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Giverny News

Le Blog d'Ariane,

mercredi 16 avril 2014

Effluves et fragrances

Couronne impérialeLe printemps lance les fleurs dans une compétition parfumée. Laquelle aura l'odeur la plus suave pour attirer les insectes ? Dans les jardins de Monet, le lilas est en pleine floraison, plus beau que jamais, en même temps que le laurier-tin, les jacinthes jaunes, le muguet, les giroflées, les narcisses, et quantité d'autres, dont les pics de parfum varient selon l'heure. C'est une fête pour l'odorat, on a envie de humer, de plonger son nez dans tous ces calices pleins de promesses.
Mais parfois ce n'est pas une délicate fragrance qui est au rendez-vous, à la façon des dragées surprises de Bertie Crochue. Et quand il s'agit d'identifier ce que l'on sent, les comparaisons les plus inattendues viennent à l'esprit.
Pour l'une de mes clientes hier, les fritillaires sentaient bizarre. Ils avaient une odeur de... "fox".
J'ai cru avoir mal entendu. "Phlox ?" "No, fox, F.O.X.," m'épelle-t-elle, et pour s'assurer de bien se faire comprendre, elle ajoute avec ce charmant accent américain qui me fait fondre, et le sourire malicieux de quelqu'un qui a plus d'un tour dans son sac et plus de vocabulaire qu'on ne le pense : "le renard".
Bon. Les fritillaires sentent le renard. Et même si je ne crois pas avoir jamais senti de renard, je suis heureuse de l'apprendre, car pour moi ils ne sentent rien du tout. Ce n'est pas la première fois que je suis confrontée aux limites de mon nez. D'autres visiteurs m'ont déjà dit qu'ils leur trouvaient une odeur désagréable. Et je sais aussi qu'en été, une autre plante sent la moufette ('skunk'), comme le petit Fleur de Bambi, ce qui est à peu près aussi flatteur que de la comparer à une odeur de putois.
Ces confrontations à des perceptions plus aiguës que les miennes me questionnent. Que voyons-nous du monde qui nous entoure ? Qu'en entendons-nous ? Y a-t-il un daltonisme des odeurs ? Peut-on voir mieux que les autres, comme peut-être c'était le cas de Monet ? Comment sent-on quand on est nez pour un parfumeur, comment goûte-t-on quand on est sommelier ? Et dans quelle pénombre des sens sommes-nous plongés à notre insu, pour la majorité d'entre nous ?

dimanche 13 avril 2014

Cathédrales à Rouen

Expo Cathédrales à RouenLa nouvelle exposition du musée des Beaux-Arts de Rouen a ouvert hier et va durer tout l'été. Intitulée "Cathédrales, un mythe moderne", elle décline le thème du monument gothique à travers les époques, de 1789 à 1914, du romantisme à la modernité.
L'exposition était déjà annoncée en janvier dernier, quand j'ai fait cette photo, avec comme tableau emblématique une cathédrale de Monet. Ce choix pourrait prêter à confusion, car la fameuse série a déjà été vue à Rouen où onze Cathédrales de Monet ont été réunies en 2010. Mais il s'agit de toute autre chose.
Le premier nom dans la liste des peintres exposés met sur la piste de l'intention de l'expo : Goethe !
Oui, le génie de la littérature allemande, celui que des générations de germanistes ont étudié en long et en large, du jeune Werther à Iphigénie, de Faust et Marguerite au Roi des aulnes. Goethe, tout comme Hugo, dessinait. Je grille de voir ce que cela donnait. Même si sur le plan artistique, il est probable qu'il soit surpassé par nombre des soixante artistes représentés.
L'expo 2014 du musée des Beaux-Arts de Rouen est le fruit d'une collaboration avec le Wallraf-Richartz Museum de Cologne. Elle s'inscrit dans le cadre du centenaire de la Première Guerre mondiale.
De chaque côté du Rhin, la cathédrale a pris au 19e siècle une valeur de symbole national, avec l'intérêt nouveau suscité par l'art monumental gothique, et elle est devenue une puissante source d'inspiration qui dure toujours.

jeudi 10 avril 2014

Quiz en noir et blanc

Noir et blanc

Qu'est-ce que c'est :
a) une image du ciel nocturne ?
b) des signaux en morse ?
c) des feuilles de nénuphar dans le soleil ?
Hmmm... c'est difficile...

Prendre des photos peut être la source de toutes sortes de jubilations qui tiennent de la quête et de la création. Parfois, j'ai plaisir à changer du registre des photos de fleurs et de jardin, à aller chercher du côté de l'abstraction. N'est-ce pas incroyable, cet aspect que peuvent prendre les nymphéas ? Ils sont une source infinie de surprises, comme le savait leur admirateur le plus fervent.

mardi 8 avril 2014

Calendrier Giverny 2015

Calendrier Giverny 2015 Ariane Cauderlier pour DuMont

Le calendrier 2015 sur les jardins de Monet édité par Dumont est déjà sorti !
C'est la quatrième année que je collabore avec cet éditeur allemand en tant que photographe.
L'arrivée du nouveau calendrier est à chaque fois une grande joie pour moi.
J'espère que les personnes qui en font usage la partagent, jour après jour. Quel merveilleux jardin...
Après deux années où le bassin aux nymphéas a été à l'honneur, c'est au tour du jardin de fleurs de faire la couverture, dans toute son exubérance du mois de juin.
Le calendrier est en vente dès à présent sur amazon, où vous pouvez en feuilleter toutes les pages.
Les noms des mois et les jours de la semaine sont en plusieurs langues dont le français.
Pour ceux qui aiment noter leurs rendez-vous sur leur calendrier, il y a plein de place pour écrire car il se déplie.
Et bien sûr, comme toujours, toutes les saisons sont représentées au fil de l'année.
A vous de choisir laquelle vous préférez...

