverny et Sissinghurst figure l'arrosage automatique. Le jardin anglais n'en a pas. Pas besoin. Si la saison est exceptionnellement sèche, on arrose à la main, massif après massif, pelouse après pelouse. Cela prend une semaine de couvrir toute la surface du jardin. Au bout d'une semaine, en général, il pleut. 

Exposition Manguin à Giverny

Henri Manguin les Estampes

Henri Manguin, "Les Gravures" 1905 Huile sur toile 81 x 100 cm Madrid, Museo Thyssen-Bornemisza. 

Le musée des impressionnismes de Giverny célèbre la couleur à travers une exposition à voir jusqu'au 5 novembre 2017 dédiée à Henri Manguin, l'une des figures du fauvisme. On a un peu oublié aujourd'hui ce grand peintre ami de Matisse, de Marquet ou de Camoin, très célèbre il y a un siècle. 

Près d'une centaine d'oeuvres retrace le parcours de ce "peintre voluptueux", pour reprendre le mot de Guillaume Appolinaire, des années de formation sous l'égide de Gustave Moreau jusqu'aux audaces chromatiques les plus vibrantes. Manguin revient ensuite à une peinture plus mesurée qui célèbre le bonheur de vivre, la beauté des paysages de la Côte d'Azur, et son amour pour sa femme Jeanne et leur fils Claude. 

C'est Jeanne, justement, qui pose deux fois dans le tableau ci-dessus, les Gravures.  Certes, la scène qui réunit autour d'un album de lithographies une femme nue et une autre sagement habillée n'est guère vraisemblable, mais quel régal pour les yeux dans le contraste des couleurs, l'expression douce des visages et la rondeur enveloppante des courbes. 

Henri Manguin La Pinède à Cavalière

Henri Manguin "La Pinède à Cavalière", 1906. Huile sur toile 65 x 81 cm Collection particulière

L'année suivante, les Manguins séjournent à Cavalière, près du Lavandou. La lumière vive du Midi inspire au peintre des toiles flamboyantes comme cette "Pinède à Cavalière" qui mêle les tons froids de la mer et des arbres à la radiation de tons orange, de roses et de mauves. Aucune ombre au tableau, jamais, dans la célébration du bonheur de vivre et de la beauté de la nature par Henri Manguin.

Giverny 365 fleurs

Giverny 365 fleurs calendrier perpétuel Ariane Cauderlier

Si vous avez toujours rêvé de connaître le nom des fleurs qui poussent à Giverny, voici un calendrier perpétuel qui devrait vous plaire. "Giverny 365 fleurs " présente chaque jour une nouvelle fleur de Giverny, avec son nom botanique, son nom en français et en anglais, et la date de la photo comme indication de la période de floraison. 

Toutes les photos ont été prises dans les jardins de Claude Monet. Quand c'était possible j'ai préféré les photos où on reconnaît les lieux, comme sur celle de la couverture. Cela donne à ces portraits de fleurs un certain charme différent d'une encyclopédie. 

J'ai passé plusieurs mois à identifier les fleurs, avec l'aide des jardiniers de Giverny.  Parfois nous avons réussi à aller jusqu'au nom commercial du cultivar, mais pas toujours. En cas de doute sur la variété nous avons préféré n'indiquer que le nom de l'espèce. 

Pour la présentation, Giverny 365 fleurs est le frère jumeau de Giverny 365 photos, publié en 2015. Même format et même prix de vente de 19 euros. 

Si vous souhaitez commander l'un ou l'autre, la livraison est gratuite jusqu'au 1er août 2017 pour les lecteurs du blog. Il vous suffit de me laisser un commentaire et je prendrai contact avec vous. 

Les roses de Bagatelle

Quand on vient de Giverny, tout paraît démesuré à Bagatelle. Ce grand parc parisien couvre au total 24 hectares, contre 2 chez Claude Monet. C'est un peu comme si vous aviez l'habitude de faire vos courses au Monoprix et que vous vous retrouviez d'un seul coup dans un hypermarché. Vous avancez, un peu effaré d'avoir à parcourir de telles distances pour trouver ce que vous cherchez. 

