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A travers les bambous

Bambouseraie de Giverny Voici l’aspect de la bambouseraie de Monet après le grand nettoyage de cet hiver. Les jardiniers n’ont pas chômé : ils ont éliminé tous les chaumes anciens pour ne garder que les pousses les plus jeunes. Le résultat est étonnant. Au lieu d’une masse compacte, la bambouseraie s’est transformée en une forêt claire qui n’arrête ni la vue ni la lumière.

J’étais sur le point de titrer ce billet « plus de lumière », en allusion aux dernières paroles de Goethe, mais un article déjà ancien du Spiegel m’apprend que tout ça, selon les recherches d’un professeur d’Harvard, c’est du bluff. Du pipeau.
Le grand génie de la littérature allemande ne demandait pas qu’on ouvre les volets, il n’a pas eu de révélation ultime aux frontières de l’au-delà, en fait ses derniers mots, selon son domestique seul témoin de la scène, ont été pour réclamer son pot de chambre, Botschanper dans le texte.
Impensable de léguer ce message à la postérité, bien entendu. Selon le professeur Karl Guthke, l’invention de dernières paroles bien senties est un genre littéraire à part entière, de nature à favoriser le mythe, la légende.
Et Monet dans tout ça ? Nous tenons son dernier mot de Georges Clemenceau lui-même. Accouru au chevet de son ami pour assister à ses derniers instants, Clemenceau raconte qu’il lui a demandé : « Souffrez-vous ? » Et Monet, dans un souffle, lui a répondu « Non ». Et ce fut tout.
On peut regretter de ne pas avoir une belle remarque sur la qualité de la lumière à se mettre sous la dent, mais il faut remercier le Tigre d’avoir livré à la postérité cet échange qui, dans sa simplicité, sa banalité, a l’accent de la vérité.


Un commentaire

  1. Camille dit :

    Eclaircir les bambous a bien dégagé la vue…mais par ces temps froids le vent passe peut-être aussi à travers…
    "Plus de lumière" qu’a recherché Monet dans sa peinture, ne l’a pas accompagné dans ses derniers instants, ni ceux de Goethe. Quoique…qui dit que le seul témoin de la mort de Goethe, le domestique, n’a pas menti, pour discréditer son maître ? Sa parole était-elle digne de confiance ? Peut-être pas, puisque plusieurs versions ont circulé.
    Bonne saison à Giverny, Ariane, et merci pour votre superbe blog.

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