lundi 7 avril 2014

Pâquerette

Pâquerette pomponnette à GivernyCette année les pâquerettes auront fleuri avant Pâques : le printemps est précoce et la fête tardive. Mais souvent, le début de la floraison des pâquerettes coïncide avec les fêtes pascales, et ces petits points de lumière dans les pelouses où vont tomber les oeufs en chocolat nous persuadent que cette fois, la belle saison a commencé.
Tout le monde connaît les pâquerettes spontanées, au coeur jaune entouré d'une couronne blanche, mais les pâquerettes horticoles en intriguent plus d'un. "Qu'est-ce que c'est ?" me demandent les visiteurs en pointant les petits pompons roses ou rouges qui animent les bordures du jardin de Monet. "Des pâquerettes ?" répètent-ils incrédules. Ils ont du mal à me croire, à faire coïncider leur image de la pâquerette toute plate avec cette chose bouffante et colorée.
J'anticipe cette réaction maintenant. Je précise "des pâquerettes de culture, des pomponnettes". Ca passe mieux.
Quand même, si j'osais... une expérience me tente. Allez, le prochain qui me le demande, je lui réponds sérieuse comme une papesse "Bellis perennis", le nom botanique de la belle vivace. Je mise sur l'impact de la Science. Je parie que la dénomination passera comme une lettre à la poste, sans susciter de controverse.

dimanche 6 avril 2014

Le père de Monet par Adolf Rinck

Claude Adolphe Monet par Adolphe Rinck, 1839Et voici sur l'autre mur de la chambre d'Alice à Giverny le père de Claude Monet, dont le prénom usuel était Adolphe.
C'est le pendant du portrait de Louise-Justine Aubrée, son épouse.
Le tableau a été exécuté lui aussi en 1839, un an avant la naissance de Claude Monet.
Adolf Rinck fait un portrait plutôt flatteur de cet homme de 39 ans : visage harmonieux, nez un peu busqué, bouche vermeille, collier de barbe très sombre, regard planté droit dans celui du spectateur. L'expression est indéchiffrable, mais ne révèle pas une grande fantaisie ni une immense bonté. Les traits se durciront avec le temps pour aboutir au visage presque caricatural peint par Monet, à la moue antipathique.
La main droite est posée sur le dos d'un livre, doigts en éventail. Difficile de voir dans l'ouvrage relié de cuir le symbole de son métier, puisqu'il était commerçant, mais on ne peut pas rater sa belle bague, ni l'épingle à cravate. La mise est distinguée, on sent l'aisance. Le petit Claude va grandir dans une famille bourgeoise. C'est le fils cadet de ce couple. Son frère Léon est né en 1836.

Claude Adolphe (1800-1871), père de Léon et de Claude Monet. Portrait par Adolf Rinck, 1839. Fondation Claude Monet, Giverny.

samedi 5 avril 2014

La mère de Claude Monet par Adolf Rinck

Adolf Rynck, Louise Justine Aubrée épouse de Claude Adolphe Monet, 1839 Louise Justine Aubrée (1805 - 1857) épouse de Claude Adolphe Monet. Portrait par Adolf Rinck, 1839. Fondation Claude Monet, Giverny.

Voici l'une des toiles accrochées depuis cette année dans la chambre d'Alice à Giverny.
En 1839, le peintre Adolphe Rinck exécute les portraits des - pas encore - parents de Claude Monet. L'année suivante, Rinck s'embarque pour la Louisiane, où il restera trente ans et se taillera une solide réputation de portraitiste.
Adolphe Rinck est né à Metz en 1802. Son père était officier dans l'armée de Hesse, on parlait sans doute allemand à la maison. Son éducation artistique le conduit d'abord à l'académie à Berlin, puis aux Beaux-Arts à Paris en 1835. Cette formation académique se lit dans le tableau que voici, où l'artiste s'est attaché à peaufiner le velouté de la peau, le soyeux de l'étoffe, la finesse de la broderie, tout en soignant la ressemblance.
Les tableaux des parents de Monet sont signés A. Rinck, ce qui simplifie le problème du prénom. Adolf, à l'allemande ? Adolphe, à la française ? Adolph, à l'anglaise ? Daniel Wildenstein, dans le tome 5 du catalogue raisonné de Monet, attribue ces portraits à Adolf Rinck. Soit.
Madame Monet porte une magnifique robe blanche ornée de tulle brodé. La taille est étroitement prise, on a l'impression d'apercevoir les baleines du corset par dessous. Sa coiffure lui fait comme un casque noir, qui met en valeur son teint très clair.
Louise semble jouer avec un bijou, dans un geste gracieux qui met en évidence la bague qu'elle porte à la main droite. Comme le tableau de son époux insiste également sur la main droite baguée, on peut imaginer que la paire de tableaux célèbre l'engagement des deux époux. Mais tout de même, en 1839, ils sont mariés depuis quatre ans.
Ce qui frappe peut-être le plus, c'est son regard qui s'échappe vers la gauche du tableau, comme pour couver des yeux son mari dans le pendant. Rinck avait en Louisiane la réputation de donner un air de douce rêverie aux personnes qui posaient pour lui. Cela s'applique tout-à-fait au portrait de maman Monet.

vendredi 4 avril 2014

La chambre de Blanche

Chambre de Blanche Hoschedé Monet, Giverny A l'étage de la maison de Monet à Giverny, une chambre vient d'être ouverte cette année. En plus de celles de Claude et d'Alice, que l'on traverse, le public peut embrasser du regard le petit univers intime de Blanche Hoschedé-Monet, la belle-fille de Monet la plus proche du peintre.
C'est un très joli travail de restitution qui a été fait à partir des éléments de mobilier déjà présents dans la maison. Le lit, le chevet et la commode sont ceux de Blanche, et des objets de décoration chinés avec soin reconstituent l'ambiance qui pouvait être celle de la chambre au début du 20e siècle.
Blanche était peintre. L'une de ses plus belles oeuvres, une Meule, effet de neige peinte à l'époque où Monet exécutait les siennes, est accrochée au mur. C'est un don de la famille Durand-Ruel fait à l'ouverture de la Fondation Monet. Ce tableau était il y a quelques années présenté dans la chambre de Monet.
D'autres oeuvres authentiques ornent les murs : face au lit, un très beau Manzana-Pissarro représentant une femme et son enfant, et dans un cadre ovale, le portrait d'un enfant signé Henri-Frédéric Schopin, qui comme vous le savez est un peintre.
La petite nature morte à droite de la cheminée est une copie d'une toile de Blanche qu'on peut voir au musée des impressionnismes de Giverny. De nombreuses photos de Blanche complètent l'ensemble.
Avec son pot de fleur sur l'appui de la fenêtre, la chambre a l'air habitée. Cette restitution est un bel hommage à l'ange bleu. De là où elle est, maintenant qu'elle est vraiment devenue un ange, je suis sûre qu'elle en est très heureuse. Il y a comme une joie qui flotte dans cette pièce, cela ne peut être qu'elle venue voleter par là, et qui se réjouit.

