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Nymphea en bouton à Giverny

Une nouvelle photo de Giverny chaque jour, c'est ce que je vous propose sur facebook. 

La page s'appelle "Giverny 365 Photos". Elle présente la photo du jour du calendrier perpétuel de Giverny. 

On peut aimer, partager, commenter et tout et tout. 

Qu'en pensez-vous ? 

Si cela vous donne envie de venir voir le jardin de Monet en vrai, il est sublime en ce moment, avec des quantités de nénuphars, de dahlias et autres fleurs d'été.

A chaque pas je m'émerveille, c'est tellement beau. Un délice floral. 

Crinum

Crinum, Crinole

Voilà une fleur si imposante qu'on ne peut pas la rater. Une énorme jupe de feuilles en forme de rubans, d'où émergent ces magnifiques fleurs roses qu'on pourrait prendre pour des lis : telle est la silhouette du crinum powellii, dont le nom courant (mais pas si courant que ça ? ) est crinole. En anglais, il s'appelle Grass Lily, lis d'herbe, un nom qui me laisse perplexe. 

A Giverny le crinole finit de fleurir en ce moment, même si la littérature prétend que c'est une fleur de fin d'été, voire d'automne. Si vous venez dans les prochains jours visiter les jardins de Monet, vous verrez des crinums de chaque côté de l'escalier principal de la maison. 

Chaque année, on a plaisir à le revoir, comme un vieil ami. On l'avait un peu oublié, et le voici tout à coup qui sonne de la trompette pour se faire remarquer. Il déploie ses courbes et contre-courbes telle une star de l'Art nouveau. Derrière cette entrée en scène en fanfare, il n'est que délicatesse. Couleur d'un rose doux, parfum subtil… Au même moment, les lis voisins en rajoutent sur le parfum, façon cocotte après une razzia dans un duty free.  

Sont-ils cousins ? Même pas. Les lis sont du genre Lilium de la famille des Liliacées, les crinoles sont du genre Crinum de la famille des Amaryllidacées. Rien à voir. Donc pour ne vexer personne voici un petit truc pour reconnaître le crinum : les petits croissants à l'intérieur du calice. Curieux comme anthères, non ? C'est là que la plante stocke son pollen, tout au bout des étamines. Ca doit être sympa d'être bourdon à Giverny…

Les soleils

Soleils à Giverny

A Giverny, l'été met un s à soleil. Celui du ciel s'est montré généreux en juillet, sa chaleur a favorisé l'épanouissement des fleurs estivales petites et grandes.

Les géantes, ce sont les tournesols, des plus simples dont on tire l'huile aux plus doubles, dodus et doux comme des coussins moelleux. 

Le tournesol tourne-t-il vraiment sa tête vers le soleil ? On croit que oui, mais si l'on y prend garde face à un champ de tournesols en pleine floraison on se rend compte que non. L'héliotropisme existe avant l'épanouissement des fleurs, pendant que le jeune plant grandit. Sitôt les fleurs ouvertes, elles se fixent vers l'est. 

Le tournesol n'a pas son pareil pour structurer les massifs, pour leur donner de l'ampleur et de l'intérêt. Selon le code-couleur qui règne à Giverny, il est cantonné aux massifs jaunes et orange, mais heureusement il y en a plusieurs et l'on pourra y admirer pendant de longues semaines toutes les déclinaisons des soleils, du jaune le plus vif au brun le plus profond.

Le jardin de l’ancien hôtel Baudy

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C'est l'un des trésors cachés de Giverny : à quelques pas des jardins de Monet, le restaurant Baudy ouvre son parc à ses clients. Ce lieu où le temps semble s'être arrêté fut autrefois un hôtel et le rendez-vous de la colonie de peintres du village. Il suffit de traverser la salle-à-manger pour accéder au jardin. 

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Le terrain est en forte pente. Tout un dédale de petites allées et de délicieux escaliers de pierres part à l'assaut de la colline.

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On avance entre les arbres majestueux, les buissons de roses et les géraniums vivaces. Des rosiers lianes s'élancent dans les branches.  

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D'énormes buis soigneusement taillés tranchent par leur netteté géométrique.