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Tigridia

Avez-vous déjà vu cette bête-là ? Qu'on le nomme oeil de paon ou lis de tigre, le tigridia est une fleur qui laisse béat. Dans le genre m'as-tu-vu, il se pose un peu là. 

Cela vaut mieux pour lui de se faire remarquer, car sa floraison ne dure qu'une journée. Et encore, pas toute une journée. A cinq heures de l'après-midi, le tigridia a déjà plié bagage. Le matin, il n'est pas encore ouvert. Pour le voir et le photographier, il faut viser la mi-journée. 

Et puis, le tigridia ne fleurit pas tout l'été non plus. Sa tige porte au mieux quatre boutons. En une semaine, l'oeil de paon a tiré toutes ses cartouches. Rien à voir avec la floraison interminable des orchidées auxquelles ses couleurs font penser. 

Les jardiniers de Giverny le cultivent pour son côté spectaculaire. Monet aimait bien que ses fleurs fassent de l'effet, et ses contemporains rapportent combien ils étaient impressionnés par son jardin. 

Si vous aussi vous ne cherchez pas à ménager votre peine pour vos massifs, ce bulbe d'été qui se décline en toute une gamme de couleurs du jaune au rouge y fera sensation. 

Monet et les hémérocalles

Les Hémérocalles, Claude Monet. Huile sur toile

C'est au musée Marmottan-Monet à Paris qu'on se trouve face à face avec cette toile de grandes dimensions : 150 x 140 cm. Aussi hauts que nature, les hémérocalles flamboient avec grâce, émergeant de leur masse de feuilles d'un vert vif.

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Palette d’été à Giverny

Massif de fleurs d'été à Giverny

Pas de doute, cette fois c'est l'été au calendrier des fleurs. A Giverny elles rivalisent de couleurs pour aguicher les insectes qui viennent se rouler dans leurs étamines et en ressortent tout poudrés de pollen. Au pied des rosiers, les premiers dahlias sont là. Les delphiniums exposent leurs bleus violacés. Les alliums ont gardé toute leur tête. Et les lis éblouissent, plantés serrés dans une palette qui va du jaune au pourpre. 

Canicule à Giverny

Arrosage à Giverny

Juin a été chaud à Giverny. Le thermomètre qui affiche 40°, je crois que c'était la première fois que je voyais ça ici. Ce qu'il y a de bien, c'est qu'on sait que ça ne va pas durer très longtemps. Les vagues de chaleur ne s'installent jamais pour des semaines en Normandie.

Quand il fait si chaud, tout le monde a soif, des humains aux végétaux. Les jardiniers de Giverny mettent une attention particulière à l'arrosage, c'est une question de survie pour les fleurs et les gazons tendres qui colorent le jardin de Claude Monet. 

Heureusement, les deux jardins bénéficient d'un système d'arrosage automatique. Dans le jardin d'eau, au petit matin, des buses commandées par électrovannes sortent du sol et fonctionnent pendant 20 minutes. Puis l'arrosage passe à l'emplacement suivant. Tout cela se fait bien avant l'arrivée des premiers visiteurs. 

Lis à Giverny

L'avantage de ces jours de chaleur, c'est le démarrage spectaculaire des fleurs d'été. Elles mettent les bouchées double pour se développer. C'est l'époque des lis, qui se déclinent dans des tons inattendus, de l'orangé au rouge le plus sombre. Après la délicatesse gracile des pavots, après le parfum léger des roses, voici le temps de l'opulence de pétales épais et lustrés et des fragrances puissantes. 

Roses d’Inde

Avouez-le : vous aussi, il y a très longtemps, vous vous êtes demandé pourquoi le cousin du hamster portait ce nom étrange de cochon-dinde. Bien des années plus tard, ou peut-être tout de suite si vous avez eu l'audace de demander à un grand, vous avez résolu une partie du mystère. Le volatile est devenu d'Inde. Pour le cochon, vous vous demandez toujours. Il y a quand même un problème d'échelle.