mercredi 2 avril 2014

Ouverture

Giverny à l'ouverture en 2014Voilà l'aspect du jardin de Monet hier premier avril pour le premier jour d'ouverture de la saison. Les massifs sont pleins de fleurs déjà, des tulipes, des pensées, des bulbes de toutes sortes, et c'est parti pour sept mois de floraisons sans interruption.
Dans les jardins, les visiteurs ne remarqueront sans doute pas beaucoup de changement - les travaux effectués se veulent aussi discrets que possible -, en revanche une belle surprise les attend dans la maison avec l'ouverture d'une pièce de plus : la chambre de Blanche Hoschedé-Monet, belle-fille de Claude à double titre. C'est une petite merveille délicatement reconstituée, en grande partie avec des meubles et des tableaux qui se trouvaient dans la maison.
Autre nouveauté, l'accrochage de deux toiles de grand format dans la chambre d'Alice. Ces portraits des parents de Claude Monet, peints avant sa naissance, sont eux-aussi sortis des réserves.
Si vous avez décidé de venir ces prochains jours, bonne visite !

vendredi 28 mars 2014

Impressionnisme américain

Eleanor, Frank W. BensonFrank W. Benson, Eleanor, 1901 - Huile sur toile, 76,2 × 64,1 cm Providence, Museum of Art, Rhode Island School of Design, don de la succession de Mme Gustav Radeke, 31.079 © Museum of Art, Rhode Island School of Design / Photo : Erik Gould

Vue de France, la situation des artistes féminines de l'impressionnisme fait curieusement écho au manque de visibilité dont pâtit l'impressionnisme américain. L'expo qui vient de s'ouvrir au musée des impressionnismes Giverny démontre avec force le talent de ces peintres méconnus du public français, qu'ils s'attachent au rendu de paysages d'hiver comme Twachtman ou à la lumière du plein été comme Benson.
Les plus familiers de ce côté de l'Atlantique, et l'expo leur fait une grande place, ce sont sans doute ceux qui se sont expatriés longuement en Europe, tels que James Whistler en premier lieu, puis Mary Cassatt et John Singer Sargent. Ils avaient su s'intégrer à la petite communauté des peintres d'avant-garde français, dont ils parlaient la langue. Monet, dans sa correspondance avec Whistler, lui témoigne son amitié. Sargent était un proche avec qui il allait peindre sur le motif. Cassatt s'était mis dans la poche Degas, pas toujours aussi misogyne qu'on pourrait le croire.
On découvre à l'expo de Giverny deux peintures nocturnes de Whistler qui ne rendent pas grand chose en photo, il faut les voir en vrai pour apprécier la finesse de coloriste de ce précurseur qui restitue des ambiances, dans d'étranges tableaux presque monochromes où il ne se passe rien.
Mais la plupart des impressionnismes américains ne firent que de courts séjours en Europe, voire pas du tout. Leur originalité est d'avoir adapté l'impressionnisme à leur continent, en mettant en scène à la fois les beautés de la nature nord-américaine, et l'optimisme d'une nation en plein essor. Tarbell et Benson s'illustrent par des représentations familiales en plein air où la critique verra l'incarnation de la femme du XXe siècle, gracieuse et décidée.
Ci-contre, le peintre Frank Benson a pris pour modèle sa fille Eleanor, qu'on voit grandir de tableau en tableau. L'utilisation de bleu dans les ombres du bras, par exemple, la touche hachurée et vibrante, les couleurs claires, le plein air, montrent l'adoption des principes de l'impressionnisme.

L'impressionnisme et les Américains, jusqu'au 29 juin 2014, Musée des Impressionnismes Giverny

mardi 25 mars 2014

Les femmes impressionnistes

Berthe Morisot, Psychée, 1876, Musée Thyssen Bornemisza de MadridBerthe Morisot, Psychée, 1876, Musée Thyssen Bornemisza de Madrid

Les impressionnistes n'étaient pas tous des hommes. Au moins quatre femmes contemporaines de Monet et Renoir ont fait partie de la même avant-garde, manifestant un immense talent et un grand sens de l'innovation. Ces grandes dames sont Berthe Morisot, Mary Cassatt, Eva Gonzalès, Marie Bracquemond.
Plus je découvre leur oeuvre, plus je suis émerveillée. Tenue par une main féminine, la brosse impressionniste se pare d'une grâce inégalée. Les toiles de Berthe Morisot irradient, avec une économie de moyens qui laisse bouche bée. Pourquoi ces femmes impressionnistes ne sont-elles pas plus connues ? L'avenir finira-t-il par rendre justice à ces immenses artistes qui vivaient dans un monde où la gent féminine était reléguée au second plan ?
Nos voisins allemands paraissent intéressés par la place des femmes dans l'impressionnisme. Après l'exposition de Brême (2006) qui s'intéressait à Camille, épouse et modèle de Claude Monet, c'est le musée Schirn de Francfort qui, en 2008, a mis en avant les femmes peintres, avec une exposition entièrement consacrée à mesdames Cassatt, Morisot, Gonzalès et Bracquemond qui est partie ensuite à San Francisco. Au passage, le Schirn a forgé un féminin à impressionnistes : 'Impressionistinnen', bien joli en allemand où l'on n'a pas peur des mots qui sont longs, mais impossible à transposer en français ni en anglais.
Il fallait une sacrée détermination pour oser, à la fin du 19e siècle, braver tous les interdits inhérents à la condition féminine pour devenir peintre. Et le soutien d'un milieu familial artistique n'était pas gagné d'avance.
Si les choses ne semblent pas avoir été trop difficiles pour l'Américaine Mary Cassatt, amie de Degas, qui a fait de longs séjours en Europe, il n'en a pas été de même pour Marie Bracquemond. Son époux le graveur Félix Bracquemond, moins doué qu'elle, n'a cessé de la railler, si bien qu'elle a fini par dire adieu à la peinture. Avec nos yeux du 21e siècle, on aurait préféré que ce soit à lui qu'elle dise adieu.
Berthe Morisot quant à elle intègre le clan Manet en épousant Eugène, le frère d'Edouard. Cette fois c'est Eugène, qui peignait lui aussi, qui va renoncer à son art, écrasé par les deux génies qui l'entouraient. Edma Morisot, la soeur de Berthe, abandonne elle-aussi la peinture après s'être mariée. On dirait qu'une bizarre compétition s'installe dans les familles, comme lorsque deux arbres plantés trop près se font de l'ombre.
On ne sait pas trop comment le mari d'Eva Gonzalès, le peintre Henri Guérard, considérait le travail de sa femme. La mort prématurée d'Eva à 34 ans a coupé court à toute compétition.
Chez Mary Cassatt, c'est la maladie qui a mis un terme à une longue et fructueuse carrière. Dépression, diabète, et surtout la perte de la vue lui font lâcher les pinceaux. De quatre ans plus jeune que Monet, elle est atteinte de la cataracte à peu près en même temps que lui : elle est aveugle en 1921, il se fait opérer en 1923. Ils vont mourir tous deux en 1926 à quelques mois d'écart, elle dans le noir, lui avec la vue recouvrée.