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Le parfum des roses donne envie de s'asseoir en plein milieu des buissons. Souhait exaucé avec la tonnelle. 

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En bas du jardin, une volée de marches en faux-bois typique de l'époque Napoléon III mène à un petit bâtiment. C'est un atelier construit en 1887 par Lucien et Angelina Baudy à l'intention de leurs hôtes.

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A l'intérieur, on dirait que les peintres et sculpteurs qui fréquentaient l'hôtel Baudy viennent juste de partir. Ils se sont absentés pour quelques instants et ne vont pas tarder à reprendre l'oeuvre en cours. 

Le chant de pluie du pinson

pinson des arbres

Quand il est au sol, le pinson laisse admirer toute l'élégance de son plumage. Pureté de la ligne, audace du coloris… Qu'il est joli ! Qu'il nous semble beau ! Mais s'il se porte candidat au titre de phénix des hôtes de ces jardins, l'affaire n'est pas encore dans le sac car son ramage est assez répétitif.  

Le pinson est du genre à vous prendre la tête. Gai, lui ? Obstiné plutôt. Il répète à l'infini le même message. Ici c'est chez moi, ici c'est chez moi ! C'est bon, mon gars, on a compris. Ici c'est chez moi ! Tu n'as rien d'autre à faire ? Ici c'est chez moi ! Ca va, tu l'as dit il y a dix secondes. Ici c'est chez moi ! Tu veux pas changer de disque ? Ici c'est chez moi ! 

Avec sa façon se se faire remarquer, le pinson s'est attiré l'attention des chercheurs. Ceux-ci se sont avisés que tous les pinsons ne chantent pas de la même manière. Ils ont des accents. Les scientifiques qui ont fait cette observation appellent ces variations des dialectes. 

Voilà au moins un demi-siècle qu'on prend l'affaire très au sérieux. Selon leurs conclusions, avoir le bon accent permet aux pinsons de mieux s'intégrer dans un territoire donné. 

Ce domaine passionnant auquel s'intéressait même le grand compositeur Olivier Messiaen a sûrement encore bien des choses à révéler. Pourquoi, par exemple, le pinson des arbres remplace-t-il parfois son lancinant chant territorial par un petit cri bref ? Il semble que cela se produise plutôt quand le temps est couvert, d'où le nom de "cri de pluie" donné à cet appel. 

Les pinsons ont eu tout loisir de lancer leur cri de pluie ce printemps. Peut-être qu'on aurait même pu en entendre hier soir dans les ramures à l'occasion de la fête de musique, si le chant de la pluie sur les parapluies ne l'avait pas recouvert… 

C’est le pays des roses…

piliers-roses

Cela devait être une visite façon randonnée, à la découverte du village de Giverny. Mais le groupe parti d'un bon pas soudain n'avance plus. Il s'étire dans la rue Claude Monet.  

Que se passe-t-il ? "Trop de fleurs à regarder !" me répond d'un ton blasé l'accompagnateur. Ces dames sont sous le charme des roses, en pleine floraison dans les jardins privés de Giverny. "C'est le pays des roses !" s'exclame une cliente enchantée. 

C'est dit, et je confirme. Il y en a partout dans Giverny, à ne plus savoir où donner de la tête. A la fondation Monet, dans le jardin de fleurs, on ne voit plus que des roses où qu'on tourne les yeux. Et l'air est plein de leur parfum, comme si l'on flottait dans un gigantesque bain moussant. Hmmm…

C’est rouvert !

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Ca y est ! Les jardins de Monet ont rouvert hier, plus beaux que jamais en cette saison. Les nymphéas sont en fleurs, et les iris, et les pavots, et les roses… Une merveille ! 

Il s'est mis à faire une chaleur inattendue mais longtemps espérée. L'été  enfin ! La végétation explose, gavée d'eau et de lumière. Les oiseaux chantent à pleins poumons. Les libellules sont de retour.

Moi aussi, j'ai été contente de retrouver le jardin après trois jours d'absence. Guider l'expo Caillebotte à la place, j'ai bien aimé aussi, et je crois que les clients ont apprécié le musée, faisant contre mauvaise fortune bon coeur.

 Dans la journée l'eau s'est retirée des prés. Il ne reste plus que des flaques, et un sol détrempé.