Oeillets d'Inde

A l'âge où l'on apprend le nom des fleurs les plus courantes, on est déjà plus dégourdi, et je doute que vous ayez imaginé les oeillets et les roses d'Inde en escalopes. Ce sont des fleurs que l'on voit partout, en dépit de leur odeur puissante qui n'est pas du goût de tout le monde. Leurs couleurs lumineuses et leur résistance aux oublis d'arrosage (il ne faut pas exagérer tout de même) les font plébisciter par les jardiniers privés et municipaux.  

Les tagetes ne sont bien entendu ni  des roses, ni des oeillets. Et ils ne viennent pas d'Inde non plus, ou alors au sens de Christophe Colomb : ils sont originaires d'Amérique centrale et du Mexique. 

J'aurais été tentée de le croire, pourtant, car ils sont souvent jaune safrané, la couleur préférée des Indiens. Je parle ici des habitants de l'Inde. Là aussi il faut un peut de temps quand on est enfant pour comprendre la différence entre les Indiens d'Amérique et les "vrais" Indiens, qui sont pour la plupart hindous, ce qui ne simplifie pas tellement les choses. 

L'Inde tient une place à part dans mon coeur :  j'ai un frère et une soeur d'origine indienne. 

Cette semaine j'ai guidé trois dames indiennes. Cela m'arrive peut-être une fois par an. Les Indiens qui voyagent parlent très bien anglais.

Elles étaient en retard. "On sera là dans dix minutes", me texte l'une d'elle. Enfin, au bout d'une demi-heure, les voici qui arrivent avec nonchalance, habillées à l'occidentale. "On était chez le marchand de chapeaux". Ceux qu'elles portent sont plus sophistiqués que les chapeaux de soleil qu'on vend à Giverny. Elles viennent de s'amuser à en essayer sans rien acheter, tandis que je les attendais. 

Roses d'Inde

Il y a dans leur poignée de main quelque chose de contraint. J'essaie d'engager la conversation en leur parlant de ma famille et de mon voyage en Inde. Le coeur de mon métier est de mettre les gens à l'aise, de créer du lien. Ils sont là pour passer un bon moment. J'y arrive très bien en général. Mais là, ma tentative se heurte au silence. Je leur demande d'où elles viennent. Elles ne répondent pas à ma question. 

La visite va se passer de façon étrange. Elles ne vont jamais me laisser développer un commentaire. Elles m'écoutent avec distraction pendant quelques secondes, puis me laissent en plan et vont faire des photos ou avancent tout simplement, en me demandant "c'est par là ?". En une demi-heure nous voici déjà devant la maison. "Qu'est-ce qu'il y a d'autre à voir ici ?" s'enquiert l'une d'elles. C'est à cela que je servais, à s'assurer qu'elles pourraient bien tout cocher dans la liste des choses à voir à Giverny. 

Tout au long de la visite je sentais mon coeur battre sous l'affront. Sois professionnelle, respire et souris, me répétais-je. A quoi bon exploser ? Si cela pouvait changer les gens grossiers en personnes pleines de tact, cela se saurait. J'essayais de comprendre la situation, je scrutais leurs visages pour y lire quelque chose, sans succès. Etaient-elles hautaines ? Etait-ce de la morgue ? Du mépris ? du dédain ? Pas vraiment. C'était indéchiffrable. 

Peu après les avoir quittées m'est revenu en mémoire une autre visite avec une famille indienne, bien différente. Je me souviens surtout d'elle, fine et lettrée, journaliste peut-être, ou diplomate. Tandis que je présentais la maison de Monet, où la chambre d'Alice donne sur le même palier que celle de ses filles pour mieux les surveiller, j'avais ajouté que ce n'était pas facile d'être une fille au 19e siècle, que les filles n'avaient pas beaucoup de libertés. "C'est toujours difficile d'être une fille au 21e siècle !" s'était écriée ma cliente en un poignant cri du coeur. Depuis je pense à cette dame à chaque fois que je présente la maison, et j'ai une pensée de solidarité et de compassion pour toutes les filles et les femmes qui sont traitées en inférieures. 