Pour ceux qui lisent l'allemand, un intéressant article du Stern sur l'expo de Francfort.

lundi 24 mars 2014

Premier tour

Mairie de VernonLes Vernonnais vont-ils élire un maire de 28 ans à la tête d'une ville de 26000 habitants ? Hier le jeune Sébastien Lecornu, candidat de l'UMP, a fait le meilleur score avec près de 32% des voix. Il est suivi par le maire sortant du mandat précédent, battu sur le fil il y a six ans, Jean-Luc Miraux, ex-UMP, qui totalise 26% des suffrages.
Je suis curieuse de voir ce qui va l'emporter au second tour de la jeunesse ou de l'expérience. C'est l'une de ces nombreuses interrogations sur le report des voix qui donnent de l'intérêt aux élections, et doivent alimenter les conversations ce matin. Par le passé, Vernon s'est singularisée plusieurs fois, en particulier par une pentagulaire (5 listes avaient passé la barre des 10% et s'étaient maintenues). Il y a six ans, la ville traditionnellement conservatrice s'est surprise elle-même en portant à sa tête un maire socialiste, Philippe Nguyen Thanh, salué à l'époque comme l'un des rares maires de France issu de l'immigration asiatique. Son bilan paraît controversé (17 % hier). Mais naturellement rien n'est joué, car le scrutin de ce 23 mars est marqué par une forte absention (40 %).

Et à Giverny ? La campagne et les élections n'ont pas manqué d'intérêt là non plus. Si certaines petites communes de France peinent à constituer une liste et à trouver une bonne volonté pour assumer la charge souvent ingrate de maire, à Giverny, pas moins de 32 personnes se sont portées candidates au conseil municipal cette fois-ci. C'est le signe des enjeux qui animent ce village pas comme les autres. Un autre signe en est le taux de participation très élevé, près de 82 %.
Au final, le suspense n'aura pas été très long puisque 12 candidats sur les 15 membres qui composeront le conseil municipal sont élus dès le premier tour. Le meilleur score revient à... un jardinier de la Fondation Monet, Yves Hergoualc'h, qui rassemble 181 voix, soit 10 de plus que le maire sortant Claude Landais, lui aussi réélu. Bravo Yves !

Photo : détail de la mairie de Vernon


Résultat des urnes : eh bien oui, Vernon a un maire de 28 ans, et le maire de Giverny garde son siège.

mercredi 12 mars 2014

Gleditsia

Gleditsia à Giverny Après un hiver doux, le soleil des derniers jours a convaincu la nature que le printemps est revenu. L'herbe pousse, les arbres bourgeonnent, les premières fleurs s'ouvrent, cloches dansantes des jonquilles, corolles roses des camélias.
Plutôt qu'à la mi-mai, le jardin de Monet pourrait bien avoir l'aspect de cette photo dès la fin avril, quand la glycine embaume, que les myosotis tapissent les bordures et que le gleditsia se décide à déplier ses feuilles d'un très joli vert-jaune, comme un éclat de soleil au-dessus de l'eau.
Le gleditsia, c'est cet arbre qui offre ses branches graphiques au bord du bassin de Giverny. Il s'agit ici de la variété "gleditsia triacanthos sunburst", un cultivar sans épine (inerme). C'est une sage précaution car ses cousins les féviers d'Amérique sauvages ont des piquants longs comme la main.
Dans la vraie vie, je veux dire là où il se sent chez lui, l'Est des Etats-Unis, le Canada, l'Afrique, le gleditsia peut atteindre les 30 mètres de haut. Cela paraît difficile à croire au vu de l'arbrisseau givernois, mais celui-ci n'a peut-être pas dit son dernier mot. Pour voir de belles photos de gleditsia, il faut le chercher sous son nom anglais, Honey Locust. Haut comme un érable, il est impressionnant.
Je n'ai pas remarqué que le petit gleditsia de Giverny produisit déjà des fèves. Peut-être que dans cinquante ans, les visiteurs seront intrigués par de larges gousses contenant des graines et une substance sucrée qui lui vaut son nom anglais un peu bizarre.
Mot à mot, Honey Locust veut dire "Miel Sauterelle". Il s'agit vraisemblablement d'une allusion à saint Jean-Baptiste, qui, selon l'évangile, survivait dans le désert en mangeant des sauterelles et du miel sauvage. On peut imaginer que les premiers colons qui s'installèrent en Amérique de Nord recherchaient de quoi se nourrir dans leur environnement. Ils eurent l'audace de goûter aux fruits de cette plante inconnue, lui trouvèrent une saveur douce comme le miel, et y virent un aliment providentiel digne d'une référence biblique.
C'est troublant de s'imaginer un instant dans la peau des premiers colons, tenaillés par la peur de mourir de faim, entourés de plantes sans nom, privés soudain de l'expérience accumulée au long des millénaires sur la façon d'utiliser la nature environnante pour subsister. En pensant au gleditsia, on comprend mieux Thanksgiving, la grande fête nord-américaine d'action de grâces pour avoir survécu à la première année de colonie.
J'aimais déjà beaucoup le petit gleditsia de Giverny, connaître la mémoire humaine qui s'attache à lui me le fait apprécier encore davantage...
Quant au nom de gleditsia lui-même, c'est un hommage au botaniste allemand Johann Gottlieb Gleditsch, qui fut directeur du jardin botanique de Berlin au 18e siècle. On lui doit des avancées décisives dans la compréhension de la reproduction sexuée des plantes et la nécessité de la fécondation du pistil par le pollen des étamines.