La Seine en crue

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Voici la vallée de la Seine ce soir à Vernon. Là, d'habitude, c'est de l'herbe, une jolie pâture à vaches de fond de vallée avec des creux et des bosses.
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Les anciens bras de la Seine ont repris du service à la faveur de la crue et reformé les vieilles îles.
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La ferme de Grand Ile, où se déroule le festival de Giverny, est isolée au bord de la Seine qui coule invisible derrière le rideau d'arbres.
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A Giverny, il a fallu évacuer le petit zoo avec les autruches et les alpagas.
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Mais dans l'ensemble, j'ai dû chercher pour prendre des photos un peu spectaculaires, car ce sont à peine quelques centimètres d'eau qui recouvrent le parking.crue-ru
Le Ru, quoique haut, n'est pas sorti de son lit. Rien à signaler dans le jardin de Monet, hélas fermé pour trois jours. Pour les touristes venus pour rien, c'est une énorme déception. Pour les professionnels du tourisme, un coup dur de plus dans une saison déjà très compliquée. Personne ne comprend la décision de fermer totalement la Fondation Monet plutôt que de restreindre l'accès au seul jardin d'eau. crue-vache-reflet
Les vaches, elles, sont flegmatiques, tout comme la plupart des riverains, qui en ont vu d'autres et de pires. Il y a quinze ans, l'eau était montée jusqu'à la route, peut-être un mètre plus haut. crue-herbes
Pour ma part, au repos forcé, j'en ai profité pour faire quelques études de contre-jour, des herbes sortant de l'eau, agrémentées de boutons d'or. Ça change des nymphéas.

Iris des jardins

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J'ai un faible pour les grands barbus, et en ce moment ils sont tous plus beaux les uns que les autres à Giverny. Regardez celui-ci, par exemple, cette incroyable teinte qui confine au noir associée à un jaune lumineux, on dirait un maillot d'équipe de rugby. Ou de foot. Je ne sais pas trop ce qui passe ce soir à la télé et que regarde mon grand barbu préféré, je n'ai entendu que l'hymne national.

Les iris barbus sont les plus faciles à reconnaître. Loin de se cacher sous leur barbe, ils l'arborent. Elle les distingue. Ils la portent avec panache dans des tons spectaculaires, barbe rousse comme ici, ou ailleurs barbe bleue. 

Derrière ce petit tapis moelleux où les insectes sont priés de s'essuyer les pattes, un intérieur mystérieux attend les visiteurs ailés zélés, une chambre close faite de pétales dressés en ailes de cygne.

Tout autour, de larges sépales s'étalent et se pavanent, taillés dans les tissus dont on fait les jupes les plus ondoyantes.

Il y a chez l'iris des jardins une ostentation qui n'est pas déplaisante, un côté m'as-tu-vu dont on ne saurait lui tenir rigueur. Il en fait des tonnes, d'accord. Il se montre sur le tapis vert. Justement, on est venu pour ça. En tendant l'oreille, peut-être même qu'on l'entendrait chanter la Marseillaise.

Mes photos s’exposent à Montgeron

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Vous aimez l'affiche ? Je la trouve très réussie avec cette couleur violette qui reprend celle des tulipes. Cette photo reste l'une de mes toutes préférées de Giverny, l'une de celles qui me donne envie de me précipiter dans les jardins de Monet.

La ville de Montgeron l'a choisie pour illustrer son évènement "Passion Jardin" qui comprend, parmi de nombreuses animations, une exposition de mes photos de Giverny. Vernissage demain soir…  J'y serai ! Montgeron est à environ deux heures de route de Giverny, en banlieue sud de Paris. 

Pourquoi Montgeron ? Parce que l'histoire de Monet est liée à celle de la ville. En 1876, Alice et Ernest Hoschedé commandent au peintre quatre panneaux décoratifs pour la rotonde de leur propriété montgeronnaise, le château de Rottembourg. Monet y travaille sur place, il choisit des motifs dans le parc. Ce seront Les Rosiers dans le jardin de Montgeron, Coin de Jardin à Montgeron, Coin d'étang à Montgeron, et celui qui nous est le plus familier, Les Dindons, conservé au musée d'Orsay. 