C'est ce souvenir qui m'a donné le déclic pour comprendre, enfin. Les castes. Ces dames mariées à de riches entrepreneurs ont été élevées dans le système des castes, et pour elles qui se pensent tout en haut de l'échelle, toutes les personnes qui ne sont pas de leur milieu social sont inférieures. C'est le cas d'une femme qui travaille pour gagner sa vie. Tout échange avec elle doit se limiter au strict nécessaire.

Je me suis demandée si moi aussi j'avais mon échelle de valeur pour classer les humains, et si oui laquelle. Je vous laisse vous poser la question vous aussi, c'est intéressant. 

Quand mon coeur a retrouvé son rythme normal, il a pu s'ouvrir à nouveau à la compassion. Quel sens a la vie de ces trois dames ? Je les sens si loin de toute forme d'accomplissement. Je les plains de ne pas savoir apprécier Giverny, de passer à côté. Je les perçois prisonnières de ce carcan des castes qui leur défend d'accepter la chaleur humaine de presque toute l'humanité. Elles n'expriment pas la joie de vivre, elles suintent l'ennui, cet ennui de riches qui ont déjà tout. 

S'ouvrir à la compassion, c'est voir en elles les roses, les âmes qui auraient pu naître ailleurs et avoir une toute autre vie. Elles n'ont fait que croiser la mienne mais elles sont, elles aussi, mes soeurs indiennes. Je pense à elles avec douceur en regardant les massifs d'été de Giverny. Ce sont mes roses d'Inde.

Les coquelicots sont-ils gentils ?

Avec son rouge incandescent et ses pétales chiffonnés, le coquelicot tient une place à part parmi les fleurs sauvages. La chanson qui le célèbre prétend qu'il est gentil, ce qui m'a longtemps laissée perplexe. Je crois comprendre que c'était autrefois un synonyme de joli, de la même façon qu'on utilise sympa aujourd'hui. Dans cent ans on se demandera quelle mouche piquait les gens au début du 21e siècle pour qualifier de sympa toutes sortes d'objets bien incapables de faire preuve de sympathie.

Pavot rose en train de défleurir

Dans le jardin de Monet les coquelicots voisinent avec leurs cousins les pavots roses, à la stature plus imposante. Leur tige élancée les place pile à portée des yeux, ce qui est bien sympa, disons-le. 

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Astrance

Jolie comme un astre ! C'est l'astrance, une vivace robuste qui trouve sa place dans tous les jardins. Elle fleurit pendant tout l'été de juin à septembre, à condition qu'elle n'ait pas trop chaud et qu'on n'oublie pas de l'arroser. Elle tient bien en bouquet. 

Impossible de savoir si Monet en avait. L'astrance ne figure pas dans la liste de Jean-Pierre Hoschedé, et elle est trop peu volumineuse pour qu'on puisse la reconnaître sur une photo d'époque. Mais pourquoi le peintre n'en aurait-il pas eu ? C'est au départ une fleur de montagne, une plante sauvage comme il les aimait. 

De nos jours il n'y a pas beaucoup d'astrancias à Giverny. J'ai photographié celles-ci dans le très charmant jardin du musée de l'Outil à Wy-Dit-Joli-Village, à une trentaine de kilomètres dans le Parc naturel du Vexin français. 

Le jardin anglais de la Roche-Guyon

Que reste-t-il d'un jardin après deux siècles d'abandon ? On serait tenté de penser qu'il n'en reste rien du tout. Pourtant, pour qui sait voir, ce n'est pas tout à fait vrai. 