mercredi 5 mars 2014

Le pâtissier des impressionnistes

macarons Si les francophones devaient élire leur pièce de théâtre préférée, je parie que Cyrano de Bergerac serait sur le podium.
L'un des personnages secondaires du chef-d'oeuvre d'Edmond Rostand, le pâtissier Ragueneau, ressemble étrangement à un homme lié aux impressionnistes : Eugène Murer. Peut-être ce dernier lui a-t-il servi de modèle.
A Rouen, on évoque le souvenir de Murer à propos d'un établissement aujourd'hui disparu, l'hôtel du Dauphin et d'Espagne, au 4 - 6 place de la République. C'est là, dans le hall de l'hôtel, que l'ex-pâtissier et toujours amphitryon des peintres exposait à la fin de sa vie une partie de sa collection personnelle, riche notamment d'une trentaine de Renoir. Mais si on voulait trouver Murer, il valait mieux lui rendre visite à Auvers-sur-Oise. Il repose toujours dans le petit cimetière non loin des tombes des frères van Gogh.
Eugène Murer a passionnément collectionné les impressionnistes à une époque où ceux-ci ne trouvaient pas preneur. Les prix pratiqués étaient souvent très bas, mais peut-on lui en vouloir ? Je suppose qu'il avait de l'art une conception d'artisan à artisan, qui évaluait les toiles avec en référentiel le prix des choux à la crème et des macarons.
On l'a accusé d'avoir voulu spéculer, mais je me demande si ce n'est pas une critique après coup, une fois que les peintres impressionnistes ont eu acquis des galons. Car au moment où Murer échangeait des toiles contre un repas ou quelques dizaines de francs, nul n'aurait imaginé le succès futur de la nouvelle peinture. Il courait une plaisanterie méchante sur Murer, tournée ainsi par le journal Le Gaulois en janvier 1880 : « C'est moi qui fais la pâte, c'est le patron qui achète les croûtes, nous disait dernièrement un gâte-sauce. » Des croûtes... En bon pâtissier, Murer avait du goût, et du nez.

mardi 25 février 2014

Les belles normandes

Vaches normandesLes plus chics des vaches normandes jouent les stars à Paris ces jours-ci, sous les projecteurs du Salon de l'Agriculture. Je ne sais pas si elles ont tellement apprécié de monter à la capitale. A mon avis (et je pense en connaître un rayon en bovins, moi qui suis taureau) elles se languissent des vertes prairies de la Manche ou de l'Orne. Elles rêvent de retourner paître sous les ombrages, comme ici à Saint-Grégoire-du-Vièvre, dans l'ouest de l'Eure.
Le concours agricole parisien juge les bêtes sur leur conformation, c'est-à-dire sur leur physique qui doit correspondre aux critères de la race, mais pas seulement. Pour l'emporter, les concurrentes doivent aussi battre des records de production de lait, en quantité et en qualité. On mesure tout, notamment le pourcentage de protéine et de graisse, pour évaluer combien de beurre et de fromage la vache est capable de fournir.
La normande a un tempérament de championne. Il y a quelques décennies encore, on la disait bonne à tout. Bonne laitière, bonne race à viande, facile à vivre, fertile, rustique dans la douce humidité normande... Toutes ces qualités ont fini par lui jouer des tours. Bonne à tout bonne à rien, dit-on aujourd'hui, à l'heure de la spécialisation des races dans une fonction précise. La Prim'Holstein lui est passée devant, cette vache noire et blanche d'origine frisonne qu'on voit partout, à la production de lait hallucinante. Et même la Montbéliarde.
Reconnaître la normande est assez facile en général, quand elle arbore comme ici une robe constellée de petits points, et de belles taches sombres autour des yeux, comme des lunettes de soleil (des stars, on disait). Mais quelquefois la normande peut aussi avoir une robe unie. Ca complique. Pour s'y retrouver, il faut un oeil d'éleveur.
J'espère qu'on continuera encore longtemps à en voir en Normandie, car les grilles d'évaluation ne sont pas tout. Les vaches normandes font partie du terroir. Elles suivent le destin des hommes. Elles souffrent de leurs conflits. Il est rare qu'on pense à elles quand on évoque le Débarquement, pourtant un tiers du cheptel normand a disparu pendant la Seconde Guerre mondiale.

samedi 22 février 2014

Massif

Massif de fleurs à GivernyBien qu'il n'y ait rien dans les définitions du dictionnaire qui pousse dans ce sens, quand il s'agit de fleurs, on a plus envie de parler d'un massif quand elles forment une masse, et d'un parterre ou d'une plate-bande quand elles sont au ras du sol.
A Giverny, voici les gros coussins de fleurs qui ornent l'avant de la maison de Claude Monet de l'été aux gelées.
A droite, des pélargoniums rouges et roses entourés d'oeillets.
A gauche, une combinaison dense de bégonias, de balsamines et de capucines.
Une quantité de petites fleurs roses, orange et de feuillage cache complètement le sol.
De près, les feuilles des bégonias révèlent leurs nervures et leur verso rouge.
C'est un massif qui fait masse, mais une masse sculpturale, à l'arrondi bien dessiné, qui tranche avec les massifs échevelés qui commencent tout à côté, à l'arrière-plan, sous les structures des clématites.