C'est vraisemblablement lors de ce séjour que Monet et Alice sont attirés l'un par l'autre. Je suis persuadée qu'il ne s'est rien passé de compromettant entre eux. Ils étaient trop droits pour se laisser aller à l'adultère. C'était, j'imagine, des promenades, des moments agréables passés ensemble. L'amour viendra plus tard et prendra un chemin inattendu, mais la passion a sans doute germé dans le jardin de Montgeron. 

Passion jardin ! C'est un titre qui colle bien à Monet, et aussi aux Montgeronnais qui exposeront les photos de leurs jardins personnels, cultivés avec amour.

Je me réjouis que me soit donnée l'occasion de partager mon enthousiasme et mon émerveillement, ma propre passion pour le jardin de Giverny.

Premiers nymphéas

Nenufars Giverny

Les premiers nénufars sont éclos à Giverny. Les voyez-vous ? Ils sont blancs et assez petits. Ce sont toujours les mêmes qui ouvrent le bal, les plus robustes, les moins exigeants sur la température de l'eau.

Les autres suivront bientôt, dans un festival de tons roses et saumonés, ou jaunes. On est tellement habitué à leurs belles couleurs qu'on en oublie que jusqu'aux années 1870 il n'y avait que des nénufars blancs dans les catalogues des pépiniéristes. Quand Monet compose son bassin aux nymphéas, à partir de 1894, et qu'il y plante les hybrides colorés les plus récents, mis sur le marché à peine quatre ans plus tôt, il se crée un paysage exclusif, un motif qu'aucun autre peintre n'a à sa disposition. Personne encore n'a représenté ces nouveautés botaniques qu'on doit au savoir-faire et à la persévérance d'un obtenteur resté célèbre, Joseph Bory Latour-Marliac.

Monet va lui passer commande huit fois de 1894 à 1908. Au départ, il n'a pas encore conscience de ce qu'il est en train de faire. La première commande ne compte que trois variétés de nénuphars, l'un à fleurs jaunes parfumées ( Nymphaea odorata sulphurea grandiflora), un autre jaune, le Nymphaea flava, et un rose, Nymphaea Laydekeri Rosea, parfumé lui aussi.

Cette première sélection se voit bientôt complétée par d'autres variétés. Monet les cultive "sans songer à les peindre", dit-il. Jusqu'au jour où il sera ensorcelé par les sortilèges de son bassin… Il a créé, presque malgré lui, un chef-d'oeuvre horticole. Il va en tirer une infinité de chefs-d'oeuvre picturaux.

 

 

Le jardin du musée des impressionnismes Giverny

jardin du musée des impressionnismes Giverny

A quelques pas de la Fondation Monet, le musée des impressionnismes de Giverny possède un petit bijou de jardin. Et commme un bonheur n'arrive jamais seul, son accès est libre aux heures d'ouverture du musée. Il faut prendre la peine de le parcourir car il ne se révèle qu'au fil de la déambulation, dans un émerveillement qui se renouvelle à chaque pas.

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Le Pèlerinage de Giverny

Edouard Mortier Duc de Trévise Le pèlerinage à Giverny L'EchoppeLes éditions l'Echoppe se sont fait une spécialité de republier des textes anciens difficiles à trouver. C'est le cas de l'opuscule intitulé "Le Pèlerinage de Giverny" écrit par le duc de Trévise suite à ses visites à Claude Monet en 1920.  L'édition originale ne comptait que 200 exemplaires.

Le duc de Trévise, Edouard Mortier pour l'état-civil, se réjouissait de rencontrer le maître de Giverny :

Je ne relis pas sans émotion la petite invitation, écrite au crayon, que je viens de recevoir : c'est une chance peu commune que de voir vivant un homme immortel, que sa longue retraite, autant que son âge, ont isolé dans la brume.

Son âge ? Monet va fêter ses 80 ans à l'automne de cette même année, ce qui donnera l'occasion à Trévise de revenir le saluer. Pour l'heure, le visiteur admire le charisme de Monet à qui il reconnaît "l'aspect d'un chef, plein de vigueur, de simplicité, d'autorité. " Il note des détails qui le charment :

On observe, quand il vous la tend, que sa main émerge du large poignet plissé de sa chemise, et l'on approuve que, si jamais une main doive sortir ainsi d'une corolle, ce soit celle qui a peint tant de fleurs.

