Chez Clemenceau

Chez Clemenceau
Maison de Clemenceau à Saint-Vincent-sur-Jard, le salon

Claude Monet a rendu visite à son ami Georges Clemenceau une fois au moins dans sa maison de villégiature en Vendée. Le séjour du peintre à Saint-Vincent-sur-Jard se déroule du 4 au 11 octobre 1921, Monet a donc 80 ans bien sonnés, et Clemenceau vient de fêter lui aussi ses quatre fois vingt ans.

Malgré l’espoir du Tigre de voir son ami peindre le paysage qui lui est cher, on ne connaît pas de toiles de Monet à Belébat. Les lieux ont en revanche inspiré Blanche, la belle-fille de Monet, qui les a pris pour motifs au cours de ses séjours successifs chez Clemenceau.

Chez Clemenceau
La maison de Belébat en Vendée, devenue Musée Clemenceau

Il faut aujourd’hui cinq bonnes heures pour aller en voiture de Giverny jusqu’en Vendée. En 1921, cela devait être une expédition, dans laquelle Monet hésitait sans doute à s’embarquer. Quand il se décide, Clemenceau est locataire de Belébat depuis deux ans. Ce dernier est ravi :

Donc, tout est bien. Le 4 à midi vous ferez votre entrée dans le sable où j’espère bien vous enliser. J’ai deux petites chambres pour vous et l’ange bleu qui trouvera de l’espace pour déployer ses ailes. Votre fils sera logé dans une agréable maison…

Car Michel est du voyage, c’est lui qui conduit l’automobile, pour laquelle Clemenceau a prévu « un garage de fortune à côté de la mienne ».

Chez Clemenceau
Les chambres d’amis, très simples, ouvrent sur le jardin et l’océan.

Nul doute que dès son arrivée, Monet a compris le coup de coeur de son ami pour cet endroit. L’emplacement est magnifique, grand ouvert sur le large. La maison est simple, « une bicoque » selon son propriétaire, le commandant Amédée Luce de Trémont. Elle convient parfaitement à Clemenceau qui en fait un lieu très personnel. Partout, des objets extraordinaires rapportés de ses voyages autour du monde, et qui ne sont qu’une infime partie des collections rassemblées puis dispersées au cours de sa vie.

Chez Clemenceau
Le bureau de Clemenceau

Le visiteur se sent très bien à Belébat. Il y flotte encore quelque chose de l’énergie du Tigre, son éclectisme, son humour, son insatiable curiosité… Des milliers de livres sont alignés sur les étagères de la bibliothèque. Loin des bruits du monde, c’est une retraite parfaite pour penser, écrire et recevoir ses amis.

Dernière passion de cet homme décidément infatigable, le jardin créé par Clemenceau envers et contre tout, avec l’appui de Monet. Il compte de nombreuses vivaces, gauras, roses trémières, rudbeckias, céanothes, et donne envie de revenir à la belle saison.

Chez Clemenceau
La cuisine où régnait Clotilde, la cuisinière

Claude Monet critique d’art

Claude Monet critique d'art
Titien, Portrait de François Premier, musée du Louvre, en prêt au musée d’Evreux

C’est tout le mérite de Marc Elder d’avoir fait parler Monet à propos de la peinture des maîtres qui l’ont précédé. Dans son livre A Giverny chez Claude Monet, deux pages avant l’épisode Daumier, Monet évoque l’émotion qui l’a saisi face aux chefs-d’oeuvre du musée du Prado à Madrid.

Le Prado ! Quel musée ! Le plus beau de ceux que je connais. Quand je me suis trouvé dans ces salles, au milieu des Titiens, des Rubens, des Velasquez, des Tintorets qu’on dirait faits d’hier, qui éclatent de force, de lumière, de couleur, l’émotion m’a empoigné au coeur, à la gorge, et j’ai pleuré, pleuré sans pouvoir me contenir… (…) Que voulez-vous, c’était plus fort que moi….

Marc Elder est un interlocuteur de choix pour Monet : il est conservateur de musée. Il s’y entend en peinture. C’est ce qui incite Monet à poursuivre, avec une grande modestie :

Quels colosses à côté de nous ces grands peintres !… J’ai vu à Venise, un fragment du Tintoret, par terre, là, sous mes yeux… Etourdissant ! Chaque morceau vous donne le coup dans l’estomac !… Et Titien, ce n’est qu’une gloire !… Croyez-vous qu’il est beau son François Ier du Louvre, avec ce nez prodigieux qui est tout le portrait, tout le tableau… Ah ! comme on l’aurait refusé au Salon celui-là !

Une phrase comme celle-ci intrigue, n’est-ce pas ? Elle donne une irrésistible envie de revoir ce portrait célèbre. Rien de plus facile aujourd’hui par le miracle de l’internet. En effet, quel nez…

J’en étais là, face à cette image reproduite à l’infini sur l’écran de l’ordi, et je n’aurais sans doute pas écrit une ligne sur cette histoire, sur l’émotivité positive de Monet, si une jolie coïncidence n’était venue m’en donner l’élan. Le même jour, un site de tourisme normand m’apprend qu’une exposition vient d’ouvrir à Evreux : « Autour du Portrait de François Ier par Titien » ! La toile du musée du Louvre est exceptionnellement dans la capitale de l’Eure, dans le cadre de l’opération « Catalogue des désirs » pilotée par le ministère de la Culture. L’idée est de « faire circuler au sein des territoires les chefs-d’oeuvre des collections nationales françaises. »

A peine plus tard, me voilà donc en face de l’oeuvre sublime mise en valeur par le musée d’Evreux. Elle rayonne. Le nez s’étale en pleine toile, magnifique. Monet avait raison : dans le jeu des couleurs naturelles du tableau, on ne voit que lui. Cela pourrait suggérer la caricature, mais c’est le contraire qui se produit : il y a de la superbe dans ce nez royal.