vendredi 21 février 2014

Impressions sur pellicule

hélianthes à Giverny J'étais sûre d'avoir quelque part une photo de callicarpa, cet arbuste dont l'automne dévoile les baies d'un violet ahurissant. Certaine de la trouver rapidement, j'ai commencé à passer en revue les photos de la fin d'année 2013. Et j'ai été happée par la beauté du jardin.
C'est en hiver qu'on voit le mieux les photos de fleurs, quand on a l'oeil neuf et prêt à s'émerveiller. Tiens ! Ce jour-là il y avait de la brume, deux heures plus tard il n'y en avait plus. Tiens ! J'avais pris le téléobjectif, il en est résulté des cadrages nouveaux.
Je suis mes déambulations dans les allées à la recherche des plus beaux massifs. Je reconnais les clichés pris pour DuMont, ceux pour d'autres projets, et ceux que j'ai fait juste pour le plaisir. Je peux compter combien de fois j'ai tourné autour du bassin ou du clos, photos à l'appui. Tout-à-coup, celle-ci m'arrête et me scotche pendant de longues minutes.
Elle me fait penser à Anne Chrysotème, photographe passionnée du jardin de Monet. Sa façon de traiter le flou, les contrastes de couleurs, la lumière, l'atmosphère, en images qui sont toute impression poétique.
Ces derniers jours je n'ai cessé de penser à elle, avec une peine lourde d'impuissance. Dans sa lettre de début d'année, elle me donne des nouvelles de sa santé. Elle lutte, dans sa clinique du Nord de la France, contre plusieurs maladies invalidantes et contre les effets secondaires de leur traitement. Toutes les parties de son corps sont touchées, sauf le cerveau. Elle a la délicatesse de raconter ce combat avec humour, parce que c'est triste à pleurer. Une seule bonne nouvelle : elle se réjouit d'avoir arrêté la morphine prise pendant sept mois.
Mais peut-être que ce qui est le plus déchirant, c'est de la voir prendre des dispositions. Et j'ai su en lisant cela que le deuil est un processus étrange qui commence parfois quand les gens sont en vie, qui commence avec la conscience que certaines choses ne reviendront plus.
On apprend de la mort tout au long de la vie, par petites touches ou par grandes claques. Et sans doute avez-vous déjà fait l'expérience que la mort est d'une déconcertante multiplicité.
Les autres, puisque tant que nous sommes vivants c'est de la mort des autres qu'on parle, peuvent s'éteindre tout doucement ou vous faire le coup d'être tué avec une violence inouïe. Leur disparition peut vous plonger dans un abîme ou vous laisser dans l'indifférence. Vous savez qu'on peut croire qu'on ne s'en remettra jamais, et puis si, on survit. Qu'on peut s'imaginer qu'on ne ressent rien, et puis s'apercevoir que leur passage de l'autre côté s'est insinué en nous et nous habite jour après jour. Et vous savez aussi, sans doute, qu'on peut perdre les gens plusieurs fois, et qu'on ne sait pas si c'était la première étape qui était la plus douloureuse, ou la dernière.
De toutes ces morts qui nous accompagnent à mesure que l'on avance en âge, on retient quelque chose, comme si elle voulait se rendre familière à l'approche de la nôtre, se laisser cerner pour faire taire en nous la révolte.
Je ne sais ce qui, le moment venu, sera le plus difficile, de se dire que c'est fini ou de savoir la douleur qu'on inflige à ceux qui nous aiment. Mais pour mourir de sa belle mort, il faut avoir eu une belle vie, et avoir aimé assez pour mériter comme Claude Monet la sobre épitaphe : Regretté de tous.

Reflet de la Cathédrale de Boulogne sur Mer
La cathédrale de Boulogne-sur-Mer en reflet dans l'eau des douves du château, photo Anne Chrysotème

jeudi 20 février 2014

Giverny déchaîné

Le clos normand en hiver, Giverny Pour travailler plus facilement, les jardiniers de Giverny ont enlevé les chaînes et les piquets qui protègent d'habitude les massifs des pas des visiteurs. Et il a suffi de cela pour qu'on bascule dans autre chose. C'est le jardin tel que Monet pouvait le voir, lui qui en était le presque unique usager.
Toutes les allées gravillonnées sont ouvertes, offertes au regard, invitantes. Elles débouchent sur les allées en dur comme des ruisseaux dans la rivière. Entre elles, les massifs renflés cachent encore les trésors de couleurs qu'ils distribueront généreusement dans quelques semaines.
Tout paraît planté déjà. Le clos et le jardin d'eau sont juste un peu moins au garde-à-vous qu'en saison, quand ils sont constamment ratissés, balayés, soufflés.
Ces tâches reviendront, mais pour le moment les jardiniers en ont d'autres à accomplir. Ils s'affairent dans un va-et-vient de brouettes emplies de branchages ou de mauvaises herbes.
Ici on ne mulche pas, par souci esthétique, et sur le sol nu les sauvageonnes auraient vite fait de proliférer. "Vous aimez désherber, Ariane ?" Me voilà accroupie dans la grande allée, à arracher la véronique avec une joie secrète. Oserais-je l'avouer ? C'est comme un vieux rêve, celui de broder quelques tout petits points dans la grande tapisserie du jardin.

mercredi 19 février 2014

Les perce-neige de Giverny

Perce-neige et pensées bleues à GivernyDans les jardins de Monet, les clochettes des perce-neige ont surgi ça et là dans les massifs, où elles se mêlent aux premières pensées, au lierre ou au feuillage gris des lavandins.
D'où sortent ces jolies clochettes qu'on guette dès janvier, comme une promesse de l'arrivée prochaine du printemps ?
Qui aurait bien pu avoir l'idée d'en planter, alors qu'elles s'ouvrent toujours pendant la période de fermeture des jardins ?
Sont-elles les descendantes de perce-neige installées par Monet lui-même ?
Il est probable que personne n'a méthodiquement mis en terre ces petits bulbes qui se naturalisent si facilement dans la région.
Les fleurettes se propagent aussi par graines, allant jusqu'à se faufiler entre les marches des escaliers.
Elles se débrouillent si bien toutes seules qu'elles tapissent quelquefois les zones où elles se plaisent.
Si on voulait s'en débarrasser, on n'y arriverait pas.
Qu'importe le mystère de leur origine, elles sont bien jolies, même si pas grand monde ne les voit. "Les perce-neige, c'est pour les jardiniers", sourit l'un d'eux. Un petit plaisir égoïste pour ceux qui oeuvrent toute l'année à offrir des floraisons resplendissantes aux visiteurs.