 Puis vient la visite du jardin. C'est Trévise qui rapporte le mot de Monet si souvent repris,  "Il me faut surtout avoir des fleurs, toujours, toujours." Lui aussi qui raconte qu'un "jardinier spécial, dans une petite barque, le matin", doit "tremper chaque feuille de nymphéas pour en ôter toute poussière".  Pour ce qui est de l'agencement du jardin lui-même, Trévise est un peu confus. Devant la maison, il voit

si l'on ose dire, un verger à la française : au-dessous et en bordure des arbres fruitiers qui ont été conservés, les fleurs sont innombrables et plusieurs jardiniers s'occupent à les entretenir, à les écheniller, à les changer plusieurs fois par saison. (…) Toutes ces fleurs sont rangées avec un ordre impeccable. 

Au bord d'une allée, Trévise observe "des stralidzias" qui "s'agglomèrent en bandes bleues". On se demande bien ce que c'est, peut-être des iris ? des camassias ? Mortier remarque aussi de tulipes "choisies sur les plus savants catalogues de Hollande et d'Angleterre", c'est donc que l'on est au printemps. 

Puis les deux hommes se mettent à parler peinture, et Trévise, peintre lui-même, se fait plus attentif. 

– Comment avez-vous pu renoncer à ces sortes de compositions claires et faciles, avec des personnages, où vous étiez si nouveau ? 

– Ma foi, j'y ai été amené pour une raison bien simple : cela ennui les gens de poser. 

-Maître, les critiques futurs proposeront, sauf celle-là, toutes les explications.

C'est encore Edouard Mortier qui raconte les péripéties de Femmes au jardin, du Déjeuner sur l'herbe, lui qui décrit les Grandes décorations et cite les commentaires de Monet sur les estampes japonaises. Une mine d'infos de première main. 

"Chez Claude Monet, Le pèlerinage de Giverny (1920)" Edouard Mortier, Duc de Trévise, Editions l'Echoppe, 9,60 euros.

Tulipe acuminata

tulipe-acuminata

Comment survivre à trop d'amour, et surtout trop de convoitise ? La tulipe acuminata (c'est-à-dire pointue) est une rescapée. Elle poussait autrefois dans la nature en Turquie, mais elle y a été tant prélevée qu'elle a disparu des milieux naturels. Au 15e siècle, le sultan en cultivait déjà à grands frais dans ses jardins, où il avait sans doute plusieurs variétés toutes rouges et toutes jaunes. Seule celle-ci, bicolore et peut-être issue d'un croisement spontané, nous est parvenue, sauvée par des Anglais. Les autres n'ont pas résisté au soulèvement du peuple turc en 1730. Excédés par les dépenses horticoles démesurées du sultan, les Turcs jetèrent leur souverain en prison et détruisirent ses jardins dédiés aux tulipes. 

Cette passion pour la tulipe fait penser à la tulipomanie qui sévit aux Pays-Bas à partir de 1634 et jusqu'en 1637. Mais les goûts différaient. Les Hollandais recherchaient les tulipes aux pétales larges et marbrés. Je n'ai pas trouvé trace de tulipe acuminata dans la peinture flamande de l'époque. Si vous en connaissez, merci de me laisser un petit mot. 

De nos jours, la tulipe acuminata ne fait pas l'objet de spéculation, mais elle reste un bulbe assez cher à l'achat et donc peu planté. L'avantage est qu'on peut la conserver d'une année sur l'autre, en principe. Elle fleurit parmi les derrnières, au début du mois de mai. Sa forme inhabituelle de flamme accroche le regard. Au cours de la journée, les tépales s'ouvrent dans une gestuelle dansante qui donne à cette tulipe un charme très particulier.

Myosotis

Myosotis bleu et tulipes roses et rouges à Giverny

Après le jaune des premières fleurs de printemps, les jonquilles, les primevères, vient le bleu des myosotis.

Devant la maison de Monet, les massifs sont des mousses légères d'où émergent les têtes de tulipes roses, rouges et corail.