Malgré le processus naturel de régénération du jardin, rien ne fascine davantage que la persistance, aussi infime soit-elle, des traces légères de l'intervention humaine. Elle sont seules à susciter en nous les visions fugaces et les perceptions, réelles ou imaginaires, des êtres qui ont vécu dans ces lieux.

 Ces mots sont ceux de Gabriel Wick, historien des jardins, qui a examiné les vestiges des Promenades de La Roche-Guyon conçues dans les années 1770.

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Affichage à Giverny

Affiches à Giverny

A Giverny, le café-restaurant Baudy prête aimablement ses vitrines à l'affichage des évènements du village. C'est comme un collage, de fenêtre en fenêtre, où les annonces ont d'étonnants dialogues. D'un côté, il y a la douceur et l'intériorité du merveilleux tableau de Whistler qui illustre l'affiche de l'exposition du musée des impressionnismes. De l'autre, le coup de Trumpette de ce Wouaow, l'humour de l'accroche : le peintre Francis Villard expose ses dernières toiles à la galerie du 60.

On n'a pas oublié à Giverny que le musée fut d'abord celui de l'art américain. L'hôtel Baudy lui-même logeait autrefois les peintres de la colonie, dont bon nombre venaient d'outre-Atlantique.

La campagne présidentielle américaine s'est déroulée juste avant la nôtre qu'elle a certainement influencée. Elle a été suivie avec intérêt en France, notamment à Giverny. En retour, les américains francophiles que je rencontre semblent avoir prêté une attention toute particulière aux rebondissements de la campagne française. Ils sont souvent démocrates et nous envient Emmanuel, à peu près autant qu'ils sont désespérés par l'intrônisation de Donald.  Le soir du second tour, j'ai eu la surprise de recevoir plusieurs messages de félicitations aux français, où perçait le soulagement.  

Je suis passée devant la mairie de Giverny. Les panneaux électoraux sont en place, cette fois pour les législatives. Quand tous les candidats auront collé leur affiche officielle, on verra si le dialogue entre leurs visages est aussi musicalo-théâtral que la vitrine du Baudy. 

 

Ornithogale

Ornithogalum

Voici une petite fleur qui existe depuis l'Antiquité mais qui n'a pas atteint la célébrité des roses ou des tulipes : l'ornithogale. Son nom allie les racines oiseau et lait, suggérant l'idée d'un passereau tout blanc posé au bout des tiges et prêt à s'envoler. 

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Banc autour d’un arbre

Banc autour d'un arbre

 

Un banc qui fait le tour d'un tronc pour sentir la proximité de l'arbre et profiter de son ombre…

Je ne sais pas pour vous, mais c'est l'un de mes rêves.

Presque aussi bien qu'une cabane perchée, en plus accessible.

Celui-ci existe dans le jardin du peintre Eugène Delacroix à Paris.

Le jardin de Delacroix

C'est l'un des plus jolis petits jardins dont on puisse rêver à Paris. Pour le trouver, il faut d'abord dénicher la place Furstemberg, un bonheur de petite place en plein quartier Saint-Germain, où fleurit en ce moment un grand paulownia.

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Giverny aux mille couleurs

Giverny 23 avril
C'est le moment de l'année où le jardin de Monet à Giverny étincelle. Tout autour de soi, des massifs multicolores débordant de tulipes, de giroflées, de juliennes des dames, de pensées, qui restituent cette impression de marcher dans un tableau impressionniste voulue par le peintre.

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Azalées mauves

azalee mauve

Parmi les nombreuses azalées qui enchantent le printemps de Giverny, les mauves sont les plus précoces.

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Giverny déjà très fleuri

"Comment trouvez-vous le jardin ?" m'a demandé l'un des jardiniers de Giverny ce matin. J'adore cette question. S'ils vont à la pêche aux compliments chez moi, les jardiniers ne vont pas ramener du menu fretin. En fait, je n'ai même pas besoin qu'ils me la posent pour m'extasier. 

Et vous, comment trouvez-vous le jardin de Monet en ce début avril ? Bon, c'est vrai, la photo est bien en-dessous de la réalité.