samedi 15 février 2014

Calendrier Dumont Février 2014

Giverny

Voici la photo choisie par les éditions DuMont pour la page de février de "notre" calendrier sur les jardins de Claude Monet.
Dans mon navigateur elle apparaît un peu sombre. Une fois passée entre les mains magiques du graphiste de DuMont pour en adoucir les contrastes, agrandie sur papier glacé, elle est très belle et me fait beaucoup rêver à Giverny.
C'est le spectacle des premiers jours de la saison, quand le jardin est tout frais tout propre avec ses premières feuilles, ses premières fleurs qui déclinent les tons de jaune pour mieux plaire aux insectes. On devine que l'eau est froide encore. Au-dessus du pont japonais tendu comme un arc, la glycine fourbit ses bourgeons.
Toute cette énergie de la nature baigne dans la douce lumière laiteuse des matins du val de Seine, dégageant une harmonie si délicate qu'on a l'impression qu'un rien pourrait la briser. Mais non, le décor du printemps est là, imperturbable. On peut marcher dedans.
Je me languis de Giverny. J'irai voir bientôt où le jardin de Monet en est, et si les bergénias ont fleuri au pied des bambous.
Je sais bien que l'avancée de la floraison telle que sur la photo n'est pas pour tout de suite, même si les mini-jonquilles et les crocus se sont ouverts à ma fenêtre. Dans le jardin il faut attendre encore un peu que le soleil, comme un appel, tire les plantes hors de la terre, et les fleurs hors de leurs boutons.

vendredi 14 février 2014

Le printemps de Geneviève

Giverny par Geneviève Baud CaizerguesJ'espère que votre journée est placée sous le signe des fleurs, par exemple des roses rouges. En voici d'autres dans une harmonie de couleurs printanières, par massifs entiers. On sent la gaieté pétiller dans ce tableau, n'est-ce pas ? Elles sont partagées par Geneviève, dont vous avez déjà pu goûter à l'humour "piquant" et teinté d'auto-dérision. Un petit mot était joint à l'image :

Voici un "plat d'épinards" réalisé à l'huile à partir de l'une de vos photos. Tomates, radis, navets et chamallows accompagnent la verdure. En réalité les couleurs de la photo sont peut-être un peu plus saturées que celles du tableau, et j'ai un peu interverti l'ordre des fleurettes.

Pour ceux qui n'ont pas suivi, le plat d'épinards fait allusion à un commentaire de Tania sur le billet Flaubert. Des légumes comme ça, on en redemande. Et l'ordre des fleurettes, quelle importance... Vive la licence poétique, vive la liberté de peindre comme on veut !

Au passage, si vous aimez peindre, je vous rappelle que je suis ravie quand mes photos de Giverny vous inspirent, que ce soit celles de givernews.com, de giverny-impression.com, de giverny.org comme ici ou encore de ma galerie giverny-photo.com. Et c'est toujours une joie pour moi de voir votre travail. Merci Geneviève.

Enfin, pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïté, je rappelle à mes lecteurs chéris que les photos sont protégées par le code de la propriété intellectuelle, en langage international le copyright. Si vous voulez en faire un usage commercial, merci de me contacter pour en acquérir la licence d'utilisation.

Aux peintres, aux amoureux des jardins, aux amoureux tout court, douce Saint-Valentin.

samedi 8 février 2014

L'art américain est de retour !

John Singer Sargent - 
Lady Agnew de Lochnaw, 1892 John Singer Sargent - Lady Agnew de Lochnaw, 1892 - Huile sur toile, 127 × 101 cm - Édimbourg, Scottish National Gallery, NG 1656 © National Galleries of Scotland / Photo : A. Reeve

Le Musée Des Impressionnismes Giverny consacre son exposition de printemps à l'impressionnisme américain. En toute logique, celle-ci a été initiée par la Terra Foundation for American Art, toujours partenaire du musée givernois.
Dès le 28 mars, on pourra redécouvrir comment les artistes venus d'Outre-Atlantique à la fin du 19e siècle ont su faire leur la technique picturale défendue par Claude Monet et ses amis, avant de l'emporter dans leurs bagages.
L'exposition présentera 80 oeuvres, parmi lesquelles les habitués du musée reverront avec plaisir de très belles toiles de Mary Cassatt, Sargent, Whistler, Robinson, ou encore Tarbell. Mais la plupart des tableaux ne sont jamais venus à Giverny.
Le dossier de presse est accompagné d'une quinzaine d'images, qui promettent une très belle expo. On va se régaler de lumière, de scènes de plein air, de nonchalance bourgeoise, de toilettes élégantes, par la grâce d'une palette claire et d'une touche vibrante.
On recherchera ce qui est spécialement américain dans cette peinture-là. Le musée justifie le pluriel de son nom : l'impressionnisme a évolué en de nombreuses branches, et ses variations américaines ne sont pas les moindres.