L’exposition explique que Titien a travaillé d’après une médaille de Cellini, c’est pourquoi il a exécuté un portrait de profil et non de trois-quart. La médaille originale est là, en vitrine. C’est un tour de force d’avoir su en tirer ce grand tableau plein de vie.

Devant l’oeuvre, je me laisse prendre par le mystère de la peinture. J’essaie de voir le portrait avec les yeux de Monet, de ressentir ce qu’il ressentait. Je ne pleure pas, mais la force de la toile me saisit. Je pense au clin d’oeil de là-haut qui m’a conduite devant. C’est comme une leçon de peinture, une voix dans l’ombre qui dirait « Tu vois ».

Exposition « Par quatre chemins – Autour du Portrait de François Ier par Titien (1539) » Musée d’Art, Histoire et Archéologie d’Evreux du mardi au dimanche jusqu’au 5 mai 2019. Entrée libre.

Monet et Daumier

Monet et Daumier
Claude Monet W 85 Le Jardin de l’Infante, 1867, huile sur toile
91 x 62 cm, Art Museum, Oberlin (Ohio).

Il est douloureux d’être rejeté comme le furent les impressionnistes à leurs débuts. Moqués par la critique, refusés par le jury du Salon, ignorés des collectionneurs, ils ont fait preuve d’un courage phénoménal pour tracer leur route malgré tout et donner une nouvelle impulsion à la peinture. Mais être rejeté par qui l’on admire est une douleur encore bien pire. C’est un coup qui porte jusqu’au tréfonds de l’être.

Au soir de sa vie, Monet se confie à l’écrivain Marc Elder, qui tire un livre de ces entretiens, « A Giverny chez Claude Monet ». Et voilà qu’au détour d’un échange sur Ingres ressurgit un souvenir terrible :

Etre compris, encouragé par cet homme, quelle impulsion c’eût été pour moi, pour nous tous !.. Hélas ! ce sont ceux dont l’éloge aurait eu le plus de prix qui furent toujours hostiles aux impressionnistes.

Ingres ne les a pas compris, pas plus que Corot :

Corot, le père Corot, un grand peintre, n’a jamais senti la valeur de notre effort… Troublant, n’est-ce pas ? Et triste !… Tenez, je vais vous dire la plus grande douleur de ma vie, la plus grande, qui me fait encore mal certains jours après des ans et des ans…

Pour comprendre toute la douleur de Monet, il faut se souvenir qu’il avait commencé sa carrière à l’adolescence en faisant des caricatures. Il s’entraînait à copier celles qui paraissaient dans les journaux, puis improvisait sur les personnalités de sa ville du Havre. L’épisode qu’il relate à Elder se déroule en 1867 à Paris, alors que Monet n’a que 26 ans.

Latouche, un petit marchand de couleurs qui marquait de la sympathie à notre groupe, exposait parfois nos peintures. Le soir, souvent, nous nous retrouvions dans sa boutique. C’était un lieu de rendez-vous, une parlotte. Je venais d’achever le Jardin de l’Infante. Je le lui portai : il le mit en vitrine. Du magasin on pouvait surveiller les passants, leurs mines, leurs grimaces. C’est ainsi que je vis venir Daumier. Il s’arrêta, fit un haut-le-corps, poussa la porte :

« Latouche, cria-t-il d’une voix forte, vous n’allez pas retirer cette horreur de votre montre ? « 

Je pâlis, j’étouffai comme sous un coup de poing appliqué au coeur. Daumier ! le grand Daumier ! Un dieu pour moi !… J’avais attendu son verdict en tremblant. Et voilà le camouflet…

Les éloges et les encouragements de Diaz quelques minutes plus tard n’y changeront rien. « Diaz, c’était Diaz, tandis que Daumier…! »

La mairie de Giverny

La mairie de Giverny

Au moment de sa construction, en 1868, la mairie de Giverny était une mairie-école, comme dans de très nombreuses petites communes. Ce n’est qu’en 1995 qu’une nouvelle école a été bâtie sur le terrain adjacent.

L’édifice affiche aujourd’hui une certaine rusticité avec ses quatre façades en pierres de Vernon. Les moellons de tailles irrégulières sont posés en lignes pas toujours très droites. Cela n’avait pas d’importance car ils étaient faits pour être cachés.

Au départ, seules les pierres d’angle devaient rester visibles. Le reste des façades était recouvert d’un enduit de plâtre, comme cela se pratiquait beaucoup en ville et dans les zones rurales. Selon le Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement des Yvelines toutes proches (CAUE 78), qui s’est penché sur les enduits extérieurs au plâtre en Ile-de-France, on utilisait un mélange de plâtre gros, de chaux grasse, de sable et d’eau. La couleur était souvent donnée par le sable ou des pigments, ce qui avait l’avantage de conserver à l’enduit ses propriétés respirantes.

Puis est venu un temps, après la Deuxième Guerre mondiale, où l’on a trouvé dommage de masquer un matériau noble comme la pierre par un autre jugé moins noble comme le plâtre. On a procédé à la dépose de l’enduit d’origine.

