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Maire de la Reconstruction

Immeubles de la Reconstruction, Vernon, Normandie
Sans vouloir minimiser les responsabilités et les enjeux auxquels sont confrontés les maires d’aujourd’hui et ceux qui prendront leurs fonctions dans quelques jours, il est des premiers magistrats qui ont dû faire face à une tâche colossale, une oeuvre dictée par des circonstances qui, souhaitons-le, ne se reproduiront pas : ce sont les maires de la Reconstruction.
En Normandie de nombreuses villes ont été en grande partie détruites par les bombes et l’incendie pendant la seconde Guerre Mondiale. Vernon est de celles-ci.
Après la Libération est venu le temps de la Reconstruction. Elle était pilotée par l’Etat, mais les élus avaient leur mot à dire.
Une ville à rebâtir, pas moins. Comment s’y prend-on ? De quels facteurs faut-il tenir compte ? Comment construire pour l’avenir, prévoir les besoins futurs ?
La société savante de Vernon, le Cercle d’Etudes Vernonnais, a publié dans son dernier bulletin un document exceptionnel, une pépite : un long article daté de 1966 écrit par Georges Azémia, maire de Vernon de 1946 à 1983, et paru à l’époque dans la revue Réalisations du bâtiment et des travaux publics.
Malgré le titre assez rébarbatif de cette publication, il a la plume chaleureuse, Azémia, le ton amical de quelqu’un qui écrit à un ami, genre la Reconstruction expliquée à ma fille.

« Quel serait l’avenir de la ville ? L’optique du moment n’était pas favorable aux larges visions. Une évolution démographique se dessinait. En haut lieu et partout, on la considérait comme passagère, séquelle de la guerre, des retrouvailles… alors qu’elle allait être un phénomène constant. »

Depuis 1946 la population de Vernon a plus que doublé. A force de lire l’Histoire après coup on oublie qu’elle n’allait pas de soi pour ceux qui la vivaient.
On oublie aussi la somme de décisions qu’il a fallu prendre pour donner à la ville son visage actuel. Créer un quartier ici, ouvrir des voies, penser aux équipements, aux commerces… Le récit d’Azémia a tout de Sim City, ce jeu de simulation où vous devez bâtir une ville… sans rien oublier. Mais pour le maire de la Reconstruction il s’agit d’urbanisme grandeur réelle qui conditionne l’avenir de toute une population. Des concitoyens impatients de quitter les baraquements pour de vrais logements, d’avoir l’eau courante et l’électricité, des écoles pour y envoyer les enfants, un lycée, un hôpital, une piscine…

Ce fut vraiment une époque exaltante où la décision s’imposait rapide afin de concilier la vie quotidienne et assurer l’avenir.

Mettez-vous un instant à sa place. Vous devez, par exemple, décider si vous voulez des rues larges ou étroites dans le centre ville.

Les concevoir larges était une erreur, disait-on. Des villages, reconstruits après 1914, étaient cités en exemple. Le commerce avait diminué, il n’y avait plus d’intensité de vie. Là encore il faut se plonger dans le climat du temps. Les problèmes de circulation et de stationnement ne se posaient pas car le parc automobile était assez restreint et l’essence était attribuée contre remise de bons délivrés avec parcimonie. (…) Les plus audacieux ne prévoyaient pas un pareil développement de la circulation.

Et Azémia écrit il y a plus de quarante ans ! Avec le recul, il a des regrets, comme celui de n’avoir pas fait les rues tout à fait assez larges. Mais il est le premier à s’en dédouaner :

Tout cela appartient au passé et les hommes ont droit à l’erreur.

L’oeuvre sans doute est imparfaite mais le pari est gagné. Comme un enfant qui se révèle différent de ce qu’on a rêvé Vernon est renée de ses cendres et s’est développée. Elle a ses défauts, bien sûr, mais j’aime en me promenant dans ses rues sentir derrière tout ce qui paraît si évident aujourd’hui, dans la disposition des pâtés de maison, le choix des matériaux pour les façades, toute la chaleur de ces hommes de la Reconstruction qui ont donné de leur temps et de leur énergie jusqu’au surmenage pour recréer leur ville.


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