Carpe coite

 

Carpe dans le bassin de Monet

Comme c'est le premier avril demain, je me sens un peu obligée de rendre hommage aux carpes, et à travers elles aux autres poissons du bassin de Monet. C'est l'époque de l'année où les guides de Giverny sortent de leur silence hivernal et se remettent à parler plus qu'il n'est raisonnable. Fini d'être cois et coites, quoi.

Les premières grenouilles se manifestent elles-aussi, comme je m'efforce de vous le faire entendre. Il y a même un couple de canards colverts qui a fait de l'étang de Giverny son domicile.  Hier alors que j'étais tranquillement en train de raconter quelque histoire de nymphéas à mes clients, et alors que nous avions tous les yeux rivés sur le bassin, les palmipèdes nous ont gratifiés d'une séquence torride tout à fait embarrassante.

J'ignorais que Monsieur maintient Madame sous l'eau pendant toute la durée de l'acte. Allez donc parler de la beauté des reflets quand vous vous demandez in petto combien de temps une cane peut rester sous la surface, et que vous vous offusquez sotto voce de la barbarie de certaines moeurs animales. Je crois que mes chers visiteurs m'écoutaient eux-mêmes d'une oreille assez distraite, happés par ce happening.

Heureusement le canard a fini par relâcher sa compagne que nous avons vu émerger bien vivante. Elle s'est ébrouée l'air de rien, et la vie a repris son cours. Si une descendance s'ensuit, je ne manquerai pas de vous en tenir informés. Il ne faut pas compter sur les carpes pour lâcher le morceau, elles n'en souffleront pas un mot. 

Expositions 2017 à Giverny

Publicité pour Madame Marguerite Dufay, tromboniste

Le Musée Des Impressionnismes Giverny propose pour le début de saison 2017 une exposition qui va faire du bruit : Tintamarre ! Instruments de musiques dans l'art 1860 – 1910 s'intéresse, vous l'aurez compris, aux oeuvres picturales qui évoquent la musique. Leçons de piano si prisées de la bonne société, récitals de guitaristes, fanfares et autres orchestres ont énormément inspiré les impressionnistes, avides de figurer la vie moderne et ses loisirs.

En cela, la peinture reflète l'évolution de la société. Le 19e siècle voit l'invention ou l'amélioration d'un grand nombre d'instruments, dont certains tombent vite dans l'oubli, tandis que d'autres connaissent un succès qui ne se dément pas, comme le saxophone. Quelque 4000 brevets concernant des instruments de musique sont déposés au 19e siècle ! 

Evoquer dans une oeuvre silencieuse les harmonies musicales est une gageure, et c'est intéressant de voir comment chaque artiste s'y est pris pour surmonter cette difficulté.

C'est un peu le miroir de cette musique impressionniste dont Debussy et Ravel sont les principaux représentants, une musique descriptive qui cherche à évoquer des impressions visuelles telles que des reflets au moyen des seules sonorités. 

L'exposition articule son parcours autour d'une centaine d'oeuvres signées Manet, Degas, Renoir, Morisot, Bonnard, Whistler, Toulouse-Lautrec ou Vallaton. Elle présente beaucoup de tableaux, mais aussi des oeuvres imprimées. Pour ma part je suis tombée sous le charme de Marguerite Dufay, délicieuse tromboniste à la robe fleurie. Elle vous plaît ? Elle est à voir du 24 mars au 2 juillet à Giverny.

Le deuxième partie de la saison sera consacrée au peintre fauve Henri Manguin et ses couleurs éclatantes.

En attendant, une exposition rafraichissante est à voir au musée de Vernon jusqu'au 25 juin. "Au fil de l'eau, Seine de loisirs" nous emmène pêcher, canoter, danser dans les guinguettes et même sauter depuis le grand plongeoir, pour ceux qui n'ont pas froid aux yeux. L'expo présente des tableaux du 19e et 20e siècle, ainsi que des objets comme une yole, des costumes de bain ou l'appareil photos de MacMonnies. D'émouvants films d'avant-guerre font revivre le Vernon d'antan.