La mairie elle-même, avec ses deux frontons triangulaires placés au-dessus des portes comme des sourcils levés, n’a pas l’air d’en revenir.

Par les rues de Giverny

Par les rues de Giverny
Rue du Château d’eau, Giverny

A Giverny, la rue du Château d’eau s’élance en pente assez raide à l’assaut de la colline. En quelques pas on a déjà une belle vue par dessus les toits, sur les prés et les champs traversés par l’Epte. La Seine coule tout au fond, au pied de l’autre colline.

Comme nous, la rue s’essoufle vite. Elle abandonne rapidement ses velléités d’ascension pour se transformer en étroit chemin, lequel, on l’aura deviné, conduit au réservoir d’eau du village, et au-delà jusqu’à la crête pour
les marcheurs les plus déterminés.

Les maisons qui se trouvent en bas du pré, sur la photo, sont situées rue Claude Monet, l’artère qui traverse presque tout le village de Giverny selon un axe est-ouest parallèle à la vallée. La Fondation Monet est à quelques pas sur la droite.

L’écureuil roux

L'écureuil roux

Malgré l’afflux de visiteurs dans les jardins de Monet, les écureuils roux n’ont pas déserté Giverny. Il m’est arrivé par deux fois d’en apercevoir un au jardin d’eau, attiré sans doute par les faînes du hêtre pourpre. Mais ce sont des animaux sauvages et craintifs. Ils gardent leurs distances.

Voir un écureuil roux est finalement si rare que c’est une joie, un cadeau offert par la nature. Un peu comme apercevoir des dauphins en mer, des chamois en montagne.

L'écureuil roux

Depuis une dizaine de jours ce petit moment de bonheur m’arrive tous les matins. Assise à l’ordi face à la fenêtre, je perçois soudain un mouvement. C’est l’écureuil qui vient faire sa tournée dans mon jardin.

Selon le muséum d’histoire naturelle, l’écureuil roux peut passer jusqu’à 80% de son temps à chercher de la nourriture. Même s’il n’est pas faux qu’il aime les noisettes, son alimentation est très variée : graines, bourgeons, écorce même, escargots, tout y passe. Celui-ci monte aux tilleuls, en redescend, gratte le sol puis se frotte les pattes pour en retirer la terre, et déjà il a filé. Il bondit, suit le faîte du mur, saute encore, léger et vif. On se sent pesant à côté. Un peu comme un éléphant qui contemplerait les pirouettes d’une danseuse.

L'écureuil roux

Il y a dans l’agitation charmante de cette boule de poils quelque chose d’hypnotique. On ne quitte pas des yeux ses évolutions rapides et légères. L’écureuil vit sa vie. Il a l’air d’avoir un plan, de savoir ce qu’il fait. Mon jardin est son espace. Il le connaît mieux que moi. Lui et moi y cohabitons en parallèle. Les animaux sauvages sont en général si discrets que l’être humain a tendance à se croire tout seul.

Effet du matin

Lever de soleil sur la Seine
Lever de soleil sur la Seine près de Giverny

Mais comment faisait Monet pour peindre ses tableaux d’effets de lumière ? La théorie, on la connaît : se lever avant le jour, être au motif au moment où l’aube pointe, capter les couleurs aussi vite que possible, changer de tableau chaque fois que les teintes évoluent, et revenir le lendemain continuer son oeuvre, en espérant que les effets seront au rendez-vous.

Mais il faut se frotter à la pratique pour saisir toute la difficulté de l’opération. Un peu comme les archéologues qui essaient de comprendre les techniques du passé en les expérimentant, c’est en mettant ses pas dans ceux de Monet qu’on perçoit le challenge.

Beaucoup d’efforts s’engagent sur un pari, celui que la lumière sera belle, que l’effet sera là. La veille on a réglé le réveil une heure avant le jour, évalué la météo. On se lève alors que le ciel est noir, indéchiffrable. On s’habille en mode pôle nord, on prépare ses affaires, et c’est parti.

Il m’est arrivé que l’expédition capote dès la porte de la maison. A peine dehors, je constate dépitée qu’en fait il bruine. J’imagine comme Monet aurait ragé. Il ne disposait pas de Météo France. Savait-il prédire le temps du lendemain ?

Mais mettons que les prévisions aient vu juste. L’Est blanchit. J’avoue que je triche un peu : je m’approche du motif en voiture. Je ne peins pas à l’huile, mon matériel se résume à un appareil photo.

L’air est vif, le sol boueux glisse. Où le soleil va-t-il se lever ? Certainement Monet faisait un repérage préalable pour trouver l’angle idéal. Il ne pouvait pas en essayer trente-six comme un photographe, et il lui fallait du temps pour s’installer avant l’effet.

La gageure, c’est d’espérer retrouver le même effet plusieurs fois pour achever la toile, car chaque jour est différent. Tantôt le ciel se donne à fond, tantôt il s’économise. Que faisait Monet les jours où le spectacle était décidément moins beau que la veille ? Est-ce qu’il arrivait à voir des merveilles bleutées là où je ne vois que du gris ?

On comprend qu’il ait souffert de découragement quand la nature ne jouait pas le jeu, encore et encore, malgré sa persévérance à être fidèle au rendez-vous. Mais ce qui est très perceptible aussi, c’est l’exaltation qu’il devait ressentir quand elle décidait de sortir le grand jeu.