jeudi 6 février 2014

Dates officielles d'ouverture à Giverny

Pensee blanche et mauve, coeur d'or Tada !!! Je le tiens de source sûre, et à moins de revirement de dernière minute (mais j'en doute) qui serait dû aux circonstances, à un printemps doux et très précoce par exemple, la Fondation Claude Monet ouvrira ses portes le... 1er avril 2014.
Oui, je sais, ce scoop sent le pétard mouillé. La date officielle d'ouverture est depuis toujours le 1er avril. Hommage aux carpes de l'étang, sans nul doute. A moins que ce ne soit en l'honneur de la saint Hugues.
Non, sérieusement, c'est le printemps givernois qui commande, et il ne se réveille guère avant le mois d'avril. C'est mieux qu'il y ait un minimum de fleurs et de couleurs à voir quand on vient visiter un jardin, vous ne trouvez pas ?
Alors voilà, "chez Monet", on ouvre à la date habituelle en 2014 : quelle info ! Pourquoi faire un billet là-dessus ? Parce que la question revient souvent.
Le doute plane pour deux raisons. D'une, l'an dernier, le week-end pascal tombait à cheval sur mars-avril, ce qui avait conduit à une ouverture anticipée exceptionnelle. De deux, cette année, le musée des impressionnismes ouvre dès le 28 mars, ce qui peut donner à penser que les jardins de Monet feront de même.
Pour ma part, je trouve que c'est bien de s'en tenir à la règle, et que l'exception reste exceptionnelle. Sinon on ne sait plus à quel saint se vouer.
Tous les voyageurs qui seront repartis de France avant le 1er avril et qui espéraient bien venir fin mars seront déçus. Chaque jour, hors-saison, on en rencontre quelques-uns dans les rues de Giverny, désolés de trouver porte close. Ils font peine d'avoir fait toute cette route avec ce rêve en tête, et de se cogner à un mur. Mais c'est une vraie question : faut-il ouvrir plus tôt, et pourquoi pas tout l'hiver ?
L'admirable, l'adorable maison de Claude Monet reste là, toujours aussi belle et intéressante. Vaut-elle à elle seule le voyage ? Comment étoffer un peu la visite pour ne pas qu'elle paraisse trop maigre ? Et que faire pour éviter la déception due à un jardin nu, qui n'a pas été dessiné pour l'intérêt hivernal ?
Ce serait un challenge de communication de ne pas survendre. Mais ce serait aussi offrir l'opportunité de goûter à un Giverny plus intime.

Photo du 3 avril 2013. Les pensées figurent parmi les premières fleurs du printemps.

jeudi 30 janvier 2014

Le profil du bourgeois

Statue de Flaubert à RouenEn photo comme en journalisme, tout est une question d'angle. Avez-vous reconnu les moustaches qui surmontent cette grosse bedaine ? Mais oui, ce sont celles de Gustave Flaubert. Sa statue s'élève entre les arbres de la jolie place des Carmes à Rouen.
Ce bronze est l'oeuvre d'un artiste d'origine russe, Léopold Bernard Bernstamm, qui l'a exécutée en 1907, donc un quart de siècle après la mort de Flaubert en 1880.
On ne peut pas parler d'un travail d'après nature, mais c'est bien l'écrivain rouennais tel que le décrit Anatole France :

Chauve et chevelu, le front ridé, l'oeil clair, les joues rouges, la moustache incolore et pensante (...) Il me tendit sa belle main de chef et d'artiste, me dit quelques bonnes paroles, et, dès lors, j'eus la douceur d'aimer l'homme que j'admirais. Gustave Flaubert était très bon. Il avait une prodigieuse capacité d'enthousiasme et de sympathie. C'est pourquoi il était toujours furieux. Il s'en allait en guerre à tout propos, ayant sans cesse une injure à venger.

Parmi les croisades perdues d'avance menées par l'écrivain figurait sa haine du prêt-à-penser rendue célèbre par son "Dictionnaire des idées reçues", un bêtisier trop mordant pour avoir pu être publié de son vivant. Mais curieusement aucun de ses aphorismes ne concerne le bourgeois, pour lequel Flaubert avait une aversion définitive qui transparaît dans nombre de ses écrits.

On ne peut être exaspéré que par ce que l'on fréquente de trop près. Or justement, à son corps défendant, Flaubert était un bourgeois lui-même. Regardez-le.
Dans son dernier ouvrage, le sociologue Jean-Claude Kaufmann s'est penché sur l'évolution de la silhouette à travers les âges. Au 19e siècle, l'embonpoint mesuré est "signe de puissance, de santé, et de distinction" et "permet d'affirmer que l'on peut, que l'on sait, profiter de la vie" à condition de savoir "exposer ses rondeurs d'une certaine manière, adopter un style, qui montre à tous que les formes abondantes ne sont pas assimilables au vulgaire".

Le bourgeois par exemple travaille le port de son ventre. Il l'affiche avec fierté, bien en avant, les épaules redressées pour mieux le mettre en valeur.

On pense au Portrait de Monsieur Bertin peint par Ingres en 1832 (Musée du Louvre). On pense aussi au Claude Monet de la maturité, qui posait pour la photo cambré, gilet ouvert, ventre saillant. Au 19e siècle, un bedon arrondi est donc chic. C'est bien ainsi que l'ont vu les admirateurs de Flaubert qui, en découvrant la statue de Bernstamm au Salon de 1906, ont décidé d'en faire don à la ville de Rouen.

mardi 28 janvier 2014

Glycine blanche

Glycine blanche à GivernyDe la glycine mauve ou de la blanche, il est bien difficile de dire laquelle est la plus belle. Claude Monet lui-même n'avait pas su choisir et avait planté les deux couleurs... Pour voir celle-ci en fleurs, il faut plutôt venir vers la mi-mai, même s'il est difficile de faire des pronostics.
A Giverny, la glycine blanche est plantée au-dessus du pont japonais, mais elle adore partir à l'assaut des alentours. Elle se hisse à des altitudes folles à la faveur des arbres. Elle est capable de franchir le chemin non seulement par dessus, en gracieuse guirlande, comme on le voit sur cette photo, mais aussi par-dessous, en torpille que rien n'arrête. Un beau jour une pousse têtue se forge un passage sous le goudron, émerge de l'autre côté, et ne se tient plus de joie. Elle grimpe, grimpe, comme pour faire concurrence aux bambous de l'autre côté du pont.
Les jardiniers l'ont à l'oeil, bien sûr. Ses velléités d'escapade sont à la merci de leur bon vouloir. Une année la glycine est autorisée à prendre ses aises, l'autre non...
La taille est indispensable pour ne pas fatiguer la plante, mais assez technique si on veut s'assurer d'une floraison maximale. Ensuite, il ne reste qu'à parier sur le temps, en espérant que la météo ne mijote pas un mauvais coup. Comme beaucoup de fleurs printanières, la glycine n'aime pas les gelées tardives.


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