Ci-dessus : Maximilien Luce / Méricourt, la plage. Huile sur toile, musée de Mantes la Jolie.

Le musée de Mantes-la-Jolie présente l'autre volet de cette exposition, 'Seine de travail'. C'est l'occasion de redécouvrir les collections permanentes de ce musée qui possède plus de 400 oeuvres de Maximilien Luce.

Monet à Zaandam

 

Zaandam par Monet

"Zaandam est particulièrement remarquable et il y a à peindre pour la vie ; des maisons de toutes les couleurs, des centaines de moulins et de ravissants bateaux."

C'est en ces termes que Claude Monet, tout juste arrivé dans la ville hollandaise de Zaandam, à quelques kilomètres au nord d'Amsterdam, décrit le paysage qui l'enthousiasme à Pissarro. C'est le mois de juin 1871. La France vient de perdre la guerre avec la Prusse. La Commune de Paris vient d'être réprimée dans le sang.

Monet, qui avec sa femme et son fils s'était réfugié en Angleterre tout comme Pissarro, songe à rentrer en France, mais peut-être avec une certaine

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Giverny cet après-midi

Giverny

Giverny avait un air de printemps aujourd'hui sous un soleil radieux et des températures très douces.

Magnolias et prunus sont déjà en fleurs, et les saules ne perdent pas une minute pour bourgeonner.

Dans les massifs, narcisses et pensées lancent le bal.

Les jardins de Monet rouvrent la semaine prochaine, le vendredi 24 mars. C'est la date la plus précoce jamais tentée, mais le pari est gagné. Grâce à la tiédeur de ces derniers jours, il y aura des fleurs dès l'ouverture.  

Le musée Clemenceau à Paris

Maison de Georges Clemenceau à Paris

Georges Clemenceau, homme d'Etat et grand ami de Claude Monet, a vécu pendant 34 ans dans la maison du 8 rue Benjamin Franklin, dans le 16e arrondissement de Paris, à quelques pas du Trocadéro. On aperçoit de loin le drapeau

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Claude Monet dans la collection Chtchoukine

Le Parlement, les mouettes, Claude Monet 1901

Le Parlement, les mouettes, Claude Monet 1901 huile sur toile 81 x92 cm. Musée Pouchkine, Moscou.

Commencer une collection de tableaux par un Monet, c'est un bon début. La scène se passe en 1898. Le très riche Sergueï Chtchoukine, magnat russe de l'industrie textile et de la finance, fait l'acquisition des Rochers à Belle-Ile auprès du marchand d'art parisien Durand-Ruel. La marine de Monet ouvre la voie à douze autres toiles du maître de Giverny.  

On peut découvrir l'ensemble de ces toiles en ligne, et même des photos de la salle Monet du palais Troubetskoy qui montrent comment les oeuvres étaient accrochées. Tous les tableaux se touchaient, cadre contre cadre, sur deux rangées. Rien que des chefs d'oeuvre : le Déjeuner sur l'herbe, Femme au jardin, Lilas au soleil, une vue d'Etretat, de Dieppe, le Parlement de Londres, deux Cathédrales de Rouen, un Pont japonais, une Prairie à Giverny… Des toiles envoûtantes, magiques. 

Presque tous ces Monet sont encore pour quelques jours à Paris à la Fondation Vuitton, en compagnie des très nombreuses autres pépites de la collection Chtchoukine. Juste avant la révolution russe et l'exil, le collectionneur se passionnait pour l'art de Picasso et de Matisse. Il avait même acquis un tableau de Braque inspiré du château de la Roche-Guyon. Voir sa collection rassemblée dans la capitale française, voilà un projet qui lui aurait certainement beaucoup plu. 

Cher lecteur, ces textes et ces photos ne sont pas libres de droits.
Merci de respecter mon travail en ne les copiant pas sans mon accord.
Ariane.

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