Le ciel est si beau que la fièvre me gagne. Eblouie par le show, je m’applique. Dans un contre la montre effréné je multiplie les réglages et les cadrages. Ces couleurs splendides sont un cadeau du ciel, au sens propre.

Quand on a goûté à cette magie, c’est une drogue. Elle est assez puissante pour motiver quiconque à sortir de son lit dans l’espoir de cette rencontre absolue entre la nature et nos yeux d’humains.

Chez Zadkine

Chez Zadkine
Les ateliers et le jardin de Zadkine à Paris

On vient à Giverny pour découvrir le lieu où vécut Claude Monet et qui fut sa source d’inspiration, mais les tableaux sont ailleurs. A Auvers-sur-Oise, on découvre la dernière chambre de van Gogh, d’une humilité monacale, et les paysages qu’il a représentés. Pas de toiles non plus. Le lien entre la résidence de l’artiste et l’exposition de son oeuvre fluctue selon les artistes, d’un musée à l’autre, entre le rien du tout d’Auvers et la richesse remarquable de la maison de Rodin à Meudon ou du musée Courbet à Ornans.

Chez Zadkine
La maison de Zadkine et de sa femme Valentine Prax

J’étais curieuse de découvrir l’atelier d’Ossip Zadkine, le sculpteur qui a réalisé le monument à van Gogh d’Auvers-sur-Oise. Il se trouve au 100 bis rue d’Assas à Paris, entre le Quartier latin et Montparnasse.

Comme chez Delacroix, la résidence de Zadkine est au calme, derrière la rangée d’immeubles sur rue qui dissimule et protège. Au bout de l’impasse, une maison à un seul étage, un peu anachronique au milieu des programmes immobiliers qui l’entourent. C’est tellement caché qu’on s’imagine qu’on sera seul. En fait non : c’est si petit que quinze personnes donnent une impression de foule.

Chez Zadkine

Les espaces de vie et de travail ont été transformés en salles d’exposition. On peut regretter la disparition des meubles, mais en contre -partie le visiteur est gratifié d’une magnifique présentation d’oeuvres originales abouties sculptées en taille directe par Zadkine : des bois, des pierres qui expriment la diversité de ses recherches artistiques et son sens de la matière. L’émotion jaillit devant la beauté de ces sculptures qui font figure aujourd’hui de classiques, où la figure humaine est omniprésente.

Chez Zadkine

Dans le jardin, les bronzes ont trouvé place sous les sycomores.

Peintre de plein air

Peintre de plein air
Statue de Vincent van Gogh par Ossip Zadkine, Auvers-sur-Oise

A une heure de route de Giverny, la petite ville d’Auvers-sur-Oise a elle aussi été une colonie d’artistes florissante, dès que les peintres ont commencé à vouloir travailler en plein air au 19e siècle. Le bref séjour qu’y fit Vincent van Gogh éclipse un peu celui de Daubigny, qui y vécut pendant 18 ans. Tous deux encadrent le mouvement impressionniste : Daubigny le précède, van Gogh le suit.

L’un comme l’autre adoraient peindre sur le motif, ce qui impliquait d’emporter son matériel avec soi. Chevalet, boîte de peinture, brosses, médium à peindre, toiles pouvaient peser une douzaine de kilos.

Dans le parc van Gogh d’Auvers s’élève une statue de Vincent. Le sculpteur Ossip Zadkine l’a représenté comme les Auversois devaient le voir en 1890, en train de sillonner les rues et les champs avec tout son barda sur le dos.

Peintre de plein air

Statue de Vincent van Gogh par Ossip Zadkine, Auvers-sur-Oise

Quand on regarde l’arrière de la statue, on comprend que tout ce matériel était non seulement lourd mais aussi encombrant, surtout une fois les toiles couvertes de peinture fraîche. Cela ne devait pas être commode à porter.

Bienveillance

Bienveillance

Les guides sont des médiateurs, qui essaient de faire capter l’âme d’un lieu, d’un objet, d’une histoire. Dans cet effort pour donner à percevoir, je m’applique à la bienveillance. Beaucoup de mes collègues sont dans cet état d’esprit, mais pas tous. J’ai suivi des visites de guides narquois qui moquaient les coutumes d’autrefois ou la vie privée d’un personnage illustre. Ces visites m’ont mise mal à l’aise.

La tentation est grande de faire rire pour s’attirer les faveurs de son public. On peut faire rire de bien des façons, tant que personne n’est blessé. Mais faire rire aux dépens des gens du passé est leur manquer de respect, et qui sommes nous pour nous croire supérieurs ?

Depuis que je fais des formations sur Giverny, je milite pour que mes collègues parlent un peu plus du jardin de Monet, et pas seulement de sa biographie. Le peintre aimait s’effacer derrière son oeuvre. Si Giverny est son lieu de vie, c’est aussi une oeuvre d’art horticole éblouissante et unique, qui demande à être commentée pour bien la voir.

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Gentil gendarme

Gentil gendarme
Gendarme sur une rose trémière à Giverny

Pyrrhocore, c’est le nom savant de ce petit insecte très répandu dans les jardins. La pauvre bête est un vrai défi orthographique, pas étonnant que tout le monde préfère l’appeler par son nom populaire de gendarme. Voilà belle lurette que les forces de l’ordre ont changé d’uniforme. Le pyrrhocore a gardé le sien. Le nom est resté.