Cette composition est un grand classique de l'horticulture, mais comment pourrait-on s'en lasser ? On rêve de la revoir au printemps suivant. A Giverny, la couleur des tulipes change un peu chaque année, histoire de créer un brin de surprise.

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La vallée d’Eure

D'un côté de la route on voit ceci :

Champ de colza et paysage printanier en vallée d'Eure, Normandie, France

Et de l'autre, on voit cela :

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De quoi est morte Alice Hoschedé – Monet ?

Alice Hoschedé Monet, seconde épouse de Claude Monet, et sa petite fille Lily Butler sur le pont japonais de Giverny, été 1910. Collection Monet, archives du musée Marmottan

Alice Hoschedé Monet, seconde épouse de Claude Monet, et sa petite-fille Lily Butler sur le pont japonais de Giverny, été 1910. Collection Monet, archives du musée Marmottan.

 

Claude Monet a eu la douleur d'être veuf à deux reprises. Alice Hoschedé, sa seconde épouse, s'est éteinte le 19 mai 1911, vaincue par une leucémie myéloïde. Les médecins étaient alors démunis devant ce cancer du sang et de la moelle osseuse. Assez rare, il se traite bien de nos jours par prise de médicaments.

Alice a d'abord souffert de fatigue et  de crise hépatique. Elle s'alite trois semaines dès janvier 1909. Le 6 septembre de la même année, elle confie à son journal intime :

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Les sortilèges des bois de Giverny

bois-jacinthes

Début avril, le ciel déverse son trop plein de bleu dans les bois.
Dans les collines de Giverny, des tapis de jacinthes sauvages se dépêchent de fleurir avant que les feuilles des arbres ne poussent et les maintiennent à l'ombre pour le reste de la saison.

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Les visites qui vont bien ensemble

Serre du jardin des plantes, ParisIl y a des visites qui se font écho et s'enrichissent mutuellement. Leur association peut être évidente, comme celle de Giverny et de l'Orangerie, ou plus inattendue, presque fortuite.

Il y a quinze jours je suis allée à Paris pour voir la très jolie exposition du musée Jacquemart-André intitulée "l'Atelier en plein air – Les impressionnistes en Normandie" (jusqu'au 25 juillet 2016). Et puis, juste pour le plaisir, j'ai fait un tour dans les serres du Jardin des Plantes, histoire de comparer avec celles de Kew.

Ce n'était pas délibéré, mais cette visite a pris tout son sens un peu plus tard, face aux jungles du Douanier Rousseau exposées à Orsay. Pour imaginer ses feuillages luxuriants, le Douanier venait chercher l'inspiration au Jardin des Plantes, dans les serres. On y retrouve les formes de feuilles étranges, découpées, gigantesques, qui apparaissent dans ses toiles, la même impression de profusion, de gigantisme et de moiteur.

Il devait y avoir du beau monde à cette époque au Jardin des Plantes. Les artistes animaliers le fréquentaient assidûment eux aussi, carnet de croquis à la main. On pourrait, pourquoi pas, associer la visite de la ménagerie au musée de Vernon, spécialisé dans l'art animalier.

Les rapprochements sont dans l'air du temps. C'est le thème de l'exposition Carambolages qui se tient jusqu'au 4 juillet au Grand Palais à Paris. Elle fait dialoguer des oeuvres de tous styles qui ont quelque chose à voir les unes avec les autres. Découvrir quel est ce lien, se laisser surprendre, c'est tout le charme et le pari de cette exposition.

La côte Sainte-Catherine à Rouen

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" Ici, vous êtes à l'endroit où Claude Monet est venu s'installer en 1892 pour peindre sa vue générale de Rouen", explique le panneau en quatre langues.

Du haut de la côte Sainte-Catherine, le panorama sur la vallée de la Seine a de quoi séduire les peintres. Le fleuve étend son ruban argenté coupé de ponts au pied d'un amphithéâtre de collines. Mais curieusement, le maître de Giverny a détourné son regard de la Seine pour se concentrer sur la ville. 

L'oeuvre, une pochade à laquelle Monet n'a consacré qu'une séance, est à voir au musée des Beaux-Arts de Rouen. Une exposition importante, "Manet, Renoir, Monet, Morisot… Scènes de la vie impressionniste" s'ouvre demain dans ce musée.