Aussi inoffensif qu’une coccinelle et paré des mêmes couleurs, le gentil gendarme n’a hélas pour lui pas la même cote d’amour que la bête à bon dieu. Même s’il lui arrive de se nourrir de pucerons, notre gratitude est limitée. D’ailleurs il aime surtout les fleurs de la famille des mauves et le tilleul.

Il ne pique pas, il ne sent pas, il ne fait pas de bruit, il nettoie le jardin de petits débris. On pourrait même le trouver joli avec son masque étrange. Mais à la différence des coccinelles européennes qui se promènent toutes seules, le gendarme préfère rester en groupe. Et la tolérance humaine envers les insectes est inversement proportionnelle à leur nombre.

Il serait temps qu’on se calme, qu’on réapprenne à partager la planète avec les autres espèces avant qu’il soit trop tard. Dans les jardins de Giverny, on protège la biodiversité. Toutes les petites bêtes y ont droit de cité.

Plage et falaise à Pourville

Plage et falaise à Pourville
Claude Monet 1882 Plage et falaise à Pourville, huile sur toile, collection particulière

Cela fait toujours plaisir d’admirer un Monet peu connu, que ce soit en vrai ou en reproduction. Celui-ci figure en noir et blanc dans le catalogue raisonné. Il est sorti de l’ombre en 2017 à l’occasion de sa vente publique. Estimé entre 2 et 3 millions d’euros, il a été adjugé à 4,2 millions à un collectionneur français.

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Bégonia vivace

Begonia grandis, begonia vivace

Quand on parle de bégonias, l’image qui nous vient est celle de fleurettes estivales et sensibles au froid. On n’a pas tellement l’habitude d’associer au bégonia l’idée d’une grande plante vivace.

Il en existe pourtant qui acceptent de passer l’hiver dehors. C’est ainsi que le bégonia grandis tranche dans la famille. Comme son nom l’indique, il atteint des hauteurs intéressantes, plus d’un mètre de haut à Giverny, et il fleurit très longtemps : de juillet jusqu’aux premières gelées, aux alentours de novembre. La partie aérienne de la plante se flétrit alors, tandis que la vie se retire sous terre.  

Devant la maison de Monet, sous le pommier du Japon, les bégonias grandis créent pendant tout l’été et l’automne une grande masse rose, associés à des balsamines et des fuchsias. Au printemps, en attendant que les bégonias sortent de terre, le massif est garni de tulipes blanches et de giroflées jaunes, bordées de pâquerettes doubles, et piqué ça et là de primevères candélabres. 

700 000 visiteurs chez Monet !

 Visiteurs sur le pont de Monet à GivernyCes huit personnes font partie des 696 556 visiteurs qui ont parcouru les allées des jardins de Monet en 2018. Ce chiffre hallucinant marque un bond en avant par rapport au précédent record, enregistré l’an dernier : 638 000 visiteurs. Rien de tel qu’une météo radieuse pour donner envie d’aller visiter un jardin. Et l’un de ceux qui font le plus rêver, c’est celui de Monet, grâce à l’ambiance hypnotique que ses tableaux ont fait connaître partout dans le monde.

« Qu’est-ce qu’il y a comme étrangers ! » remarquent les Français, pas toujours habitués à fréquenter des lieux aussi touristiques. Et c’est vrai, nous sommes en minorité : seulement 46 % des visiteurs viennent de l’Hexagone.

Les visiteurs de proximité sont tout de même nombreux : 27 % des Français viennent du département 27, l’Eure, où se situe Giverny. 85 000 ! Je ne m’attendais pas à un tel chiffre. C’est nettement plus que tous les départements franciliens, situés juste à côté et tellement plus peuplés (20%).

La provenance des 54 % d’étrangers fait faire le tour du monde, de la Finlande à la Corée, de la Nouvelle-Zélande à l’Argentine. Les Etats-Unis fournissent à eux seuls 21 % des visiteurs étrangers de la Fondation Monet, soit davantage que l’Ile-de-France. Je n’aurais pas parié là-dessus non plus.   

Le style Monet

salle-à-manger jaune de Monet à Giverny

Claude Monet aimait la couleur à la folie. Les impressionnistes ont libéré la couleur dans la peinture. Monet l’a employée à profusion dans ses tableaux, mais aussi dans ses autres créations que sont le jardin et la maison de Giverny.  

Auriez-vous envie d’entrer dans une pièce rayonnante de jaune à chaque repas ? Un jaune cadré et mis en scène par le bleu des pièces voisines, par les portes-fenêtres donnant sur le jardin.

Du temps de Monet, ces portes-fenêtres étaient largement ouvertes dès les beaux jours. On avait ainsi l’impression de déjeuner presque en plein air. Les moineaux s’avançaient à l’intérieur pour picorer les miettes, de même que les petites poules japonaises offertes par Clemenceau. 

Du jaune, il y a bien de quoi vous mettre de bonne humeur, surtout si vous avez un solide coup de fourchette comme Monet, et la perspective d’un bon repas. Selon son beau-fils Jean-Pierre Hoschedé, Monet, quand il était de bonne humeur, aimait chanter. 

« Il entonnait le toréador de Carmen ou il s’écriait en chantant A table, à table, à table, mangeons ce pigeonneau qui ne saurait être bon s’il n’était mangé chaud.

Il chantait, il blaguait. Il imitait les voix des crieurs de rue, pour la plus grande joie des enfants. De l’entrain à revendre. Et puis, comme son chauffeur s’appelait Sylvain, une autre chanson lui venait en tête, celle de Juliette Borghèse :

Espoir charmant, Sylvain m’a dit « Je t’aime »
Et depuis lors tout me semble plus haut
Nos prés fleuris, nos bois et le ciel même
Semblent parés d’un éclat tout nouveau

Un peu plus loin dans la chanson, des paroles devaient résonner étrangement aux oreilles de  Monet et sa famille : 

J’entends déjà le commérage
Qui se fera dans le village
Et les cancans, les mots méchants
Qui vont courir à nos dépends.

Probable que Monet devait s’arrêter aux premiers couplets. 

Le vert de Monet

Le vert de Monet

 La couleur verte utilisée par la Fondation Monet pour les boiseries se dérobe à la photo. Elle pâlit et bleuit quand il y a du soleil, jaunit le soir, devient grisâtre tôt le matin. Sur cette photo-ci elle est assez proche de ce que l’oeil en perçoit, peut-être un poil plus chaude.  

Ce vert intrigue les visiteurs. Ils ont en mémoire les douces harmonies des tableaux de Monet et peinent à croire qu’il ait souhaité une couleur aussi crue pour sa maison et son jardin. C’est oublier que Monet aime aussi les contrastes, les tons francs, comme dans Terrasse à Sainte-Adresse, par exemple. 

Mais le pont ne paraît-il pas plus clair et bleuté sur les toiles de Monet ? C’est un fait.

Lors de la restauration des jardins, Gérald van der Kemp, le conservateur, a d’abord opté pour un ton inspiré par les tableaux où l’on voit le pont ou les volets de la maison. C’était plus un bleu-vert qu’un vert bleuté, tel qu’on peut l’observer sur les photos des années 1970 prises pendant les travaux de restauration et publiées dans la première brochure de  la Fondation Monet ou dans le livre de Stephen Shore. 

Le vert de Monet

Le Pont Japonais, Une visite à Giverny par Gérald van der Kemp, p 14  

Et puis un jour van der Kemp s’est dit que ça ne le faisait pas. Il a tout fait repeindre en vert franc. La raison de ce revirement se trouve dans le livre de souvenirs du beau-fils de Claude Monet, Jean-Pierre Hoschedé :

« Les volets qui étaient gris furent peints en vert, ainsi que l’extérieur des portes, y compris celle de la rue et bien entendu aussi, dès qu’il fut construit, le balcon qui court d’un bout à l’autre de la façade de la maison. (…) Ce vert franc et frais, éclatant même, s’appelle à Giverny « le vert Monet ».   

Il est dommage que Jean-Pierre Hoschedé ne donne pas d’indication de date pour l’emploi de ce vert, mais on peut le comprendre. Quand on vit à un endroit, il est difficile de se souvenir précisément des dates où se produisent des changements. Les visiteurs ponctuels sont plus à même de donner une vision instantanée des lieux. Maurice Guillemot note ainsi en 1898 que

« les volets sont verts, mais d’un vert pâle, bleuté ».   

Cela laisse à penser que Monet a d’abord employé le vert-bleuté pâle des ponts japonais peints en 1899, puis, quand il a fait repeindre quelques années plus tard, il a changé pour un vert plus franc.  Monet a pris le temps de la réflexion avant de choisir la couleur de son pont. Sur les tout premiers tableaux et les photos du pont à peine construit, il est encore en bois blanc.  

Pluie d’or et vagues de fleurs

Pluie d'or et vagues de fleurs

 Les petites feuilles dorées du gleditsia, les étoiles rouges des liquidambars, le vert des nénufars et le bleu du ciel : sur l’étang de Monet, l’automne fait de la peinture avec des couleurs franches.

Chaque année j’attends ce spectacle avec impatience. Mais si votre truc, c’est plutôt les nymphéas, il y en a encore une bonne vingtaine d’ouverts l’après-midi.

Le jardin de fleurs est plus que somptueux, magique.

Pluie d'or et vagues de fleurs

Tous les contemporains de Monet ont été frappés par la hauteur des fleurs cultivées à Giverny. En 1918, René Gimpel est ébloui :

 “Il faudrait un Maeterlinck pour décrire un tel jardin qui ne ressemble à aucun autre, d’abord parce qu’il est composé de fleurs très simples, puis, qu’elles s’élèvent toutes à des hauteurs inouïes. Je crois qu’aucune ne fleurit au-dessous d’un mètre…
… Certaines fleurs dont les unes sont blanches, les autres jaunes, ressemblent à de colossales marguerites et montent jusqu’à deux mètres. Ce n’est pas un champ mais une forêt vierge de fleurs… »     

Scaevola

Scaevola

Si vous deviez nommer cette fleurette, comment l’appelleriez-vous ?

La scaevola a la curieuse idée d’aligner ses pétales en demi corolles, à la façon d’un éventail, ce qui lui vaut le nom plus facile à retenir de fleur éventail.

Je l’ai remarquée pour la première fois cette année dans les jardins de Monet, par petites touches, en particulier dans les potées, tandis qu’on pouvait l’admirer depuis longtemps en masse au musée des impressionnismes.

Elle existe en mauve, rose et blanc. Mignonne, n’est-ce pas ?

La botanique selon Rousseau

lis dans le jardin d'eau de Claude Monet

L’oeuvre de Rousseau est si riche que sa contribution à l’étude des plantes passerait facilement inaperçue. Mais voilà ses Lettres sur la botanique rééditées à 2 euros en Folio. C’est l’occasion de réviser les bases de l’observation des fleurs en bénéficiant des lumières du grand philosophe.