Fritillaire pintade

fritillaire-pintade à GivernyCette petite fleur pousse dans la nature, mais dans l'Eure il faut sûrement beaucoup de chance pour la découvrir, dans les milieux humides. Je n'en ai jamais vu de sauvage, alors qu'elle est courante au bord de la Loire.

Elle a été plantée un peu à l'écart dans les jardins de Monet, mais elle attire l'oeil. Les visiteurs de Giverny s'arrêtent tour à tour pour la nommer dans leur langue. 

Pour les francophones, c'est en général une fritillaire pintade, comme le veut aussi son nom botanique fritillaria meleagris, qui signifie à taches de pintade.

Mais à y regarder de près, (c'est-à-dire en comparant avec les petits points blancs qui parsèment le plumage des pintades) son autre nom paraît plus exact : la fritillaire damier, ou en allemand die Schachbrettblume, c'est à dire la fleur échiquier. 

Selon la littérature botanique, ces noms existent aussi en anglais (Chess Flower  et  Guinea-hen Flower). Mais le plus perturbant est celui que m'ont cité les personnes que j'accompagnais : Snake's Head, tête de serpent. Impossible qu'un nom aussi inquiétant se loge dans la mienne… à moins de se souvenir de l'analogie avec les écailles d'un serpent. Si l'on veut.  Le plus étrange est que sa graine est très toxique. Vénéneuse, à défaut d'être venimeuse. 

Impressions printanières

pelouse-fleurie , 

C'est le plus joli moment de l'année pour voir les pelouses du jardin de Monet, avant que les massifs ne leur volent la vedette. Le matin, la rosée fait scintiller le velours du gazon. Sur ce tapis de soie qu'on rêverait de fouler se dressent les silhouettes élancées des narcisses et des premières tulipes. Elégantes, apprêtées, elles ont l'air de débutantes hésitant à s'élancer sur la piste de danse pour leur premier bal.

Admirez au passage l'habileté du jardinier qui entretient cette pelouse avec une mini tondeuse en contournant les îlots de fleurs. 

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Giverny News a 10 ans

rose-ouverte

Ce billet, j'ai presque envie de ne pas l'écrire. Le titre, une rose pour célébrer, les pétales en métaphore des billets qui s'empilent, sortant du coeur pour finir dans l'oubli, et allez hop. Passons à la suite. 

Vous savez ce que ça fait, c'est comme tous les anniversaires. On le voit arriver, on n'en revient pas. Dix ans, mince ! On se replonge au premier jour, quand tout était tout neuf. Une naissance. Un bourgeon qui s'ouvre, une envie. Ces premiers temps où l'on ne sait pas où l'on va ni comment s'y prendre. Pas d'exemple à suivre. Un langage à inventer.

Puis, peu à peu, ce qui après coup apparaît comme une ligne éditoriale se dessine. Il y a ces sortes de promesses que l'on se fait à soi-même. Pour moi c'était : être positive. Montrer la beauté. Oser la poésie. Rester dans le thème. Je ne me suis pas affranchie souvent de ces règles. Quand je l'ai fait, je l'ai regretté. Preuve qu'elles me conviennent.

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Les Marguerites de Caillebotte

marguerites-mdigPour son ouverture, le musée des impressionnismes Giverny a soigné sa décoration florale. De grandes potées d'anthémis s'alignent le long de l'allée, tandis que des fleurs à corolles blanches ont été piquées un peu partout dans les topiaires et les massifs de lierre. 

Ce fleurissement est un hommage à Parterre de margueritesl'oeuvre de Gustave Caillebotte dont on espère qu'elle va bientôt faire son entrée dans les collections.

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Quoi de neuf à Giverny ?

ru-giverny

Le compte à rebours est lancé pour les jardiniers, le personnel de la boutique et pour de nombreuses personnes en lien avec le tourisme dans la région : la Fondation Monet rouvrira ses portes vendredi prochain, le 25 mars 2016, pour le week-end de Pâques.

(suite…)

Cher lecteur, ces textes et ces photos ne sont pas libres de droits.
Merci de respecter mon travail en ne les copiant pas sans mon accord.
Ariane.

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