Rousseau s’adresse à Madame Delessert. Elle a 24 ans, il est dans sa soixantième année. Marie-Catherine est la maman d’une petite Madelon à qui elle souhaite apprendre à connaître les fleurs. Dans sa première lettre, Rousseau, ravi de jouer les précepteurs, décrit le Lys, modèle des Liliacées.

Avant qu’il s’ouvre vous voyez à l’extrémité de la tige un bouton oblong verdâtre qui blanchit à mesure qu’il est prêt à s’épanouir ; et quand il est tout à fait ouvert, vous voyez son enveloppe blanche prendre la forme d’un vase divisé en plusieurs segments. Cette partie enveloppante et colorée qui est blanche dans le Lys s’appelle la corolle et non pas la fleur comme chez le vulgaire ; parce que la fleur est composée de plusieurs parties dont la corolle est seulement la principale.

La corolle du Lys n’est pas d’une seule pièce comme il est facile à voir. Quand elle se fane et tombe, elle tombe en six pièces bien séparées qui s’appellent des pétales. Ainsi la corolle du Lys est composée de six pétales.Toute corolle de fleur qui est ainsi de plusieurs pièces s’appelle corolle polypétale. Si la corolle n’était que d’une seule pièce, comme par exemple dans le Liseron appelé Clochette des champs, elle s’appellerait monopétale.

Après avoir décrit avec la même précision le pistil, le germe, le style, le stigmate, les étamines, le pollen et le péricarpe, Rousseau explique :

Les parties que je viens de vous nommer se trouvent également dans les fleurs de la plupart des autres plantes, mais à divers degrés de proportion, de situation ou de nombre. C’est par l’analogie de ces parties et par leurs diverses combinaisons que se marquent les diverses familles du règne végétal. Et ces analogies des parties des fleurs se lient avec d’autres analogies de parties de la plante qui semblent n’avoir aucun rapport à celles-là. Par exemple, ce nombre de six étamines, quelquefois seulement trois, de six pétales ou divisions de la corolle et cette forme triangulaire à trois loges du péricarpe détermine toute la famille des Liliacées ; et dans toute cette même famille qui est très nombreuse, les racines sont toutes des oignons ou bulbes plus ou moins marquées, et variées quant à leur figure et leur composition.   

Selon Rousseau, on peut reconnaître une Liliacée à ces caractéristiques supplémentaires :

Le calice qui accompagne presque toutes les autres fleurs manque à toutes les véritables Liliacées, comme la Tulipe, la Jacinthe, le Narcisse, la Tubéreuse, etc., et même l’Oignon, le Poireau, l’Ail, qui sont aussi de véritables Liliacées, quoiqu’elles paraissent for différentes au premier coup d’oeil. Vous verrez encore que dans toute cette même famille les tiges sont simples et peu rameuses, les feuilles entières et jamais découpées. 

Fleurettes violettes

Fleurettes violettes

 En été, les massifs de Giverny scintillent de milliers de petites fleurs plantées au pied des grandes. Les visiteurs des jardins de Monet admirent les énormes dahlias, les gigantesques tournesols. S’ils pensent à baisser les yeux, surprise ! un monde tout en finesse se dévoile.    

Des fleurettes d’une même gamme de couleur tapissent le sol. Plantées serrées et très mélangées, elles chatoient comme autant de touches de couleur.

Le tableau floral de ce coin de massif mêle le rose nervuré de mini zinnias au coeur d’or, les touffes moussues des agératums, les étoiles délicates des laurentias, les pompons vibrants des gomphrénas, les minuscules touches de bleu des browallias, les couronnes des petites verveines. Des statices et des sauges bicolores accentuent l’impression de touches de peinture.  Des pétunias, qui paraissent gros à côté de ces fleurettes minuscules, soulignent la petitesse de leurs voisines. 

Avez-vous déjà vu cette façon de planter ailleurs qu’à Giverny ?

Le dernier Monet et l’abstraction américaine

Le dernier Monet et l'abstraction américaine

 Il ne reste plus que quatre jours pour voir la passionnante exposition du musée de l’Orangerie à Paris, Nymphéas L’abstraction américaine et le dernier Monet.

A la fin de sa vie, Monet a la vue déformée par la cataracte. Ses tableaux de cette dernière période sont mis en parallèle avec des oeuvres d’artistes américains tels que Jackson Pollock, Mark Rothko, Barnett Newman, Clyfford Still, Helen Frankenthaler, Morris Louis, Philip Guston, Joan Mitchell, Mark Tobey, Sam Francis, Jean-Paul Riopelle et Ellsworth Kelly.  Le majestueux cycle des Grandes Décorations qui se trouve dans le même musée est évoqué lui aussi comme source d’inspiration de ces artistes abstraits.  

L’idée n’est pas nouvelle puisque le Museum of Modern Art de New York l’a mise en avant dans les années cinquante. Elle n’est pas non plus sortie d’un chapeau, puisque toute cette génération d’artistes reconnaît et même revendique l’influence décisive du Monet tardif sur leur art. Le dialogue entre le patriarche de Giverny et cette génération qui brise les codes n’en est pas moins fascinant.

L’accrochage met en lumière les multiples aspects de cette influence. Ainsi, Monet serait à l’origine de l’idée de all-over (toute la toile est recouverte d’éléments plus ou moins uniformes). 

Sur le plan de la touche et de la couleur, la parenté est encore plus frappante. Sur la photo ci-dessus, un pont japonais de Monet est encadré par une oeuvre de Jean-Paul Riopelle à gauche et de Joan Mitchell à droite. On les dirait habitées de la même énergie.   

Regarder les fleurs s’ouvrir

Capitule d'hydrangea
On pourrait, si l’on en avait la patience, prendre le temps d’observer les fleurs en vrai, dans les jardins. Pour une raison obscure, pourtant, nous ne leur accordons qu’un regard rapide.

En visite à Giverny, nous sommes occupés par mille pensées : « Quelle belle fleur comment s’appelle-t-elle il faut que je la prenne en photo elle est trop belle où sont passés les autres qu’est-ce qu’il fait chaud aujourd’hui quel monde c’est marrant son T-shirt »… Pour voir vraiment les fleurs il faut s’apaiser, se fondre dans leur rythme à elles. C’est plus spontané devant une photo.

Notre oeil aime les couleurs et les formes, elles sont son aliment. Devant une photo de fleurs il se délecte. Il se promène longuement, il enregistre enfin les détails.

Prenez cet hydrangéa par exemple, qui s’épanouit près du bassin aux Nymphéas de Claude Monet. Dans le jardin, j’avais été séduite par le contraste de son rose sur le feuillage vert, la grâce de ses fleurs périphériques, la légèreté de ses fleurs fertiles. Mais c’est en m’attardant sur la photo que j’ai remarqué ce petit point au milieu des pétales, comme un bouton dans un canapé Chesterfield. 

Encore quelques secondes et j’ai vu que certains étaient fermés et d’autres ouverts. Et puis j’ai remarqué que les fleurs du centre étaient identiques, parfois fermées, parfois largement ouvertes pour faire jaillir leurs étamines à la façon de pin-ups bombant le torse. 

A observer les différents stades de développement des fleurs, le passage du  temps devient tangible. On  sent un mouvement, pas assez rapide pour qu’on le perçoive à l’oeil nu, mais suffisamment pour que l’aspect de la fleur ait changé la prochaine fois qu’on s’arrêtera devant elle, ce soir, demain, la semaine prochaine.

Avec l’été, le temps s’allonge et s’étire comme un chat. Profitons-en ! Je vous souhaite de belles flâneries dans les jardins, à regarder les fleurs s’ouvrir.   

Des berges au point

Berge du bassin de Monet, Giverny

Du temps de Claude Monet, les berges de son bassin aux nymphéas étaient ornées de différents iris, de papyrus et autres plantes aquatiques. En haut, près du chemin, le peintre faisait pousser des pivoines arbustives, des rosiers, des hémérocalles ou des agapanthes.  

Les jardiniers d’aujourd’hui ont densifié les plantations des berges, avec l’idée d’embellir le bassin, d’empêcher qu’on tombe dans l’eau et peut-être aussi de masquer un peu les visiteurs. Les plantations d’été déclinent les tons de rose, de rouge et de blanc, qui vont si bien avec le vert des feuillages. 

Les hydrangeas sont en pleine floraison. Dans ce coin du jardin d’eau, ils tiennent compagnie à des phlox roses et fuchsia, dont le parfum diffuse parfois à plusieurs mètres. « Des phlox ! c’est donc ça ! «  s’exclame une visiteuse ravie. « Je les connais par le Scrabble, mais je ne savais pas à quoi ils ressemblaient ! »
Je n’avais jamais considéré les phlox sous leur potentiel scrabblique, mais maintenant qu’elle en parle, il est clair que c’est un mot qui vaut de l’or : 19 points en seulement cinq lettres, et plutôt facile à caser pour tenter le mot compte double, voire triple. 

Madame est une championne. Nous oublions les fleurs et discutons de son jeu favori – un jeu de points et non un jeu de lettres, dit-elle. Si vous avez l’intention de mettre à profit votre science botanique pour enfler votre score, attention quand même : bien peu de fleurs ont l’honneur des pages du petit Robert.

Si vous êtes embarassé d’un h, vous pouvez tenter hosta, ces feuilles bordées de blanc qui poussent au ras de l’eau et dressent en ce moment leurs longues hampes de fleurs bleu pâle. Mais je ne suis pas sûre qu’hydrangea (22 points) soit valide : Larousse propose à la place hortensia, son nom commun en français. 

Vernon en bleu blanc rouge

Vernon faisait la fête dimanche soir après la victoire des Bleus au mondial. D’habitude je fais plutôt des photos, mais là, le son, c’était quelque chose, donc voici une petite vidéo prise entre la mairie et l’église.

Le papillon flambé

Le papillon flambé

En ce moment le jardin de Monet est plein de petites piérides telles que vous en voyez une à droite sur la photo. Les lavandes en pleine floraison attirent également le flambé, beaucoup plus imposant : 8 cm d’envergure contre 6. 

Le guide Larousse affirme qu’il est répandu et généralement commun, mais Giverny est au nord de son domaine, il est rare d’en voir par ici. Ce que j’aime dans ce guide, c’est la justesse du propos. « Le flambé butine les fleurs, surtout de lavande, et à ce moment il est suffisamment occupé pour qu’on puisse l’approcher. »   

Cher lecteur, ces textes et ces photos ne sont pas libres de droits.
Merci de respecter mon travail en ne les copiant pas sans mon accord.
Ariane.

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